04.08.2010

Réflexions sur la re-civilisation

C’est un débat passionnant que Malakine a lance sur son blog Horizons. J’en rends compte un peu tard mais je vous invite à lire les trois papiers qu’il a écrits suite à une polémique avec Riposte Laïque.

L’analyse de Malakine

Cette série a commencé par un papier intitulé « Et si le mal était en nous ». Il dénonce la logique de bouc-émissaire, faisant un parallèle avec la crise où les traders ont été injustement présentés comme les causes d’une crise essentiellement systémique. Il poursuit en soulignant les ravages de l’individualisme, le refus très soixante-huitard de l’autorité en soulignant que cela ne concerne pas que les immigrés, même si le choc des cultures y accentue ce phénomène, qui touche toute la société.

Enfin, il souligne, quelques jours à peine avant la poussé sécuritaire de la majorité, que Nicolas Sarkozy pourrait en faire l’axe principal de sa campagne en 2012, en déclarant une véritable guerre aux délinquants issus de l’immigration, en en faisant les ennemis de la nation. Il croit qu’une telle stratégie pourrait être gagnante, tant la gauche peine à articuler le moindre discours sur la sécurité. C’est pourquoi il dénonce l’opposition radicale de Riposte Laïque à l’Islam dans sa globalité.

Dans un second papier, il développe le concept très intéressant de « dé-civilisation ». Il décrit un « homo spontaneus », issu de la révolution libertarienne des années 1970, animé par ses désirs et ses émotions, refusant toute autorité d’une société devenue trop molle, où l’on valorise plus les victimes que les héros. De là, il en tire trois propositions : le passage « du collège unique à l’élitisme républicain », « un service civique jeune » et « censure et protectionnisme culturel ».

Enfin, il développe des propositions plus répressives dans un troisième papier. La première consiste à « fonder la sanction sur la dangerosité sociale plus que sur la gravité de la faute », argumentant pour des sanctions plus sévères pour les personnes où le risque de récidive est plus grand. Ensuite, il propose de passer « de la prison à la Communauté de Rééducation par le Travail (CRT) ». Enfin, il envisage carrément de « rétablir la peine de mort », même si ce rétablissement pourrait n’être que symbolique.

Enfin une analyse intéressante sur la violence de notre société !

Alors que depuis huit ans, Nicolas Sarkozy fait mine de s’occuper de la sécurité du pays en alternant les coups de menton  et les projets de lois, on retrouve dans ces trois textes beaucoup plus de réflexions que tout ce que le président a pu dire depuis 2002. Même si Malakine pousse ses analyses et ses propositions parfois un peu loin à mon sens, ce qu’il écrit suscite un débat passionnant sur les réponses à apporter. En outre, au global, je trouve qu’il fait preuve de modération (entre l’éducatif et le répressif). L’exemple d’une réponse ferme et posée à la bouillie verbale du gouvernement.

Je partage assez naturellement l’ensemble du constat, que l’on retrouve également sous la plume de Jacques Généreux dans « La dissociété ». Le terme de « dé-civilisation » est particulièrement bien trouvé et me rappelle la conclusion du livre de Paul Jorion « La crise », où celui-ci soulignait que le laissez faire nous ramène en arrière, dans une forme de nouvel état de nature primitif, qui doit être civilisé. On peut voir dans la description très noire de l’homo spontaneus comme une description de la société étasunienne, qui pourrait devenir notre horizon si nous n’y prenons garde.

Avant, les jeunes étaient façonnés par une école où l’autorité était forte, ce qui nourrissait l’autorité de la société sur l’individu, lui donnant une éducation à la vie en communauté, complémentaire à l’éducation familiale. Aujourd’hui, la société laisse trop de jeunes mal se tenir, en tout impunité. C’est pourquoi le « service civique jeune » et les propositions sur le collège sont intéressantes, même s’il convient de ne pas trop cloisonner le collège (en privilégiant des classes différenciées au sein d’un même collège plutôt que des établissements différents, à part pour les « sauvageons »).

La proposition iconoclaste de « censure » a le mérite de poser la question des conséquences du laissez faire absolu que nous avons adopté et de l’encadrement qu’il pourrait être opportun de mettre en place. L’idée des CRT est très intéressante dans la mesure où elle déstructurerait sans doute moins les prisonniers que les prisons actuelles. Enfin, la prise en compte de la dangerosité d’un individu sur la société me semble correspondre à l’intérêt général. En revanche, je suis opposé au retour de la peine de mort, mesure que je ne trouve pas « civilisée » et qui pose toujours la question de l’erreur judiciaire.

En trois papiers, Malakine a bien mieux traité des problèmes de sécurité que celui qui se vante d’être le « premier flic de France », sans tomber dans les clichés anti-banlieues ou anti-immigrés. Même si je ne suis pas d’accord sur tout, voilà une très belle série pour y réfléchir.