02.10.2010

Une reprise faible, mais une reprise quand même

C’est un débat qui divise les alternatifs depuis deux ans, comme l’avait illustré une conférence du MPEP fin 2008  où Jacques Généreux s’était opposé à Jean-Luc Gréau pour dire que le système se sauverait, contrairement aux prévisions catastrophistes du GEAB par exemple. Petit point d’étape.

Les raisons de craindre un scénario en W

Ceux qui craignent une rechute de l’économie peuvent s’appuyer sur des arguments solides. Premièrement, la reprise faiblit. En effet, après avoir atteint 4% en rythme annuel, la croissance est tombée à 1.6% au second trimestre outre-Atlantique, s’approchant fortement de la barrière qui sépare la croissance de la récession. En Europe, la situation s’est améliorée au second trimestre, mais la croissance globale restera assez faible, autour de 2% en 2010.

Pire, dès l’an prochain, l’ensemble des économies développées vont passer à une phase d’austérité budgétaire. Or, les exemples Irlandais et Grecs montrent bien que la baisse des dépenses publiques dans des économies qui sortent de la récession peut avoir pour résultat de prolonger la récession. En effet, dans des économies où les dépenses publiques représentent 50% de la richesse nationale, il est évident que leur baisse va lourdement peser sur l’évolution du PIB…

En outre, les pessimistes pourront s’appuyer sur l’état détestable du marché de l’immobilier aux Etats-Unis, puisque les mises en chantier de logements neufs sont au plus bas, que les expulsions continuent à un rythme important et que le chômage stagne à un niveau très élevé. En France, la nette reprise des prix de l’immobilier ressemble à une bulle. Bref, les pessimistes ont du grain à poudre et ne manquent pas d’arguments pour prédire un scénario en W.

Et s’il n’y avait pas de rechute ?

Mais il faut aussi examiner les arguments contradictoires. Tout d’abord, il faut noter, que les programmes d’austérité budgétaire seront beaucoup plus légers aux Etats-Unis et dans les trois premières puissances économiques de la zone euro (Allemagne, France et Italie). Certes, les pays de la périphérie vont souffrir du frein que vont représenter les coupes drastiques dans le budget de l’Etat, mais cela ne va pas vraiment toucher les locomotives des pays occidentaux.

Ensuite, pour que le scénario en W se réalise, il faudrait probablement une aggravation du climat économique à travers une forte baisse des marchés financiers. Or ceux-ci sont aujourd’hui relativement bon marché du fait de la reprise très forte des affaires des grandes entreprises qui dégageront dès l’année prochaine des profits comparables à ceux d’avant la crise. Le risque de krach semble aujourd’hui faible (même s’il n’est pas nul) du fait de la valorisation des marchés.

En outre, le système économique actuel peut parfaitement reprendre sa croissance inégale, comme de 2000 à 2008 aux Etats-Unis, où le PIB par habitant a progressé de 10% alors que le salaire médian reculait de 4%. En clair, la croissance très forte des profits des entreprises et des revenus d’une petite minorité peuvent effacer statistiquement la stagnation ou le recul des revenus de l’immense majorité. Malheureusement, la reprise n’a pas besoin d’être partagée pour apparaître…

Enfin, il faut prendre en compte la dynamique des marchés. En effet, les difficultés du marché immobilier étasunien sont à double tranchant. Il est probable que le point bas est atteint et qu’un rebond mécanique ait lieu en 2011 (tout comme pour le marché automobile). La violence de la crise porte en elle les germes de la reprise paradoxalement, du moment que le cercle vicieux de la Dépression a été cassé. L’exubérance irrationnelle se fait à la hausse comme à la baisse.

Bien sûr, il existe toujours un risque de scénario en W. Cependant, je crois qu’il est beaucoup plus probable que la reprise soit durable. Mais cela ne veut clairement pas dire qu’elle sera forte ou partagée…

31.08.2010

Peut-il y avoir une rechute de l’économie ?

C’est la question qui agite la planète économique depuis que nous sommes sortis officiellement de la récession. Tout le monde craint un scénario en W ou une récession aussi violente que la précédente suivrait la légère reprise que nous traversons.

Des raisons de craindre une rechute

De manière fréquente depuis 2009, les marchés se font peur. Et on ne compte plus les corrections depuis le début de l’année : une première baisse de 10% fin janvier / début février, une correction de 15% au printemps lors de la crise des dettes souveraines européennes. Et après un bon début d’été, le marché est reparti à la baisse suite à des indicateurs décevants aux Etats-Unis, et notamment la révision à la baisse de la croissance au second trimestre, à 1.6% en rythme annuel.

Avant de rejoindre le camp des ours, pour reprendre la terminologie des marchés, il faut examiner ce qui pourrait causer une nouvelle récession. Il faudrait principalement que la consommation des ménages et des administrations publiques baisse puisqu’il s’agit de la première composante du PIB. Et il est vrai que la rigueur budgétaire qui s’est emparée des pays occidentaux et le maintien d’un fort niveau de chômage semblent pouvoir provoquer une telle baisse.

Des raisons paradoxales d’espérer

Cependant, c’est une chose de voir la consommation stagner, c’en est une autre de la voir baisser. Les ajustements budgétaires en Europe ne sont pas si grands, en dehors de quelques pays de la périphérie. En outre, la baisse très forte des taux longs apporte une bouffée d’oxygène colossale aux Etats. 1 point de moins, c’est, à terme, 15 milliards d’économie sur le service de la dette en France. Et étant donnée la crise du printemps, les Etats avaient sans doute prévu que les taux seraient plus élevés…

Ensuite, il faut voir que la baisse de consommation est souvent la conséquence d’une baisse de la valeur des actifs. Paradoxalement, leur niveau actuel est sans doute à la fois assez haut et assez bas. Assez haut parce que nous avons évité l’effondrement japonais, où la bourse a perdu 75%. Assez bas car les marchés boursiers sont finalement relativement bas étant donnée la forte remontée des profits, au niveau d’avant la crise. Du coup, les marges de correction sont limitées, nous protégeant d’un krach.

Et sans krach des marchés, une récession est peu probable, d’autant plus qu’après une baisse de 20% des investissements en 2009, leur reprise est probable cette année et en 2011. Mieux, certains marchés, comme le marché automobile étasunien, sont à un niveau tellement bas qu’ils ne pourront pas baisser beaucoup plus. Enfin, les exportateurs des produits riches vont profiter de la forte croissance persistante des pays émergents, comme l’illustre la performance récente de l’Allemagne.

Une reprise molle, mais une reprise

Bref, un examen des facteurs de croissance comme de récession m’amène à conclure que nous ne devrions pas assister à une rechute économique dans les deux ou trois années à venir, à moins d’une panique des marchés. Cette dernière me semble peut probable, du fait des niveaux actuels de valorisation et que le financement de la dette publique grecque est assuré jusqu’en 2013. En revanche, il y a peut-être un risque sur le marché immobilier Français, qui n’a pas connu de vraie correction.

Après, la petite croissance que nous devrions connaître dans les prochaines années ne sera pas meilleure que celle des années 2000, à savoir qu’elle n’aura que peu d’impact sur le niveau du chômage ou sur le pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes, qui a toutes les chances de continuer à stagner. Comme rien n’a véritablement changé, les fruits de la croissance devraient, comme avant, aller dans les profits des grandes entreprises et les revenus des plus riches.

Bien sûr, un scénario en W ne saurait être totalement exclu. Le risque existe encore. Néanmoins, je crois que nous y échapperons et que les données économiques du moment indiquent qu’une rechute est aujourd’hui plutôt improbable à moyen terme.