23.03.2009
L’endettement public actuel est-il irresponsable ?
Aujourd’hui, il est convenu de considérer que les Etats s’endettent de manière excessive. Il est vrai que les déficits atteignent des niveaux historiques. Mais, avec un peu de recul, on se rend compte que la situation, si elle est exceptionnelle et nécessite du doigté, reste pour l’instant sous contrôle.
Des situations très différentes par pays
Premièrement, il est impossible de généraliser tant les pays ont des niveaux différents d’endettement et de déficits publics. Quand le Japon est endetté à hauteur de plus de 175% de son PIB, l’Italie de plus de 105%, la France, l’Allemagne et les Etats-Unis sont plutôt autour de 65% et le Royaume-Uni ou l’Espagne autour de 40%. Le niveau des déficits est également extrêmement différent, entre les 12% du PIB outre-Atlantique, 8% au Royaume-Uni et une zone euro qui oscille entre 3 et 6%.
Les chiffres évoqués paraissent extrêmement importants car tant les niveaux d’endettement que de déficits sont au plus haut depuis une cinquantaine d’années. Cependant, un examen de l’histoire permet de constater que la dette Américaine dépassait les 100% du PIB au sortir de la guerre, qui plus est, à une époque où les recettes fiscales de l’Etat étaient une fraction de ce qu’elles sont aujourd’hui. De même, la Grande Bretagne a connu des niveaux d’endettement très importants sans faire défaut.
Alors, on pourra dire que c’était à cause de la guerre, mais l’excuse de la cause ne change rien à la capacité de l’Etat à rembourser sa dette… Ce que les Etats occidentaux ont pu faire dans le passé peut-être fait demain. Bien sûr, le contexte de croissance d’après-guerre favorisait l’apurement des finances publiques, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, mais si l’on compare le niveau d’endettement par rapport aux recettes de l’Etat, nous sommes très loin des extrêmes de l’après-guerre.
Quelle est la situation réelle de la France ?
Certains politiques et journalistes dramatisent volontiers la situation de notre pays. Un examen plus apaisé permet de constater que nous nous situons seulement dans la moyenne, tant pour l’endettement (65% du PIB contre 40 à 175% pour les autres pays comparables) que le déficit (6% contre 3 à 12%). Bref, même s’il n’y a pas de quoi pavoiser, la situation est loin d’être aussi dramatique que certains le disent. Mieux, en fouillant un peu, il apparaît que nous sommes finalement peu endettés.
C’est Alternatives Economiques qui en avait parlé le premier cet automne, mais les chiffres de l’OCDE relativisent clairement la position de notre pays. En effet, il est un peu illusoire de seulement regarder l’endettement sans prendre en compte les actifs de l’Etat. Et en prenant en compte les actifs financiers, l’endettement net de la France n’atteint plus que 37,5% du PIB, battu seulement par le Royaume-Uni. Et encore, les actifs immobiliers ne sont pas pris en compte (avec eux, nous sommes à l’équilibre).
Encore mieux, si l’on mesure l’endettement total du pays (Etat, ménages et entreprises), la France est le pays le moins endetté de l’OCDE avec 190% du PIB, du fait de la grande modération des ménages. Du coup, la politique de relance du gouvernement n’en apparaît que beaucoup trop limitée financièrement. Paradoxalement, la France a les moyens d’une politique de relance beaucoup plus ambitieuse pour sortir de la crise, comme les Etats-Unis le font avec Barack Obama.
Bref, loin des portraits catastrophistes dressés par certains, la situation de la France n’est pas problématique. Si l’équilibre budgétaire devrait être beaucoup plus respecté en période de croissance, nous pouvons aujourd’hui recourir à l’endettement pour sortir de la crise.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : dette publique, déficit budgétaire, relance
03.10.2008
Le niveau de la dette publique nous permet une relance budgétaire !
Le titre de ce papier va sans doute surprendre : depuis que François Fillon a eu l’imprudence de déclarer notre pays en état de faillite, la dénonciation du niveau de la dette publique est devenu un sport national. Mais si la situation n’est pas riante, un examen approfondi permet de nuancer ce catastrophisme.
En effet, la dette de l’Etat dépasse 1 200 milliards d’euros, environ 65% du PIB. Cette dette a littéralement explosé depuis la fin des années 70, où elle s’établissait à moins de 100 milliards d’euros et 20% du PIB. Elle a atteint 35% en 1990 avant d’augmenter fortement en quelques années sous la conjonction de forts déficits, de taux d’intérêts élevés et d’une faible croissance pour dépasser 55% du PIB en 1995. La dette publique pose plusieurs problèmes. Tout d’abord, les intérêts qu’elle génère (plus de 40 milliards d’euros) grèvent le budget de l’Etat, qui serait proche de l’équilibre hors intérêts. Le déficit ainsi généré limite la capacité d’action du gouvernement : si l’Espagne peut aisément financer un plan de soutien à son économie c’est aussi parce qu’elle a accumulé des excédents les années précédentes et qu’elle affiche une dette d’environ 40% de son PIB, encore plus faible que la dette britannique (42% en 2006).
Mais ce tableau très noir doit être nuancé pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’endettement de la France reste parfaitement raisonnable par rapport aux autres pays. En effet, si nous sommes plus endettés que les Espagnols ou les Britanniques, nous le sommes autant que les Allemands ou les Américains (autour de 65% du PIB) et beaucoup moins que les Italiens (106%) ou les Japonais (177%). Ensuite, il faut noter que la dette totale de la France (Etat, entreprises et ménages) est la plus faible des grands pays occidentaux. Enfin, une étude d’Alternatives Economiques avait montré que la dette financière nette de la France (qui prend également en compte les nombreux actifs financiers de l’Etat Français) est en fait stable autour de 38% du PIB depuis 1995 et qu’elle est compensée par les actifs non financiers de l’Etat (bâtiments entre autres). Enfin, le niveau de la dette se mesure également aux revenus de l’Etat : elle représente une année et demie de prélèvements obligatoires, ce qui représente un niveau somme toute parfaitement gérable quand on raisonne à l’échelle d’un ménage par exemple.
Bien sûr, il eut été bien meilleur d’aborder la crise actuelle avec un budget équilibré pour avoir plus de marges de manœuvre. Si les cassandres de la dette n’ont pas totalement tort en brandissant le fardeau que nous laissons pour les prochaines générations, leur catastrophisme est complètement ridicule. Il faut noter que le niveau incroyable de la dette Japonaise n’empêche pas le gouvernement d’emprunter à 1,5% à 10 ans. Il serait grandement souhaitable que le niveau de la dette et du déficit soient plus bas. Néanmoins, étant donnée la situation économique actuelle, il ne faudra pas hésiter à relancer la machine, y compris par les voies budgétaires, quitte à creuser momentanément les déficits. L’absence de relance pourrait également être une erreur car notre endettement et les déficits progresseront si le PIB se contracte.
L’endettement n’est pas une solution en soi. Néanmoins, dans le cas présent, il vaut mieux lâcher un peu la bride sur les budgets pour relancer la machine économique en voie d’asphyxie financière. En outre, si nous investissons sur les infrastructures ou les économies d’énergie, cet argent rapportera rapidement.
Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_pays_par_dette_publ...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Dette_publique_france_...
10:53 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : dette publique, déficit budgétaire, relance



