01.04.2010
La Grèce va-t-elle supporter l’euro-camisole pendant longtemps ?
C’est un débat qui agite l’ensemble de la planète économique depuis le début de l’année. Roland Hureaux dans Marianne 2 et Alain Faujas dans le Monde pronostiquent une sortie rapide d’Athènes de la monnaie unique européenne. Et si le supplice de l’euro devait durer plus longtemps ?
Une situation qui se détend
Malgré certains commentaires catastrophistes, la situation s’est fortement détendue depuis le début de l’année. En effet, la Grèce a déjà levé en trois fois (25 janvier, 4 mars et 29 mars) 18 milliards d’euros, soit un tiers de son besoin de financement pour l’ensemble de l’année 2010. Il ne lui reste plus qu’à trouver 10 milliards d’ici la fin mai, ce qui semble très possible. Mieux, Athènes emprunte de moins en moins cher : 6.8% en janvier, 6.2% début mars et 5.9% cette semaine.
Bref, tous les indicateurs montrent aujourd’hui que la situation se normalise et contrairement aux commentaires catastrophistes, la Grèce est très loin de la cessation de paiement puisqu’elle arrive à lever des fonds à un coût qui se réduit depuis le début de l’année. La perspective d’une sortie de l’euro semble d’autant plus lointaine que deux tiers de la population disent soutenir le gouvernement d’après les sondages, ce qui relativise l’impact des grèves.
Bien sûr, une partie de la population grecque défile contre les mesures d’austérité décrétée par le gouvernement, en liaison avec le FMI, la Commission de Bruxelles et la BCE. Mais pour l’instant, il semble que la majorité adhère à ce programme, quelle que soit la sujétion que cela représente. Il faut dire que le précédent gouvernement avait triché sur les comptes et que le pays a beaucoup profité des fonds structurels, ce qui explique sans doute l’adhésion au plan de rigueur.
Une situation intenable à long terme
Si je crois que la Grèce va consciencieusement suivre les plans de rigueur dictés par le FMI et l’Europe dans les prochaines années, au prix d’une sévère récession, du maintien d’un chômage de masse et d’une perte de pouvoir d’achat pendant quelques années, la situation n’en demeure pas moins intenable à long terme. Pourtant, pour quelques années, les peuples des PIIGS accepteront sans doute la rigueur du fait de ce que l’Europe représente pour eux. La politique primera sur l’économie.
Mais, et là, je rejoins les avis de Roland Hureaux et Alain Faujas, la situation est totalement intenable à long terme. Car il faut être clair, la mise en place de politiques de rigueur dans l’ensemble de la zone euro va encore affaiblir la croissance de la zone, pourtant guère reluisante dans les années 2000. Bref, il y a déjà fort à parier que l’Europe sera à nouveau le continent malade de la planète pour la croissance et qu’une contestation grandissante des politiques suivies va se développer.
Le Figaro peut bien faire des papiers sans nuance sur les bienfaits de l’euro, la réalité est qu’au moment du bilan, tout le monde comprend de plus en plus que l’euro est une plaie pour les économies européennes. En fait, si la charge supplémentaire que représentent les primes de risque peut être absorbée par les budgets à court terme, la situation risque de devenir explosive si la prime se maintient sur l’ensemble d’un cycle de refinancement ou si les taux remontent.
Oui, la situation s’est détendue depuis deux mois, ce qui augmente les chances de maintien de la Grèce au sein de la zone euro à l’horizon de quelques années. Mais, à plus long terme (3, 5, 10 ans ?), nul doute que la zone euro a de très grandes chances d’exploser.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : euro, grèce, fmi, roland hureaux, alain faujas
04.03.2010
Grèce : le supplice de l’euro pourrait durer
Hier, sur Marianne 2, Roland Hureaux a publié une tribune pronostiquant une sortie rapide de la Grèce de l’euro. Si je partage la plupart de ses analyses (et notamment le fait que la monnaie unique se disloquera), je crois malheureusement que le supplice de l’euro pourrait encore durer quelques années.
Les précédents irlandais et letton
Le cas de la Grèce n’est pas nouveau. A l’origine, la spéculation sur les dettes publiques s’était concentrée sur l’Irlande, qui affichait des taux encore plus élevés que ceux de la dette grecque. Alors que ce pays était encore vanté il y a trois ans comme l’exemple à suivre en Europe du fait de sa forte croissance, de sa faible fiscalité et son faible endettement, pas grand monde n’avait vu que ce dynamisme était un château de cartes qui reposait sur les taux d’intérêts inadaptés de l’euro.
Avec la crise, l’économie s’est effondrée (le PIB a reculé de 10%), le chômage s’est envolé. La dette va quadrupler en proportion du PIB en quelques années. Pour s’en sortir, le pays a choisi la voie déflationniste, avec une baisse des salaires des fonctionnaires et une rigueur redoutable qui permet aux prix de baisser pour permettre au pays de retrouver une certaine compétitivité. Alors que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont choisi une voie keynésienne, l’Irlande choisit Hoover…
Mais ce n’est pas le seul pays qui a suivi cette voie-là. En effet, plus loin de nous, la Lettonie connaît une crise particulièrement violente. Son PIB a baissé de 17,5% l’an dernier ! Le chômage dépasse les 20%, les augmentations d’impôt représentent 10% du PIB selon The Economist. Le lien entre la monnaie locale et l’euro va ainsi être maintenu par une dépréciation interne de l’ensemble des prix et des salaires, au prix d’une rigueur et d’un ajustement économique d’une brutalité sauvage.
La Grèce : le troisième exemple ?
Il semble finalement que cette voie soit celle choisie par la Grèce aujourd’hui, même si le Premier Ministre indique qu’il attend un geste de l’Union Européenne, sinon il se tournera vers le FMI. Mais cette seconde option montre in fine que le choix de l’ajustement par la rigueur est fait. Le nouveau plan (qui s’ajoute au précédent) porte sur 4,8 milliards d’euros, soit plus de 2% du PIB, dans un cocktail de hausses d’impôt (TVA, alcool, tabac, carburants) et de coupes du traitement des fonctionnaires.
Du coup, aujourd’hui, l’horizon s’éclaircit sur cette nouvelle crise des dettes publiques, même si ce ne sera pas la dernière. La Grèce devrait rentrer dans le rang, car elle n’a pas vraiment d’autres choix, à moins de faire défaut et de quitter l’euro, ce que le pays ne semble pas prêt à faire après avoir bénéficié des subsides européennes pendant trente ans et avoir trafiqué ses comptes (avec l’aide de Goldman Sachs…). Cela montre à nouveau les dangers d’une unification monétaire artificielle.
Un tel plan, plus le soutien de l’Europe ou du FMI devrait permettre à la Grèce de trouver les 20 milliards d’euros dont elle a besoin dans les deux prochains mois. Mieux, le fait de retrouver la confiance des marchés pourrait même permettre une décrue des taux qui faciliterait la tâche du gouvernement. Néanmoins, un risque continuera à planer tant les esprits animaux du marché peuvent provoquer des réactions violentes et irrationnelles.
Bien sûr, la politique de rigueur sera très dure, d’autant plus que le pays ne pourra pas faire une dévaluation qui lui aurait permis de redynamiser sa croissance. Cependant, les cas italiens et japonais montrent qu’un pays peut accepter une quasi absence de croissance pendant longtemps… On peut même s’attendre qu’après avoir obtenu ce qu’ils voulaient à Athènes, les marchés fassent de même avec l’Espagne, l’Italie voir la France. L’Europe va être plus que jamais une zone de basse croissance.
Bien sûr, il est impossible d’avoir des certitudes fortes, mais, contrairement à Roland, je crois que le supplice de l’euro peut encore durer quelques années (2, 5, 10 ?) en Grèce. Pour l’instant, il manque à Athènes une formation politique d'envergure et capable de prendre le pouvoir rapidement pour porter un autre projet, malheureusement.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : grèce, rigueur, euro, roland hureaux, marianne 2, irlande, lettonie, fmi
13.04.2008
Gaullisme, leadership et idéologies
Roland Hureaux a compilé dans un ouvrage appelé « L’actualité du gaullisme » une série d’études sur de Gaulle et le gaullisme. Bien loin du livre politique ou même d’une histoire du gaullisme, il fournit des éclairages très intéressants sur la pensée du Général.
À dire vrai, le titre de l’ouvrage « L’actualité du gaullisme » est un peu trompeur dans la mesure où ce n’est que le titre de la première des cinq études présentes dans cet ouvrage. Outre l’actualité du gaullisme, Roland Hureaux propose une analyse des « sources du gaullisme : Chateaubriand et le libéralisme catholique », une étude de « la politique, la guerre et le verbe ». Puis il soutient que le gaullisme est « une politique sans idéologie » avant de se demander si « le Général fut infaillible ». Ces cinq études ont en commun une profondeur d’analyse intéressante ainsi qu’une volonté de tous les instants d’apporter un éclairage différent sur le gaullisme. En cela, ce livre offre une lecture plus enrichissante que la énième biographie du Général.
La première étude sur « l’actualité du gaullisme » présente une analyse originale puisque Roland Hureaux attribue l’actualité de la pensée du politique du Général de Gaulle à des fondamentaux très simples qu’il résume ainsi : « la politique consiste à bien diriger un groupe humain donné à un moment donné ». L’auteur décrit ainsi le Général comme un dirigeant au « leadership » exceptionnel (il emploie lui même ce terme, sans véritable équivalent en français). Il souligne son réalisme et son franc-parler, nécessaire à la conduite de la France. Il montre également son côté visionnaire, qui lui a fait continuer à parler de la Russie au lieu de l’URSS, qui n’était pour lui qu’une incarnation temporaire et impériale de la « Russie de toujours ».
L’auteur soutient que la croyance en la nation du Général tenait de « l’observation d’un fait empirique et non pas d’une option métaphysique », comme pour les nationalistes. Ce principe lui commandait un respect de tous les instants des réalités nationales, qui ne devaient pas être humiliées puisque « la nation n’est pas la source des conflits ; en revanche la négation de la nation est à l’origine de toutes les guerres ». Roland Hureaux traduit justement que « pour aimer les autres peuples, (…) il faut commencer par aimer le sien propre ». Il insiste sur l’humanisme du Général, qui avait expliqué en conférence de presse que « la seule querelle qui vaille, c’est celle de l’homme ». Il détaille ensuite les qualités de chef du Général, sa liberté, ses valeurs, sa capacité d’adhésion, son réalisme qui lui faisait toujours regarder la réalité en face, alors que les régimes autoritaires mentent.
Le deuxième apport capital à la réflexion sur le gaullisme de Roland Hureaux est son étude « une politique sans idéologie ». À dire vrai, cette partie m’a beaucoup surpris au début dans la mesure où le Général était un homme de convictions et que le gaullisme me semblait pouvoir être une idéologie, au sens de système de pensée politique, système d’idées. L’auteur dénonce avec violence les excès consubstantiels des idéologies en les qualifiant « d’intolérantes et antidémocratiques », en soulignant leur tendance à refuser la réalité pour des « chimères ». Il souligne que le Général tenait aux réalités nationales par sentiment mais aussi par raison. Il souligne que le pragmatisme du Général, qui tenait à la « doctrine des circonstances », l’opposait fondamentalement aux idéologies. Roland Hureaux termine néanmoins son étude en soulignant que la politique du Général de Gaulle fut néanmoins inspirée par des principes.
L’intérêt de ce livre réside clairement dans sa capacité à provoquer la discussion et la réflexion, du fait de ses parti pris très tranchés. Je ne suis néanmoins pas complètement d’accord avec son analyse des qualités de chef (le « leadership ») du Général. A lire l’auteur, on a presque l’impression que le rôle de Président de la République s’apparente à celui de patron d’une grande entreprise. Si, bien sûr, les politiques peuvent apprendre du monde l’entreprise, je ne crois pas qu’on puisse aller au-delà. Le pragmatisme, le réalisme et le franc-parler ne sont pas tout. Un chef politique se doit de donner du sens à son action pour faire avancer une nation, expliquer la direction qu’il souhaite faire prendre au pays et ce sens ne peut venir que de convictions fortes. Et pour moi, les portraits du Général en chef pragmatique et réaliste me semblent toujours oublier la dimension romantique et idéaliste du personnage.
Et pour cela, il a besoin de faire reposer cette action sur des valeurs, des principes auxquels une majorité de citoyens ont adhéré lors d’élections. Je souscris volontiers à l’analyse de l’auteur sur les excès de l’idéologie, qui peut pousser à un dogmatisme irréaliste et mensonger. Je suis également d’accord sur le fait que la pensée du Général ne correspond pas à une idéologie stricte et qu’elle repose plutôt sur quelques grands principes, que ce soit sur l’organisation institutionnelle, la politique étrangère, le respect des réalités nationales, l’humanisme, la laïcité… Néanmoins, ne peut-on pas se demander si cette addition de principes ne forment pas un embryon d’idéologie ? Le gaullisme pourrait d’ailleurs être prémuni des excès de certaines pensées par son réalisme, son humanisme ou sa croyance sans faille à la démocratie. Mais tout dépend de là où l’on met le curseur entre principes et idéologie.
Que l’on soit d’accord ou pas avec les théories de Roland Hureaux, elles constituent une base de réflexion intéressante car elles sont bien argumentées, même si l’auteur n’hésite pas à dessiner un portrait très engagé et personnel du Général. Il apporte ainsi sa pierre à l’analyse du gaullisme.
Source : L’actualité du gaullisme, Roland Hureaux, éditions Combats pour la liberté de l’esprit, François-Xavier de Guibert
12:08 Publié dans Gaullisme, Livres | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : de gaulle, roland hureaux, gaullisme



