01.10.2010

L’Europe et les 27 Hoover

D’une main, Dominique Strauss-Kahn contribue à imposer des plans de rigueur draconiens aux pays européens. De l’autre, il se lamente de la faiblesse de la reprise dans les pays développés et de son manque d’impact sur le niveau du chômage.

Une reprise extrêmement faible

C’est le sujet d’inquiétude du moment, de Washington à Londres, en passant par Madrid, Paris ou Rome. La reprise économique est trop faible pour permettre une baisse du chômage, ce qui contribue à maintenir un climat plutôt défavorable puisque les ménages ne sont guère poussés à l’optimisme et donc à la consommation, premier composant du PIB… La décélération est marquée aux Etats-Unis (1.6% de croissance au second trimestre) et hormis l’Allemagne, l’Europe n’est pas à la fête.

Pire, les pays de la périphérie de l’Union Européenne sont dans une situation délicate. La Grèce devrait connaître pas moins de trois années consécutives de recul du PIB. L’Irlande constitue la mauvaise surprise du moment, avec la baisse de son PIB. Elle vient d’annoncer un déficit de 30% du PIB cette année du fait du plan de soutien des banques. Enfin, le Portugal vient d’annoncer un plan d’austérité sévère (baisse de 5% de la masse salariale publique, hausse de deux points de la TVA.

L’argent pour les banques, la rigueur pour les ménages

Le cas Irlandais démontre jusqu’à l’écœurement les travers de la globalisation néolibérale. Voilà un pays qui a été montré en exemple pendant des années. Sa forte croissance s’expliquait à la fois par les aides européennes, le rattrapage économique et d’un dumping fiscal qui avait poussé de nombreuses entreprises à s’y implanter. Le pays avait logiquement baissé toutes ses frontières commerciales et financières. En outre, son budget était équilibré et sa dette faible.

Et l’euro a gravement accentué les déséquilibres de l’économie irlandaise. La baisse des taux courts et longs, du fait des taux uniques de la zone euro, ont imposé au pays des taux beaucoup trop faibles pour l’économie du pays. Le coût de l’argent n’était pas en rapport avec le niveau de croissance, ce qui a fortement contribué à la formation d’une bulle immobilière gigantesque (comme en Espagne) dont l’explosion a plongé le pays dans une grave crise.

L’Etat Irlandais se retrouve donc contraint de provisionner l’équivalent de plus de 30% du PIB pour sauver les banques tout en baissant le traitement des fonctionnaires et les prestations. Les ménages trinquent alors que des sommes indécentes sont déversées pour sauver les banques. Et la vague de rigueur qui s’étend sur l’Europe a toutes les chances d’affaiblir plus encore une croissance qui était déjà bien molle avant la crise, ce qui montre que d’autres options auraient dû être étudiées.

L’autisme des dirigeants européens est proprement sidérant. La rigueur va réduire le potentiel de croissance de l’Europe. Pourtant, comme le souligne Frédéric Lordon, d’autres voies existantes. Mais elles remettent trop en question leurs préjugés pour être simplement envisagées…

26.02.2010

France : une reprise en trompe l'oeil

Il y a dix jours, le gouvernement se félicitait du chiffre de la croissance du 4ème trimestre, nettement supérieur aux chiffres du reste de l’Europe. Mais comme d’habitude, et comme l’illustre la hausse du chômage, si l’on regarde un peu plus dans le détail, la réalité n’est pas aussi rose…

Un quatrième trimestre atypique

Il est vrai que sur les trois derniers mois de 2009, la croissance de notre pays a fortement contrasté avec celle des autres pays européens. Le PIB de la France a cru de 0.6%, soit plus de 2% en rythme annuel, alors que le PIB Allemand a stagné, et que l’Espagne (-0.1%) et l’Italie (-0.2%) sont repassées dans le rouge. Mais qu’est-ce qui explique la performance de notre pays et peut-on s’en réjouir ? Tout d’abord, il faut souligner que notre performance du 3ème trimestre était moins brillante.

Un examen plus détaillé relativise plus encore notre performance. En effet, le « bond » du 4ème trimestre s’explique uniquement par la hausse de 0.9% de la consommation. Notre croissance a pour unique explication la réduction des primes gouvernementales pour l’automobile au 1er janvier, qui a provoqué une envolée des ventes de voitures ce trimestre. Si nous n’avions pas eu un tel dispositif, notre PIB aurait stagné, comme celui des autres pays européens.

Bien sûr, au global, la France a connu une récession moins importante que ses voisins (-2.5% contre -4%) et le gouvernement ne manque pas de le rappeler pour s’enorgueillir du succès de sa politique. Mais cette présentation est abusive. Si la récession a été plus forte en Allemagne, c’est parce que l’économie d’outre Rhin, plus ouverte, a davantage souffert de la baisse mondiale des exportations. Et l’Espagne et le Royaume-Uni ont affronté un effondrement de leur marché immobilier.

Une France mal en point

Quand on examine les autres composantes de la croissance, l’investissement (en baisse de 1.2%) a contribué de manière négative à hauteur de -0.2 point, le commerce, à hauteur de -0.7 point, du fait d’une croissance plus forte des importations que des exportations. Le fort rebond des stocks (pour un effet de 0.9 points) compensant ces deux baisses. En clair, si les stocks avaient été stables, le PIB de la France aurait reculé de 0.3%. Pas de quoi pavoiser !

D’ailleurs, il y a fort à parier que le début d’année devrait être moins brillant. Les premiers indicateurs disponibles suggèrent un fort ralentissement économique. En effet, la consommation, moteur du dernier trimestre 2009, a lourdement baissé de 2.7% en janvier, entraînant dans sa suite les prix. Malheureusement, il y a fort à parier que notre PIB va stagner en ce début d’année, si ce n’est pire, signe que la sortie de la récession est vraiment plus que relative.

Pire la contribution négative du commerce extérieur pose un grave problème. La première raison est le libre-échange avec des pays où les salaires sont une fraction des nôtres. La seconde est la surévaluation chronique de l’euro (encore trop cher de 25% aujourd’hui). Tout ceci représente un encouragement pour les délocalisations. Enfin, l’Allemagne comprime ses salaires pour gagner en compétitivité, ce qui pénalise à la fois nos exportations outre-Rhin et favorise nos importations…

En clair, le chiffre de croissance du 4ème trimestre est un trompe l’œil. Comme d’habitude, le gouvernement s’en empare pour s’auto-congratuler, alors qu’il n’y a pas lieu de le faire. Nul doute que le gouvernement ne sera pas responsable des mauvais résultats du 1er trimestre 2010…

14.11.2009

Avis de reprise molle sur la France

0.3%. Voici le chiffre de la croissance pour le troisième trimestre. Christine Lagarde a beau espérer « qu’on finira l’année sur les chapeaux de roue », le moins que l’on puisse dire est que cette performance médiocre relativise le discours du gouvernement sur la croissance du pays.

Une performance médiocre

Il y a encore quelques jours, le gouvernement se vantait d’avoir la plus forte croissance d’Europe. Et il est vrai que sur le cumul des deux premiers trimestres de l’année, la France s’en sortait un peu mieux que la moyenne. De même, sur l’année 2009, nous devrions présenter une des moins mauvaises baisses du PIB de la zone euro. Le gouvernement espérait donc une croissance de l’ordre de 0,5 ou 0,6% au troisième trimestre, bien au-dessus de la moyenne européenne.

Las. La croissance de la France est finalement légèrement en-dessous de la moyenne (0.3 contre 0.4%), ce qui remet la France dans le milieu du peloton pour 2010. Les raisons en sont simples : si les dépenses publiques soutiennent l’économie, la consommation est étale (malgré la prime à la casse) et les investissements sont en légère baisse. Les estimations d’une croissance à 0.5% au quatrième trimestre indiquent clairement que la reprise est molle.

Pourquoi sommes-nous dans la moyenne ?

Au final, notre performance est seulement dans la moyenne. Bien sûr, l’Espagne et la Grande-Bretagne enregistrent encore une baisse de leur PIB mais cela est la conséquence de l’éclatement de leur bulle immobilière, qui était sans commune mesure avec la nôtre, du fait du très fort endettement des ménages (en Grande-Bretagne, leur endettement est l’équivalent du double de celui des ménages Français), qui déprime plus encore la consommation des ménages.

A l’inverse, l’Allemagne et l’Italie ont enregistré de meilleurs chiffres que nous. Pour l’Allemagne, il s’agit simplement d’un effet rebond sur les exportations. Le PIB Allemand s’était effondré au 1er trimestre à cause d’une baisse sévère des exportations. Il remonte donc grâce à la reprise du commerce, malgré la déprime persistante de la consommation. La progression Italienne s’appuie sur les mêmes ressorts. Bref, c’est le comparatif qui permet à nos voisins d’afficher de bons chiffres.

Fondamentalement, ces chiffres ne sont pas très encourageants. Le modèle économique de la plupart des nations développées est en panne. Le seul espoir de croissance réside dans la dépense publique ou les exportations. Le moteur de la consommation semble définitivement grippé.

Source : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2009/11/13/04016-20091113ARTFIG00321-france-la-croissance-a-atteint-03-au-troisieme-trimestre-.php

31.10.2009

Une sortie de récession aussi réelle qu’illusoire

3,5% : c’est le niveau de la croissance en rythme annuel des Etats-Unis au 3ème trimestre. Si ce rebond s’explique en partie par la prime à la casse locale, il n’en demeure pas moins que cela représente une véritable sortie de crise pour la première économie de la planète.

Comment les Etats-Unis sont sortis de la crise

La première explication, classique, retiendra l’impact du plan de soutien de l’administration Obama. 800 milliards de dollars, et un déficit de plus de 10% du PIB, cela représente un sacré coup de pouce pour l’économie. En outre, les taux d’intérêt sont quasiment à 0% depuis plusieurs mois, ce qui procure une bouffée d’oxygène supplémentaire à l’économie. Enfin, le faible niveau du dollar favorise les exportations, même s’il est vrai que les importations ont davantage progressé ce trimestre.

A moyen terme, le rattrapage technologique des pays émergents va donner une impulsion de plus en plus forte à la croissance mondiale, étant donné leur poids grandissant dans le PIB. Mécaniquement, la Chine, l’Inde ou le Brésil vont bénéficier de la modernisation de leur économie, ce qui aura quelques retombées pour les pays développés, sur certaines importations (machines outils, aéronautique…) ou le tourisme. On peut donc croire à une reprise mondiale durable à court terme.

Mais il y a aussi une interprétation différente du rebond de l’économie étasunienne. Une autre explication est tout simplement la brutalité de la récession. L’automne dernier, les ventes de voitures baissaient de presque 50%. L’effondrement de l’économie, quand il est brutal, créé un comparatif duquel il est beaucoup plus facile de croître. D’ailleurs, malgré la croissance du 3ème trimestre, l’économie étasunienne reste plus petite qu’il y a un an… Mais, une autre explication vient aussi de l’absence de changement.

Parce que rien ne change…

En fait, la raison pour laquelle on peut croire à une véritable sortie de crises est la similitude avec le précédent de 2001. Les Etats savent éviter les dépressions de type 1929 par un cocktail de dépenses publiques et de relâchement drastique de la politique monétaire. Et cette fois-ci, ils ont même su s’adapter à la violence inédite de la crise en utilisant ces leviers de manière plus radicale. En outre, ils bénéficient également de tous les travers qui ont mené à la crise.

En effet, aucune des causes de la crise n’a véritablement été résolue. Cette fois-ci, ce sont les Etats qui apportent la plus grande contribution à la pyramide de la dette et il y a fort à parier que la hausse de la consommation des ménages étasuniens ce trimestre s’est faite à crédit. Pire, les mécanismes qui dépriment le niveau des salaires des pays développés (libre-échange, liberté de circulation des capitaux, capitalisme actionnarial) sont également toujours en marche.

Bien sûr, la croissance des revenus de la nouvelle bulle financière et d’une petite élite permettra de camoufler la stagnation des revenus de 90% de la population, comme aux Etats-Unis depuis trente ans ou dans la Grande-Bretagne de Tony Blair. Mais tout cela ne fera que camoufler des déséquilibres qui mèneront à une nouvelle crise d’une violence proportionnelle à la non modification du système. Si nous ne changeons rien, la prochaine crise sera redoutable.

Bonne nouvelle : nous sortons véritablement de la crise et beaucoup de choses laissent penser que cette sortie sera réelle. Malheureusement, tous les mécanismes qui ont présidé à la précédente crise restent en marche. Rendez-vous dans 5 à 10 ans…

Source : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2009/10/29/04016-20091029ARTFIG00511-etats-unis-le-pib-americain-au-plus-haut-depuis-deux-ans-.php

30.03.2009

Et si la fin de cette crise avait commencé ?

Même si les prochaines annonces concernant l’évolution du chômage et du PIB vont rester très mauvaises dans les prochains mois, la récente et spectaculaire hausse de la bourse, qui a gagné plus de 10%, marque peut-être la première étape vers une sortie de cette crise, aussi illusoire soit-elle.

Les raisons pour lesquelles la crise pourrait se terminer

Un tel pronostic pourra paraître complètement fou et ridicule. Malgré tout, je ne crois pas au scénario en L (effondrement suivi d’une absence complète de reprise). La première raison est l’énormité inédite des plans de soutien de la plupart des grandes puissances économiques. Si la France et l’Italie jouent petit bras, d’autres pays ont lâché les vannes budgétaires : les Etats-Unis (déficit de 12% du PIB), la Grande Bretagne (8%), la Chine ou même l’Allemagne. Cette injection massive d’argent public peut réanimer l’économie.

Et cela le pourra d’autant plus que l’exubérance des marchés est valable à la hausse comme à la baisse. De même que le marché pousse certains prix trop hauts quand il est optimiste, il les pousse trop bas quand il est trop pessimiste. À un point, BNP Paribas ne valait plus que 19 milliards d’euros, pour une banque capable de dégager 7 milliards de résultat net annuel. Résultat, ayant trop baissé, les cours peuvent mécaniquement remonter, favorisant un retour de la croissance.

De même, l’effondrement de la production depuis le 4ème trimestre 2008 peut paradoxalement favoriser la reprise, par le phénomène bien connu du comparatif, que connaissent ceux qui ont géré une affaire. Prenons le cas du marché automobile espagnol, en recul d’environ 40%. Sa chute est tellement violente qu’il lui serait facile de progresser de 20% au quatrième trimestre 2009, ce qui stimulerait l’économie espagnole même si cela le laisserait encore 28% sous le niveau de fin 2007 / début 2008…

Une sortie de crise illusoire

L’addition de ces trois raisons me fait pronostiquer une légère croissance du PIB à partir du 4ème trimestre 2009 du fait du comparatif avec un trimestre où la production s’est effondrée. La reprise devrait être plus importante outre-Atlantique qu’en Europe du fait du décalage de politique monétaire et budgétaire. Avec l’injection massive d’argent public, le PIB pourrait bien progresser de 2 à 3% aux Etats-Unis pour le dernier trimestre de l’année, surtout si le dollar reste à un faible niveau. La zone euro devrait à peine progresser.

Alors, bien sûr, cette sortie de crise sera illusoire pour plusieurs raisons. Tout d’abord, elle se fera avec un niveau de chômage très élevé, autour de 10% des populations actives (et officiellement environ 3 millions de chômeurs en France). Pire, la probable reprise modérée de l’Europe (du fait d’un euro surévalué et de politiques inadaptées), ne fera pas baisser le chômage, qui se maintiendra à un niveau élevé en 2010 et après puisque les politiques budgétaires restrictives pèseront sans doute sur la croissance à partir de 2011.

Encore pire, aussi grave qu’elle soit, cette crise risque de ne pas aboutir à une réforme du système économique. Si l’on peut espérer une réforme a minima du monde de la finance, rien ne sera vraisemblablement fait pour la réforme du système monétaire et du commerce international. Et avec l’endettement massif des Etats et le maintien des déséquilibres économiques, les ferments d’une nouvelle crise seront déjà semés, une crise qui pourrait être encore plus violente.

Paradoxalement, beaucoup d’éléments peuvent faire croire à une sortie de crise à la fin de l’année. Mais cette sortie sera illusoire, surtout en Europe où la reprise devrait être poussive, ne permettant pas de réduire sensiblement et rapidement un chômage qui aura beaucoup augmenté.

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/03...

http://www.lefigaro.fr/marches/2009/03/23/04003-20090323A...