31.10.2008
Le facteur racial peut-il faire perdre Obama ?
Depuis quelques semaines, les médias parlent du cas du candidat noir Tom Bradley, en tête de tous les sondages pour l’élection du gouverneur de Californie en 1982, mais qui fut battu d’extrême justesse, pour montrer que rien n’est joué pour Barack Obama.
Une université Américaine a chiffré cet effet à 6% de l’électorat, ce qui pourrait changer l’issue de l’élection de la semaine prochaine. Depuis, les médias fourmillent de reportage montrant des Américains qui assument leur racisme et affirment qu’ils ne voteront jamais pour Barack Obama du fait de sa couleur de peau. Cette triste réalité doit cependant être nuancée. Tout d’abord, il est difficile de ne pas imaginer que les cohortes de racistes blancs se trouvent essentiellement dans les rangs du parti républicain. Ils auraient donc sans doute voter pour John McCain quel que soit le candidat démocrate en face, qu’il soit un homme ou une femme, un blanc ou un noir. En fait, un candidat républicain aurait sans doute beaucoup plus à perdre qu’un candidat démocrate, dont la base est sans doute très peu perméable au racisme. En outre, Barack Obama semble avoir conquis les femmes blanches, dont plus de la moitié déclarent vouloir voter pour lui.
En fait, on peut se demander si le facteur racial n’est finalement pas à l’avantage du démocrate. En effet, si l’électorat blanc semble se repartir de manière proche des grandes tendances nationales, il n’en va pas de même pour l’électorat noir, dont 90% des voix devraient aller au sénateur de l’Illinois. En un sens, on pourrait presque dire que Barack Obama va davantage être le bénéficiaire du vote « raciste » de l’électorat noir que la victime du vote « raciste » d’une partie de l’électorat blanc. C’est d’ailleurs un des paradoxes de cette élection de voir les médias attaquer le racisme des derniers alors que ce sont bien les premiers dont le vote semble beaucoup plus fonction de la couleur de peau des candidats. Certes, la communauté noire a tendance à voter démocrate, mais pas dans ces proportions. Bien sûr, la voie tracée par Barack Obama soulève un grand espoir pour eux, mais elle renvoie leur vote à la seule question raciale.
Finalement, on a l’impression dans cette campagne que le « racisme » des noirs à l’égard de leur candidat n’est pas considéré comme choquant alors que celui de quelques blancs l’est. Cela montre aussi que les rapports raciaux ne sont pas apaisés aux Etats-Unis puisque certaines communautés votent surtout en fonction des origines des candidats et qu’il ne semble pas possible de leur reprocher. Si l’élection de Barack Obama fera sans doute avancer les choses, il faut également espérer que demain, la communauté noire Américaine, par-delà tous les traumatismes qu’elle a subis, parviendra à se déterminer au-delà de la couleur des candidats, ce qui sera un signe de meilleure intégration. En fait, cette élection illustre à nouveau les dérives d’un système où les citoyens semblent davantage membres d’une communauté que citoyens Américains. Il y a encore un bon bout de chemin à faire.
Barack Obama a démontré dans cette campagne de grandes qualités en menant une campagne plus cohérente et plus apaisée que son rival. Son programme correspond bien mieux aux questions qu’affrontent les Etats-Unis. En cela, il mérite de gagner. Paradoxalement, le facteur racial devrait l’y aider.
Source : http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2008/...
10:55 Publié dans Actualités, International, Société | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : obama, mccain, présidentielles, etats-unis, races



