05.03.2011

Sarkozy 2012 = Giscard 1981 + Mitterrand 1993

Le président de la République semble diriger le radeau de la méduse. Son précédent remaniement a tenu à peine trois mois, sa majorité se chamaille à la première occasion, et son gouvernement erre, sans cap, surfant sur des polémiques stériles et des mesures ahurissantes.

Un candidat évident

Ecartons tout d’abord une hypothèse franchement improbable, malgré les convictions de Jean-Michel Apathie. Nicolas Sarkozy sera bel et bien candidat en 2012. Il tient déjà un discours de candidat et le sentiment d’invincibilité donné par sa victoire de 2007 pourra toujours lui faire croire qu’il arrivera à s’en sortir. En outre, qui pour le remplacer ? Même si 60% des Français ne veulent pas qu’ils se représentent, il reste largement le meilleur candidat dans les sondages.

Qu’un président aussi impopulaire arrive encore à devancer ses rivaux potentiels dans son parti montre l’étendue du désastre pour l’UMP. François Fillon reste transparent, et affaibli par ses vacances en Egypte qui questionnent son bon sens. Alain Juppé, même s’il est le nouvel homme fort du gouvernement, ne nourrit plus d’ambition présidentielle, et préfèrera regarder Nicolas Sarkozy tomber, ce qui convient parfaitement à Jean-François Copé en vue de 2017.

La discorde à l’UMP

Faut-il y voir une raison pour laquelle le patron de l’UMP multiplie les déclarations tranchantes et les polémiques (TVA sociale, débat sur l’Islam…), outre le virage noté par Gaël Brustier ? Après tout, il a sans doute intérêt à une défaite en 2012 car il serait plus difficile pour lui de gagner en 2017 après vingt-deux ans de présidence de droite… Du coup, tout en jurant loyauté au président, il pourrait bien dynamiter sa campagne de l’intérieur, l’air de ne pas y toucher…

Pire, alors que les socialistes s’étaient spécialisés dans les querelles intestines, c’est maintenant l’UMP qui semble le camp le moins discipliné. François Fillon tacle Alain Juppé lundi matin sur RTL en soulignant qu’il devra consacrer moins de temps à Bordeaux ? Ce dernier ne revient à Paris que mardi et égratigne le premier ministre. Les députés et les anciens ministres (Yves Jego, Rama Yade…) agissent comme des snipers contre le gouvernement. C’est la chienlit à droite !

Une élection perdue d’avance ?

Bien sûr, une élection n’est jamais perdue d’avance. Mais entre un bilan très mauvais et en décalage criant avec les promesses de campagne, un comportement peu apprécié des Français et l’usure du pouvoir, Nicolas Sarkozy semble très mal parti. Le président semble carbonisé. Certes, il se raccroche à l’espoir de faire comme en 2002, mais, là, le PS est dans l’opposition et celui qui pourrait bien être éliminé à force de pousser Marine Le Pen, ce pourrait bien être lui…

Le gouvernement semble aussi usé que le gouvernement Bérégovoy nommé en 1992. Le chef de gouvernement n’a de chef que le nom. Il n’a plus aucune prise sur l’actualité, qui le ballotte dangereusement. Bien sûr, la réforme fiscale et la dépendance sont de vrais sujets, mais ils sont explosifs et les qualités d’artificier de Nicolas Sarkozy laissent présager le pire. En outre, l’Elysée semble dans la même bulle que Valéry Giscard d’Estaing en 1981.

Le scénario le plus probable aujourd’hui est un lourd échec de Nicolas Sarkozy. Sa réussite de 2007 peut lui donner l’illusion qu’il va redresser la situation en instrumentalisant le FN. Mais à moins que le PS ne soit très maladroit (ce qui ne peut pas être totalement exclu), sa défaite est très probable.

28.02.2011

Remaniement pour gouvernement à bout de souffle

Après quelques hésitations, Nicolas Sarkozy a décidé de remanier son gouvernement et de sortir Michèle Alliot-Marie, qui n’était plus à même de mener la diplomatie Française dans le contexte actuel. Ces soubresauts donnent une ambiance de fin de règne à cette fin de son mandat.

Le remaniement d’un gouvernement remanié

Ce nouveau remaniement, à peine quelques mois après un remaniement raté, qui avait à la fois beaucoup trop tardé et déçu par son manque d’ampleur, illustre l’échec du président. Conformément aux rumeurs, Alain Juppé récupère les Affaires Etrangères. Il est remplacé par Gérard Longuet à la Défense. Enfin, Claude Guéant remplace Brice Hortefeux à l’Intérieur. Le président n’a pas eu un mot pour ce dernier et Michèle Alliot-Marie, qui est débarquée après de nombreuses polémiques.

En fait, Nicolas Sarkozy a justifié ce remaniement comme un moyen d’avoir une équipe plus à même d’affronter les enjeux du moment, constat cruel pour les deux débarqués. Il a lourdement insisté sur le contexte international, cherchant sans doute à atténuer les aspects négatifs de ce remaniement, un désaveu pour deux des membres clés de ses équipes depuis quatre ans et ce changement d’une équipe qui avait déjà été modifiée il y a à peine quelques mois.

L’échec extérieur

Nicolas Sarkozy comptait sur l’international pour relancer sa présidence, comme lors de la présidence de l’Union Européenne, en pleine crise financière. Las, les polémiques déclenchées par Michèle Alliot-Marie, François Fillon et Boris Boillon ont tout fait capoter. En outre, la diplomatie Française n’apparaît pas spécialement en avance sur les évènements qui se passent dans le monde arabe. Voilà une belle occasion de perdue dans une région où l’on aime la France.

En outre, le président qui disait vouloir radicalement réformer le capitalisme, a considérablement réduit ses ambitions pour la présidence du G20. Le gouvernement essaie donc de nous vendre que l’accord réalisé sur les indicateurs pour mesurer la stabilité du système économique est important. Ceci est totalement ridicule car la Chine a refusé les indicateurs qui la dérangeaient et, plus de deux ans après la crise, on aimerait que les discussions portent sur les solutions plutôt que sur les indicateurs.

L’échec intérieur

Loin de se relancer, Nicolas Sarkozy s’affaiblit. Alors qu’il flirtait encore avec les 30% dans les sondages pour le premier tour des présidentielles, il dépasse aujourd’hui à peine les 20%, avec Marine Le Pen qui klaxonne derrière. Loin de rassembler son camp, ces choix (débat sur l’islam ou l’immigration) semblent pousser une partie de ses électeurs à se tourner vers le FN. Alors qu’il souhaitait éliminer les socialistes du premier tour, c’est lui qui risque de finir par l’être…

Et ce ne sont pas les chiffres du chômage qui vont l’aider, car come Marianne le démontre, la baisse de janvier est totalement artificielle. Le nombre total de chômeurs (incluant ceux à temps partiel) est stable en réalité. En outre le gouvernement a recourt aux radiations (12 000 de plus) et aux emplois aidés pour améliorer les statistiques officielles. Et ce ne sont pas les réformes fiscales à venir qui risquent de rendre le gouvernement plus populaire…

Bref, les innombrables soubresauts qui agitent le pouvoir me rappellent aujourd’hui la fin du mandat de François Mitterrand. Ce remaniement est un lointain écho à celui de 1992 qui corrigeait l’échec de celui de 1991. Nicolas Sarkozy n’aborde pas la campagne très sereinement...  

 

19.11.2010

Gouvernement, PS : la chienlit au pouvoir !

L’action politique est forcément collective. Si elle nécessite un chef et une hiérarchie, elle repose sur une équipe et son efficacité dépend aussi de la discipline qui y règne. Un temps, « on fermait sa gueule ou on démissionnait ». Aujourd’hui, chacun étale ses divergences au grand jour.

Gauche-droite : match nul !

Depuis Nicolas Sarkozy, le terme de « solidarité gouvernementale » a gravement été mis à mal. Si elle a fini par être sanctionnée, Rama Yade a été pendant longtemps la sauvageonne du gouvernement. Nous avons eu d’autres exemples avec le remaniement. Brisant tous les usages, trois ministres ont carrément annoncé leur départ avant l’annonce officielle. Ensuite, nous avons eu droit à une litanie d’anciens déversant leurs états d’âme dans les médias.

Hervé Morin décroche le pompon en cumulant l’annonce de son départ et un épanchement bien peu républicain. En se comportant comme le recalé amer d’une émission de téléréalité, comment espère-t-il avoir la moindre crédibilité pour être candidat à la présidence? Fadela Amara a qualifié François Fillon de « bourgeois de la Sarthe » et a dénoncé « l’inertie et le sectarisme » dont elle a été victime. Jean-Louis Borloo a taclé le premier ministre qui aurait son premier opposant.

Mais le manque de décence n’est pas limité à la droite. Le Parti Socialiste avait réussi depuis la rentrée à afficher une certaine unité. Mais la machine à baffes est repartie de plus belle il y a quelques jours avec la présentation du projet sur « l’égalité réelle ». Même si ce texte est critiquable, il est incroyable que les socialistes soient incapables de laver leur linge sale en famille. Bien sûr, chaque saillie attire les médias, mais elle fait un effet désastreux sur l’image collective du parti.

De l’éthique à l’ego

L’action collective impose une certaine discipline. Il est parfaitement naturel que les membres d’un même parti ne soient pas d’accord sur tout en permanence. Mais les dissensions internes devraient au mieux être consignées à l’intérieur du parti ou, au pire, ne jamais déraper en critiques directes. Les membres du PS comme de l’UMP ne semblent animés que par leurs intérêts et leurs pulsions sans être capables d’envisager l’importance du destin commun qui devrait primer sur leurs petites personnes.

C’est ce que Jean-Pierre Chevènement avait théorisé en affirmant qu’ « un ministre, ça ferme sa gueule, ou ça démissionne ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a appliqué sa maxime tout au long de sa vie. Aujourd’hui les ambitieux aux dents longues de l’UMP, du PS ou du Centre pensent tellement à leur nombril qu’ils sont incapables de comprendre qu’ils se font aussi mal à eux-mêmes en critiquant sans cesse d’autres membres de leur parti. Les bienfaits de la discipline individuelle ont été oubliés.

Cette chienlit politicienne a une cause toute simple : l’absence de convictions. En effet, quand on croit en un idéal, on peut accepter de suivre la majorité et jouer le jeu de l’équipe. En cela, les débordements actuels en disent long sur la médiocrité du personnel politique des grands partis. 

17.11.2010

Nicolas remanie Sarkozy… en vue de 2012

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la séquence remaniement est un échec. L’addition d’un long processus et d’un ajustement très limité du gouvernement a sans doute posé problème. C’est sans doute pour cela que Nicolas Sarkozy est intervenu aussi rapidement.

Un contexte peu favorable

Ce remaniement était sensé marquer la deuxième phase du quinquennat du président, l’amener à l’élection présidentielle de 2012 dans de bonnes conditions. Résultat, les médias ironisent sur le poids pris par François Fillon ou sur la nouvelle déclaration ridicule de Christine Lagarde, qui parle de révolution. La majorité semble bien fébrile, avec les critiques (bien peu républicaines) exprimées par certains anciens ministres, quelques uns ayant annoncé leur départ avant l’annonce officielle…

Là-dessus, Nicolas Sarkozy se concocte un casting de journalistes a priori dociles pour son interview. Prendre Michel Denisot, avec qui il a écrit un livre plutôt que Jean-Michel Apathie ou Anne-Sophie Lapix est franchement choquant, d’autant plus que l’animateur de Canal Plus a été totalement transparent. Il tout de même a réussi à dire que le président avait une intelligence supérieure à la moyenne et a fait passer Claire Chazal et David Pujadas pour des impertinents à côté...

La mauvaise foi au pouvoir

Les présentateurs de TF1 et France 2 n’ont presque évité aucun sujet qui fâche et, s’ils n’ont pas été très insistants, n’ont pas été complaisants. En revanche, le président de la République a été d’une mauvaise foi assez incroyable. Quand on lui a posé la question de la moindre ouverture de son gouvernement, il a brandi des nominations administratives. Sur la réduction du périmètre ministère de l’environnement, il a osé répondre qu’il conservait la fixation du prix des énergies… renouvelables

Il a affirmé qu’avant lui, pendant dix ans, on changeait de ministre des finances tous les ans. Il a osé soutenir qu’après le livre blanc sur les retraites de 1991, rien n’avait été fait depuis 19 ans, oubliant la réforme de 1993 et celle de 2003. Il a aussi soutenu que sa réforme règle le problème de financement des retraites alors que ce n’est absolument pas le cas (le régime restera déficitaire jusqu’en 2018 et le sera après). Enfin, il a aussi soutenu que c’était les médias qui avaient stigmatisé les Roms.

En route vers 2012

La feuille de route des prochains mois est assez bien étudiée : un coup à droite et un coup à gauche. Le premier semestre sera consacré à une réforme fiscale visant à la fois à supprimer le bouclier fiscal et l’ISF. Le président a souscrit au mythe de la persécution fiscale des plus riches. Ensuite, le gouvernement travaillera sur la dépendance et visera à réduire le chômage des jeunes, notamment en poussant l’apprentissage (une bonne idée). Sa candidature est en marche.

Sur le style, il a fait plus présidentiel, prenant de la hauteur (il aurait délégué la constitution du gouvernement). Il a pris le soin de complimenter DSK (tout en l’utilisant sur les retraites), ainsi que les juges (attitude plus rare chez lui). Il a fait preuve d’une fausse humilité sur le débat sur l’identité nationale, en soulignant que c’était uniquement un problème de compréhension. En revanche, il parle toujours beaucoup trop de lui et trop peu de la France et des Français.

Sur le fond, le « story-telling » de 2012 semble se mettre en route. La France a affronté une crise terrible, que Nicolas Sarkozy aurait particulièrement bien gérée et il faut absolument éviter un retour des socialistes irresponsables au pouvoir. Le président lance à la fois une mobilisation de la droite (via la réforme de la retraite, de la fiscalité, le maintien de Fillon, le travail sur son style), tout en n’oubliant pas le second tour (dépendance, chômage des jeunes, régulation du capitalisme).

Au global, l’agenda semble assez habile. Mais le problème est que, quand on parle beaucoup et que l’on réalise peu quand on est au pouvoir, cela se voit. Nicolas Sarkozy s’est usé prématurément. Quel crédit pourra-t-il bien avoir en 2012 ?

15.11.2010

Nicolas Sarkozy, une main faible dans un gant de fer

Dans la mythologie élyséenne, le président de la République serait un grand réformateur qui aurait le courage de prendre les décisions que personne d’autres n’oserait assumer. Mais cette présentation ne résiste pas à une analyse un peu détaillée de son bilan.

Un mauvais bilan

Celui qui a été l’emblématique ministre de l’intérieur des années 2000 devrait rougir de son bilan sur les questions de sécurité. En effet, depuis huit ans, les violences aux personnes n’ont cessé de progresser, malgré les innombrables lois votées et les déclarations du gouvernement. Le « président du pouvoir d’achat » évite désormais soigneusement de parler de ce sujet. Sur l’économie, les résultats du gouvernement sont désastreux.

Si le gouvernement a pu fanfaronner quelques trimestres où la croissance était plus forte que celle de la zone euro, ce n’est pas le cas depuis six mois. Près de cinq millions de Français sont privés d’emplois. Le financement de notre système de retraites n’est absolument pas assuré par la réforme actuelle (les comptes ne seraient qu’à l’équilibre en 2018, et encore, avec des hypothèses bien optimistes) et notre déficit budgétaire sera le plus fort de la zone euro l’an prochain.

Une main faible

Nicolas Sarkozy aimerait être vu comme un homme courageux capable de prendre des décisions difficiles. Dans la réalité, il parle beaucoup, quitte à froisser beaucoup de monde, mais cède très souvent (à part sur la réforme des retraites). Sur les régimes spéciaux, il a énormément cédé, comme sur le traité de Lisbonne, qui de « mini traité limité aux questions institutionnelles tenant compte du ‘non’ », s’est transformé en TCE bis alors qu’il était en position de force pour obtenir ce qu’il voulait.

L’épisode du remaniement le montre bien d’ailleurs. Alors que tous les présidents précédents avaient nommé un premier ministre inattendu (Pompidou et Couve de Murville pour le Général, Barre pour VGE, Fabius et Cresson pour Mitterrand, DDV pour Chirac), Nicolas Sarkozy cède finalement à l’opinion public et celle de sa majorité. Il a mis beaucoup trop de temps à sanctionner Rama Yade malgré ses innombrables dérapages. Le sens de la décision ne semble pas son fort.

Un gant de fer

Le pire est que cette incapacité à prendre des décisions fortes, qui se retrouve dans la superficialité de la plupart des réformes, tranche avec un style qui, au contraire, est aussi tranchant qu’il ne l’est pas sur le fond. Pour Nicolas Sarkozy, le clivage se fait plus sur la forme que sur le fond, d’où l’improbable et navrant débat sur l’identité nationale, dont on se demande toujours pourquoi il a eu lieu, quels en étaient les objectifs et ce qui a bien pu en sortir, à part beaucoup de polémiques souvent stériles.

Nouvel exemple avec le G20 de la semaine dernière. Etant donné que la France prend la présidence de cette institution, on aurait pu s’attendre à ce que le président de la République prenne le soin d’assurer une bonne succession avec la Corée. Las, il est arrivé le dernier à Séoul et est reparti le premier, contrairement à tous les usages diplomatiques. La présidence du G20 est pour lui davantage un nouvel hochet qui flatte son ego qu’un moyen de chercher à faire concrètement quelque chose.

Cette présidence arrive à cumuler un activisme de façade qui irrite les Français et nos partenaires étrangers du fait de la forme tout en étant incapable de concevoir des réformes de fond sur la plupart des sujets (éducation, emploi, délocalisations, pouvoir d’achat, sécurité…). Vivement 2012 !

14.11.2010

Le petit remaniement d’un petit président

Après cinq mois d’un feuilleton interminable, Nicolas Sarkozy a enfin annoncé le remaniement du gouvernement. Cinq mois de perdus de plus pour un remaniement a minima qui ne changera rien et aura encore démontré toute la petitesse du président.

Un scénario ridicule

On pouvait s’attendre au maintien de François Fillon, comme je l’avais indiqué il y a tout juste un mois, car les autres hypothèses avaient chacune de grandes limites. Alors, pour donner une impression de surprise au renouvellement du Premier Ministre, le président a eu recours à tout un tas d’artifices qui semblent assez dérisoires aujourd’hui. Il a laissé fuiter une liste de successeurs potentiels dont la majeure partie n’étaient pas crédibles (Michèle Alliot-Marie, Bruno Le Marie ou François Baroin).

Dans la dernière ligne droite,  nous avons eu droit à l’hypothèse Jean-Louis Borloo, annoncé à 99% sûr à Matignon. Il apparaît aujourd’hui pour ce qu’il était : un leurre destiné à entretenir le suspens, un moyen scénaristique d’entretenir l’intérêt de ce mauvais feuilleton. Pire, pour essayer de surprendre, la seule nouveauté qu’a trouvé l’Elysée a été d’effectuer la transition un week-end (une première) et de laisser la France quelques heures sans premier ministre.

Comment ne pas trouver navrant de voir le remaniement réduit à de telles mesquineries ? Alors que la tradition veut qu’un premier ministre reconduit soit renommé immédiatement, les quelques heures de latence, destinées à bien montrer qui est le chef, illustrent une nouvelle fois le côté bêtement enfantin de celui qui n’est décidemment qu’un petit président. Pire, comment imaginer que cela n’a pas affecté le travail du gouvernement pendant ces cinq derniers mois ?

Un petit remaniement

La composition du gouvernement est finalement tout sauf révolutionnaire. Beaucoup de ministres restent en place (Brice Hortefeux, Christine Lagarde, François Baroin, Luc Châtel, Bruno Le Maire, Valérie Pécresse). Les principaux nouveaux arrivants étaient annoncés de longue date. Le fait que ce soit des revenants, Alain Juppé et Xavier Bertrand, montre le caractère limité de ce remaniement. Le maire de Bordeaux est le principal poids lourd venu renforcer l’équipe en place.

Le ministre du travail, de l’emploi et de la santé est exfiltré après un travail peu convaincant à la tête de l’UMP pour être remplacé par un Jean-François Copé qui a réussi à obtenir la tête du parti présidentiel, le poste idéal pour préparer 2017… il est difficile de ne pas voir dans la majorité des nouveaux arrivants un souci cosmétique de représentation des femmes, des minorités visibles ou du centre.

Les départs ne surprendront personne non plus. L’ouverture n’est plus. Après Martin Hirsch et Alain Joyandet, Fadela Amara et Bernard Kouchner, très contestés, quittent le navire gouvernemental. Ne subsiste plus qu’Eric Besson. Le sacrifice d’Eric Woerth montre que Nicolas Sarkozy peut céder à la pression extérieure. Le départ de Jean-Louis Borloo est assez logique : après avoir espéré Matignon, il lui était sans doute difficile de rester seulement ministre.

Au final, jamais nous n’aurons autant parlé pendant aussi longtemps d’un aussi petit remaniement. Non seulement le nom des ministres n’a guère d’importance dans cette présidence, mais en plus, les changements sont limités. Beaucoup de bruit pour rien.

14.10.2010

Quel sera le prochain locataire de Matignon ?

Depuis quelques mois, la France possède un Objet Gouvernemental Non Identifié : un gouvernement en sursis dont on sait qu’il va être très largement remanié pour préparer la dernière ligne droite avant les élections présidentielles. Petit point sur les spéculations.

Un nouveau premier ministre ?

Il y a encore quelques semaines, la tendance semblait être au maintien de François Fillon, comme le souhaite une large majorité de l’opinion publique. Mais la « tournée d’adieu » du premier ministre et certaines de ses déclarations semblent indiquer qu’il est sur le départ. Les mouvements sociaux sur les retraites pourraient influencer le choix du président de la République et le pousser vers Jean-Louis Borloo pour incarner une forme de réconciliation sociale.

Outre le contexte, deux critères devraient jouer dans le choix du président. Le premier devrait être la loyauté. Tous les présidents de la Cinquième République ont préféré aborder les échéances électorales avec un homme en qui ils avaient toute confiance, et qu’ils avaient « fait » pour la plupart : Georges Pompidou pour le Général, Pierre Messmer pour le successeur de Charles de Gaulle, Raymond Barre pour VGE, Laurent Fabius ou Pierre Bérégovoy pour François Mitterrand.

Revue des prétendants

A priori, ce raisonnement exclut Jean-François Copé, François Baroin, Bruno Lemaire ou Michèle Alliot-Marie. Nicolas Sarkozy ne pourrait pas compter à 100% sur de tels candidats du fait de leur passé, ou pour certains, de l’avenir qu’ils souhaitent se préparer… Il serait plus logique qu’il choisisse entre Christine Lagarde (malgré le questionnement sur son sens politique), Brice Hortefeux (trop droitier) ou Jean-Louis Borloo, qui semble aujourd’hui le grandissime favori.

Cependant, la surprise a souvent été au rendez-vous et il s’agit d’un élément déterminant pour provoquer un rebond dans l’opinion. Du coup, Nicolas Sarkozy pourrait se tourner vers Claude Guéant (pour rassurer et donner un côté plus sérieux, proche de celui de l’actuel locataire de Matignon), voir Luc Châtel, un bon petit soldat, à moins que la surprise soit finalement le maintien de François Fillon avec un cabinet largement remanié pour intégrer des figures de la droite, Alain Juppé notamment…

Un timing à double tranchant

D’un côté, attendre la fin de la séquence sur les retraites semble une bonne idée. De l’autre, annoncer autant à l’avance un remaniement est une erreur car des ministres en sursis ont moins de poids et personne ne comprend réellement l’intérêt d’avoir annoncé une telle décision à l’avance. Même si un tel scénario était probable, Nicolas Sarkozy aurait sans doute eu intérêt à ne pas l’annoncer autant à l’avance de manière à davantage rester maître de l’emploi du temps.

Parce que ce premier ministre sera celui qui sera le chef de l’équipe gouvernemental en vue des présidentielles, le président a besoin d’un homme de confiance, suffisamment rassembleur, qui travaille pour lui sans lui faire de l’ombre. Cela ressemble donc au portrait de l’actuel locataire, de Claude Guéant, voir de Luc Châtel. Voici donc pour moi, avec Jean-Louis Borloo, les prétendants les plus sérieux à date pour être le premier ministre du prochain gouvernement de ce quinquennat.

Et si la surprise était finalement le maintien de François Fillon ? Après tout, l’actuel premier ministre semble être passé par pertes et profits. Mais si ce dernier en a assez de Matignon, ce qui n’est pas improbable, il n’y a pas grand monde qui corresponde au profil idéal en vue de 2012.

25.03.2010

Les 17% qui font peur à Nicolas Sarkozy

Un remaniement technique dès lundi, une réunion avec les parlementaires UMP mardi, un mini-discours de politique générale mercredi : le président de la République fait feu de tout bois pour faire face à la déroute des régionales. Il faut dire que sa réélection semble de plus en plus improbable.

Ces 17% qui en disent long

En effet, en tenant compte des 49% d'abstention au second tour et des 4% de vote blanc (en forte hausse par rapport au premier tour), les 36% obtenus par l'UMP au second tour des élections régionales ne représentent que 17% des électeurs inscrits. Les 54% obtenus par la gauche ne représentent qu'un peu plus de 25% des inscrits, ce qui relativise sa victoire. On peut mettre ce chiffre en parallèle avec les plus de 40% des inscrits qui avaient voté pour Nicolas Sarkozy au second tour des élections présidentielles pour comprendre le chemin parcouru depuis mai 2007.

Ce chiffre est d'autant plus inquiétant qu'il s'agit d'un score de second tour. Le désamour vis-à-vis de Nicolas Sarkozy est extrêmement fort, comme le montre ce sondage qui indique que seulement un gros tiers des Français souhaitent la victoire de la droite en 2012. Pire, le président sortant n'est même pas le candidat favori à droite, François Fillon et Dominique de Villepin lui faisant de plus en plus d'ombre. En fait, plus le temps passe, plus Nicolas Sarkozy perd des soutiens et se renferme sur une fraction de plus en plus petite de l'électorat sans jamais gagner de nouveaux soutiens.

L'impossible relance

Tout le problème du président est que sa rhétorique ne supporte guère un changement de cap car cela reviendrait à remettre en cause l'ensemble de l'action passée. Il a passé l'épreuve du remaniement avec une certaine habileté, réussissant à éviter de se déjuger en renvoyant les ministres venus de la gauche et en apportant une dose de sang neuf symbolisant l'ouverture à l'ensemble de sa majorité avec la venue du chiraquien François Baroin et du villepiniste Georges Tron. Ce geste d'apaisement lui permet de limiter les critiques internes et de montrer une plus grande capacité de rassemblement.

Hier, il a précisé l'agenda pour les deux ans à venir. Le gros morceau sera à coup sûr la réforme des retraites, pour laquelle son discours marque un vrai équilibre entre nécessité de réforme et souci de concertation. Mais, à part ce gros morceau, il était étonnant de constater la minceur du reste de l'agenda. En effet, la taxe carbone est repoussée sine die. L'annonce sur la PAC se fait à contretemps puisque l'essentiel de la Politique Agricole Commune a déjà été démantelée, notamment le prix de soutien. Est-ce à dire que le président est prêt à demander un retour en arrière ?

La dialectique si volontariste du candidat lui pose un problème. En refusant de véritablement se remettre en question, il s’enferme dans un réduit chaque jour plus limité. Un peu plus de modestie et de recul sur son action lui permettrait sans doute un nouveau départ. Mais en est-il capable ?

23.03.2010

Un remaniement technique, mais habile

Nicolas Sarkozy n’a pas tardé : dès le lendemain d’une défaite historique de la droite, il a annoncé un remaniement de son gouvernement. S’il est très limité, il n’en est pas moins habile…

Une triple « ouverture » à droite

S’il y a bien une chose qui exaspère les élus de droite, c’est l’incessant débauchage de mercenaires de gauche au  gouvernement (Kouchner, Besson, Amara, Hirsch, Bockel) à la tête de commissions (Rocard, Védrine) ou pour d’autres postes (Charasse, Migot). Voilà autant de postes dont la majorité estime qu’ils auraient pu aussi bien être occupés par des personnes issues de leur rang, plutôt que par des personnalités de gauche qui seraient mieux à même de les occuper.

Dès lundi, Jean-François Copé a été le premier à réclamer la fin de cette politique. En un sens, sa requête a été entendue puisque le remaniement marque une ouverture au sein de la majorité avec l’arrivée du chiraquien François Baroin, du villepiniste Georges Tron et du centriste Marc-Philippe Daubresse. L’intégration des deux premiers au gouvernement devrait permettre de limiter les critiques au sein même de la majorité puisqu’ils seront désormais tenus par la solidarité gouvernementale.

Ainsi, Nicolas Sarkozy met sa majorité en ordre de bataille pour 2012. En intégrant au gouvernement le chef de fil des députés chiraquiens et un deuxième villepiniste après Bruno Le Maire, il montre que toutes les sensibilités de l’UMP sont intégrées à son équipe et devrait améliorer la cohésion de la majorité puisqu’il prive les courants alternatifs de porte-paroles. Comment douter encore que le président de la République ne se représentera pas quand on examine ces choix ?

Droit dans ses bottes

Mais Nicolas Sarkozy est doublement habile. Outre le fait de mouiller les chiraquiens et les villepinistes, en agissant aussi rapidement, il équilibre l’actualité politique en ne laissant pas la déroute des régionales occuper seule les titres de l’actualité. Dès les journaux d’hier soir, le remaniement a pris une part importante des informations politiques, permettant d’effacer en partie la défaite historique de la veille. En outre, ce message d’unité a tout pour plaire à son électorat naturel.

Mieux, le président de la République arrive à bouger sans se déjuger. Alors que Paris bruissait de rumeurs de départ de Bernard Kouchner, Fadela Amara, voir d’Eric Besson, Nicolas Sarkozy conserve ses ministres « d’ouverture », ce qui lui permet de ne pas perdre la face. Et en limitant les changements apportés à son équipe, il évite également une remise en cause plus profonde. Et même si l’éviction de Xavier Darcos peut sembler injuste, il est peu probable qu’elle marque les esprits.

On pouvait attendre un changement plus important de l’équipe gouvernementale. Mais étant données les annonces antérieures de l’Elysée, le remaniement annoncé est assez habile. L’accueil très tiède des médias donne cependant une idée de la démonétisation du président.

16.01.2009

Le mini remaniement qui fait « pschitt »

Ça y est ! Après des semaines de rumeurs, finalement assez fondées, Nicolas Sarkozy a annoncé un remaniement léger mais révélateur de son équipe gouvernementale qui se limite essentiellement à la promotion de son meilleur ami et du judas socialiste Eric Besson.

Il humilie beaucoup mais ne sanctionne pas assez

Comment ne pas penser au mot qui a été attribué à Joséphine à l’égard de Napoléon quand on examine ce remaniement a minima. Finalement, toutes les déceptions du gouvernement (Christine Lagarde et ses bourdes, Rachida Dati, détestée par le parquet, Rama Yadé, indisciplinée comme son patron…) sont maintenues à leur poste, dans une forme de paralysie du pouvoir devant la décision. Il faut dire qu’il est difficile de virer les « stars » de la diversité du gouvernement, car cela serait reconnaître une erreur de casting. Finalement, Jacques Chirac était plus prompt à sortir les erreurs de casting (Madelin, Ferry…).

Mais ce remaniement marque tout de même quelques bons points et des mauvais. Du côté des promotions, Brice Hortefeux est le principal vainqueur car il gagne des grades et hérite d’un ministère encore étoffé par l’ajout de la politique de la ville. Tout semble indiquer que le président le prépare pour Matignon. Eric Besson passe du statut de secrétaire d’Etat à celui de ministre. Le judas du PS semble prêt à tous les reniements pour grimper dans la hiérarchie du gouvernement et de l’UMP. Il est la chose du président, il lui doit tout et donc accepte une fonction pourtant surprenante par rapport à son passé.

Parmi les mauvais points, on note la sanction à l’égard de Christine Boutin, qui perd la ville et ne conserve que le logement. Cette demi-mesure la laisse sans secrétaire d’Etat, plus faible que jamais. Bernard Laporte a également été sanctionné avec l’élargissement du champ d’action de Martin Hirsch puisqu’il a perdu la responsabilité de la jeunesse, qu’il n’a pas animée avec une grande vigueur il est vrai, entre deux bourdes indignes d’un ministre. Enfin, le changement de Nathalie Kosciusko-Morizet est diversement apprécié tant il semble avoir été décidé en dernière minute puisqu’elle n’a pas de remplaçant.

Une méthode Sarkozy balbutiante

En fait, selon Le Monde, Philippe de Villiers se serait opposé en dernière minute à la nomination d’un de ses proches à l’ancien poste d’Eric Besson, contraignant l’Elysée à la nomination de NKM. Au global, cet épisode de remaniement n’a pas été très glorieux. Une fois que la secrétaire d’Etat à l’environnement sera remplacée, il aura fallu la bagatelle de quatre annonces différentes pour remanier le gouvernement, entre l’annonce du remplacement de Jean-Pierre Jouyet par Bruno Le Maire, puis l’annonce de la promotion de Martin Hirsch et l’annonce globale d’hier. Cela fait beaucoup et pas très sérieux.

En outre, la plupart des annonces étaient attendues, ce qui rend leur dispersion surprenante et  assez peu professionnelle. En tout cas, ce remaniement technique ne pourra en aucun cas donner un nouveau souffle à l’action du gouvernement. Il faut dire que Nicolas Sarkozy préfère sans doute conserver des cartouches en vue des prochaines échéances électorales. Un très mauvais score de l’UMP lors des élections européennes conjugué à l’approfondissement de la crise pourrait le pousser à un remaniement plus important en juin ou à la rentrée 2009. C’est sans doute cette perspective qui a limité cet ajustement.

Comment faire d’un remaniement annoncé un non événement ? Voilà ce que Nicolas Sarkozy a réussi à faire en laissant fuiter l’essentiel des changements et en tardant un peu trop pour les officialiser. Le président a préféré reculer pour mieux sauter. Les vrais changements auront lieu plus tard.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/01/15/mini-r...