10.10.2009

Le Red Bull, problème sanitaire ou politique ?

Jeudi soir, Envoyé Spécial a diffusé un reportage engagé mais également édifiant sur la boisson énergisante qui déclenche la polémique depuis des années. Autant que les problèmes de santé, le cas Red Rull est aussi révélateur de problèmes plus politiques.

Le Red Bull pose-t-il un problème pour la santé ?

Le moins que l’on puisse dire est que le reportage n’était pas vraiment neutre. Si les journalistes reconnaissaient qu’il n’y a pas de preuves directes du danger du Red Bull, ils ont néanmoins évoqué plusieurs études indiquant un risque potentiel. Une étude sur les souris montrerait que la consommation de Red Bull pouvait provoquer une automutilation des rongeurs. Malheureusement, le reportage ne mentionnait pas les quantités impliquées, élément pourtant important...

Une autre étude conduite sur des hommes indiquerait que la prise de Red Bull tend à rapprocher le rythme cardiaque de patients sains de celui de personnes au cœur malade, notamment quand il est associé à la vodka. Enfin, les journalistes sont revenus sur une polémique passée dans les pays nordiques, où le Red Bull a été accusé d’avoir contribué à la mort subite et sans explication de jeunes en parfaite santé. Le reportage comprenait notamment l’interview de la famille d’une victime et d’un médecin.

Il est cependant dommage de ne pas avoir davantage cherché à expliquer pourquoi le Red Bull pourrait poser problème. En effet, on aurait aimé en savoir plus sur la taurine et ses effets, sur le niveau de caféine contenu dans cette boisson et les éventuels dangers d’une trop grande consommation. Enfin, il est dommage de ne pas avoir donné la parole à la défense, même s’il est vrai que Red Bull refuse tout commentaire, ce qui ne facilitait pas la tâche des journalistes.

Et si le Red Bull était un problème politique ?

Ce problème n’a été évoqué que très brièvement, à la fin du reportage. On y voit Roselyne Bachelot, ministre de la santé, expliquer qu’elle n’était pas favorable à la commercialisation du Red Bull en France, conformément au principe de précaution évoqué notamment par l’AFSSA. Elle révèle ensuite les raison pour lesquels le gouvernement Français, qui avait résisté pendant plus de dix ans à la boisson aux taureaux rouges, a fini par céder à la pression de l’entreprise autrichienne.

Les raisons sont simples : suite à une directive européenne, Red Bull, dont la commercialisation était autorisée dans de nombreux pays de l’Union, pouvait poursuivre la France pour interdiction abusive. La marque autrichienne demandait 300 millions d’euros et avait toutes les chances de les obtenir. Selon les dispositions légales en place, il revenait à la France de prouver la nocivité du produit interdit et non pas au producteur de prouver son innocuité.

Comment ne pas être choqué par le fonctionnement actuel du marché européen ? Les entreprises peuvent maintenant opposer le droit communautaire aux principes de précaution des Etats. Les multinationales utilisent aujourd’hui la législation européenne pour faire plier les Etats dans un surprenant renversement des pouvoirs. Pourtant, ne devrait-on pas considérer les Etats suffisamment légitimes pour choisir s’ils acceptent la commercialisation d’un produit ?

Ce reportage appelle deux conclusions. Il est urgent de conduire une étude pour établir, ou non, l’innocuité du Red Bull. Deuxièmement, on peut se demander si l’Europe ne marche pas sur la tête en permettant à des multinationales d’imposer leurs intérêts à la volonté souveraine d’Etats démocratiques.