22.02.2011
Immigration : les mensonges du Front National
L’immigration occupe une place très délicate dans le débat politique Français. A l’extrême-droite, le Front National en fait volontiers la cause de tous les maux du pays, la droite a tendance à l’instrumentaliser et la gauche ne se défait pas d’un angélisme irréaliste.
Le débat impossible
Comme l’avait rapporté Reversus, le FN la présente abusivement comme la cause du chômage (3 millions d’immigrés = 3 millions de chômeurs), de l’insécurité et d’une dissolution de notre identité. La gauche est rarement sortie d’un angélisme tel qu’elle a fait des sans papiers ses nouveaux ouvriers, comme le soulignent certains intellectuels de gauche. Et la droite instrumentalise le tout en fonction de ses besoins supposés, comme avec les Roms l’été dernier.
Si la France est une terre d’immigration, aujourd’hui, il faut réduire les flux migratoires. Si les vagues successives nous ont enrichis, les conditions économiques actuelles font qu’il n’est pas possible d’en accueillir davantage car les conditions de leur intégration ne sont pas réunies et qu’ils rendraient l’intégration de ceux qui sont déjà présents plus difficiles encore. Du coup, les régularisations de sans-papiers sont à exclure du fait de l’appel d’air que cela entraînerait.
C’est sur ce terrain miné que Marine Le Pen a repris le flambeau paternel pour attaquer la politique d’immigration du gouvernement. Exhibant des statistiques qui auraient été transmises par un fonctionnaire patriote, elle a ainsi affirmé que Nicolas Sarkozy est un « champion d’Europe » en matière d’immigration, avec les 198 000 titres de séjour accordés en 2010 (en hausse de 13% par rapport à 2009) et les 116 000 naturalisations, en hausse de 7.8%.
Fantasme et réalité
La nouvelle présidente du FN a osé affirmer que l’immigration est « volontairement accélérée dans un processus fou dont on se demande s'il n'a pas pour objectif le remplacement pur et simple de la population française ». Pourtant ce chiffre ne représente même pas 0,3% de la population (et encore, il ne s’agit pas d’un solde net, qui prend en compte les départs) et qu’on ne voit pas comment il pourrait y avoir substitution sachant que notre solde naturel est plus important.
Et les statistiques contredisent cette vision. En Europe, de 2000 à 2005, le taux de solde migratoire était de 1 pour mille en France contre 2,1 en Italie, 2,3 au Royaume-Uni, 2,5 en Allemagne et 9,7 en Espagne (pour une moyenne de 2,6 dans l’Union Européenne). Une récente étude de l’INED confirme cette tendance : le nombre d’immigrés est passé de 6,3 à 6,7 millions en France depuis 2000 (9,1 à 10,8 en Allemagne, 4,9 à 6,5 en Grande-Bretagne et 2,2 à 6,4 en Espagne).
Marine Le Pen : malhonnête ou incompétente ?
Bref, quelque soit la manière de prendre les chiffres, la France n’est absolument pas le « champion d’Europe » de l’immigration. Si nous sommes champions, c’est comme pays qui laisse rentrer le moins d’immigrés aujourd’hui… Concernant les naturalisations, un pic de 168 mille a été atteint en 2004, puis les chiffres ont baissé. Au global, l’immigration semble relativement stable en France, à un niveau nettement inférieur à celui de nos grands voisins européens.
Bien sûr, aujourd’hui, avec près de 15% de chômeurs en réalité, accueillir des immigrés est une absurdité car ils auront du mal à s’intégrer dans un pays qui subit un tel niveau de chômage. Et pour le coup, le Front National a raison de demander de limiter l’immigration et de souligner qu’il est impératif de contrôler les flux migratoires. En revanche, Marine Le Pen raconte n’importe quoi quand elle dit que la France serait le « champion d’Europe sur le sujet ».
Comme pour la sortie de l’euro, où Jacques Sapir vient de démonter ses propositions, le FN manque de sérieux sur l’immigration. Il agite les peurs et utilise des mensonges pour rester dans un registre purement protestataire et extrémiste. Ce n’est pas comme cela que l’on redressera la France.
10:59 Publié dans Actualités, Parti Socialiste, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note | Tags : front national, reversus, immigration, roms, marine le pen, ined
07.03.2010
Le décryptage de la crise en Russie par Jacques Sapir
C’est Seb de Reversus qui a publié un article passionnant sur l’analyse de la crise Russe par Jacques Sapir, qui démontre une nouvelle fois les ravages du « laissez-faire » et du « laissez-passer » en matière de politique monétaire. Petite démonstration.
La crise russe, une crise oubliée
Au milieu de l’effondrement économique de la fin 2008 / début 2009, la grave crise économique traversée par la Russie est curieusement passée relativement inaperçue. Jacques Sapir revient sur cet épisode peu connu et en analyse les raisons en profondeur dans un nouveau papier de référence. Son premier mérite est de rappeler la violence de la crise subie par Moscou : le PIB y a reculé de plus de 10% au premier semestre 2009 : seul le Japon a connu une récession plus violente.
A première vue, étant donné l’effondrement des prix du baril du pétrole, passé de 146 à 35 dollars du point le plus haut mi-2008 au point le plus bas mi-2009, on pourrait imaginer que la baisse violente du PIB Russe s’explique uniquement par cette raison. D’ailleurs, l’analyse des courbes semble indiquer une certaine corrélation, mais Jacques Sapir souligne les limites d’une telle analyse, que ce soit la corrélation entre les deux, ou même l’impact réel sur l’économie.
La part monétaire de la crise
Jacques Sapir introduit un autre facteur. Il explique l’ampleur de la crise par une erreur de politique monétaire. En effet, fin 2008, du fait de la crise financière globale la Russie a été victime d’une fuite des capitaux et d’une spéculation qui ont fait baisser le cours du rouble. Pour lutter contre les mouvements du marché, dangereux pour une économie en partie dollarisée, Moscou a eu recours à la potion monétariste traditionnelle, à savoir une hausse des taux d’intérêt et la vente de devises.
La Russie a ainsi vu ses réserves passer de 20 à 14 mois d’importation au cours de l’année 2008. Le taux des crédits à un an pour les entreprises non financières a doublé de juillet 2008 à janvier 2009, passant de plus de 10% à plus de 20%. Parallèlement, le taux pour le crédit à un an aux particuliers est passé de 20 à 30%. La masse monétaire M2 s’est ainsi effondrée de plus de 15%, de 14,5 à 12 trillions de roubles, provoquant un puissant effet dépressif sur l’économie.
L’alternative du contrôle des changes
Jacques Sapir soutient que la Russie n’avait pas besoin d’infliger une telle politique au pays et qu’il aurait suffi d’instaurer un contrôle des changes pour ne pas avoir à monter les taux d’intérêts de la sorte et ajouter une politique monétaire dépressive à un environnement économique déjà considérablement dégradé (crise financière, baisse du prix du baril…). Cette analyse rappelle sa vision de la crise asiatique de la fin des années 1990 ainsi que celle de Joseph Stiglitz.
En effet, en pratiquant le contrôle des changes, la Malaisie et la Chine avaient bien mieux traversé la crise que les pays qui avaient simplement suivis les recommandations du FMI. Seb soutient qu’une telle pratique aurait eu pour conséquence un moindre accès aux marchés de capitaux. Mais on peut objecter que la Russie a de telles réserves qu’elle n’en a guère besoin et qu’au final, les marchés ont une mémoire courte puisqu’ils n’hésitent pas à prêter aux pays qui ont fait défaut.
Encore une fois, Jacques Sapir démontre les ravages du « laissez-faire » et du « laissez-passer ». Cela amène une autre question, à savoir la nécessaire remise en question de l’indépendance des banques centrales, qui fige de telles politiques sans possibilité de changement.
10:56 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : jacques sapir, russie, joseph stiglitz, politique monétaire, taux d'intérêt, contrôle des changes, reversus
31.08.2009
Europe 1 : bienvenue à Sarkozy FM !
La semaine dernière, j’ai décidé d’écouter la nouvelle formule de la matinale d’Europe 1, dont les nouvelles chroniques me semblaient intéressantes. Puis, sont arrivées les interviews de Jean-Pierre Elkabbach…
Trois hommes et un soutien
L’ancien président de France Télévisions a décidé d’interviewer François Pérol, René Ricol, puis Jean-Claude Marin. Ces trois hommes ont beaucoup en commun. Ce sont à la base de hauts fonctionnaires qui occupent des postes importants, qui doivent tout à Nicolas Sarkozy, et le lui rendent bien… Le premier, ancien membre du cabinet du président, qui a supervisé la catastrophique création de Natixis, est aujourd’hui le président du regroupement des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires. Le second est le médiateur du crédit et le troisième procureur de la République.
Et il est peu de dire que le ton des interviews n’était guère inquisiteur. Jean-Pierre Elkabbach a renoncé à quasiment toute question dérangeante, préférant valoriser leur chef à tous, Nicolas Sarkozy. François Pérol a défendu la réforme des bonus annoncée par le président. René Ricol, ne voulant pas être en reste, est allé jusqu’à dire qu’elle allait permettre de réduire drastiquement les pratiques spéculatives des traders (par un miracle qu’il s’est bien gardé de révéler). Quant à Jean-Claude Marin, il a jeté son fiel sur Dominique de Villepin à la veille du procès Clearstream.
L’Etat Sarkozy
Nicolas Sarkozy pense en effet que verrouiller le plus possible l’Etat, les grandes entreprises et les médias est une forme d’assurance-vie pour gagner en 2012. Il devrait pourtant se méfier d’abus aussi grossiers. En 2005, passant outre l’avis de plus de 90% des médias trop bien-pensant, 55% des Français ont rejeté un Traité Constitutionnel Européen qui était pourtant censé leur apporter paix et prospérité alors que son rejet devait nous plonger dans la guerre et le malheur. Le soutien grossier apporté au président par Europe 1 est aussi grossier que la campagne de 2005 et pourrait donc se révéler contre-productif.
Dans le cas bien concret de l’affaire Clearstream, comment ne pas être choqué par les déclarations du procureur de la République ? Pourquoi avait-il besoin de s’exprimer publiquement de la sorte ? On peut imaginer que le camp Sarkozy a préféré l’attaque plutôt que de chercher à se défendre contre la remise en question formulée par le tribunal de Nanterre qui affirme que « l’immunité pénale dont bénéficie Nicolas Sarkozy dans la Constitution introduisait une atteinte au principe d’égalité des armes avec les prévenus », comme le rappelle Mancioday dans un très bon papier.
Nicolas Sarkozy veut tout contrôler et refuse toute tête qui dépasse, un peu à la manière de Valéry Giscard d’Estaing. Puisse-t-il connaître le même destin et ne pas être réélu en 2012.
Source : http://reversus.fr/affaire-clearstream-une-justice-execut...
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy, Villepin | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, europe 1, jean-pierre elkabbach, dominique de villepin, clearstream, reversus, françois pérol, rené ricol, jean-claude marin



