12.08.2010
Quand la Hongrie retoque le FMI
L’évènement remonte déjà à presque trois semaines mais il mérite quand même d’être signalé en cette période calme pour l’actualité. La Hongrie a refusé d’appliquer les recommandations du FMI, qui a donc refusé de verser la dernière tranche de son prêt.
Quand Budapest s’oppose à Washington
Il y a deux façons de voir ce qui se passe en Hongrie. La première, qui consiste à adopter le point de vue du FMI, reviendrait à déplorer le non respect par le gouvernement Hongrois des recommandations du Fonds Monétaire International, en dépit de la tranche d’aide de 14,5 milliards d’euros déjà accordée. Mais, il y a naturellement une autre lecture. En effet, l’institution présidée par Dominique Strauss-Kahn demande à la Hongrie de réduire son déficit budgétaire pour 2010 de 3.8 à 3% du PIB et le gouvernement, récemment élu sur un programme de fin d’austérité, s’y oppose.
Ces chiffres peuvent paraître surprenants étant donné que les déficits tournent entre 5 et 12% du PIB dans les grands pays occidentaux. On peut donc comprendre la position du gouvernement Hongrois, d’autant plus que la demande intérieure est en recul de 5%. De nouvelles mesures d’austérité pénaliseraient encore la croissance. Pire, le FMI s’oppose à une taxe de 650 millions d’euros sur les banques, qu’il juge potentiellement préjudiciable pour la croissance. On croit rêver quand on constate cette immixtion dans la politique du pays, qui devrait pourtant pouvoir choisir qui il fait payer !
Les leçons de cette crise
Cette crise Hongroise est doublement révélatrice des problèmes des plans du FMI qu’avait bien décrit Joseph Stiglitz dans son livre « La grande désillusion ». Tout d’abord, alors que les pays occidentaux s’autorisent des déficits pour sortir de la crise, on demande exactement l’inverse aux pays émergents et on accepte de leur prêter qu’en échange de plans d’austérité, ce qui révèle un « deux poids, deux mesures » bien inexplicable… Il est incroyable que la Hongrie, qui affiche déjà un des déficits les plus bas en Europe se voit demander de les réduire de manière encore plus rapide.
Plus globalement, cela remet en perspective le modèle de développement de la Chine. En effet, comment s’étonner que les pays émergents cherchent à engranger des montagnes d’argent sous la forme d’excédents commerciaux ? C’est le seul moyen pour eux d’éviter d’avoir à demander de l’aide à l’Occident en cas de difficultés, étant donnés nos doubles standards en matière de gestion de crise. Mais du coup, cela nous retombe dessus avec une envolée de nos déficits commerciaux qui est le pendant de délocalisations massives de notre appareil productif dans les pays émergents…
Le néolibéralisme, c’est cela : les pays riches qui imposent l’austérité aux pays émergents et ces derniers qui se retrouvent contraints à cumuler les excédents commerciaux pour y échapper, détruisant l’emploi dans les pays riches. Nous avons vraiment besoin d’un autre modèle !
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08.07.2010
Grèce : la victoire de l’austérité
L’information est passée de manière relativement inaperçue mais la Grèce vient d’annoncer une réduction de son déficit budgétaire de plus de 40% pour le premier semestre, qui devrait passer de 14 à 8% du PIB cette année. Une information aux multiples conséquences.
Comment la rigueur s’est imposée
Alors que notre ministre de l’économie n’a pas craint le ridicule en parlant de « rilance », contraction aussi ridicule que maladroite de rigueur et relance, les Grecs vont au bout de la politique annoncée ce printemps. Alors que beaucoup pensaient que la population ne suivrait pas, même s’il y a des protestations, il faut constater que le gouvernement a obtenu des résultats assez spectaculaires. Le déficit budgétaire a baissé de 41.6%, de 19,7 à 11,45 milliards d’euros.
La potion amère « fonctionne » si l’on considère que les recettes augmentent, que les dépenses diminuent et que la population accepte. Mais ce que cet article oublie de dire, c’est que le PIB devrait reculer de 4% cette année, et encore pareil l’année d’après, que le chômage touche officiellement 11.6% de la population et que l’inflation dépasse 5%, ce qui, avec les baisses de salaire, se traduit par une baisse brutale et sauvage du pouvoir d’achat de la population.
Des conséquences multiples
Le respect du plan de marche extrêmement sévère imposé par Bruxelles et le FMI va avoir beaucoup de conséquences. Tout d’abord, cela devrait faciliter la poursuite de cette politique. En effet, en seulement un an, la Grèce parvient à faire plus de la moitié du chemin entre les 14% de déficit de 2009 et l’objectif de 2013. Athènes démontre qu’il est possible de faire beaucoup en peu de temps, fût-ce au prix de conséquences sociales redoutables.
Mais les résultats de la Grèce pourraient bien rapidement mettre de la pression sur d’autres pays européens. En effet, si le déficit d’Athènes tombe à 8%, que va-t-il se passer pour l’Espagne, dont le déficit annoncé sur cette année est de 9.9% et… pour la France, à 8.4%. En effet, les marchés ne vont pas longtemps demander qu’un peu plus de 3% de rendements à Paris et plus de 10% à une Grèce dont le déficit serait inférieur à celui de notre pays…
La réussite de la Grèce à vigoureusement réduire son déficit est une mauvaise nouvelle. Elle montre que la soumission des Etats aux diktats des marchés fonctionne. Le reste de l’Europe va suivre. On peut parier sur quelques années de croissance très très molle…
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23.06.2010
L’austérité version britannique
Hier, Georges Osborne a présenté le plan d’austérité du gouvernement libéralo-conservateur pour réduire le déficit budgétaire. De manière assez surprenante, le cocktail comporte quelques baisses d’impôt qui traduisent bien les orientations de l’équipe en place.
Un vrai volontarisme budgétaire
Le calcul politique du gouvernement de David Cameron est sans doute habile. Autant frapper un grand coup dès le début du mandat, alors que la responsabilité de la situation peut encore être attribuée aux travaillistes, en espérant que la croissance n’en soit pas trop affectée et que des marges de manœuvre apparaissent en fin de mandat. En effet, il n’y aurait rien de pire que de devoir présenter un nouveau plan d’austérité dans deux ans, faute de mesures suffisantes.
Le gouvernement compte réduire le déficit de 150 à 20 milliards de livres en 5 ans ! Le plan comporte des hausses d’impôt : la TVA va ainsi passer de 17.5 à 20%, rapportant 13 milliards de livres, l’impôt sur les plus-values va passer de 18 à 28% et une taxe sur les banques devrait rapporter 2 milliards. Côté dépenses, il va geler les salaires de la fonction publique, supprimer des postes et réduire les budgets sociaux (via, entre autres, une remontée de l’âge de départ à la retraite à 66 ans).
Un véritable agenda néolibéral
Le principal (seul ?) point positif de ce plan est la remontée de la fiscalité sur les plus-values, qui permet de rapprocher la fiscalité du capital de celle du travail. Mais, parallèlement, le gouvernement s’est curieusement engagé à une baisse de l’impôt sur les sociétés, qui va passer de 28 à 24% en 4 ans, le niveau le plus faible du G20. En outre, les ménages payant la tranche inférieure de l’impôt sur le revenu vont bénéficier d’un abattement de 170 livres en 2011.
Si l’on peut comprendre l’intérêt de la Grande-Bretagne à baisser la fiscalité sur les entreprises (de manière à les attirer sur son territoire), il est tout de même incroyable qu’une hausse de la TVA serve indirectement à la financer, surtout à un moment où les profits des entreprises restent élevés (puisqu’ils devraient retrouver leur sommet d’avant la crise dès 2011 ou 2012). Cela montre encore la puissance du capitalisme actionnarial qui extrait toujours plus de valeur de la société.
David Cameron a fait le choix d’une rigueur extrême pour en faire porter la responsabilité sur les travaillistes. En France, le virage se fait plus progressif mais il ne devrait pas être moins réel, comme l’indique l’interview de Claude Guéant au Financial Times.
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13.06.2010
Les marchés imposent l’austérité à la France
Il y a encore quelques semaines, le gouvernement s’était contraint à un exercice oratoire hautement ridicule en refusant de prononcer le mot « rigueur ». Mais aujourd’hui, le masque tombe, face à la pression des marchés, c’est même plutôt l’austérité qui s’impose.
Pression sur Bercy
C’était prévisible. Après les annonces de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie, du Royaume Uni et de l’Allemagne, la France apparaissait un peu comme le village d’irréductibles gaulois qui résistait encore et toujours aux plans d’austérité. L’annonce du plan Allemand a bouleversé la donne. En effet, notre voisin d’outre-Rhin est plutôt moins endetté, avec le déficit le plus faible de l’Union avec l’Italie. Certains demandaient même à Berlin de faire davantage pour la croissance.
Mais Angela Merkel est partie dans la direction opposée en annonçant un plan d’économie de 80 milliards d’euros d’ici à 2014. La rigueur de ce plan est à modérer : il porte sur quatre années, ce qui relativise les économies réalisées. Par exemple, ce sont quinze mille suppressions de poste dans l’administration fédérale qui sont envisagées, un niveau bien inférieur à l’hexagone. Mais du coup, cette annonce a fait grimper les écarts de taux entre nos deux pays à 0.5 point, un record.
La potion amère du docteur Fillon
En clair, les marchés commençaient à estimer que la France ne faisait pas autant d’efforts que ses camarades européens pour réduire ses déficits budgétaires. A 3.1%, l’Etat Français emprunte encore à des conditions largement meilleures que la plupart des pays, mais l’écart se creusait avec l’Allemagne, dont le Bund est tombé à seulement 2.6%. C’est pourquoi François Fillon a affirmé hier « qu’aucun écart ne sera permis » pour le plan de baisse des déficits annoncé par le gouvernement.
Le plan Français est finalement plus sévère que le plan Allemand puisqu’il doit dégager 100 milliards en quatre, 20 de plus que le plan d’Angela Merkel. Outre 45 milliards de réductions de dépenses, le Premier Ministre s’étant félicité de la suppression de cent mille postes de fonctionnaires en trois ans, il a annoncé 55 milliards de recettes supplémentaires (5 issues du rabotage des niches fiscales et 15 consécutives à l’arrêt du plan de soutien à l’économie).
Contrairement à ce que recommande Jacques Sapir, une vague d’austérité sans précédente s’impose en Europe. Rendez-vous dans deux ans pour juger des conséquences de ces choix…
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31.05.2010
Rigueur et austérité
Le gouvernement refuse absolument de prononcer le mot « rigueur » pour décrire le gel des dépenses des années à venir. Pourtant, ce terme ne devrait-il pas inspirer la confiance de la part des citoyens ? Rigueur et austérité ne sont pas la même chose.
La nécessaire rigueur dans la gestion des deniers publics
Il y avait quelque chose d’assez hallucinant dans la communication du gouvernement après l’annonce du gel des dépenses. Voir tant de ministres venir défendre leur politique en refusant absolument de prononcer le mot « rigueur » et en répondant aux journalistes qui les titillaient sur le sujet qu’il ne s’agissait pas d’un budget de rigueur puisqu’il n’y avait pas de hausse des impôts marquait une nouvelle étape dans l’autisme de l’équipe au pouvoir après l’épisode peu fameux des régionales.
Pourtant, tous les citoyens devraient espérer que l’argent de l’Etat soit géré avec rigueur. En effet, gérer un budget avec rigueur signifie prêter attention aux dépenses engagées, en veillant à ne pas dépenser plus que de raison, à se poser à chaque fois la question de savoir si les dépenses de l’Etat sont utiles ou non, et, quand on répond par la négative, de ne pas l’engager. Bref, une gestion rigoureuse des deniers publics devrait être considérée comme absolument normale.
L’austérité : un vrai débat
En fait depuis « le tournant de la rigueur » de Pierre Mauroy, on confond la rigueur avec l’austérité. En effet, le gouvernement socialiste de l’époque voulait se démarquer de la politique d’austérité de Raymond Barre et avait donc créé un nouveau vocable (la rigueur) pour caractériser une politique de réduction des déficits. Pourtant, les deux mots n’ont absolument pas le même sens. L’austérité, cela va au-delà de la rigueur, cela indique des coupes qui peuvent aller jusqu’à toucher des dépenses qui ont du sens.
Le gouvernement devrait avoir le courage d’employer le mot « rigueur » qui ne devrait pas être péjoratif. En revanche, un véritable débat devrait avoir lieu sur les politiques d’austérité qui sont actuellement mises en oeuvre en Europe et qui posent le problème de la solvabilité des Etats par l’absence de croissance. Ne sommes-nous pas en train d’emprunter la voie d’Herbert Hoover en privilégiant dès à présent la lutte contre les déficits au soutien à l’emploi ? Est-ce la bonne issue à la crise ?
Il est regrettable que les hommes politiques refusent aujourd’hui d’employer le terme « rigueur », qui ne devrait pas être si péjoratif. En revanche, un vrai débat devrait avoir lieu sur les politiques d’austérité.
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19.05.2010
C’est la reprise… pour quelques uns
Moins que jamais la situation économique de l’Europe semble durable. Les perspectives de croissance sont quasiment nulles alors que le chômage est déjà à un niveau très élevé. Le niveau des dettes pose la question de la solvabilité des Etats. La situation semble intenable. Mais si elle tenait ?
L’austérité pour l’Europe d’en bas
Il y a quelques semaines, beaucoup doutaient de la capacité du peuple grec à supporter un plan d’austérité pour remettre ses finances publiques en ordre. Pourtant, le gouvernement socialiste n’a pas lésiné sur les moyens en annonçant des mesures qui pourraient réduire les déficits de 10 points du PIB en seulement 3 ans : suppression des 13ème et 14ème mois pour les fonctionnaires, deux hausses de la TVA, relèvement de l’âge de la retraite… Le cocktail imposé à la population est indigeste.
Pourtant, malgré les protestations, le gouvernement garde une bonne côte de popularité. Le vent de l’austérité et des coupes sombres dans le budget ne semble pas menacer les équipes gouvernementales, y compris en Irlande ou en Lettonie. Depuis, l’Espagne, le Portugal, et, dans une moindre mesure, la France ont annoncé des mesures d’austérité pour remettre leurs finances en ordre. Voilà un climat économique peu propice à la croissance et donc à l’emploi.
En clair, c’est la triple peine pour les citoyens lambda : plus de chômage, plus d’impôts et moins d’aides de l’Etat. Pas étonnant que les Français soient pessimistes sur leur avenir économique. Il n’y a aucun espoir de reprise économique significative dans les deux à trois ans à venir. On pourrait dire que l’ajustement budgétaire est nécessaire, mais ce serait ignorer qu’il y a des solutions alternatives pour le rendre moins douloureux, et surtout que l’impact de la crise n’est pas le même pour tous.
Le champagne pour l’Europe du haut
En effet, si la crise financière s’est rapidement transformée en crise pour tous, il y a peu de chances que les signes de reprise se transmettent à l’ensemble de la population. En effet, si l’économie productive ne semble pas encore avoir touché le fond, notamment en matière de chômage, il en est tout autrement dans l’univers merveilleux de la finance et des grandes entreprises, pour lesquels, malgré les soubresauts et les incertitudes, la reprise est déjà là...
En effet, le monde financier a bénéficié de l’effondrement des marchés en 2008 puisque cela a permis des gains importants dans les bourses du monde entier en 2009, qui se sont transformés en de beaux et juteux bonus, à rebours du reste de l’économie. Il y a quelque chose d’extrêmement malsain à ce que de telles choses soient possibles malgré les innombrables discours des dirigeants de la planète sur la nécessaire moralisation du capitalisme, qui est au point mort.
Mais ce n’est pas tout. Le Monde révèle que pour les entreprises du CAC 40, c’est déjà la reprise puisque leur chiffre d’affaire a progressé de plus de 5% au premier trimestre 2010. Les analystes anticipent déjà une progression des profits de l’ordre de 30% pour cette année. Bref, la crise, ce n’est plus pour les grandes entreprises, qui profitent notamment de l’expansion des pays émergents ! Nul doute que les rémunérations et les bonus des dirigeants suivront…
C’est tout le danger de la période actuel : comme après l’éclatement de la bulle internet, le redressement des grandes entreprises et de la finance pourrait bien camoufler une situation économique globale beaucoup moins bonne, freinant tout changement du système.
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18.05.2010
L’ode incroyable au marché et à l’austérité du Monde
La grande crise de 2008 semblait avoir remis en cause certaines certitudes et tempérer la croyance théologique dans les vertus du marché. Mais, comme dans le monde politique, la crise actuelle semble révéler les idées et le caractère de chacun. Malheur aux vaincus !
« Merci les marchés et vive la rigueur »
C’est par ce titre surréaliste que le nouveau responsable de l’économie du quotidien du soir a titré sa chronique de samedi. Sa présentation de la crise actuelle est à sens unique. Les Etats sont coupables de « cavalerie budgétaire » et « d’incurie », les marchés ont bien raison de leur mettre la pression et d’ailleurs « le pouvoir des marchés sur les Etats a augmenté au même rythme que progressait l’endettement de ces derniers ». Une seule solution : la rigueur.
Ce manque de nuance est assez stupéfiant. Si l’on ne peut naturellement pas exonérer les hommes politiques de responsabilités en France du fait du laxisme budgétaire de la plupart des équipes au pouvoir depuis trente ans, le raisonnement du journaliste du Monde est totalement excessif. Mettre l’Espagne dans le même panier est totalement injuste puisque ce pays avait une dette de moins de 40% du PIB en 2007 après plusieurs années d’excédents budgétaires.
Et puis, il est tout de même incroyable de sanctifier à ce point le dieu marché, à peine 18 mois après une crise où les marchés financiers étaient partis pour s’autodétruire si les Etats n’étaient pas venus à leur secours. L’histoire récente nous a de tout de même montré le caractère autodestructeur, exubérant et égoïste des marchés et toutes les limites qu’il y a à les laisser faire sans la moindre contrainte véritablement structurante. Tout ceci semble avoir été totalement oublié.
Le summum de la pensée unique
Ce qu’il y a également de choquant dans cette chronique est l’affirmation à peine voilée qu’il n’y a qu’une seule politique possible. L’auteur ridiculise la proposition du Front de Gauche et du Parti Communiste de fermer les marchés pour un mois et ne propose comme alternative que des taux d’intérêt à 15%, une faillite ou une explosion des dettes publiques. En clair, la seule politique possible serait l’austérité budgétaire (terme plus juste que la rigueur vu les politiques suivies).
Et, naturellement, les divins marchés ont en plus la délicatesse « d’avoir fait comprendre aux dirigeants européens, certes par la manière forte, que sans évolution rapide vers le fédéralisme, sans politique budgétaire commune, l’union monétaire était vouée à disparaître ». Pour ceux qui n’auraient pas compris : les gouvernements nationaux vont devoir rapidement céder à nouveau des prérogatives à Bruxelles pour essayer de faire tenir cette construction bancale qu’est l’euro.
Bref, nous aurions le choix entre la continuation, et même l’accélération de l’intégration européenne couplée à une austérité budgétaire et une fausse alternative que serait la vision crypto marxiste du Front de Gauche. L’adorateur du marché devrait pourtant reconnaître que même les marchés doutent de son modèle dont ils se demandent bien comment il pourra produire la moindre croissance et s’il ne risque pas d’aggraver la situation au lieu de résoudre les problèmes.
Il est absolument hallucinant de lire une telle chronique empreinte d’un culte sans nuance pour le marché à peine quelques mois après la plus grave crise du capitalisme depuis près d’un siècle. Naturellement, l’auteur passe complètement à côté des solutions alternatives.
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14.05.2010
Le suicide économique de l’Europe
C’est malheureux à dire car une autre Europe pourrait être au service de la croissance et l’emploi, celle qui a fait Airbus et Ariane, celle des projets de coopérations entre les Etats-nations. Mais depuis 20 ans, nous subissons une Europe qui n’apporte que régression économique.
Un bilan désastreux
Les défenseurs de Maastricht, de l’euro et du TCE continuent encore à répéter que l’Europe nous protège, comme on réciterait une prière que l’on refuse de questionner. On se demande bien de quoi cette Europe nous aurait protégés depuis une dizaine d’années :
De la récession ? Les chiffres sont là : la zone euro a cru de 1.4% par an de 2000 à 2009, contre 1.9% pour les Etats-Unis, principalement à cause du niveau trop élevé de l’euro qui a transformé le déficit des Etats-Unis en excédent vis-à-vis de la France. La zone euro est entrée en récession un trimestre avant les Etats-Unis alors qu’elle n’a pas subi des faillites de banques aussi importantes ni un effondrement de 30% du marché immobilier, appauvrissant les ménages. La récession a été plus dure en 2009 (recul du PIB de 4%, contre 2.5%) et la sortie moins vive (1% de croissance contre 3)…
Des marchés ? Fin 2008 / début 2009, les Etats européens avaient déjà été contraints (à raison, cependant) d’éviter la faillite des banques par des injections de capital, des rachats de créances douteuses et des garanties en tout genre, dépassant le montant de 1000 milliards d’euros. Mais la tragi-comédie de ce début d’année montre plus que jamais que la politique des gouvernements européens se fait désormais à la corbeille, les marchés imposant un plan de financement pour les dettes souveraines ainsi que des plans de rigueur toujours plus sauvages.
La grande arnaque du modèle Allemand
Le seul modèle qui est proposé est celui de l’Allemagne, le pays qui a eu la plus faible croissance de la décennie avec l’Italie (à peine 0.8% par an de 2000 à 2009), du fait d’une compression des coûts salariaux pour gagner en compétitivité. Mais outre que l’on peut déjà contester la qualification de modèle pour une économie à la croissance asthmatique et surtout extrêmement inégalitaire, (90% de la population a vu son pouvoir d’achat stagner ou même reculer), le relatif « succès » de ce « modèle » tenait au décalage de politique avec les autres pays de la zone euro.
En effet, c’est bien parce que la France, l’Italie, l’Espagne et les autres ne menaient pas une telle politique que l’Allemagne a pu afficher un minimum de croissance. En effet, en dix ans, l’Allemagne a considérablement augmenté son excédent commercial au sein même de la zone euro, du fait des gains de pouvoir d’achat des autres pays qui ont permis à leur consommation d’augmenter, et par là-même les importations de produits Allemands, d’autant plus que leurs coûts devenaient de plus en plus compétitifs. Mais ce modèle devient totalement inopérant si tout le monde le suit.
Des politiques d’austérité dangereuses
En outre, la conjonction de l’euro cher, de la politique de désinflation compétitive de l’Allemagne et de la crise a dangereusement gonflé les déficits publics et les dettes des Etats, au point que leur capacité de remboursement est aujourd’hui en question, ce qu’illustrent les crises d’angoisse des marchés. Le problème de la dette peut être résolu de plusieurs manières : monétisation, légère accélération de l’inflation, politique de croissance ou austérité budgétaire.
Aujourd’hui, seule la dernière solution a droit de citer. Le problème est que l’austérité risque de provoquer un scénario à la japonaise, comme le souligne Yann sur son blog. C’est bien beau de vouloir réduire les déficits mais si le PIB stagne, alors la dette continuera de progresser. La zone euro est partie pour s’enfoncer dans une période de stagnation économique sans issue et ne fait que repousser un problème qui sera encore plus difficile à traiter dans quelques années.
Aujourd’hui, l’Europe qui a été construite est le problème. C’est elle qui est responsable de la faible croissance de l’Euro, à cause de la mise en place de l’euro et d’une libéralisation anarchique de nos économies. La seule solution est donc, au moins, de changer radicalement d’Europe.
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11.05.2010
Rigueur, plan de soutien et vocabulaire
Si les mots ont un sens, il est surprenant de voir à quel point il peut être détourné pour servir une cause politique. Les deux derniers jours l’ont montré jusqu’à l’absurde.
Rigueur, je ne dirai pas ton nom
A priori, tout citoyen devrait espérer que son gouvernement gère les deniers publics avec une certaine rigueur, c'est-à-dire avec exactitude et en ayant le souci de ne pas dépenser plus que de raison. A la limite, un tel comportement devrait être considéré comme totalement normal et permanent. Mais voilà, la rigueur est devenue un mot tabou depuis que Pierre Mauroy l’a employé en 1983 pour marquer un virage qui rappelait l’austérité de Raymond Barre.
Résultat, le gouvernement se démène dans des circonvolutions sémantiques assez ridicules pour dire qu’il ne met pas en place la rigueur. C’est ce qu’a fait Pierre Lellouche hier soir sur France 2 en parlant de continuité alors que toutes les dernières annonces du gouvernement (gel des dépenses sur trois ans, suppression de certaines aides sociales ou fiscales) indique clairement un tour de vis budgétaire. Ce déni de réalité n’est pas sans rappeler le discours des régionales…
La victoire de l’Europe contre les marchés ?
Le « succès » du plan européen pour stabiliser les marchés financiers est également l’occasion d’un exercice sémantique assez hallucinant. En effet, utilisant volontiers un vocabulaire guerrier, on apprend que « L’Europe répond aux marchés par une riposte massive ». Où l’on voit les fiers fantassins d’une armée européenne déferler contre les troupes des terribles marchés et les terrasser après avoir été rudement bousculé la semaine dernière. Le Seigneur des Anneaux n’a qu’à bien se tenir…
Sauf que, quand on réfléchit un petit peu, on se rend compte que finalement, le marché a eu ce qu’il voulait. Ne serait-ce pas plutôt le marché qui a gagné et les dirigeants européens qui ont capitulé devant ses désirs (qu’ils soient légitimes ou pas) ? Le rebond colossal des bourses hier est-il le signe d’une victoire de l’Europe sur les marchés ou des marchés sur les pays européens ? En effet, les banques ont surtout gagné l’assurance d’être remboursées, avec intérêt. Au pire, les Etats paieront…
Il est proprement incroyable de tenir un discours aussi décalé de la réalité. Nul doute que cela concourt au divorce entre les Français et la politique. Mais cela devrait favoriser l’émergence d’une alternative…
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01.05.2010
La Grèce accepte l’euro-camisole
Cette phase de la crise des dettes souveraines européennes touche sans doute à sa fin. La Grèce devrait annoncer un plan de rigueur extrêmement sévère et l’Europe et le FMI un plan de financement capable de couvrir trois années. Avant une prochaine phase ?
Une situation stabilisée pour un temps
Ce matin, sur RTL, un journaliste faisait la comparaison avec Lehman Brothers, que les autorités étasuniennes avaient laissé faire faillite. Il disait très justement que si la Grèce n’était pas soutenue, alors les attaques spéculatives provoqueraient sans doute une énorme crise des Etats européens, comme cela avait été le cas pour les banques à l’automne 2008. Pour les dirigeants en place, à moins de vouloir une révolution financière, il n’y avait pas d’autres solutions.
Mais pour aider la Grèce, l’Allemagne a imposé des conditions drastiques : gel du salaire des fonctionnaires pendant trois ans, suppression des 13ème et 14ème mois, deuxième hausse de la TVA, relèvement de l’âge de départ à la retraite de 53 (!!!) à 67 ans. Bref, cette potion amère représente un ajustement de 10 points du PIB en seulement deux ans qui donne une certaine crédibilité au plan de redressement financier et permet de montrer qu’Athènes fait de gros efforts pour justifier l’aide internationale.
L’Europe achète du temps, cher
Ce plan d’économies, couplé à une aide de 120 à 135 milliards devraient permettre à la Grèce d’aborder sereinement les trois années à venir, sans souci de financement. Cependant, comme le souligne Pierre-Antoine Delhommais dans le Monde, beaucoup de choses ne sont pas réglées. Tout d’abord, il est plus que probable que l’économie grecque, en l’absence de dévaluation, va poursuivre une longue récession vu la sévérité des ajustements budgétaires.
Trois années de baisse de PIB (2009-2011) vont contribuer à alourdir la dette. Ensuite, l’effort drastique de la Grèce (après ceux de la Lettonie et de l’Irlande) risque bien de devenir la norme pour les pays européens. Déjà, le Portugal a fait des annonces proches de celles d’Athènes. L’Espagne et la Grande-Bretagne, dont les déficits sont supérieurs à 10% du PIB devraient rapidement être contraintes à des plans de rigueur. Puis, ce sera le tour de l’Italie et de la France.
Mais surtout, quelle sera la situation en 2013 ? Dans trois ans, il est certain que les déficits publics auront beaucoup baissé, sans doute à 3%. Le poids des dettes publiques, en revanche, aura d’autant plus progressé que le PIB des pays européens n’aura sans doute pas beaucoup progressé du fait des politiques de rigueur. Mais avec entre 90 à 140% de dette rapportée au PIB, la situation de l’Europe sera très instable, dépendante du moindre mouvement d’humeur des marchés.
Comme je l’avais annoncé en février et début mars, la Grèce choisit la rigueur. Mais la situation n’en reste pas moins intenable à plus long terme. Pourtant, il existe des solutions bien plus durables (monétisation de la dette, retour aux monnaies nationales…). Nous allons perdre trois ans.
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