31.07.2008

Analyse critique du néo-libéralisme : main invisible ou main aveugle ?

Alors que les négociations se poursuivent pour relancer le cycle de libéralisation du commerce de Doha, il est intéressant de revenir sur le postulat néolibéral de cette « main invisible » qui assurerait la croissance et l’équilibre du marché.

Le premier problème tient aux cinq conditions de la « concurrence pure et parfaite » rappelées par Jacques Généreux : l’atomicité des acteurs (leur grand nombre), la transparence (information parfaite), l’homogénéité des biens et services, libre accès au marché et mobilité parfaite des facteurs de production. Or, ces conditions théoriques restent surtout… théoriques. L’atomicité des acteurs est par exemple de moins en moins vérifiée étant donnée la concentration de plus en plus grande que provoque les rachats d’entreprises. La transparence est impossible pour des consommateurs qui ne peuvent pas réaliser une enquête avant chaque achat. L’homogénéité des biens et services est complètement illusoire dans la mesure où les entreprises cherchent justement à se différencier. Ainsi de suite…

Bref, les conditions idéales de fonctionnement du marché sont un idéal lointain qu’on ne rencontre sans doute jamais. Ce n’est donc pas une surprise que ce marché bien peu idéal fonctionne si mal. D’ailleurs, les 20 ans dernières années ont montré les immenses limites de la régulation du marché par cette fameuse « main invisible ». C’est cette main qui a provoqué d’innombrables mouvements monétaires parfois destructeurs pour les économies. C’est cette main qui a provoqué le krach de 1987, la création d’une bulle immobilière et boursière dont le Japon ne s’est pas complètement remis. C’est cette main qui avait valorisé à des prix délirants les sociétés de télécommunication ou celles relatives à Internet au tournant du siècle. C’est enfin cette main qui a abouti au désastre immobilier actuel.

Bref, même si on ne conteste pas l’économie de marché, le moins que l’on puisse dire est que ces dernières années ont montré que la dérégulation totale, laissant au marché le soin de trouver un équilibre, présente d’immenses limites. L’histoire récente a montré que les marchés laissés à eux-mêmes sont complètement déraisonnables et que leurs excès peuvent malheureusement avoir des impacts catastrophiques sur l’économie réelle, comme le montre les deux cent cinquante mille ménages Américains expulsés de leur logement au mois de mai dernier. Dès lors, on aimerait bien comprendre ce qui peut bien justifier davantage de dérégulation quand on regarde le bilan des vingt dernières années.

Depuis 1987, la main du marché semble devenue folle, ou aveugle, comme le montre le prix que certains actifs ont atteint avant de s’effondrer. Plus le marché est dérégulé, plus il semble excessif et dangereux. La solution ne passe donc pas par moins de régulation, mais plus.

Source : « La dissociété », Jacques Généreux, Seuil