28.05.2011

François Hollande, mi Royal 2006, mi Chirac 1994

Cette semaine, François Hollande était l’invité du Grand Journal et de nombreux plateaux. Celui qui est devenu le favori des sondages pour les primaires socialistes est l’attention de tous les médias. Mieux, l’opposition des hiérarques socialistes pourrait l’aider dans sa quête du pouvoir.

Favori malgré lui

Le parcours de François Hollande est une vraie surprise. Je n’étais pas le dernier à le traiter avec dédain avec son régime largement médiatisé. Mais l’élimination de Dominique Strauss-Kahn le met en position de favori. En effet, Martine Aubry, pour s’être trop effacé derrière l’ancien patron du FMI, n’a pas démontré la même envie que son prédécesseur rue de Solférino. Ségolène Royal semble démonétisée et les autres semblent compter pour du beurre pour l’instant.

Par une sacrée ironie de l’histoire, François Hollande se retrouver dans la même position que son ex compagne il y a cinq ans. En effet, il est en tête des sondages, mais suscite l’opposition de la majorité des hiérarques socialistes, qui multiplient les attaques contre lui, avec un mépris assez incroyable si on en croît les révélations publiées par la presse. Martine Aubry, Laurent Fabius, Arnaud Montebourg et les strauss-kahniens semblent le détester cordialement.

Mais François Hollande me fait penser à quelqu’un d’autre : le Jacques Chirac de la pré campagne présidentielle de 1995. En effet, on retrouve chez lui le corrézien sympathique qui n’attaque pas les concurrents. Alors que beaucoup de socialistes lui tirent dessus de manière bien peu élégante, François Hollande refuse de rentrer dans la polémique et dit qu’il estime tous ses camarades (même Martine Aubry) et qu’il aura besoin de tout le monde à l’avenir.

Peut-il aller jusqu’au bout ?

A priori, faire la course en tête est éprouvant, surtout en affrontant la majorité des éléphants et la première secrétaire. Mais, après tout, c’est ce qu’avait réussi Ségolène Royal en 2006, avec un grand succès puisqu’elle avait littéralement écrasé DSK et Fabius au premier tour de la primaire. En outre, la position de premier secrétaire n’avait pas aidé Henri Emmanuelli en 1994. Et même si Ségolène Royal soutient in fine Martine Aubry, cela pourrait paradoxalement l’aider.

En effet, cette opposition de hiérarques peu appréciés peut l’aider en lui donnant l’image d’un « outsider », lui, l’apparatchik socialiste. Ce serait le moyen pour les Français de faire la nique aux dirigeants du Parti Socialiste. Et il faut dire que certains auraient mieux fait de se taire en évoquant le besoin d’une candidature unitaire et en appelant François Hollande à se retirer devant Martine Aubry. A quoi serviraient des primaires si elles sont pipées par des arrangements ?

François Hollande a de vraies carences mais ses faiblesses (le côté trop sympathique, trop « normal ») pourraient être un gros avantage face à la présidence mercuriale, désordonnée et égotique de Nicolas Sarkozy. Face à la machine professionnelle, mais froide, cynique et malhonnête de l’Elysée que les Français ne croient plus, la France pourrait bien se donner à cet élu un peu provincial et sympathique qui a beaucoup enduré, le fils socialiste de Jacques Chirac.

Certes, le costume de président pourrait paraître un peu grand, mais c’est déjà largement le cas avec le Narcisse de l’Elysée. Le cap de la primaire socialiste ne sera pas une sinécure, mais l’alliance des éléphants contre lui pourrait finalement l’aider dans sa conquête du pouvoir.

19.05.2011

Les conséquences politiques de l’affaire DSK

L’élimination désormais quasiment certaine du favori de l’élection présidentielle de 2012 bouleverse la donne. Quelles pourraient être les conséquences pour le paysage politique, au Parti Socialiste, comme pour l’élection qui aura lieu dans onze petits mois ?

François Hollande, nouveau favori au PS

Les évènements récents nous ont permis de clarifier ce qui se tramait réellement au PS. Les journalistes de Marianne, qui avaient vu Dominique Strauss-Kahn fin avril, ont confirmé qu’il était bien candidat, comme Manuel Valls lundi matin sur RTL. Le Figaro affirme même que Ségolène Royal avait prévu de le rallier, du fait de la persistance de ses mauvais sondages, ce qu’elle dément aujourd’hui (mais peut-elle faire autrement ?). Cette fois, j’avais bien anticipé les choses.

Les sondages le disent : l’ancien premier secrétaire est désormais en pôle position pour la nomination socialiste. Bien sûr, le camp qui soutenait DSK regorge de candidats potentiels : Martine Aubry, Laurent Fabius, voir même Bertrand Delanoë. Mais François Hollande dispose désormais de deux atouts majeurs. Tout d’abord, il est parti le premier et a démontré une volonté plus forte que nombre de ses rivaux, qui étaient prêts à s’effacer derrière le patron du FMI.

Mais surtout, l’association de ses rivaux avec ce dernier pourrait se révéler radioactive et faire de Hollande le nouveau sauveur des socialistes. En effet, Martine Aubry semblait prête à confier la France à DSK et si ce dernier n’est pas innocenté, il est difficile d’imaginer que cela n’ait pas de conséquence sur le jugement que les militants porteront sur les soutiens de Dominique Strauss-Kahn. Bref, François Hollande a sans doute pris un avantage encore plus décisif qu’on ne le pense.

Une présidentielle bouleversée ?

Cet événement pourrait contribuer à rendre la présidentielle plus ouverte. En effet, le PS pourrait en sortir affaibli, surtout si le parti se déchire entre de multiples candidatures et une campagne dure entre les différents protagonistes. L’affaiblissement des socialistes pourrait alors renforcer Nicolas Sarkozy, dont la réélection semble moins improbable. Mais elle pourrait également avoir des conséquences pour le centre politique, Bayrou, Borloo, Villepin et les Verts.

En effet, DSK était un candidat redoutable pour le centre dans la mesure où il était beaucoup plus fort auprès de cet électorat que dans l’électorat populaire. On pouvait penser qu’il allait totalement éclipser (voir rendre totalement inutile) les candidats centristes, dissuadant notamment Dominique de Villepin d’y aller. A priori, le paysage devient un petit peu plus favorable à ces candidats, même si une candidature de Martine Aubry leur serait encore plus favorable.

François Hollande ne semble pas autant à même d’attirer l’électorat centriste que DSK. Il est perçu comme un peu plus à gauche que le patron du FMI (ce qui n’est pas difficile), même si ses idées sont très proches. Il sera sans doute un peu moins crédible. En revanche, sa personnalité, plus modeste, et moins dépensière, le rapproche d’un François Bayrou et devrait renvoyer Nicolas Sarkozy à son image « bling bling » qu’il espérait pouvoir modérer face à DSK…

Pour les alternatifs, cela ne change pas forcément grand chose. Si le Parti Socialiste choisit François Hollande, il s’agira d’un candidat exactement sur la même ligne idéologique que DSK, un social libéralisme compassionnel complètement à côté de la plaque par rapport aux enjeux économiques actuels. Et si le centre s’en trouve enhardi, cela n’est pas forcément gênant. La multiplication des candidats de la pensée unique pourrait servir les vraies alternatives, comme NDA.

Bien sûr, il est assez aventureux de faire des pronostics aussi rapidement, mais je crois que François Hollande a désormais toutes les chances de s’imposer comme candidat du Parti Socialiste. Au global, la campagne présidentielle m’en semble un petit peu plus ouverte. 

16.05.2011

Mauvais films politiques

Hier matin, la nouvelle est tombée, stupéfiante : Dominique Strauss-Kahn a été arrêté par la police étasunienne et inculpé pour « agression sexuelle ». Même s’il convient de respecter la présomption d’innocence, cet événement bouleverse la vie politique Française.

La descente aux enfers de DSK

Il y a à peine un mois, DSK était encore l’immense favori des sondages pour la primaire socialiste et pour la présidentielle. Rien ne semblait devoir arrêter celui qui se contentait de quelques signaux pour indiquer qu’il était bien intéressé sans pour autant véritablement rentrer en campagne, de manière à rester en fonction au FMI. Aucun rival socialiste n’avait émergé, Martine Aubry et Ségolène Royal se faisant distancer alors que François Hollande restait loin. Il semblait déjà presque élu.

Dans une séquence d’à peine quelques jours, la situation a été complètement bouleversée. François Hollande, longtemps soutenu par les médias, a fini par percer et devenir son principal rival, non sans un certain succès. Mais c’est surtout une série de trois scandales qui semblent pouvoir aujourd’hui abattre le favori d’hier. Cela a commencé par la Porsche de son conseiller en communication, puis par des « révélations » sur son train de vie.

Puis, le point culminant a été atteint hier avec son arrestation pour « agression sexuelle ». Cela peut rappeler le printemps 2006 où la candidature Villepin avait été définitivement hypothéquée par les protestations contre le CPE et l’affaire Clearstream, qui avait suivi. Ce rebondissement digne d’un film de Hollywood semble avoir de bonnes chances d’abattre la candidature de DSK tant il semble improbable que l’affaire soit réglée avant les primaires.

Un climat étouffant

Et mercredi sort le film « La conquête », sur l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Entre cinéma et réalité, tout se brouille, la politique semble être devenue un mauvais film dont on peut désormais attendre tous les rebondissements. J’avais préféré ne pas parler de la Porsche car même s’il s’agit d’une grosse erreur de communication de la part d’un conseiller en… communication, je ne pense pas que cela ait le moindre intérêt dans le débat public.

L’UMP avait sauté dessus de manière bien indécente, eux qui soutiennent un président qui avait annoncé vouloir se retirer pour « habiter » la fonction au soir du second tour, et qui avait fini sur le yacht de Vincent Bolloré. Quand des aveugles se moquent d’un borgne… La polémique sur son train de vie est aussi assez nauséabonde : oui, lui et sa femme ont de l’argent. Mais cet étalage (contesté par DSK, qui a porté plainte contre France Soir) est-il bien républicain ?

Aujourd’hui, les cartes politiques sont rebattues. Si DSK est très rapidement innocenté et qu’il le veut vraiment, il n’en reviendra que plus déterminé que jamais et pourrait s’en remettre. L’affaire Markovitch n’avait pas empêché Georges Pompidou en 1969. Mais, là, le scandale atteint des proportions inédites qui semblent lourdement hypothéquer ses chances. François Hollande pourrait bien tirer les marrons du feu étant donné le manque de leadership de Martine Aubry.

Quelle triste affaire en tout cas, quelle qu’en soit l’issue. Après quatre ans d’une présidence qui a lourdement déçu les Français, la vie politique Française vient de sombrer dans le fait divers glauque.

16.01.2011

DSK, le meilleur ennemi

Nous saurons dans six mois s’il quitte prématurément son mandat du FMI pour se lancer dans la course aux primaires socialistes. Il y a fort à parier qu’il soit le candidat tant il a fait le vide comme Ségolène Royal en 2006. Et si c’était la meilleure des nouvelles pour les alternatifs ?

Le candidat des sondages

Rarement les sondages ont été aussi tranchés en faveur d’un candidat. Si Ségolène Royal dominait le paysage socialiste en 2006, jamais elle n’avait été donnée aussi largement gagnante face à Nicolas Sarkozy au second tour. Aujourd’hui, DSK domine largement ses rivaux, dans le cadre de primaires, au premier tour et plus encore au second tour. Il se retrouve dans la situation d’Edouard Balladur en 1994 et il est donc probable qu’il cède à la tentation et se présente.

Il a même deux avantages par rapport à ce dernier : il se retrouverait face à un président sortant très impopulaire et il représenterait l’opposition. Bref, comme semblent l’indiquer ses interventions ou celles de ses proches, il est probable qu’il aille, d’autant plus que ses rivaux peinent aujourd’hui à distancer Marine Le Pen, comme le montre le dernier sondage de Marianne. Résultat, le PS devrait soutenir le candidat qui lui offre les meilleures chances de gagner.

Bien sûr, les sondages sont aléatoires, mais aucun de ses rivaux ne s’est imposé. Ségolène Royal s’est plutôt affaiblie et Martine Aubry ne profite pas de sa position. Les deux pourraient bien le soutenir quand il se déclarera. Arnaud Montebourg et Manuel Valls restent dans la seconde division. Et si les médias continuent à chanter les louanges de François Hollande, ce dernier s’est davantage imposé dans les rédactions (y compris du Figaro) qu’auprès des Français…

Le candidat du système

Et si finalement, c’était une bonne nouvelle ? Après tout, subsiste encore chez certains l’espoir que le PS pourrait proposer une véritable alternative à la globalisation néolibérale, du fait de l’épisode 1981-83. Pourtant, les « socialistes » ont au moins autant contribué que la droite au grand mouvement de déréglementation comme le soulignent Frédéric Lordon ou Jean-Pierre Chevènement. Du coup, la candidature de DSK pourrait doucher définitivement ces espoirs.

En effet, DSK a le mérite de présenter un programme qui ne cache pas son adhésion à la globalisation néolibérale. Il propose d’aller plus loin sur la voie de l’intégration européenne, en mettant sous tutelle les Etats d’une manière qui serait inenvisageable aux Etats-Unis. Et il ne faut pas compter sur lui pour remettre en cause le libre-échange, la libre-circulation des mouvements de capitaux, la déréglementation financière ou l’indépendance des banques centrales.

Bref, DSK est sans doute le meilleur représentant de tout ce que les gaullistes et les républicains de gauche veulent combattre. Le débat politique pourrait grandement gagner en clarté s’il était le candidat du PS en 2012 et il devrait favoriser l’émergence d’alternatives. Il est le meilleur candidat pour maximiser le score le Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan, le meilleur ennemi que nous pourrions avoir. A défaut, François Hollande serait le meilleur substitut.

Paradoxalement, la candidature de DSK serait la meilleure chose qui pourrait arriver pour nos idées. En clarifiant le débat, elle en favoriserait grandement l’émergence. Et il n’est pas difficile d’imaginer que la campagne serait pour lui une autre paire de manches que les sondages…

10.12.2010

Quand Martine et Ségolène font la courte échelle à Dominique

La semaine dernière, l’annonce de la candidature de Ségolène Royal aux primaires du PS a été accueillie comme un nouveau signe du désordre régnant rue de Solférino. Et si cette annonce était plus coordonnée qu’elle n’en a l’air ? 

Dominique Strauss-Kahn préservé 

En effet, les déclarations des deux femmes fortes du Parti Socialiste ne font pas grand mal au patron du FMI. Il faut noter que Ségolène Royal a vanté les qualités de son rival de 2006 en annonçant qu’elle en ferait bien son Premier Ministre et qu’elle pourrait même retirer sa candidature s’il était lui-même candidat. En clair, la présidente de Poitou-Charentes se met dans une position d’infériorité par rapport à lui s’il se déclarait, ce qui rend un affrontement peu probable.

De même, Martine Aubry a annoncé qu’elle annoncer sa décision de participer ou non aux primaires en juin 2011, soit au moment des déclarations de candidature, condamnant toute avancée du calendrier. En clair, elle se déclarera en fonction de ce que décidera Dominique Strauss-Kahn et ne le gênera pas en posant sa candidature avant lui. Et si les médias n’avaient pas bien compris que cette séquence politique favorise grandement l’oracle de Washington ?

Le retour du pacte de Marrakech ?

En fait, on devrait s’interroger sur la possibilité que toutes ces déclarations aient été coordonnées par les trois intéressés et que cette séquence ne soit qu’un prolongement du pacte de Marrakech. En effet, les trois rivaux évitent toujours tout mot qui fâche. Et si Martine Aubry et Ségolène Royal préparaient le terrain à Dominique Strauss-Kahn ? Après tout la date de décision de la première l’arrange et l’éloge de la seconde le met dans une position de force…

Mais alors, quel pourrait être l’intérêt pour DSK que Ségolène Royal annonce sa candidature ? On peut y voir une manœuvre destinée à ne pas laisser grandir les autres candidatures (Hollande, Valls, Montebourg), pour que le combat Royal-Aubry-DSK continuant à les éclipser dans les médias. Si Ségolène Royal n’avait pas annoncé sa candidature, les « petits candidats » auraient occupé l’espace médiatique seuls, menaçant alors de fragiliser les trois éléphants.

Machiavel à la manœuvre ?

Il y aurait quelque chose de machiavélique, mais finalement très mitterrandien à ce que Ségolène Royal se soit prononcée de la sorte pour occuper le terrain avant de passer le relais à Dominique Strauss-Kahn en juin, moment où Martine Aubry confirmerait qu’elle n’est pas candidate et qu’elle soutient le futur ancien président du FMI. Il pourrait ainsi revenir des Etats-Unis comme le Messie, soutenue par ses deux principales rivales et s’imposer sans coup férir.

Ce scénario est possible car les trois savent bien que c’est leur dernière chance d’accéder au pouvoir. S’ils perdent en 2012, une nouvelle génération prendra le pouvoir au PS et les chassera. Dès lors, ils ont un puissant intérêt à s’entendre pour éviter de répéter les primaires de 2006. Ensemble et unis derrière DSK, ils peuvent croire que la victoire est possible. Ainsi, Martine Aubry et Ségolène Royal pourraient préférer jouer placées plutôt que de tout risquer…

Bien sûr, ce scénario pourra paraître abracadabrantesque, mais à bien y regarder, les déclarations de la semaine dernière n’hypothèquent en aucun cas l’accord de Marrakech. Et si les trois favoris des primaires avançaient de concert pour saisir leur dernière chance d’accéder au pouvoir ?

30.11.2010

C’est parti pour 18 mois de campagne présidentielle

Bien sûr, tous les protagonistes ne sont pas encore connus et il y a même des incertitudes sur les principaux prétendants. Mais tout s’est accéléré avec le remaniement qui a transformé le gouvernement en équipe de campagne  et l’accélération de la campagne des primaires au PS.

Un président très impopulaire

Nicolas Sarkozy ne va pas aborder ces élections en bonne position. Même si rien n’est joué et qu’il peut encore être réélu, je ne crois pas que ce scénario soit très probable. L’entrée dans la campagne sera terrible pour lui car elle sera l’occasion de faire un bilan, qui sera extrêmement mauvais. Les médias pourront mettre bout à bout tous ses reniements, ses contradictions, ses fanfaronnades. Bref, le résumé de sa présidence a toutes les chances d’être un passif trop lourd.

D’ailleurs, c’est ce que dessine en creux un sondage réalisé pour le Nouvel Observateur. Le président sortant n’obtiendrait plus que 24 à 26% des suffrages au premier tour. Pire, il est donné très largement perdant au second tour, par le score incroyable de 62/38 face à Dominique Strauss-Kahn, et encore 55/45 face à Martine Aubry et François Hollande et même 52/48 dans une nouvelle édition du second tour de 2007 face à Ségolène Royal. Bref, le rejet du président sortant est fort.

Pas d’envie des socialistes

Mais si les scores de second tour des leaders socialistes sont très forts, leur niveau l’est moins au premier. Si Dominique Strauss-Kahn réalise 27% et Martine Aubry 23%, François Hollande et Ségolène Royal atteignent à peine 16,5 et 17%, soit à peine quelques points de plus que Marine Le Pen. Bien sûr, il faut considérer que les chiffres d’un sondage réalisé 18 mois avant l’échéance sont à prendre avec précaution, d’autant plus que certaines candidatures (Borloo, Villepin) restent aléatoires.

Mais au global, on sent plus une volonté de tourner la page Sarkozy qu’une véritable adhésion à l’égard des socialistes. Le score de François Hollande est à ce titre particulièrement éclairant pour sa faiblesse au premier tour. Dans ce sondage, les Français disent qu’ils n’ont pas envie de lui mais qu’ils ont encore moins envie de rempiler avec Nicolas Sarkozy. C’est pour cela que les candidats alternatifs devraient créer la surprise en 2012. A ce titre, il est regrettable que NDA n’ait pas été testé.

L’annonce de la candidature de Ségolène Royal accélère encore le calendrier. Mais il est probable qu’une campagne aussi longue pour des partis aussi usés que le PS et l’UMP laisse une belle place en 2012 aux candidats qui auront montré qu’ils ont des idées et pas seulement un ego.

11.10.2010

François Hollande se prive de chocolat pour devenir président…

C’est l’offensive de la rentrée. L’ancien premier secrétaire du Parti Socialiste, qui a compris que c’était sa dernière chance, tente le tout pour le tout pour devenir le candidat de son parti en 2012, avec le curieux soutien du Figaro. Mais la réussite n’est pas au rendez-vous…

Point de vue, image du monde

Le moins que l’on puisse dire est que ce magnifique article prend position. En effet, rien ne nous est épargné pour nous conter la gloire de ce présidentiable socialiste. Le plus incroyable est la déférence de journalistes qui soulignent de bons sondages alors que dans les baromètres de présidentiables, il reste loin, très loin de Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry ou même de Ségolène Royal. Sa « montée en popularité » récemment évoquée sur Canal Plus, est au mieux un frémissement.

En cela, la présentation du sondage TNS est totalement risible. Le fait qu’il soit à 50/50 contre Nicolas Sarkozy alors que le président du FMI est donné gagnant à 59/41 et la première secrétaire 53/47 est présenté comme une victoire. Comment ne pas y voir plutôt un gouffre, qui, de plus, ne va pas en se réduisant depuis un an ? Alors qu’il a été premier secrétaire pendant plus de dix ans, il est encore loin de la nomination et les choses ne semblent pas s’améliorer pour lui.

Le candidat du vide

Un des aspects amusants de l’article est d’insister tout du long sur le fait que François Hollande deviendrait une force de propositions. Il est tout d’abord piquant de présenter de la sorte un homme politique, ce qui revient à sous-entendre qu’il n’a guère brillé dans ce domaine auparavant. Ensuite, malgré la grande longueur de ce papier, faute est de constater que pas le début d’une idée n’y est évoqué. Pourtant, ce ne sont pas les sujets qui manquent avec la crise et la présidence actuelle.

Mais le point bas est atteint par Michel Sapin qui confie : « le fait d’avoir fait l’effort de maigrir, de se priver de chocolat, est un signe d’une volonté politique ». On se croirait devant le soutien d’une starlette de la télé réalité… En outre, comment ne pas y voir à nouveau le syndrome d’une classe politique tellement préoccupée par elle-même qu’elle ne se rend même pas compte du ridicule de telles confidences et qu’en parlant de son nombril, elle oublie la France et les Français ?

François Hollande est bien représentatif du PS, tout est dans le « story telling » de la marche personnelle vers le pouvoir. La complaisance du Figaro est assez stupéfiante alors que tant d’hommes politiques sont soit caricaturés à l’excès, soit tout simplement ignorés.

30.08.2010

Le week-end où Nicolas Sarkozy a perdu la présidentielle de 2012

Bien sûr, rien n’est jamais acquis en politique et il faudra attendre le second (ou le premier) tour pour en être sûr, mais ses universités d’été m’ont sérieusement donné l’impression que le PS a pris la direction qu’il fallait pour reprendre le pouvoir en 2012, à défaut d’être l’alternative dont la France a besoin.

Des egos disciplinés

J’ai longtemps cru que le Parti Socialiste se déchirerait lors des primaires de 2011 et que la conséquence en serait une opportunité pour François Bayrou d’accéder au second tour. En effet, des primaires comparables à celles de 2006 auraient pu laisser les différents camps tellement amers qu’ils auraient pu être tentés de ne pas soutenir le vainqueur interne. Mais depuis quelques mois une petite musique unitaire domine de plus en plus les différents solos.

Cela avait commencé ce printemps au sujet du pacte présidentiel qui existerait entre Martine Aubry, Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn. Les universités de rentrée ont confirmé cette nouvelle direction du Parti Socialiste qui a fait une démonstration d’unité rare, la première secrétaire et la candidate de 2007 arrivant ensemble à La Rochelle. Le week-end n’a été émaillé d’aucun incident majeur. Bref, à vingt mois de la présidentielle, les forces unitaires semblent l’emporter sur les forces de la désunion.

Les raisons de la concorde

Deux évènements expliquent sans doute l’unité retrouvée des socialistes. Tout d’abord, la présidence Sarkozy s’enlise de plus en plus et, comme dans les sables mouvants, les réactions brutales et désordonnées du président semble l’entraîner toujours plus bas. Bref, le pouvoir semble à la portée de la main d’un parti qui en a été sevré depuis huit ans. Et dans un parti où le goût de ce pouvoir prime sur tout, cela peut pousser à plus de pragmatisme. Une génération se dit que c’est sa dernière chance. Une autre se dit que pour l’avenir, il vaut mieux avoir été ministre.

Mais ce n’est pas tout. Car la perspective de reprendre le pouvoir pourrait aussi provoquer une querelle des egos encore plus violente. Sauf que le précédent de 2007 montre que cela peut compromettre la victoire. Ensuite, le champ des présidentiels sérieux se réduit singulièrement. Bertrand Delanoë a abandonné. François Hollande n’y arrive pas. Et Ségolène Royal est victime des mêmes sondages qui l’avaient faite reine en 2006. Comment espérer être désigné candidat du Parti Socialiste avec de mauvais sondages quand d’autres en ont de bons ?

Ne restent plus que Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn. Les soutiens du président (Le Figaro, TF1..) soutiennent désespérément la première hypothèse, s’accrochant à la moindre broutille pouvant soutenir cette option, car ils comprennent bien que le second serait terriblement difficile à battre. Mais outre que je ne vois pas ce qui pourrait empêcher le patron du FMI d’y aller, Martine Aubry a indiqué plusieurs fois qu’elle pourrait ne pas y aller. D’ici un an, il n’y aucune raison que la vague sondagière qui le porte ne cesse. DSK a donc de bonnes chances de faire le vide autour de lui.

Nicolas Sarkozy échec et mat

Les conditions pour des primaires socialistes sereines semblent se réunir. Du coup, le roi est nu. Contrairement à Slovar, je crois qu’il n’y a aucune chance que Nicolas Sarkozy n’y aille pas. Ne pas être candidat serait un aveu d’échec inédit. Aucun leader politique n’a renoncé à se représenter et Nicolas Sarkozy ne me semble pas le plus capable de renoncer au pouvoir ou de comprendre la réalité de sa position. En outre, sa mentalité souvent enfantine le poussera à tenter sa chance en prenant pour précédent les présidents qui ont réussi à être réélu. Si Chirac l’a fait…

Il ne comprendra pas que quelque chose de profond est cassé avec les Français. Il n’y a pas plus de confiance. Certes, il pourra compter sur une partie de l’électorat de droite légitimiste et traditionnel, allergique à la gauche, mais cela est totalement insuffisant pour un second tour face à DSK et ne sera pas forcément assez pour l’atteindre face à Marine Le Pen. Le candidat socialiste n’a vraiment pas grand chose à faire pour gagner. Quelques mesures pour lutter contre l’insécurité pour donner le change suffiront pour ne pas se faire accuser d’angélisme. Le bilan du président parlera contre lui.

La discipline retrouvée des socialistes est une mauvaise nouvelle pour François Bayrou, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy, au contraire des alternatifs. La route à suivre pour l’Elysée est désormais toute tracée pour eux. Même s’il y aura des embuches, la victoire est entre leurs mains.

27.08.2010

L’épouvantail DSK

59 / 41 : le sondage sur un second tour DSK-Sarkozy a fait du bruit. Certains se rassurent en évoquant sa position de patron du FMI, l’histoire, l’éloignement de l’élection, la présence de Martine Aubry, ou encore la possibilité qu’il ne se présente pas. Et si sa victoire était déjà très proche ?

Peut-il ne pas y aller ?

Il est parfaitement vrai que nous sommes encore très loin de l’élection et qu’il y a du temps pour que les choses changent. D’ailleurs les stars des sondages à plus d’un an et demi de l’échéance sont rarement les vainqueurs (Raymond Barre pour 1988, Edouard Balladur ou Jacques Delors en vue de 1995 et Lionel Jospin pour 2002), même si Nicolas Sarkozy, pour le coup, a été l’exception qui a confirmé la règle. Cependant, l’écart enregistré par ce sondage est historique…

Certains pensent que DSK préfèrera rester au FMI pour solliciter un second mandat. Cependant, sa place au Fonds est rendue instable par le scandale passé et le fait que beaucoup de pays souhaitent que le poste ne revienne pas forcément à un européen. Bref, son CDD devrait se terminer en 2012. N’aurait-il pas intérêt alors à l’abandonner un an avant pour viser une présidence jusqu’en 2017 ? Et puis, la comparaison avec Jacques Delors n’est pas valide : DSK est allé aux primaires il y a quatre ans.

Les socialistes peuvent-ils en choisir un autre ?

Ensuite, certains soulignent (avec justesse) qu’il est peut-être trop à droite pour les militants de gauche et qu’il avait largement échoué aux primaires de 2006. Sauf que les sondages montrent aujourd’hui qu’il est populaire à gauche et surtout qu’il est bien mieux placé que tous les autres pour gagner. Après 17 années de présidence de droite, cet argument a toutes les chances de lourdement peser dans la balance. L’écart entre lui et Martine Aubry comme candidat de second tour est considérable. La première secrétaire est dans la position de Ségolène Royal à l’automne 2006…

Enfin, le paysage au Parti Socialiste se décante. Bertrand Delanoë a renoncé. Et le sondage du Nouvel Obs, s’il était confirmé par d’autres, sonnerait sans doute la fin des ambitions présidentielles de François Hollande et Ségolène Royal qui ne parviennent pas à battre le président sortant. En effet, qui, à gauche, souhaitera soutenir un candidat incapable de battre Nicolas Sarkozy si un autre y parvient aussi aisément. Et le score nettement moins fort de Martine Aubry l’affaiblit également, d’autant plus qu’elle a déjà dit qu’elle se rangerait derrière celui ou celle qui sera le mieux placé.

Nicolas Sarkozy peut-il le battre ?

Certains croient que Nicolas Sarkozy n’a pas perdu. Il faut dire que le précédent de 2007 est vivace pour les opposants de la première heure qui espéraient sa défaite (et je n’étais pas le dernier à pronostiquer sa défaite à l’époque également…). Cependant, il faut prendre en compte le contexte de l’époque. Il était à la fois dans la majorité (pour la sécurité) et dans l’opposition (la rupture). Et surtout, Ségolène Royal (même si j’ai appelé à voter pour elle au second tour) a fait une très mauvaise campagne, culminant avec le pitoyable débat d’entre deux tours.

Là, le contexte est complètement différent. Nicolas Sarkozy devra défendre un (mauvais) bilan. Il a mangé son pain blanc budgétaire et va devoir serrer la vis avant la campagne. DSK sera tout auréolé de son passage au FMI et bénéficiera du confort de dix années d’opposition. Bref, son avance pourrait se maintenir car toute la gauche et une partie du centre et du centre-droit s’opposeront à Nicolas Sarkozy. DSK n’a pas grand-chose à faire pour battre le président sortant, comme l’illustre l’avance historique qu’il a sur lui dans les sondages. Le piège du FMI se referme sur son initiateur.

Bref, tout indique que Dominique Strauss-Kahn a de grandes chances de devenir le nouveau président de la République en 2012. Il fait le vide au PS et Nicolas Sarkozy est décrédibilisé. Après, cela est loin de vouloir dire qu’il représente l’alternative dont la France a besoin

11.06.2010

La stratégie incompréhensible de François Bayrou

Il y a quelques mois, je croyais encore que le président du Modem avait de sérieuses chances pour les élections présidentielles de 2012. Mais faute est de constater que sa stratégie hasardeuse l’en éloigne tous les jours un peu plus. Nouvel exemple.

La descente du centre en godille

A l’origine était la campagne présidentielle de 2007. Contre toute attente, François Bayrou réunit 18% des suffrages exprimés, après avoir  approché la 2ème place dans les sondages. Il parvient même à prolonger sa réussite en entretenant le suspens sur un rapprochement potentiel avec Ségolène Royal. A l’époque déjà, le centre penchait légèrement à gauche même s’il disait qu’il fallait réunir les meilleures compétences de la gauche et de la droite au gouvernement.

L’après présidentielle marque le début de la descente aux enfers, même si on ne s’en rendra compte que deux ans plus tard. Nicolas Sarkozy, qui avait raillé cette proposition de rassemblement dans un même gouvernement, débauche largement des personnalités de gauche, et vole donc la proposition phare du candidat centriste. Sans grand-chose de différent de l’UMP et du PS à dire lors des élections européennes et régionales, le Modem voit son score divisé par quatre en trois ans.

Retour à droite ?

A l’origine, la stratégie de François Bayrou pouvait avoir du sens. Se rapprocher du Parti Socialiste lui permettait d’afficher une majorité présidentielle potentielle en cas de victoire. En outre, son positionnement électoral lui donnant théoriquement une meilleure chance de battre Nicolas Sarkozy au second tour, il aurait pu attirer des électeurs de gauche désireux d’alternatives. Il ne lui manquait qu’une primaire un peu sanglante, hypothèse qui n’était pas la plus improbable.

Mais voilà, ce beau scénario s’éloigne tous les jours un peu plus. Il n’est pas passé d’une posture d’opposant à celle d’une force de propositions alternatives. Il ne parvient pas à maintenir l’ordre au sein de son parti, qui apparaît comme aussi indiscipliné que le Parti Socialiste, alors que ce dernier s’apaise. Et puis, le récent réchauffement de ses relations avec le président de la République, même s’il est sans doute exagéré par les médias, semble totalement venir à contretemps.

Même s’il ne faut jamais dire jamais, l’ascension de Dominique Strauss-Kahn a toutes les chances de rayer l’hypothèse Bayrou pour 2012. Le beau score de 2007 apparaîtra alors pour ce qu’il était : le produit du choix par le PS et l’UMP de candidats trop clivants.