25.06.2010
Avis de tempête pour Nicolas Sarkozy
Ce n’est qu’un avis pour l’instant car nous sommes fin juin et les grandes vacances approchent. Mais entre la hausse du chômage, la mobilisation contre la réforme des retraites et les multiples polémiques sur les membres du gouvernement, la rentrée s’annonce difficile.
Une rentrée sociale délicate
Tous les voyants sont au rouge pour l’équipe au pouvoir. Le chômage poursuit inexorablement sa hausse et pourrait bien franchir le cap des quatre millions en métropole (en incluant les personnes ayant eu une activité réduite). 3,92 millions de Français sont ainsi en recherche d’emploi (2,7 millions en catégorie A). Alors que l’inflation et les hausses de salaire demeurent très faibles, le prix du gaz va encore augmenter soit une hausse de près de 15% en trois mois !
Hier, la manifestation contre la réforme des retraites a connu une mobilisation « assez forte » selon les mots du ministre du Travail, Eric Woerth : 800 000 personnes selon la police, 2 millions selon les organisateurs. On peut considérer qu’à la veille des vacances, en pleine coupe du monde de football, il s’agit d’un succès, même s’il est vrai qu’il restera isolé. Néanmoins, cela devrait motiver les syndicats pour des actions d’ampleur à la rentrée, moment plus propice.
Il y a clairement un sentiment d’injustice parmi la population. Il faut dire que la réforme en cours pénalise beaucoup plus les personnes qui ont commencé à travailler tôt, qui devront travailler deux ans de plus alors que ceux qui ont poussé leurs études au moins jusqu’à 21 ans ne devront travailler que six mois de plus. Il est probable que le gouvernement lâchera du lest pour éviter un blocage, comme l’a suggéré le ministre sur la pénibilité, dont le rapprochement avec une incapacité de 20% a choqué.
République irréprochable ou république des copains ?
Le sentiment d’injustice est profondément renforcé par les innombrables affaires qui sont révélées sur l’équipe au pouvoir. Nicolas Sarkozy avait fait campagne sur la « République irréprochable ». Il laisse aujourd’hui l’impression que c’est tout le contraire. Bien sûr, le gouvernement allume habillement des contre-feux avec par exemple la suppression de la garden party de l’Elysée et il pourrait annoncer une réduction du budget des ministères la semaine prochaine.
Mais cela demeure des mesurettes par rapport au sentiment profond qui s’installe dans la population. Il faut dire que le problème est ancien et date du démarrage du quinquennat avec l’escapade sur le bateau de Vincent Bolloré, le feuilleton sur la vie sentimentale du président, la hausse de son salaire, les nominations polémiques (Henri Proglio, Radio France, Jean Sarkozy à l’EPAD…). Mais ce sentiment a encore été renforcé par les innombrables polémiques des derniers jours.
Il y a eu la critique de Rama Yade sur le coût de l’hôtel des bleus alors qu’elle avait réservé un hôtel encore plus cher, puis la polémique sur le cumul de rémunération de Christine Boutin pour sa mission sur la mondialisation. Puis, tout s’est accéléré avec la polémique sur les douze mille euros de cigare de Christian Blanc, l’utilisation de jets privés inconsidéré de certains ministres, le permis de construire d’Alain Joyandet et la polémique sur Eric Woerth (lire le très bon papier de Reversus).
Bref, entre un gouvernement dont le comportement se rapproche parfois plus d’une république bananière que d’une « République irréprochable » et un climat social tendu par le chômage, les hausses de prix et la réforme des retraites, la rentrée sera chaude pour Nicolas Sarkozy.
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, réforme des retraites, rama yade, alain joyandet, christian blanc, eric woerth, république irréprochable
10.11.2009
Sarkozy à mi-mandat : la faillite républicaine
C’est un sujet sur lequel il est particulièrement difficile de suivre Nicolas Sarkozy. Selon qu’il lise un discours de Henri Guaino ou qu’il suive la ligne de son livre « La République, les religions, l’espérance », la ligne est radicalement différente. Son bilan de mi-mandat reflète cette dualité.
La rupture
Le début de mandat de Nicolas Sarkozy a été l’occasion de nombreux dérapages. Il y a eu notamment son discours où il affirmait que « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé » et qui marquait une rupture radicale avec un siècle de tradition laïque consacrée par la loi de 1905. Certes, depuis, le président ne met plus en avant l’agenda communautariste (il s’est même prononcé contre le port de la burqa), mais un doute subsiste comme le montrent certains projets visant à instituer des quotas.
La rupture est également venue sur la façon de faire fonctionner la Cinquième République. Nicolas Sarkozy a effacé tout son gouvernement. François Fillon est plus transparent que n’importe quel de ses prédécesseurs à Matignon. Et le président croit bon de faire quasiment toutes les annonces à la place de ses ministres, ne laissant exister médiatiquement qu’une poignée d’entre eux. Le gouvernement n’est plus une équipe mais un rassemblement de supporteurs au service du président.
Main basse sur les médias
Mais un des aspects les plus choquants de la présidence de Nicolas Sarkozy est clairement le traitement médiatique. Cet aspect est plus clivant dans la mesure où le paysage médiatique est très partagé, entre des critiques radicaux (Marianne, Le Canard Enchaîné…) et des soutiens très marqués (TF1, Europe 1, Le Figaro…). Du coup, selon leur consommation de médias, les Français n’ont pas du tout la même perception du biais partisan. Mais au global, les plus gros sont rarement très critiques.
Nicolas Sarkozy bénéficie déjà de liens particuliers avec les groupes d’Arnaud Lagardère (Paris-Match, Europe 1, le JDD…) ou de son témoin de mariage, Martin Bouygues. Mais il y a ajouté une tutelle plus forte du Service Public (finances et nominations). Bizarrement, l’émission Ripostes, de l’électron libre Serge Moati, a été déprogrammée malgré d’excellentes audiences. Et on ne compte plus les interventions du chef de l’Etat ou de son entourage pour critiquer tel ou tel programme.
La répartition du temps de parole politique posait également problème, avec un tiers pour le gouvernement, un tiers pour la majorité et un tiers pour l’opposition, indépendamment de la durée de la parole présidentielle (auparavant limitée à quelques pourcents). L’arrivée de Nicolas Sarkozy a fait exploser les compteurs puisqu’il captait à lui seul un quart du temps de parole. Heureusement, un récent arrêt du Conseil d’Etat a contraint le CSA à prendre en compte son temps de parole.
Le temps des copains
Lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait parlé d’une « République irréprochable » dans une tribune au Monde. Le problème est que la comparaison entre ce qu’il avait promis et ce qu’il fait est une nouvelle fois gigantesque. Nous sommes bien loin des 15 ministres et de la parité qu’il avait mis en avant lors du débat présidentiel. L’exemplarité dont il parlait a été ridiculisée par l’épisode de l’EPAD et la volonté bien prématurée de faire de son fils de 23 ans son président.
Qui plus est, Nicolas Sarkozy sait servir les intérêts de ses proches. Cela est manifeste avec la suppression accélérée de la publicité sur le Service Public, qui était une revendication de TF1, qui en est bien évidemment le premier bénéficiaire. De même, Nicolas Sarkozy place ses proches à des postes clés dans des circonstances souvent très limites, comme Henri Proglio à la tête d’EDF (tout en restant à Véolia) ou François Pérol à la tête du groupement de la Banque Populaire et des Caisses d’épargne.
La rupture est bien arrivée sur la pratique républicaine habituelle. Malheureusement, elle ne se fait pas pour le meilleur. Marianne avait bien raison de lancer un « appel à la vigilance républicaine il y a près de deux ans ». Malheureusement, cet appel n’aura fait qu’attirer notre attention…
10:55 Publié dans Actualités, Présidentielles 2007, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, république irréprochable, epad, jean sarkozy, françois pérol, henri proglio, tf1, service public



