09.12.2008
Faut-il racheter les actifs pourris des banques ?
Pour sauver les institutions financières de la crise qu’elles ont provoquée à cause à la déréglementation, les banques centrales rachètent à tour de bras les actifs des banques. Bizarrement, il y a très peu de débat sur la pertinence de tels rachats, qui mobilisent pourtant des sommes considérables.
Retour à l’origine de la crise
Si les subprimes portent une responsabilité importante dans le déclenchement de la crise, ils ne sont pas les seuls responsables de la catastrophe financière actuelle. Bien sûr, le mécanisme de prêts hypothécaires, souvent à taux variables a joué le rôle de déclencheur. Mais il s’inscrivait dans une problématique plus globale et n’était qu’un des vices du système. En effet, il faut s’interroger sur les raisons du recours à de tels emprunts par les ménages modestes pour mieux comprendre les limites du système néolibéral.
Si la valeur des actifs immobiliers a tant progressé, c’est parce que les institutions financières ont abusé de l’effet de levier, en empruntant toujours plus par rapport à un même capital, et parce que l’augmentation des revenus élevés a poussé l’ensemble du marché à la hausse. Mais comme les revenus des ménages modestes n’ont pas progressé aux Etats-Unis depuis trente ans, comme le montre Robert Reich, leur seule solution pour devenir propriétaire a été d’emprunter dans des conditions très risquées. Les banques ne se sont pas souciées du risque car elles l’ont revendu, pensant y échapper, alors qu’il était seulement devenu insaisissable.
Un effet de levier devenu insoutenable
Les cours de l’immobilier ont rapidement formé une bulle appelée à éclater. Les raisons en sont doubles : des taux relativement bas, mais surtout un afflux de liquidités consécutif à l’accroissement de l’effet de levier par les banques. À titre d’exemple, cet été, le bilan de Citigroup était de 2400 milliards de dollars, pour lesquels la banque n’avait besoin que de 200 milliards de capital…. Pire, les banques ont placé de plus en plus d’engagements hors bilan (1200 milliards dans le cas de Citigroup), ce qui permettait mécaniquement d’augmenter le rendement du capital, simplement en pariant plus pour une même somme.
Cette belle équation s’est révélée mortelle quand la valeur des actifs a plongé puisque les sommes perdues pouvaient rapidement dépasser le capital initial. Résultat, les banques ont été contraintes de vendre leurs actifs, poussant encore leur valeur à la baisse dans un cercle vicieux qui est le même à la hausse comme à la baisse. Aujourd’hui, le bilan de Citigroup atteint 2000 milliards de dollars, pour environ 300 milliards de capital. Morgan Stanley avait ainsi 33 dollars d’actifs pour chaque dollar de capital il y a un an, mais n’en a plus que 16 aujourd’hui, ce qui a provoqué une baisse de son bilan de plus de 200 milliards de dollars.
Cette baisse de l’effet de levier et des cours a un puissant effet déflationniste puisqu’elle provoque une destruction d’autant plus massive de monnaie que l’effet de levier était déraisonnablement haut. Résultat, cela permet aux banques centrales de recourir à la planche à billet sans grand risque pour l’inflation (tant que le cours des actifs ne monte pas), comme au Japon dans les années 90.
Le rachat des actifs pourris est-il une solution ?
Mais la panique financière fait que beaucoup d’actifs sont aujourd’hui difficilement vendables et devant la baisse des cours, les banques se retrouvent prises à la gorge, à la fois dans l’obligation de vendre pour restaurer leurs ratios, tout en ne trouvant pas d’acheteur. Il y a trois solutions pour sauver les banques de cette situation difficile : les recapitaliser pour leur permettre de retrouver leurs ratios sans avoir à vendre des actifs, leur prêter de l’argent ou tout simplement racheter les actifs invendables, ce que font aujourd’hui les banques centrales, notamment la Fed.
Mais cette pratique pose un gros problème, outre le manque absolu de contrôle démocratique. Elle elle ne permet pas à celui qui aide les banques d’influer sur leur gestion. C’est aussi le cas des prêts consentis par Nicolas Sarkozy. La seule solution acceptable est la recapitalisation, qui sanctionne les actionnaires qui n’ont pas fait leur travail ainsi que les dirigeants fautifs. Il est important que les mauvaises pratiques soient sanctionnées, sous peine de créer un aléa moral qui n’encouragera pas de meilleures pratiques demain. Enfin cela permet également à l’Etat d’influer sur les pratiques des banques (rémunérations, parachutes dorés…) ainsi que de récupérer sa mise.
Simplement racheter les actifs pourris des banques revient à compenser leurs erreurs sans les sanctionner. C’est pourquoi il est important que la conséquence d’une mauvaise gestion soit une recapitalisation, quitte à nationaliser les institutions financières.
Source : The Economist, 29 novembre
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : crise économique, effet de levier, the economist, actifs pourris, recapitalisation



