18.11.2010
L’intérêt de notre système présidentiel
Avec Nicolas Sarkozy à la tête de l’Etat, certains s’interrogent sur les dangers du système présidentiel voulu par le Général de Gaulle. Reste à savoir si les inconvénients de notre système ne sont pas largement équilibrés par ses avantages.
Des Français et des Etasuniens
D’un côté, nous avons les Etats-Unis, un système où même un président très largement élu et disposant d’une majorité extrêmement confortable dans les Assemblées a toutes les peines du monde à réformer. Il n’a pu faire passer sa réforme du système de santé qu’au prix de compromis majeurs avec ce qu’il souhaitait faire à l’origine. Il a renoncé à un nouveau plan de soutien pour lutter contre le chômage et n’a pu réformer la loi sur l’immigration. Bref, voilà un système qui valorise les contre-pouvoirs.
De l’autre côté, nous avons la France. Un président extrêmement impopulaire peut compter sur le soutien de sa majorité pour faire passer une réforme des retraites impopulaire, injuste et insuffisante malgré la protestation d’une partie de la population. En France, les députés ne monnaient pas leur soutien à la majorité, à de très rares exceptions près, alors qu’aux Etats-Unis, chaque vote d’un député ou d’un sénateur peut remettre en question son soutien à un président du même parti que lui.
De l’intérêt d’un exécutif fort
Il y a en fait une cohérence dans la définition de nos systèmes institutionnels. Les Etats-Unis, méfiants vis-à-vis du gouvernement central, ont créé une « démocratie faible » où les multiples contre-pouvoirs affaiblissent le gouvernement. La France, sans doute du fait de notre appétence pour un gouvernement central fort, a créé un système où le président a les coudées franches pour gouverner. Bien sûr, un tel système pourra paraître détestable quand on s’oppose au locataire de l’Elysée.
Cependant, il est sans doute celui qui facilite le plus possible de véritables alternances démocratiques. Alors que le système Etasunien de contre-pouvoirs freine toute volonté de réforme radicale, le système Français permet des alternances qui en sont vraiment, comme nous avons pu le constater en 1981, 1986, 1993, 1997 ou, dans un sens, 2007. En cela, ce système est sans doute le plus démocratique car il facilite la traduction de la volonté de la majorité en un gouvernement.
Le Président, catalyseur démocratique
Bien sûr, cela créé une forme de pouvoir personnel fort. Mais un système où le Parlement serait en charge n’est pas idéal. La France est bien placée pour connaître les limites d’un système dont elle a expérimenté toutes les carences de 1946 à 1958, à savoir une grande instabilité, conjuguée à une difficulté à réformer. Le système actuel, parce qu’il repose sur un seul homme, facilite le changement et l’alternance. C’est la grande force de la Cinquième République.
On pourra y voir une nostalgie de « l’homme providentiel » ou une personnalisation excessive du pouvoir politique. Je crois que c’est surtout une organisation plus démocratique en ce qu’elle ne freine pas la volonté de la majorité. Le président n’est pas nécessairement un homme providentiel. Il est surtout un puissant catalyseur du changement, un moyen de clarifier le débat public en personnifiant une vision et des idées que les systèmes parlementaires peuvent brouiller.
Bien évidemment, le système institutionnel de la Cinquième République ne saurait être considéré comme parfait. Mais il est sans doute le meilleur pour assurer l’expression de la majorité et favoriser de véritables alternances. Pour cela encore, nous pouvons remercier le Général de Gaulle.
10:55 Publié dans Actualités, Gaullisme, International | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : cinquième république, régime présidentiel, démocratie faible, etats-unis, barack obama



