17.06.2010

Pourquoi la réforme des retraites passe mal

On allait voir ce qu’on allait voir. Nicolas Sarkozy fanfaronnait en disant que cette réforme devait être le symbole de sa volonté réformatrice. Las, malgré l’annonce d’une réforme moins ambitieuse que prévue, les commentaires sont unanimement négatifs.

Le contenu de la réforme

De manière intéressante, le gouvernement semble être allé moins loin qu’envisagé initialement. L’âge de départ à la retraite est repoussé à 62 ans, et non 63. La durée de cotisations est tellement peu augmentée qu’elle apparaît à peine dans les commentaires. Le dispositif des carrières longues qui permet aux salariés qui ont commencé à travailler tôt est maintenu et même renforcé puisqu’il sera possible de partir dès 58 ans pour les personnes qui ont commencé à travailler dès 17 ans ou moins.

Le gouvernement innove en introduisant la notion de pénibilité, qui permettra aux personnes frappées d’une incapacité à 20% de partir à 60 ans. La dernière tranche de l’impôt sur le revenu est augmentée de 1 point pour faire contribuer les personnes les plus aisées et certains régimes particuliers (retraites chapeau, retraites des politiques) seront également mis à contribution. L’âge de départ à la retraite à taux plein est également augmenté de deux ans, à 67 ans.

Enfin, les fonctionnaires vont voir leur niveau de cotisation rejoindre celui des salariés du privé, une hausse de plus de 3 points en dix ans. Paradoxalement, l’horizon de temps de la réforme est assez court puisque la réforme sera achevée en 2018, dans à peine huit ans, alors que la réforme de 2003 s’était fixée pour horizon 2020 et que celle du gouvernement Balladur avait également un horizon lointain. Bref, l’ensemble peut paraître relativement équilibré, pour les équipes de communication en tout cas.

Un sentiment d’injustice

La réforme des retraites est un exercice difficile car il consiste uniquement à demander de nouveaux efforts alors que la réforme précédente (de 2003) était sensée suffire pour une génération. Même si l’argument de l’augmentation de l’espérance de vie est compris et implique logiquement que des efforts doivent être faits, les Français ont l’impression qu’on leur demande de toujours faire plus d’efforts alors qu’une petite minorité vit très bien et que ce plan devra forcément être complété…

En outre, le gouvernement est assez mal placé pour demander de faire des efforts avec les innombrables polémiques du moment, entre les 12 000 euros de cigares de Christian Blanc, les critiques de Rama Yade sur l’hôtel des bleus en Afrique du Sud alors qu’on lui avait réservé une chambre encore plus chère ou les scandales sur les cumuls de rémunération des ministres qui touchent leur retraite en plus de leur traitement. Bref, les Français ont l’impression qu’il y a deux poids deux mesures.

L’absence de solutions alternatives

Les critiques du Parti Socialiste sont assez hallucinantes dans la mesure où ce n’est pas le PS qui a mis en place le dispositif des carrières longues (qui permet de partir plus tôt quand on a commencé à travailler très jeune), ni la pénibilité, mais bien l’UMP. Martine Aubry peut bien exprimer son émotion à la télévision, les socialistes n’avaient rien fait sur le sujet. En outre, la proposition de taxer le capital ne tient pas si on ne remet pas en cause la libre-circulation des capitaux.

Bref, le Parti Socialiste se contente de faire de l’opposition systématique alors qu’il y aurait pourtant d’autres solutions. La première priorité devrait être la réduction du chômage. En effet, comme l’a montré le COR, le retour à un taux de chômage de 4 à 5% améliorerait considérablement la situation. Ensuite, nous devrions nous poser la question du mode de financement de la Sécurité Sociale, avec une TVA sociale qui permettrait de faire enfin contribuer les importations à notre modèle sociale.

Passera ? Passera pas ? Difficile de le savoir. Le fait d’annoncer la réforme en juin, en pleine coupe du monde peut paraître habile. Mais il n’est pas gagné que la mobilisation  ne prendra pas à la rentrée, même si on sent une certaine résignation des Français.

28.01.2010

Retraites : le symptôme d’un PS en perdition

Nouveau cafouillage au Parti Socialiste. La semaine dernière, Martine Aubry évoquait la possibilité de repousser l’âge légal de départ à la retraite à 61 ou 62 ans. Mais mardi soir sur TF1, elle a abjuré sa déclaration de la semaine passée pour soutenir le maintien à 60 ans.

Un gage de gauche

Un certain nombre d’éditorialistes en ont conclu que le Parti Socialiste hésite toujours à faire sa révolution sociale-démocrate et reste indécrottablement attaché à un modèle passéiste. Il faut dire que sur la question de l’âge légal de départ à la retraite, la volonté de maintien des 60 ans semble un peu surréaliste alors que la plupart des autres pays occidentaux sont déjà à 65 ans et se posent la question d’aller au-delà. Cela est d’autant plus incroyable que la France a la meilleure espérance de vie de l’OCDE après le Japon, et que les personnes qui atteignent 65 ans vivent en moyenne jusqu’à 85 ans.

En outre, il faut noter que l’espérance de vie des Français a progressé de près de 7 ans depuis 1981 et la mise en place de la retraite à 60 ans. Il est tout de même illusoire d’espérer maintenir la retraite à 60 ans alors que l’espérance de vie des Français est passée en 30 ans de 75 à 82 ans environ… La seule solution pour maintenir un départ à la retraite à cet âge serait une très forte augmentation des cotisations ou une réduction dramatique des pensions. Cependant, le niveau élevé des cotisations et le niveau médiocre des pensions condamnent cette possibilité.

Une réforme inévitable ?

La seule solution est donc de travailler plus longtemps. D’ailleurs, c’est ce qui se passe puisque la durée de cotisations a été allongée de 37,5 à 40 ans dans un premier temps, avant d’augmenter à nouveau à 42 ans dans les années à venir. Bref, la retraite à 60 ans ne sera possible que pour une personne ayant commencé à travailler à 18 ans, ce qui est rare désormais. D’ailleurs, l’âge moyen de départ à la retraite atteint déjà 61,5 ans aujourd’hui ! Bref, il est difficile de ne pas voir dans le combat du Parti Socialiste un combat, certes symbolique, mais déconnecté des réalités de la société.

Bien sûr, il faut laisser partir à la retraite à 60 ans ou moins les personnes qui ont atteint la durée légale de cotisation, mais cela est déjà le cas. En revanche, il semble clair qu’à un horizon plus lointain, nous partirons à la retraite vers 65 ans, si ce n’est plus. C’est le seul moyen pour maintenir un niveau de cotisations raisonnable et des pensions correctes. D’ailleurs, vu le niveau très faible de ces dernières, on pourrait presque se poser la question d’allonger la durée de cotisations uniquement pour revaloriser le niveau des retraites et assurer un niveau de vie décent pour nos retraités.

La capitulation néolibérale du PS

Mais alors pourquoi le PS affirme-t-il son soutien à la retraite à 60 ans ? Loin d’être le signe d’un archaïsme gauchiste, je crois au contraire que c’est la conséquence directe de sa capitulation au néolibéralisme. En effet, les socialistes ont abdiqué sur presque tous les sujets. Ils ont accepté de céder la politique monétaire à un organisme indépendant, qui mène une politique monétariste de droite. Ils ont davantage privatisé que les gouvernements Balladur et Juppé réunis. Ils ont accompagné la déréglementation de la finance ainsi que la libéralisation des services publics.

Bref, le Parti Socialiste a totalement capitulé devant la doxa néolibérale. Il y a donc sans doute un phénomène de compensation ou de rattrapage dans le soutien apporté à la retraite à 60 ans (comme dans la mise en place des 35 heures). Loin d’être le signe d’un archaïsme idéologique, il s’agit sans doute de mesures alibi qui permettent de marquer le parti à gauche alors qu’il embrasse 90% des idées économiques de la droite. Car il faut être clair, sans les 35 Heures et la retraite à 60 ans, qu’est-ce qui pourrait bien distinguer les politiques des gouvernements de gauche et de droite ?

Loin de signifier un certain archaïsme du Parti Socialiste, son attachement à la retraite à 60 ans est sans doute uniquement un marqueur de gauche pour un parti qui a besoin de donner des gages à son électorat et ses militants. Mais il n’est même pas capable de le faire sans atermoiements…

01.12.2008

Ce que la crise financière dit sur les retraites

À défaut d’avoir provoqué une nécessaire refonte du capitalisme, la crise que nous traversons devrait nous permettre d’éviter un certain nombre de mauvaises réformes, au premier rang desquelles le passage aux retraites par capitalisation.

En effet, même si on parle assez peu en France, les conséquences de la chute des marchés sont catastrophiques pour les retraités ou futurs retraités dans les pays qui accordent une part importante aux systèmes de retraite par capitalisation. Aux Etats-Unis, des millions d’Américains vont devoir prolonger leur activité pendant de nombreuses années pour pouvoir avoir une retraite décente. Le Monde rapporte dans cet article le cas de la Grande-Bretagne où la montée en puissance des retraites par capitalisation ne laisse subsister qu’une maigre pension par répartition. Plus de 60% des actifs ne pourront pas compter sur plus de 560 livres par mois selon le quotidien du soir. Et l’effondrement des marchés provoque une baisse importante des retraites.

Le quotidien prend l’exemple d’un salarié (aisé) aux revenus de 35 000 livres par an. Son pécule a diminué d’un tiers, passant de plus de 300 à 200 mille livres depuis le mois d’août. Résultat, il ne peut plus compter que sur 10 000 livres annuelles au lieu de 15 000, une ponction d’un tiers de son pouvoir d’achat en à peine quelques mois. Les soubresauts toujours plus extrêmes du marché se retrouvent directement dans le niveau des retraites, ce qui est tout de même assez inquiétant quand on constate les mouvements des marchés depuis une douzaine d’années.

En fait, la crise montre sans doute que le système de retraite par capitalisation n’est pas pas une solution car une succession de mauvaises années pourraient laisser une partie importante des retraités avec des pensions ridicules. On ne peut pas confier au marché le soin d’assurer un niveau de retraite suffisant pour les personnes qui quittent le marché du travail. Le système de répartition, malgré toutes ses limites, démontre qu’il est un système plus sûr pour assurer un niveau de pension décent pour nos retraités. Néanmoins, il est évident qu’avec l’augmentation de la durée de la vie, il est nécessaire d’allonger la durée de cotisation pour assurer des pensions décentes.

Il y a quelque temps, les défenseurs de la déréglementation espéraient convertir la France aux retraites par capitalisation. Mais la crise actuelle expose les limites de ce système et plaide pour un système par répartition. Cela ne l’exonérera pas d’une réforme pour assurer des pensions suffisantes pour autant.

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/11... 

23.05.2008

De la réforme des retraites et du principe de réalité

Je n’aime pas évoquer le principe de réalité à propos de politique car je crois qu’il y a toujours plusieurs choix, qui dépendent d’options philosophiques différentes. Néanmoins, pour une fois, sur les retraites, je suis plutôt du côté du gouvernement que des manifestants.

Dans les manifestations d’hier, on entendait des revendications paradoxales « pour le maintien des quarante ans de cotisations et une revalorisation des petites retraites », le tout sachant que les Français gagnent près d’un trimestre d’espérance de vie tous les ans ! Pour le coup, le gouvernement a raison quand il dit qu’il n’y a pas une infinité de solutions : soit on réduit le niveau des retraites, soit on augmente les cotisations de manière très importante, soit on allonge la durée de cotisation. Bien sûr, il y a d’autres ajustements possibles, mais le choix général doit se porter sur une de ces trois solutions. Et pour le coup, je crois que l’option choisie par le gouvernement est sans doute la plus appropriée étant donné le niveau trop faible des pensions et celui déjà très élevé des cotisations.

Mais si je suis d’accord avec l’option générale choisie par le gouvernement, son action n’est pas exempte de toute critique. Tout d’abord, il est dommage de ne pas avoir mis en place des charges sociales sur les stocks options comme la Cour des Comptes de Philippe Séguin l’avait suggéré il y a quelques mois. Alors que le régime général affiche un déficit d’une dizaine de milliards d’euros, les trois à quatre milliards qui auraient pu être collecté de la sorte auraient grandement contribué au rétablissement de l’équilibre des comptes de la branche retraite de la Sécurité Sociale. Ensuite, le gouvernement n’a pas vraiment donné suite à un certain nombre d’annonces de Nicolas Sarkozy puisque le dossier de la prise en compte de la pénibilité du travail ne semble pas avoir avancé.

À ce sujet, il faut noter le très intéressant dossier de Libération sur les retraites que vous trouverez en lien. Alors que le parti socialiste peine à formuler la moindre proposition alternative, le quotidien propose plusieurs solutions intéressantes. Tout d’abord, il plaide pour le transfert d’une partie des cotisations chômage puisque l’Unedic est aujourd’hui largement bénéficiaire. Il soutient également la prise en compte de la pénibilité de certains métiers, en reconnaissant que cela nécessitera un financement additionnel… En revanche, la proposition du Medef de repousser à 63 ans et demi l’âge de départ à la retraite peut paraître surprenante maintenant que nous sommes passés à un système basé sur la durée de cotisation, qui semble plus juste pour prendre en compte l’âge auquel on commence à travailler.

Si la politique du gouvernement à l’égard des retraites reste perfectible, elle prend sans doute la meilleure direction possible pour l’intérêt commun. C’est pourquoi j’espère que la fermeté affichée jusqu’à présent résistera aux manifestations.

Source : http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/327580.FR.php

29.04.2008

Retraites et complications

Hier, Xavier Bertrand a reçu les syndicats pour les entendre sur la réforme à venir des retraites. Une nouvelle occasion de constater que beaucoup de syndicats restent dans des postures archaïques et complètement coupées des réalités.

C’est le gouvernement Balladur qui avait le premier allongé la durée de cotisation des retraites, en passant de 37,5 à 40 ans, tout en basant le calcul des pensions sur les 25 meilleures années au lieu de 10. Mais pour limiter les protestations, cette réforme ne concernait que les salariés du privé. Le gouvernement Juppé avait alors essayé de généraliser la réforme au service public, avec le succès que l’on sait. La généralisation du nouveau régime aux fonctionnaires se fit donc en deux temps. En 2003, les cinq millions de fonctionnaires hors régimes spéciaux adoptèrent le même régime que les salariés du privé. Puis l’an dernier, à l’automne, les cinq cent mille fonctionnaires des régimes spéciaux passèrent eux aussi à 40 ans. La réforme du gouvernement Raffarin (dont François Fillon était le ministre des affaires sociales) prévoyait également un passage à 41 ans pour la durée de cotisation, que le gouvernement actuel négocie.

Hier, à la sortie du ministère, la CGT et la CFDT ont dénoncé de concert ce passage à 41 ans de la durée de cotisation. Ils critiquent le faible impact qu’aurait la mesure et proposent parfois de tailler dans les exonérations de cotisations sociales pour maintenir les 40 ans de cotisation. Cependant, ils oublient le facteur démographique. La retraite à 60 ans avait été décidée à une époque où l’espérance de vie dépassait à peine ce cap. Aujourd’hui, l’espérance de vie des Français tend vers les 80 ans et atteindra sans doute les 85 ou 90 ans à terme. Comment espérer dès lors payer des pensions décentes en maintenant la retraite à 60 ans et une durée de cotisations de 40 années ? L’allongement de notre durée de vie impose cet allongement, à moins de réduire encore des pensions qui n’assurent pas toujours l’essentiel. L’avenir, c’est plutôt la retraite à 65 ans et à terme sans doute 45 ans de cotisations. Heureusement, la transition sera plus douce en France qu’ailleurs, du fait de notre natalité.

Pour une fois, je suis du côté du gouvernement pour dénoncer le conservatisme et l’archaïsme de syndicats qui refusent de regarder la réalité démographique en face. En bloquant depuis si longtemps la réforme des retraites, ils ont contribué au faible niveau de certaines pensions, au sujet desquels ils n’ont jamais été très bavards.