30.12.2008
Le Président qui voulait être tout et qui n’était pas grand-chose
La campagne de 2007 avait vu le candidat Nicolas oser une fusion inédite entre son discours libéral, droitier et conservateur, qu’il tenait depuis 2002 comme avocat de la rupture, et le discours gaulliste et républicain d’Henri Guaino. Curieusement, le président Sarkozy ne semble pas vouloir sortir de l’ambiguïté.
Un président qui s’adresse à tout le monde
Nicolas Sarkozy a le don de dire ce qui plaît à toutes les cibles de l’électorat. Il sait fustiger les excès des patrons qui délocalisent ou suppriment des postes quand il se déplace à Gandrange. Mais il pense également parler aux patrons quand il dénonce la judiciarisation du monde des affaires. Il prétend faire l’ouverture en débauchant quelques mercenaires centristes ou « socialistes », mais il est le président de la République qui a conservé le lien le plus fort avec son ancien parti, dont il réunit les dirigeants deux fois par semaine, restant de facto son patron.
Mais cette stratégie de communication repose plus sur des postures que des faits. Certes, il fustige les excès du néolibéralisme dans des termes plus fort qu’une bonne partie de l’opposition, dénonçant les patrons voyous et appelant à un nouveau Bretton Woods et des changements radicaux. Mais dans les faits, il accepte le simple code de bonne conduite optionnel du Medef sur les parachutes dorés. Bref, le président se contente de prendre des postures électoralement valorisantes en fonction du vent de l’opinion. Si demain le vent tourne en faveur du libéralisme, il fera comme les radicaux en leur temps et suivra le vent.
Une stratégie de vide électoral
Mais cette stratégie d’être tout pour tout le monde et tous les jours a une logique : celle de la terre brûlée. Nicolas Sarkozy a sans doute compris que l’on ne gagne pas uniquement sur ses forces mais aussi en affaiblissant l’adversaire, voir en éliminant les plus dangereux. C’est ainsi qu’il s’efforce d’éliminer politiquement Dominique de Villepin depuis trois ans, en soutenant en sous-main le CPE, en portant plainte dans l’affaire Clearstream ou en recrutant Bruno Le Maire. C’est pourquoi il s’efforce d’affaiblir François Bayrou, en soutenant la création du Nouveau Centre et en soutenant un ancien socialiste à Pau.
Nicolas Sarkozy ne souffre aucune contestation et entretient une discorde qui n’en a guère besoin au Parti Socialiste en débauchant quelques mercenaires et en ayant éloigné son plus dangereux rival, Dominique Strauss-Kahn, au FMI. La réforme de l’audiovisuel est l’ultime pièce de l’édifice puisqu’elle représente une énorme manne financière pour les télévisions privées, tout en renforçant grandement la dépendance du Service Public vis-à-vis du pouvoir, tant financièrement que par le pouvoir de nomination ou de révocation.
Qu’en restera-t-il en 2012 ?
Mais le calcul du président a beaucoup de limites. La première est que la faiblesse de l’opposition n’est qu’apparente. Pour l’instant, le manque de présence du Modem et le processus d’autodestruction du Parti Socialiste permettent au président de donner le change : aucun rival ne semble s’imposer pour l’instant. Mais les très mauvais résultats électoraux de l’UMP devraient l’inquiéter. Dès qu’il y a une alternative, les Français semblent vouloir s’en saisir, lors des municipales ou des législatives partielles. Et en 2012, les Français auront de véritables alternatives (notamment François Bayrou) et ils auront envie de changer.
Car que restera-t-il de Nicolas Sarkozy en 2012 ? C’est là sa deuxième limite : le président ne pourra plus vendre sa rupture et des slogans comme « le président du pouvoir d’achat » et « travailler plus pour gagner plus ». En 2012, il se battra sur son bilan, qui est parti pour être bien maigre. Car, par-delà le bruit médiatique quotidien qui peut donner l’impression d’un président toujours sur la brèche, le bilan concret pour les Français est mince. Beaucoup de réformes (réforme des Institutions, réforme de l’audiovisuel…) ne se traduisent pas par des conséquences très concrètes…
Résultat, en 2012, le bilan de ce quinquennat risque d’apparaître comme un peu léger par rapport au discours toujours auto satisfait du président, dont chaque décision ou déclaration a tendance à être accompagnée d’un adjectif comme « historique ». La réalité est que Nicolas Sarkozy brasse beaucoup de vent et qu’en 2012, quand les Français se poseront la question de lui accorder un deuxième mandat, son bilan sera limité et son image complètement brouillée par de multiples déclarations contradictoires. Et cette prise de conscience n’aura sans doute lieu que tardivement, lors de la campagne, comme en 1981.
Nicolas Sarkozy s’agite beaucoup, ce qui lui permet de multiplier les postures populaires, ce qui dresse un brouillard verbal sur une réalité peu reluisante. Si ce brouillard ne se dissipe que lors de la campagne de 2012, le choc sera alors brutal pour un président manquant gravement de recul.
10:27 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, présidentielles, 2007, 2012, rupture, bayrou
17.08.2008
Sarkozy 15 mois après : rupture ou réformettes ?
Nicolas Sarkozy a été élu en promettant une rupture avec les présidences précédentes. Il se présente volontiers comme le plus grand réformateur que le pays ait connu depuis trente au quarante ans. Pourtant un examen approfondi permet de largement modérer ce jugement.
Il serait malhonnête de dire que Nicolas Sarkozy n’a pas apporté une rupture dans certains domaines. De fait, le candidat élu en mai 2007 a radicalement changé un certain nombre de politiques. Il va plus loin que tous les autres gouvernements sur la réforme de l’Etat, comme le montre le nombre de suppressions de postes dans la fonction publique ou l’ampleur des réorganisations de certaines administrations. Mais ce n’est pas tout, il a provoqué un changement radical de notre diplomatie en se rapprochant des Etats-Unis, que ce soit sur l’OTAN ou l’Afghanistan, contrairement à ses engagements de campagne. Enfin, l’effort mis en œuvre pour l’enseignement supérieur peut être qualifié de rupture avec les politiques précédentes. Mais, plus souvent qu’on ne le croit, la « rupture » se transforme plutôt en réformette.
C’est ainsi que la grande réforme du contrat de travail, qui devait aboutir, selon le candidat Sarkozy à un contrat à la fois « plus souple pour l’employeur et plus sûr pour le salarié » et qui devait fondre tous les contrats en un seul, a abouti à… la création d’un contrat supplémentaire et quelques ajustements. La réforme des Institutions, même si elle touche beaucoup d’articles, a abandonné les aspects les plus innovants de la Commission Balladur (introduction d’une dose de proportionnelle, limitation du cumul des mandats, réforme du mode de scrutin du Sénat). Le Grenelle de l’environnement, dont l’essentiel de la traduction législative attend toujours, a pour l’instant essentiellement abouti à la mise en place d’un bonus / malus pour les automobiles, ce qui reste modeste par rapport aux enjeux environnementaux actuels. Même la loi dite de modernisation de l’économie est loin de la révolution annoncée.
Sur les questions internationales, Nicolas Sarkozy avait également promis une rupture avec la politique de ces prédécesseurs, qui enfilait volontiers le costume de VRP des entreprises Françaises. Comme candidat, il avait promis de se concentrer davantage sur la promotion des droits de l’homme. Ce point représente un des revirements les plus significatifs de cette présidence qui est allée plus loin que toutes les autres pour des contrats, comme l’a illustré le désastreux voyage de Kadhafi à Paris. Sur la Chine, le président a également fait le choix du commerce. Sur les questions européennes, l’Union pour la Méditerranée a été largement revue à la baisse et n’est plus que le prolongement d’une politique de 1999 qui avait échoué. Enfin, alors que le candidat voulait un traité européen centré sur les questions institutionnelles, il a fini par accepter un TCE bis.
Il est difficile de porter un jugement définitif sur la « rupture » promise par Nicolas Sarkozy. Son application dans certains domaines est contrebalancée par de nombreux sujets où le souci d’arriver à un accord finit par lui faire mettre beaucoup d’eau dans son vin.
11:07 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, rupture, commission balladur, grenelle de l'environnement
28.04.2008
Les limites d’une présidence
L’intervention télévisée de la semaine dernière a permis au grand communicant de l’Elysée de tenter un nouveau tour de passe-passe : reconnaître des erreurs, mais uniquement sur la forme, de manière à ne pas remettre en cause le fond. Un peu court pour expliquer sa chute dans l’opinion.
S’il a admis des carences au niveau de sa communication, c’est qu’il était difficile de ne pas le reconnaître. Entre une mise en avant inédite de sa vie privée suivie d’un refus de toute exposition à propos de Cécilia, puis un nouveau cycle avec Carla, Nicolas Sarkozy a fait entrer la politique dans une nouvelle ère « people ». Le président et son équipe ont également théorisé la stratégie de créer au moins un événement par jour, afin de mieux maîtriser l’agenda médiatique en effaçant dès le lendemain l’événement de la veille et en dictant les sujets aux médias et à l’opposition. Le problème est que cette tactique donne aussi l’impression d’un tourbillon sans queue ni tête, car les lignes directrices sont difficiles à identifier.
Nicolas Sarkozy aime à répéter qu’il réforme la France comme personne ne l’a fait depuis très longtemps. Ceci est très abusif. Les réformes menées par le gouvernement n’ont pas l’ampleur de celles menées par Jacques Chirac en 1986 ou Lionel Jospin en 1997. On pourrait même contester leur supériorité par rapport aux gouvernements Chirac de 1995, 2002 ou 2005. En un an, les deux principales réformes menées ont été le paquet fiscal et la réforme de la carte judiciaire. Mais à part cela, les autres réformes restent très limitées. Celle du contrat de travail est bien plus limitée que la fusion annoncée de tous les types de contrat. La réforme des institutions reste modeste. Celle de l’enseignement supérieur se limite pour l’instant à l’autonomie des universités, qui faisait l’objet d’un large consensus. Celle des régimes spéciaux de retraites elle ne concerne que cinq cent mille personnes quand le gouvernement Raffarin avait fait passer une réforme pour les cinq millions de fonctionnaires, et a été obtenue au prix de très nombreuses concessions.
On peut également questionner la gestion des priorités du président. Car c’est sans doute en mettant en œuvre tant de réformes qu’il en limite la portée, ne pouvant pas consacrer suffisamment de temps à la mise au point de réformes en profondeur. En outre, Nicolas Sarkozy consacre une part incroyable de son temps pour réconforter la veuve et l’orphelin. Il honore un nombre incroyable d’enterrements de sa présence et s’implique personnellement dans un grand nombre de faits divers. On peut aussi se demander s’il est réellement souhaitable qu’il s’implique à ce point dans une affaire comme celle d’Ingrid Bettancourt, quel que soit le drame qu’elle traverse.
Il est difficile de ne pas voir dans cet éparpillement des interventions un souci de communication qui prend le pas sur la réelle volonté de changer les choses. Depuis deux ans et le virage plus social de sa campagne, Nicolas Sarkozy ne manque pas une occasion pour dénoncer les excès de la spéculation financière (à nouveau attaquée jeudi), mais il n’a toujours pas pris la moindre initiative. De même sur l’euro cher, si souvent dénoncé mais que le président ne semble pas si désireux de corriger. Il y a chez Nicolas Sarkozy beaucoup de postures à vocation uniquement communicante et qui ne se traduise par rien de concret. Les dons d’orateur du président permettent de donner de la sincérité à ses dénonciations, mais les Français découvrent de plus en plus que ce ne sont que des postures…
Car si le président applique une partie de son programme (défiscalisation des heures supplémentaires, bouclier fiscal, réduction de l’impôt sur les successions), le président Sarkozy ne fait pas toujours ce que le candidat Nicolas promettait, loin de là. L’unification du contrat de travail a abouti à son contraire : la création d’un nouveau contrat qui complexifie à nouveau le droit français. La réduction du nombre de ministres et la parité ont été vite oubliés. L’Union Méditerranéenne a été ravalée au rang de gadget lors du dernier conseil européen. Le candidat Nicolas s’était éloigné du ministre atlantiste avec les discours d’Henri Guaino et dénonçait la guerre en Irak et en Afghanistan et n’avait pas de mots trop durs pour dénoncer le « réalisme » de la diplomatie chiraquienne. Résultat, le président Sarkozy s’aligne sur Georges Bush et devient plus réaliste que son prédécesseur en accueillant Kadhafi.
Cette première année de présidence Sarkozy est un vaste gloubiboulga politique où les contraires se mélangent sans grande cohérence. Le sens est sans doute ce qui manque le plus à l’action du président.
14:48 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, rupture, sondages
21.04.2008
La rupture avec le président
À l’approche de l’anniversaire du premier tour des élections présidentielles de l’an dernier, deux nouveaux sondages montrent à quel point les Français sont déçus par Nicolas Sarkozy.
Selon un sondage IFOP pour le JDD, 79% des Français estiment que l’action du président et du gouvernement n’ont pas permis d’améliorer la situation de la France et des Français. Le sondage Viavoice pour Libération exprime la même insatisfaction puisque 59% des Français considèrent que le début du quinquennat est plutôt un échec, contre seulement 20% plutôt un succès. À peine 52% des partisans de l’UMP le voit comme un succès… La médiatisation du chef de l’Etat récolte le jugement le plus sévère avec 67% d’opinion négative. Curieusement (voir la note de samedi), la politique étrangère reste un domaine où le jugement est plus positif. Résultat, la cote de popularité du président continue de légèrement baisser, à 36% pour le JDD et 38% pour Libération.
Cette désillusion des Français à l’égard du président est sans précédent et bat en intensité la chute aux enfers de Jacques Chirac en 1995. C’est d’autant plus marquant que l’effondrement de la popularité de ce dernier avait été provoqué par un double événement : le tournant de la rigueur et les grandes manifestations qui avaient paralysé les transports en commun à la fin de l’année. Pour Nicolas Sarkozy, c’est plutôt l’addition d’évènements qui a provoqué la rupture : exposition sans retenue de sa vie privée, y compris en conférence de presse, augmentation de son salaire, reniements en matière de politique étrangère (visite de Kadhafi), échec sur le front de la croissance (qu’il voulait chercher avec les dents) et du pouvoir d’achat, paquet fiscal qui donne l’impression d’une politique qui favorise les plus aisés, flou artistique dans la conduite des affaires qui conduit à des couacs en cascade…
Alors que le candidat Nicolas faisait professionnel et sérieux, le président Sarkozy fait léger et vulgaire. Dès lors, il ne faut pas s’étonner de cette descente aux enfers. Et encore, Nicolas Sarkozy est encore protégé par trois phénomènes qui empêchent sans doute un jugement encore plus brutal. Premièrement, le retournement d’une partie des médias a provoqué un réflexe de défense pour une partie de la droite. Ensuite, l’absence d’opposition crédible fait encore que deux tiers des Français pensent que ce ne serait pas mieux avec le PS. Avec une opposition unie et crédible, il y a fort à parier que la cote du président serait dix points plus bas. Enfin, le gouvernement donne encore l’impression de vouloir changer des choses. Quand les Français se rendront compte que le réformisme affiché n’est pas si important, les partisans de la réforme qui le suivent encore pourraient le laisser tomber.
Nicolas Sarkozy a mis la communication au centre de son action. Mais ce qui pouvait marcher au ministère de l’Intérieur est plus difficile à la Présidence de la République, surtout après une campagne riche de promesses qu’il ne tient pas. D’où la rupture des Français avec le candidat.
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/04/20/un-an-apres-l-election-de-nicolas-sarkozy-79-des-francais-deplorent-le-manque-de-progres_1036217_823448.html#ens_id=998385
http://www.liberation.fr/actualite/politiques/322318.FR.php
15:16 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, rupture, sondages



