31.08.2009
Europe 1 : bienvenue à Sarkozy FM !
La semaine dernière, j’ai décidé d’écouter la nouvelle formule de la matinale d’Europe 1, dont les nouvelles chroniques me semblaient intéressantes. Puis, sont arrivées les interviews de Jean-Pierre Elkabbach…
Trois hommes et un soutien
L’ancien président de France Télévisions a décidé d’interviewer François Pérol, René Ricol, puis Jean-Claude Marin. Ces trois hommes ont beaucoup en commun. Ce sont à la base de hauts fonctionnaires qui occupent des postes importants, qui doivent tout à Nicolas Sarkozy, et le lui rendent bien… Le premier, ancien membre du cabinet du président, qui a supervisé la catastrophique création de Natixis, est aujourd’hui le président du regroupement des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires. Le second est le médiateur du crédit et le troisième procureur de la République.
Et il est peu de dire que le ton des interviews n’était guère inquisiteur. Jean-Pierre Elkabbach a renoncé à quasiment toute question dérangeante, préférant valoriser leur chef à tous, Nicolas Sarkozy. François Pérol a défendu la réforme des bonus annoncée par le président. René Ricol, ne voulant pas être en reste, est allé jusqu’à dire qu’elle allait permettre de réduire drastiquement les pratiques spéculatives des traders (par un miracle qu’il s’est bien gardé de révéler). Quant à Jean-Claude Marin, il a jeté son fiel sur Dominique de Villepin à la veille du procès Clearstream.
L’Etat Sarkozy
Nicolas Sarkozy pense en effet que verrouiller le plus possible l’Etat, les grandes entreprises et les médias est une forme d’assurance-vie pour gagner en 2012. Il devrait pourtant se méfier d’abus aussi grossiers. En 2005, passant outre l’avis de plus de 90% des médias trop bien-pensant, 55% des Français ont rejeté un Traité Constitutionnel Européen qui était pourtant censé leur apporter paix et prospérité alors que son rejet devait nous plonger dans la guerre et le malheur. Le soutien grossier apporté au président par Europe 1 est aussi grossier que la campagne de 2005 et pourrait donc se révéler contre-productif.
Dans le cas bien concret de l’affaire Clearstream, comment ne pas être choqué par les déclarations du procureur de la République ? Pourquoi avait-il besoin de s’exprimer publiquement de la sorte ? On peut imaginer que le camp Sarkozy a préféré l’attaque plutôt que de chercher à se défendre contre la remise en question formulée par le tribunal de Nanterre qui affirme que « l’immunité pénale dont bénéficie Nicolas Sarkozy dans la Constitution introduisait une atteinte au principe d’égalité des armes avec les prévenus », comme le rappelle Mancioday dans un très bon papier.
Nicolas Sarkozy veut tout contrôler et refuse toute tête qui dépasse, un peu à la manière de Valéry Giscard d’Estaing. Puisse-t-il connaître le même destin et ne pas être réélu en 2012.
Source : http://reversus.fr/affaire-clearstream-une-justice-execut...
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26.08.2009
Bonus des traders : ces vessies qu’on fait passer pour des lanternes
Ce matin, sur Radio-Sarkozy, René Ricol en a rajouté trois tonnes sur le rôle de Nicolas Sarkozy dans la moralisation du capitalisme. C’est simple, pour lui, les comportements spéculatifs des banques sont terminés en France grâce à la réforme initiée et voulue par son roi-soleil.
La réformette des bonus
Alors, bien sûr, une réforme des bonus a été annoncée. Désormais, seul 50% du bonus sera payé l’année même, ce qui a permis à la BNP d’annoncer que le milliard provisionné devenait cinq cent millions. Du coup, les 50% restant, qui seront versés l’année suivante, ou les deux années d’après, pourront être soumis à ce que l’on appelle bien improprement un malus, puisque si les performances ne sont pas bonnes, leur paiement ne sera pas effectué.
Cette réformette amène deux commentaires : tout d’abord, il ne s’agit en aucun cas d’un bonus / malus. Il s’agit d’un report conditionné du paiement d’une partie du bonus. Un malus correspondrait plutôt à une récupération des bonus passés et touchés pour des pratiques spéculatives qui ont entraîné des pertes par la suite. En fait, la proposition de l’Elysée ne va pas améliorer le comportement des traders puisque 50% de leur bonus reste acquis quelques soient les conséquences à moyen terme de leurs actes.
Ensuite, comment ne pas être choqué par les bonus touchés par les banquiers sur l’activité du premier semestre 2009 ? Ces profits ne sont possibles que pour deux raisons : l’effondrement des marchés au second semestre et le fait que les Etats ont déversés des milliards pour sauver les banques. Ce sont bien les conséquences de la spéculation passée (qui a envoyé des millions de personnes au chômage) qui engendrent ces bonus, de même que l’aide de la collectivité. Il ne devrait pas y avoir de bonus en 2009.
Ce qu’aurait été une vraie réforme
Il y a pourtant d’autres solutions, comme l’a souligné Nicolas Dupont-Aignan hier soir,. Tout d’abord, l’instauration d’un véritable malus, c’est-à-dire, la possibilité de récupérer les bonus payés au titre de 2006 et 2007 en compensation des pertes abyssales que les comportements de ces années ont provoqué en 2008. Ensuite, il faut introduire une nouvelle tranche d’imposition pour les très hauts revenus, comme l’avait fait Roosevelt. Enfin, comme le propose Frédéric Lordon, interdire purement et simplement la circulation des capitaux avec les paradis fiscaux, où une partie des revenus de la finance se réfugie.
Mais surtout, le niveau des bonus est la conséquence directe de la taille de la bulle financière. La crise est la conséquence de la spéculation. Une spéculation telle que les transactions financières représentent aujourd’hui 50 fois le montant des transactions physiques (et non pas la même somme comme René Ricol l’a avancé bien imprudemment). Il faut donc dégonfler cette bulle en instaurant une taxe Tobin et en augmentant la couverture légale obligatoire. Ainsi, les profits liés à la spéculation seront limités, ce qui sera un instrument sans doute encore plus efficace pour limiter les bonus.
Nicolas Sarkozy est décidemment très habile. Le petit numéro d’hier peut donner l’impression qu’il a traité le sujet. Mais comme d’habitude, il a privilégié une annonce cosmétique au traitement du fond du sujet.
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