24.06.2009

Un remaniement qui fait pschitt

Jadis, un remaniement ministériel était un véritable événement. Hier, Claude Guéant a annoncé un réajustement plus que significatif mais dont l’importance est déjà relativisée par le rôle écrasant de Nicolas Sarkozy.

Enfin des sanctions !

Malgré tout, il y a un point positif. Jusqu’à présent, Nicolas Sarkozy humiliait beaucoup mais ne sanctionnait pas. Pas cette fois-ci : le président de la République a enfin sanctionné les membres du gouvernement qu’il n’estimait pas à la hauteur. Quelle que soit l’opinion que l’on porte sur ces sanctions, elles ont un certain mérite d’exister. Yves Jego, Roger Karoutchi, Christine Albanel, Christine Boutin, Bernard Laporte et André Santini quittent donc le gouvernement, outre Rachida Dati et Michel Barnier.

La plupart de ces départs sont bien mérités, même si la présidence ne leur facilitait pas toujours la tâche. Bernard Laporte s’est uniquement distingué par des déclarations plus maladroites les unes que les autres et souvent indignes d’un membre du gouvernement. Christine Boutin s’est distinguée par ses prises de bec répétées avec sa secrétaire d’Etat. Yves Jego est sanctionné pour la crise aux Antilles, Christine Albanel pour les errements du projet Hadopi et Roger Karoutchi pour l’indiscipline de l’UMP.

Une partie de domino

La rumeur veut que ce soit le refus de Michèle Alliot-Marie de voir son ministère amputé qui a provoqué la partie de chaise musicale annoncée hier. Résultat, l’ancien ministre de l’intérieur passe à la justice, à la place de Rachida Dati. Elle est remplacée par Brice Hortefeux, lui-même remplacé par Xavier Darcos au travail. Luc Chatel le remplace à l’éducation nationale, poste délicat s’il en est. Enfin, Bruno Le Maire quitte les affaires européennes pour aller à l’agriculture.

Jean-Marie Bockel et Rama Yade restent au gouvernement. Le premier parce qu’il vient de la gauche et la seconde parce qu’elle est noire, femme et populaire. Mais leur passage au secrétariat à la justice et aux sports ne sont clairement pas des promotions, d’autant plus que le secrétariat d’Etat aux droits de l’homme disparaît. Enfin, Frédéric Mitterrand devient le nouveau pin’s de gauche du président, qui promeut également Michel Mercier, Christian Estrosi ou Pierre Lellouche.

La dévaluation du remaniement

Nicolas Sarkozy l’avait annoncé : sous son mandat, les ministres resteraient longtemps à leur poste et il ne prendrait que les meilleurs dans leurs domaines. Ces promesses ne sont pas vraiment respectées. En effet, oubliant la stabilité, Bruno Le Maire change déjà d’affectation moins d’un an après sa nomination. Et si Brice Hortefeux s’était préparé pour l’intérieur, on ne peut pas forcément dire de même pour Michèle Alliot-Marie à la justice, ou Luc Chatel à l’éducation.

En fait, il semble que les décisions aient été prises dans la journée, quand Michèle Alliot-Marie aurait bloqué un remaniement qui devait se faire a minima. Tout ceci relativise l’importance du nom du titulaire d’un poste ministériel, tant les décisions sont concentrées à l’Elysée. Commentant le remaniement sur Europe 1, Dominique de Villepin a eu raison de souligner qu’il était important de revenir aux anciens équilibres de la Cinquième République et revaloriser le rôle du gouvernement.

Le choix des ministres n’est finalement pas essentiel. De toutes les façons, le vrai remaniement aura sans doute lieu après les élections régionales, avec éventuellement un changement à Matignon. Rendez-vous dans 10 mois.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/06/23/le-gou...