23.03.2008

Le Chevalier qui conquit la princesse France

J’ai la chance qu’un lecteur du blog m’ait parlé du livre de Romain Gary sur le Général De Gaulle. Malgré mes nombreuses lectures sur le Général, j’étais passé à côté d’un des plus beaux textes.

Romain Gary est un résistant qui fut parmi les premiers à rejoindre la France Libre à Londres dès 1940 où il servit dans les Force Aériennes Françaises Libres. Il fut compagnon de la Libération. Né à Vilnius en Lituanie en 1914, il vécut de 1917 à 1928 en Pologne avant de rejoindre la France, où il obtint la nationalité en 1935. Après la guerre, il mena une carrière de diplomate avant de se consacrer pleinement à la vie d’écrivain. Il est le seul auteur à avoir obtenu deux prix Goncourt du fait de ses publications sous le pseudonyme Emile Ajar. Le livre en question est un recueil, publié dix-sept après sa mort, rassemblant les traductions de trois textes publiés en anglais dans Life Magazine en décembre 1958, après son élection à la présidence de la République, en mai 1969, après son retrait de la vie publique et en novembre 1970 à sa mort.

Ces magnifiques textes sont un des meilleurs résumés de ce qu’est le gaullisme. La meilleure synthèse se trouve à la fin du texte de novembre 1970 : « plus que jamais, il est à présent ce qu’il n’a cessé d’être pour nous depuis le début : une force morale, un courant spirituel, une foi dans l’homme, dans un ultime triomphe de l’homme, une lumière ». Romain Gary le décrit volontiers comme un « rêveur réaliste », car si l’on retient volontiers le pragmatisme qu’il a eu, sur l’économie ou l’Algérie, on oublie volontiers le rêveur et l’idéaliste qu’il était. Car il en a fallu de l’idéalisme pour dénier aux signataires de l’armistice de représenter la France et reprendre seul la responsabilité de son pays, sous la forme d’une nation résistante et luttant contre le nazisme alors qu’un gouvernement de circonstance prétendait arrêter le combat et servir l’ennemi d’hier.

Il en fallait également de l’idéalisme pour être prêt à renoncer au pouvoir dès lors que celui-ci supposait le moindre reniement ou la moindre compromission, comme en janvier 1946 ou en avril 1969. C’est en cela que le gaullisme est un véritable romantisme politique, où un certain pragmatisme n’empêche pas l’attachement viscéral et non négociable à un idéal. C’est ainsi que Romain Gary défend la Constitution de 1958 : « la conviction de l’infaillibilité du peuple français, la vieille idée républicaine que la démocratie est un système de gouvernement conçu pour permettre au meilleur homme de gagner (…), la bonne volonté de jouer la carte de la grandeur de l’homme plutôt que de rechercher d’incessantes garanties contre sa perversité ».

Romain Gary rappelle également le profond amour que le Général portait à la France, cette « princesse des contes », cette « madone aux fresques des murs (…) créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires » comme le Général lui-même l’écrit dans le premier tome de ses Mémoires de Guerre. Il rappelle également que cet amour de la patrie n’avait rien du chauvinisme rétrograde dont on l’a trop souvent affublé par facilité. Le Général, qui avait fait l’expérience de l’horreur des dérives nationalistes dans la guerre contre le nazisme, distinguait mieux que quiconque la différence entre le patriotisme, qui est l’amour des siens et le nationalisme, qui est la haine des autres. Cet amour du Général pour la France était un amour des Français et de ce que l’homme peut faire de grand quand il fait de la Nation le véhicule d’un humanisme de tous les instants.

Au Panthéon des livres sur le Général, le livre de Romain Gary conservera une place inversement proportionnelle à sa longueur. Une excellente synthèse de l’esprit du gaullisme pour les amateurs, une bien belle introduction pour les profanes.

Source : Ode à l’homme qui fut la France, Romain Gary, Calmann-Lévy, Wikipedia