27.04.2011
Rama Yade, ange ou démon ?
Alors que l’on peine à se souvenir du nom des secrétaires d’Etat, elle est aujourd’hui une des personnalités politiques les plus populaires et les plus invités (elle était de nouveau invitée au Grand Journal de Canal Plus la semaine dernière). Que se cache-t-il derrière cette star de la politique ?
Jeune, jolie, et rebelle…
A priori, Rama Yade a tout pour plaire. C’est une belle femme issue des minorités visibles qui a démontré une vraie force de caractère depuis le voyage très controversé de Muhammad Kadhafi en France, où elle avait exprimé des réserves qui prennent aujourd’hui un sens particulier. N’a-t-elle pas eu raison, a posteriori, de marquer sa différence ? Et en quatre ans, elle a gagné un solide aplomb qui lui donne maintenant un certain charisme quand elle s’exprime.
Il est sûr que par rapport aux soutiens inconditionnels du président de la République comme Nadine Morano et Frédéric Lefebvre, elle apporte une liberté de penser a priori rafraîchissante. Si elle sait parfaitement pratiquer la langue de bois, elle n’hésite pas à souligner ses points de désaccord avec le président de la République. Et il est vrai qu’étant donné l’impopularité record de Nicolas Sarkozy, une position critique vis-à-vis de son action est un bon gage de succès.
Mais aussi perso…
Et c’est justement tout le problème. En fait, Rama Yade fait à Nicolas Sarkozy ce que ce dernier avait fait à Jacques Chirac. Elle exprime de manière transparente tous ses désaccords, au mépris de la plus élémentaire solidarité gouvernementale ou majoritaire. Bien sûr, un homme politique n’est pas forcément sensé reprendre mot pour mot et en toute circonstance tout ce que son chef dit. Mais entre la soumission servile et la rébellion permanente, il y a des nuances.
Et Rama Yade ne s’en est pas beaucoup embarrassé. Elle n’a pas hésité à exposer ses désaccords avec ses ministres de tutelle. Malheureusement, le président, en ayant montré le mauvais exemple de 2002 à 2007, puis en ayant trop longtemps laissé faire, a encouragé un tel comportement. Est-il vraiment étonnant qu’un bébé Sarkozy la joue perso en politique ? En outre, il est difficile de ne pas y voir des postures, comme lors de la polémique sur le prix de l’hôtel des bleus.
Et suffisante
Rama Yade, après s’être rapproché de Jean-François Copé, a finalement décidé de suivre Jean-Louis Borloo dans son aventure, officiellement parce que le parti majoritaire ne lui permettrait pas de travailler sur les sujets sur lesquels elle souhaite travailler… Pourtant, au Grand Journal, elle a été bien incapable d’avancer la moindre proposition sur ces sujets dont elle dit qu’ils lui tiennent tant à cœur. En fait, l’ambitieuse n’avait pas eu le poste qu’elle attendait il y a quatre mois...
En clair, la direction actuelle de l’UMP n’était pas prête à lui confier des responsabilités à la hauteur de la grande idée qu’elle se fait déjà d’elle-même. Et aux rumeurs sur son limogeage de sa mission d’ambassadrice pour l’UNESCO, du fait de ses prises de parole intempestives étant donnée la fonction qu’elle est sensée occuper, elle ose répondre « j’existais avant, j’existerai après », comme si elle existait avant 2007… Bref, le bébé Sarkozy a pris la grosse tête.
Bien sûr, sa popularité est une belle réussite. Mais pour l’instant, elle n’a fait que répliquer les méthodes de son chef et bénéficie de son éloignement alors qu’il est devenu très impopulaire. Rama Yade a encore du chemin à faire pour démontrer qu’outre une grand idée d’elle-même, elle a du fond.
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19.11.2010
Gouvernement, PS : la chienlit au pouvoir !
L’action politique est forcément collective. Si elle nécessite un chef et une hiérarchie, elle repose sur une équipe et son efficacité dépend aussi de la discipline qui y règne. Un temps, « on fermait sa gueule ou on démissionnait ». Aujourd’hui, chacun étale ses divergences au grand jour.
Gauche-droite : match nul !
Depuis Nicolas Sarkozy, le terme de « solidarité gouvernementale » a gravement été mis à mal. Si elle a fini par être sanctionnée, Rama Yade a été pendant longtemps la sauvageonne du gouvernement. Nous avons eu d’autres exemples avec le remaniement. Brisant tous les usages, trois ministres ont carrément annoncé leur départ avant l’annonce officielle. Ensuite, nous avons eu droit à une litanie d’anciens déversant leurs états d’âme dans les médias.
Hervé Morin décroche le pompon en cumulant l’annonce de son départ et un épanchement bien peu républicain. En se comportant comme le recalé amer d’une émission de téléréalité, comment espère-t-il avoir la moindre crédibilité pour être candidat à la présidence? Fadela Amara a qualifié François Fillon de « bourgeois de la Sarthe » et a dénoncé « l’inertie et le sectarisme » dont elle a été victime. Jean-Louis Borloo a taclé le premier ministre qui aurait son premier opposant.
Mais le manque de décence n’est pas limité à la droite. Le Parti Socialiste avait réussi depuis la rentrée à afficher une certaine unité. Mais la machine à baffes est repartie de plus belle il y a quelques jours avec la présentation du projet sur « l’égalité réelle ». Même si ce texte est critiquable, il est incroyable que les socialistes soient incapables de laver leur linge sale en famille. Bien sûr, chaque saillie attire les médias, mais elle fait un effet désastreux sur l’image collective du parti.
De l’éthique à l’ego
L’action collective impose une certaine discipline. Il est parfaitement naturel que les membres d’un même parti ne soient pas d’accord sur tout en permanence. Mais les dissensions internes devraient au mieux être consignées à l’intérieur du parti ou, au pire, ne jamais déraper en critiques directes. Les membres du PS comme de l’UMP ne semblent animés que par leurs intérêts et leurs pulsions sans être capables d’envisager l’importance du destin commun qui devrait primer sur leurs petites personnes.
C’est ce que Jean-Pierre Chevènement avait théorisé en affirmant qu’ « un ministre, ça ferme sa gueule, ou ça démissionne ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a appliqué sa maxime tout au long de sa vie. Aujourd’hui les ambitieux aux dents longues de l’UMP, du PS ou du Centre pensent tellement à leur nombril qu’ils sont incapables de comprendre qu’ils se font aussi mal à eux-mêmes en critiquant sans cesse d’autres membres de leur parti. Les bienfaits de la discipline individuelle ont été oubliés.
Cette chienlit politicienne a une cause toute simple : l’absence de convictions. En effet, quand on croit en un idéal, on peut accepter de suivre la majorité et jouer le jeu de l’équipe. En cela, les débordements actuels en disent long sur la médiocrité du personnel politique des grands partis.
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15.11.2010
Nicolas Sarkozy, une main faible dans un gant de fer
Dans la mythologie élyséenne, le président de la République serait un grand réformateur qui aurait le courage de prendre les décisions que personne d’autres n’oserait assumer. Mais cette présentation ne résiste pas à une analyse un peu détaillée de son bilan.
Un mauvais bilan
Celui qui a été l’emblématique ministre de l’intérieur des années 2000 devrait rougir de son bilan sur les questions de sécurité. En effet, depuis huit ans, les violences aux personnes n’ont cessé de progresser, malgré les innombrables lois votées et les déclarations du gouvernement. Le « président du pouvoir d’achat » évite désormais soigneusement de parler de ce sujet. Sur l’économie, les résultats du gouvernement sont désastreux.
Si le gouvernement a pu fanfaronner quelques trimestres où la croissance était plus forte que celle de la zone euro, ce n’est pas le cas depuis six mois. Près de cinq millions de Français sont privés d’emplois. Le financement de notre système de retraites n’est absolument pas assuré par la réforme actuelle (les comptes ne seraient qu’à l’équilibre en 2018, et encore, avec des hypothèses bien optimistes) et notre déficit budgétaire sera le plus fort de la zone euro l’an prochain.
Une main faible
Nicolas Sarkozy aimerait être vu comme un homme courageux capable de prendre des décisions difficiles. Dans la réalité, il parle beaucoup, quitte à froisser beaucoup de monde, mais cède très souvent (à part sur la réforme des retraites). Sur les régimes spéciaux, il a énormément cédé, comme sur le traité de Lisbonne, qui de « mini traité limité aux questions institutionnelles tenant compte du ‘non’ », s’est transformé en TCE bis alors qu’il était en position de force pour obtenir ce qu’il voulait.
L’épisode du remaniement le montre bien d’ailleurs. Alors que tous les présidents précédents avaient nommé un premier ministre inattendu (Pompidou et Couve de Murville pour le Général, Barre pour VGE, Fabius et Cresson pour Mitterrand, DDV pour Chirac), Nicolas Sarkozy cède finalement à l’opinion public et celle de sa majorité. Il a mis beaucoup trop de temps à sanctionner Rama Yade malgré ses innombrables dérapages. Le sens de la décision ne semble pas son fort.
Un gant de fer
Le pire est que cette incapacité à prendre des décisions fortes, qui se retrouve dans la superficialité de la plupart des réformes, tranche avec un style qui, au contraire, est aussi tranchant qu’il ne l’est pas sur le fond. Pour Nicolas Sarkozy, le clivage se fait plus sur la forme que sur le fond, d’où l’improbable et navrant débat sur l’identité nationale, dont on se demande toujours pourquoi il a eu lieu, quels en étaient les objectifs et ce qui a bien pu en sortir, à part beaucoup de polémiques souvent stériles.
Nouvel exemple avec le G20 de la semaine dernière. Etant donné que la France prend la présidence de cette institution, on aurait pu s’attendre à ce que le président de la République prenne le soin d’assurer une bonne succession avec la Corée. Las, il est arrivé le dernier à Séoul et est reparti le premier, contrairement à tous les usages diplomatiques. La présidence du G20 est pour lui davantage un nouvel hochet qui flatte son ego qu’un moyen de chercher à faire concrètement quelque chose.
Cette présidence arrive à cumuler un activisme de façade qui irrite les Français et nos partenaires étrangers du fait de la forme tout en étant incapable de concevoir des réformes de fond sur la plupart des sujets (éducation, emploi, délocalisations, pouvoir d’achat, sécurité…). Vivement 2012 !
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03.11.2010
Debré, Yade : la chienlit à la tête de l’Etat
De 2002 à 2007, Nicolas Sarkozy s’est essuyé les pieds sur Jacques Chirac sans réelle sanction de la part du président. Résultat, ce travers a tendance à s’accentuer plus encore : la chienlit majoritaire s’accentue. Plus personne ne respecte personne…
Quand Jean-Louis trahit Michel
Bien sûr, je partage les critiques de Jean-Louis Debré à l’encontre de Nicolas Sarkozy, et on pourrait y voir un juste retour des choses par rapport aux critiques sans cesse exprimées par l’actuel président vis-à-vis de son prédécesseur pendant cinq ans alors qu’ils étaient dans la même majorité. Cependant, est-il normal que le président du Conseil Constitutionnel s’oppose de telle manière au président en exercice ? Ne devrait-il pas s’astreindre à la même réserve que ses prédécesseurs ?
A titre personnel, et je n’emploie pas ce mot à la légère, je pense que le père du président du Conseil Constitutionnel se retournerait dans sa tombe s’il entendait les critiques publiques à peine masquées que son fils exprime dans un roman, comme il l’a lui-même confirmé sur le plateau du Grand Journal de Canal Plus. Sa fonction impose une retenue qu’il oublie totalement et en agissant de la sorte, il suit l’exemple de celui qu’il dénonce. Il est plus sarkozyste que gaulliste…
Rama Yade, mauvaise graine sarkozyste
C’est sa nouvelle incartade : interrogée sur le discours de Dakar, la secrétaire d’Etat aux sports n’a pu se retenir d’exprimer son désaccord en affirmant que « non seulement l’homme Africain est entré dans l’histoire, mais il a même été le premier à y rentrer (…) Je ne suis pas son professeur. Qu'est-ce que vous voulez que je fasse, que je saute sur la tribune et que je gifle le président de la République ? (…) C'est le président de tous les Français. C'est eux (pas elle alors ?) qui l'ont élu. »
Déjà, on peut penser qu’un secrétaire d’Etat devrait garder ses désaccords pour soi (« un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne » selon l’adage chevènementiste) mais évoquer le fait de gifler le président est proprement hallucinant. Il n’est décidemment pas normal que cette multirécidiviste des dérapages verbaux soit encore au gouvernement, après sa critique des bleus ou son manque de solidarité avec son ministre de tutelle. La seule chose qu’elle mérite, c’est la porte !
Bien sûr, on peut être d’accord avec ces critiques. Mais, en agissant de la sorte, le président du Conseil Constitutionnel et la secrétaire d’Etat ne font qu’imiter celui qu’ils critiquent et, quelle ironie, Nicolas Sarkozy, en tolérant de tels dérapages, agit comme le président qu’il dénonçait. Quel quinquennat misérable !
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04.07.2010
Le grand n’importe quoi de Nicolas Sarkozy
Au plus bas dans les sondages, alors que les polémiques se multiplient sur le gouvernement, le président de la République ne semble pas comment faire pour réagir, ce qui s’est senti lors de sa rencontre avec les députés de la majorité cette semaine.
Déni de réalité
C’est le Figaro qui conte cette réunion de mercredi à l’Elysée. Cet article a le don de montrer à quel point Nicolas Sarkozy détourne le débat plutôt que de répondre aux questions qui dérangent. La polémique sur la fraude fiscale supposée de Liliane Bettencourt ? Il souligne qu’elle n’est pas partie en Suisse et qu’il ne veut pas « qu’elle foute le camp en Suisse ». Est-ce à dire qu’il faut être tolérant vis-à-vis des petites fraudes fiscales des contribuables aisés qui restent en France ?
Sur les polémiques actuelles, il simplifie à l’extrême le débat en affirmant que « si Eric Woerth ne portait pas cette réforme, il n’y aurait rien à lui reprocher », ce qui est totalement malhonnête. Entre le mélange des genres douteux d’un trésorier de parti ministre du budget et sa ligne de défense mouvante, au mieux, il s’est mis dans une position dans laquelle il n’aurait pas du se mettre. Nicolas Sarkozy a également répliqué en évoquant les affaires de financement du RPR.
Il a aussi affirmé que « quand Pierre Bergé achète le Monde, on dit que c’est la démocratie. Quand Madame Bettencourt donne 7500 euros à l’UMP, on crie au scandale. Elle a le droit, non ? ». Il est désolant de voir tant de mauvaise foi et de manque de rigueur dans la présentation des faits. Ce n’est pas la contribution de Madame Bettencourt qui est en cause, c’est le fait qu’elle verse son chèque à la même personne qui supervise le fisc, alors que son cas ne semble pas très clair…
« Le supplice chinois »
Mais outre ces dérapages verbaux, l’une des choses les plus curieuses reste l’annonce quasi-officielle d’un remaniement gouvernemental à l’automne, avec même le nom des ministres qui devraient le quitter ! Il a ainsi affirmé que « certains comportements ministériels ne m'ont pas plu. J'en tirerai les conséquences sévèrement au moment qu'on aura choisi avec le premier ministre», évoquant « avions, cigares, critiques de la nature des hôtels », dans des allusions transparentes.
Bref, Christian Blanc, Rama Yade et Alain Joyandet semblent d’ors et déjà destinés à quitter le gouvernement. David Douillet est un candidat naturel pour remplacer la secrétaire d’Etat aux sports. La menace est d’autant plus forte que Claude Guéant a évoqué hier dans le Figaro Magazine un gouvernement resserré, parlant même de seulement quinze ministres et cinq secrétaires d’Etat. Même s’il est peu probable qu’ils aillent aussi loin, il devrait y avoir beaucoup de départs.
Mais la question que l’on peut se poser, c’est l’intérêt d’annoncer autant à l’avance de tels mouvements. Quelle va être la crédibilité et le poids de ces ministres et secrétaires d’Etat que l’on dit sur le départ. N’aurait-il pas été plus simple et plus efficace de réagir dès le mois de juin en sanctionnant les abus pour repartir avec une équipe plus solide pour la rentrée ? Dominique de Villepin a bien raison de parler d’un « supplice chinois » pour ce procédé.
Bref, Nicolas Sarkozy semble perdre pied. Il perd pied avec la réalité de la vie des Français, semble incapable de tenir un discours cohérent et crédible et accumule les erreurs de jugement. Le verdict des Français sera dur, très dur pour lui en 2012.
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25.06.2010
Avis de tempête pour Nicolas Sarkozy
Ce n’est qu’un avis pour l’instant car nous sommes fin juin et les grandes vacances approchent. Mais entre la hausse du chômage, la mobilisation contre la réforme des retraites et les multiples polémiques sur les membres du gouvernement, la rentrée s’annonce difficile.
Une rentrée sociale délicate
Tous les voyants sont au rouge pour l’équipe au pouvoir. Le chômage poursuit inexorablement sa hausse et pourrait bien franchir le cap des quatre millions en métropole (en incluant les personnes ayant eu une activité réduite). 3,92 millions de Français sont ainsi en recherche d’emploi (2,7 millions en catégorie A). Alors que l’inflation et les hausses de salaire demeurent très faibles, le prix du gaz va encore augmenter soit une hausse de près de 15% en trois mois !
Hier, la manifestation contre la réforme des retraites a connu une mobilisation « assez forte » selon les mots du ministre du Travail, Eric Woerth : 800 000 personnes selon la police, 2 millions selon les organisateurs. On peut considérer qu’à la veille des vacances, en pleine coupe du monde de football, il s’agit d’un succès, même s’il est vrai qu’il restera isolé. Néanmoins, cela devrait motiver les syndicats pour des actions d’ampleur à la rentrée, moment plus propice.
Il y a clairement un sentiment d’injustice parmi la population. Il faut dire que la réforme en cours pénalise beaucoup plus les personnes qui ont commencé à travailler tôt, qui devront travailler deux ans de plus alors que ceux qui ont poussé leurs études au moins jusqu’à 21 ans ne devront travailler que six mois de plus. Il est probable que le gouvernement lâchera du lest pour éviter un blocage, comme l’a suggéré le ministre sur la pénibilité, dont le rapprochement avec une incapacité de 20% a choqué.
République irréprochable ou république des copains ?
Le sentiment d’injustice est profondément renforcé par les innombrables affaires qui sont révélées sur l’équipe au pouvoir. Nicolas Sarkozy avait fait campagne sur la « République irréprochable ». Il laisse aujourd’hui l’impression que c’est tout le contraire. Bien sûr, le gouvernement allume habillement des contre-feux avec par exemple la suppression de la garden party de l’Elysée et il pourrait annoncer une réduction du budget des ministères la semaine prochaine.
Mais cela demeure des mesurettes par rapport au sentiment profond qui s’installe dans la population. Il faut dire que le problème est ancien et date du démarrage du quinquennat avec l’escapade sur le bateau de Vincent Bolloré, le feuilleton sur la vie sentimentale du président, la hausse de son salaire, les nominations polémiques (Henri Proglio, Radio France, Jean Sarkozy à l’EPAD…). Mais ce sentiment a encore été renforcé par les innombrables polémiques des derniers jours.
Il y a eu la critique de Rama Yade sur le coût de l’hôtel des bleus alors qu’elle avait réservé un hôtel encore plus cher, puis la polémique sur le cumul de rémunération de Christine Boutin pour sa mission sur la mondialisation. Puis, tout s’est accéléré avec la polémique sur les douze mille euros de cigare de Christian Blanc, l’utilisation de jets privés inconsidéré de certains ministres, le permis de construire d’Alain Joyandet et la polémique sur Eric Woerth (lire le très bon papier de Reversus).
Bref, entre un gouvernement dont le comportement se rapproche parfois plus d’une république bananière que d’une « République irréprochable » et un climat social tendu par le chômage, les hausses de prix et la réforme des retraites, la rentrée sera chaude pour Nicolas Sarkozy.
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17.06.2010
Pourquoi la réforme des retraites passe mal
On allait voir ce qu’on allait voir. Nicolas Sarkozy fanfaronnait en disant que cette réforme devait être le symbole de sa volonté réformatrice. Las, malgré l’annonce d’une réforme moins ambitieuse que prévue, les commentaires sont unanimement négatifs.
Le contenu de la réforme
De manière intéressante, le gouvernement semble être allé moins loin qu’envisagé initialement. L’âge de départ à la retraite est repoussé à 62 ans, et non 63. La durée de cotisations est tellement peu augmentée qu’elle apparaît à peine dans les commentaires. Le dispositif des carrières longues qui permet aux salariés qui ont commencé à travailler tôt est maintenu et même renforcé puisqu’il sera possible de partir dès 58 ans pour les personnes qui ont commencé à travailler dès 17 ans ou moins.
Le gouvernement innove en introduisant la notion de pénibilité, qui permettra aux personnes frappées d’une incapacité à 20% de partir à 60 ans. La dernière tranche de l’impôt sur le revenu est augmentée de 1 point pour faire contribuer les personnes les plus aisées et certains régimes particuliers (retraites chapeau, retraites des politiques) seront également mis à contribution. L’âge de départ à la retraite à taux plein est également augmenté de deux ans, à 67 ans.
Enfin, les fonctionnaires vont voir leur niveau de cotisation rejoindre celui des salariés du privé, une hausse de plus de 3 points en dix ans. Paradoxalement, l’horizon de temps de la réforme est assez court puisque la réforme sera achevée en 2018, dans à peine huit ans, alors que la réforme de 2003 s’était fixée pour horizon 2020 et que celle du gouvernement Balladur avait également un horizon lointain. Bref, l’ensemble peut paraître relativement équilibré, pour les équipes de communication en tout cas.
Un sentiment d’injustice
La réforme des retraites est un exercice difficile car il consiste uniquement à demander de nouveaux efforts alors que la réforme précédente (de 2003) était sensée suffire pour une génération. Même si l’argument de l’augmentation de l’espérance de vie est compris et implique logiquement que des efforts doivent être faits, les Français ont l’impression qu’on leur demande de toujours faire plus d’efforts alors qu’une petite minorité vit très bien et que ce plan devra forcément être complété…
En outre, le gouvernement est assez mal placé pour demander de faire des efforts avec les innombrables polémiques du moment, entre les 12 000 euros de cigares de Christian Blanc, les critiques de Rama Yade sur l’hôtel des bleus en Afrique du Sud alors qu’on lui avait réservé une chambre encore plus chère ou les scandales sur les cumuls de rémunération des ministres qui touchent leur retraite en plus de leur traitement. Bref, les Français ont l’impression qu’il y a deux poids deux mesures.
L’absence de solutions alternatives
Les critiques du Parti Socialiste sont assez hallucinantes dans la mesure où ce n’est pas le PS qui a mis en place le dispositif des carrières longues (qui permet de partir plus tôt quand on a commencé à travailler très jeune), ni la pénibilité, mais bien l’UMP. Martine Aubry peut bien exprimer son émotion à la télévision, les socialistes n’avaient rien fait sur le sujet. En outre, la proposition de taxer le capital ne tient pas si on ne remet pas en cause la libre-circulation des capitaux.
Bref, le Parti Socialiste se contente de faire de l’opposition systématique alors qu’il y aurait pourtant d’autres solutions. La première priorité devrait être la réduction du chômage. En effet, comme l’a montré le COR, le retour à un taux de chômage de 4 à 5% améliorerait considérablement la situation. Ensuite, nous devrions nous poser la question du mode de financement de la Sécurité Sociale, avec une TVA sociale qui permettrait de faire enfin contribuer les importations à notre modèle sociale.
Passera ? Passera pas ? Difficile de le savoir. Le fait d’annoncer la réforme en juin, en pleine coupe du monde peut paraître habile. Mais il n’est pas gagné que la mobilisation ne prendra pas à la rentrée, même si on sent une certaine résignation des Français.
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09.06.2010
Rama Yade : je polémique, donc je suis
C’est la polémique de ce début de semaine : la secrétaire d’Etat aux sports a critiqué le choix trop coûteux de l’hôtel de l’équipe de France de football pour la coupe du monde de football, quelques jours avant le début de la compétition. Un acte très révélateur…
Trop facile pour être honnête
Dans un sondage sur le site Internet du Monde, 70% des internautes se déclarent choqués par le fait que l’hôtel des bleus soit trop luxueux. Et il faut dire que le contraste entre les résultats très médiocres du onze tricolore et le luxe de leur hôtel accentue encore la contestation. Enfin, le contexte de la crise pourrait pousser à adopter des standards hôteliers un peu moins clinquants. Bref, la parole de la secrétaire d’Etat peut sembler frapper du bon sens.
Sauf que… Tout d’abord, ce n’est pas l’Etat qui paie cet hôtel, mais la Fédération Française de Football, qui a donc totale liberté pour estimer quel cadre est nécessaire à la meilleure préparation possible de l’équipe de France. Ensuite, même si nous sommes en période de crise, faut-il demander à toutes les personnes connues de ne plus acheter des voitures de luxe ou d’aller dans de grands restaurants ? Qu’est-ce qu’un tel comportement va bien pouvoir apporter au peuple ?
Mini-Sarkozy
Enfin, n’est-il pas imaginable que les footballeurs de l’équipe de France aient besoin de confort pour préparer la Coupe du Monde, avec le stress que cela peut représenter. En outre, on peut tout de même comprendre que leur niveau de confort quotidien implique le choix d’un hôtel de grand luxe pour le commun des mortels. Certes, il est facile dans le contexte actuel de tirer sur l’ambulance, mais il est difficile de ne pas y voir une simple manœuvre destinée à faire parler d’elle.
Cela est d’autant plus crédible que la secrétaire d’Etat avait défendu il y a quelques mois les avantages fiscaux des sportifs que l’Assemblée Nationale souhaitait supprimer. Entre les deux, elle fait le grand écart. Mais le seul point commun est une capacité remarquée et remarquable de tirer la couverture à elle et d’oublier fréquemment le devoir de solidarité qui devrait être le sien, que ce soit vis-à-vis du gouvernement ou de l’équipe de France de football…
Rama Yade s’est construit une belle notoriété et une belle image par ses déclarations fracassantes. Mais quand on gratte un peu, il est difficile de ne pas y voir seulement une réplique du Nicolas Sarkozy de la période 2002-2007, certes belle, jeune et noire.
11:17 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : rama yade, équipe de france de football
24.11.2009
La bataille gagnée par Rama Yade
Ca y est ! Après une bagarre qui a duré plusieurs mois, la secrétaire d’Etat aux sports a obtenu ce qu’elle voulait, à savoir être candidate dans les Hauts de Seine plutôt que dans le Val d’Oise, malgré les souhaits de la tête de liste régionale, Valérie Pécresse.
Un choix logique
Il faut dire que ce choix est plus logique. En effet, Rama Yade est conseillère municipale d’opposition à Colombes, dans les Hauts de Seine. Elle vise ouvertement une circonscription du département actuellement détenue par un communiste. Dès lors, une candidature dans le Val d’Oise aurait été complètement incohérente. En outre, la presse a rapporté qu’une élue UMP avait affirmé qu’elle ferait davantage « couleur local » dans le Val d’Oise plutôt que dans les Hauts de Seine…
L’Elysée semblait à la manœuvre selon la presse et les récents échanges assez aigres entre la secrétaire d’Etat et différents membres de la majorité, y compris le Premier Ministre ne semblaient guère lui laisser de chances de parvenir à son but. Mais finalement, le bon sens l’a emporté, Rama Yade pourra se présenter dans le département dont elle est déjà l’élue et où elle a grandi. Une belle victoire pour la benjamine du gouvernement qui affrontait une puissante coalition…
Prime à l’insolence ou ticket de sortie ?
Mais si ce choix est finalement beaucoup plus cohérent, on peut se demander s’il n’aura pas des conséquences partiellement néfastes. En effet, même si son combat était juste, Rama Yade a emporté la décision alors qu’elle est en pleine disgrâce gouvernementale et que son maintien dans l’équipe Fillon semble ne tenir qu’à un fil. Il est donc en partie surprenant qu’elle ait gagné ce bras de fer, qu’elle n’abordait pas en position de force. Une victoire des sondages ?
On peut même se demander si cette victoire ne va pas renforcer l’insolence de la chouchou des sondages, qui dépasse fréquemment les bornes de ce que la solidarité gouvernementale devrait lui imposer. On peut y voir deux interprétations. Soit il s’agit d’une preuve de la faiblesse d’un président qui humilie mais ne sanctionne rarement. Soit il s’agit d’un calcul, à savoir que cette élection pourrait être l’occasion de sortir l’insolente du gouvernement pour la laisser se concentrer sur ses mandats locaux…
Rama Yade a gagné le bras de fer sur le lieu de sa candidature. Une décision logique dans l’absolu. Mais ce n’est qu’après les élections régionales que nous verrons si cette victoire n’est pas obscurcie par des mesures de rétorsions, comme une éviction du gouvernement…
10:55 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : rama yade, élections régionales, hauts de seine, val d'oise, valérie pécresse
18.11.2009
Du collectif en politique
Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Un temps où les ministres fermaient leur gueule ou démissionnaient. Un temps où les membres d’un même parti, même s’ils pouvaient se critiquer fortement en privé, se refusaient presque tout le temps à le faire en public.
A gauche, le bateau ivre
La polémique sur la venue de Ségolène Royal à Dijon n’est que le énième épisode de la psychothérapie public d’un parti socialiste soumis à des ambitions personnelles qui ne laissent plus la moindre place au désir d’un avenir commun. Désormais, au PS, quand on a un état d’âme vis-à-vis d’un camarade, on le fait en présence des micros pour s’assurer une existence médiatique. Depuis une semaine, nous subissons une nouvelle scène de ménage, entre Ségolène Royal et son ancien lieutenant, Vincent Peillon.
Il n’y a pas besoin d’être socialiste pour avoir simplement envie que les deux se voient, parlent entre quatre yeux et règlent leurs histoires en privé, sans ressentir le besoin d’exprimer leurs états d’âme par micro interposé. En effet, cela fait maintenant trois ans que le Parti Socialiste est rentré dans un bal des egos où le destin commun ne semble plus importer du tout, ce qui permet à chacun de se répandre en critiques sur l’autre de manière publique, le meilleur moyen de faire parler de soi.
A droite, entre caporalisme et chienlit
A droite, la situation n’est guère meilleure. La majorité sous Nicolas Sarkozy hésite entre un caporalisme qui ferait passer les godillots gaullistes pour des sauvageons ou une posture rebelle inspirée du comportement de l’actuel président de 2002 à 2007. D’une part, seize (!!!) ministres de la République sont capables de se lever comme un seul homme pour défendre l’indéfendable, la candidature de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD, avant de voir leur ligne de défense décrédibilisée par le retrait de cette candidature.
De l’autre, certains s’inspirent ouvertement de la stratégie d’opposition permanente utilisée par Nicolas Sarkozy pendant le second mandat de Jacques Chirac pour exister médiatiquement et préparer leur avenir, sans être sanctionné par le président. C’est ainsi que Rama Yade continue de manquer à son devoir de réserve et de solidarité gouvernementale alors qu’elle aurait dû être démissionnée depuis longtemps. Jean-François Copé, quand à lui, fait déjà écouter sa petite musique en vue de 2017.
L’oubli du collectif
Ce qui est terrifiant dans ce constat, c’est de constater à quel point les ambitions sont devenues purement personnelles. Il ne semble plus y avoir d’idéologues et de serviteurs de l’Etat dans les grands partis. Il n’y a plus que des ambitieux en quête d’une carrière, quelques soient les moyens. Il y quinze ans, les Chevènement ou Séguin montraient qu’un individu pouvait se battre pour des idées, quitte parfois à y risquer sa carrière. On parlait encore de serviteurs de l’Etat avec Hubert Védrine.
La politique, c’est se mettre au service d’un collectif, d’une collectivité de personne, savoir la diriger, la représenter, l’écouter. Le sens du service doit donc naturellement s’accompagner d’une retenue, d’un esprit d’équipe qui s’acquiert d’autant plus facilement quand il est au service d’un idéal partagé. Dès lors, le collectif finit par primer avant tout. Les explications ont lieu en privé, loin des lumières des médias, parce que c’est l’intérêt du groupe. Aujourd’hui, c’est le règne des egos et des intérêts individuels.
Le spectacle des deux prochaines années risque d’être désolant entre un Parti Socialiste qui arrive toujours à creuser quand on croit qu’il atteint le fond et une UMP partagée entre fascination servile et rébellion calculée à l’égard de Nicolas Sarkozy. Nous avons bien besoin d’un troisième homme ?
10:55 Publié dans Actualités, Parti Socialiste, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ségolène royal, vincent peillon, rama yade, nicolas sarkozy, solidarité gouvernementale



