27.09.2011
La défaite au Sénat, bande-annonce de 2012 ?
Dimanche, la majorité présidentielle a perdu sa majorité au Sénat, pour la première fois depuis les débuts de la Cinquième République. Simple conséquence logique des élections précédentes ou vraie mise en cause de Nicolas Sarkozy ?
Un échec pour le président
Bien sûr, l’essentiel de cette élection s’est joué avant, lors des dernières élections municipales, régionales et cantonales. Il était d’ailleurs surprenant que l’UMP espère conserver la majorité sachant que la gauche avait très largement gagné toutes les élections locales précédentes En un sens, ce résultat est la traduction logique des résultats accumulés depuis 2008. Mais en ce sens, il n’en constitue pas moins une défaite pour le président de la République.
En effet, les résultats de ces élections étaient en bonne partie dirigés contre Nicolas Sarkozy, qui ne fait que récolter ce qu’il avait semé. Mais en plus, ces élections ont démontré la fragilité de la majorité présidentielle, qui a été affaiblie par des candidats dissidents, qui ont même réussi à avoir de bons résultats, signe que la discipline se perd et que l’Elysée a du mal à tenir ses troupes. La contestation gronde, notamment au sein de l’aile centriste et modérée de la majorité.
En outre, le symbole est tout de même fâcheux à moins de sept mois du premier tour de l’élection présidentielle. Nicolas Sarkozy est le premier président de droite à perdre le Sénat (même si on ne peut pas forcément considérer que ce dernier était toujours derrière le président jusqu’en 1969…). Le président de la République collectionne les défaites avec une régularité de métronome, ce qui ne présage rien de bon pour une majorité qui craint de revivre 1981.
Une grossesse comme rideau de fumée
En outre, comment ne pas voir comme une manœuvre de diversion l’interview de Carla Bruni chez Michel Drucker à un moment où son mari subit à la fois une sévère défaite lors des sénatoriales et l’affaire Karachi ? Voilà un procédé bien misérable que d’utiliser son futur enfant à des fins de communication alors que Nicolas Sarkozy est en difficulté. Bref, le couple présidentiel n’en a pas trop fait mais il s’est gardé la possibilité de le faire dans un moment difficile !
Entre la montée du chômage, l’incapacité chronique mais prévisible des pays européens à gérer la crise de l’euro et l’affaire Karachi, il est difficile de ne pas y voir un parallèle saisissant avec un autre président élu dès la première fois où il s’était présenté. Valéry Giscard d’Estaing avait également abordé sa campagne de réélection dans un contexte trouble de hausse du chômage, de troubles internationaux avec la hausse du prix du pétrole et d’affaires (les diamants).
Bref, même si l’histoire ne se répète jamais complètement, Nicolas Sarkozy pourrait bien subir le sort de son lointain prédécesseur. Bien sûr, la majorité se rassure en affirmant que le président n’est pas en question dans le vote de dimanche. Mais la capacité à ne pas regarder la réalité en face est le meilleur moyen de se planter, comme Giscard en 1981 ou Jospin en 2002. Pendant ce temps, David Douillet a remplacé Chantal Jouanno au poste de ministre des sports.
Je reste quand même surpris par l’exercice de langue de bois que s’imposent les membres de la majorité. Ne serait-il pas plus sain de reconnaître la défaite ? En refusant de voir la vérité en face, ne démonétisent-ils pas leur parole ?
08:55 Publié dans Actualités, Parti Socialiste, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, karachi, sénat, ump, valéry giscard d'estaing, carla bruni
24.01.2010
La démocratie étasunienne s’abîme au Massachussetts
Un an après son investiture, l’étoile de Barack Obama faiblit à grande vitesse dans l’opinion. La perte du siège jadis occupé par Ted Kennedy est un revers majeur pour le président mais elle démontre également toutes les limites des institutions des Etats-Unis.
Une défaite majeure pour les démocrates
La victoire d’un républicain au Massachussetts est plus qu’une défaite pour le président. Elle est un camouflet dans un Etat foncièrement démocrate qui n’avait pas eu de sénateur du Grand Old Party depuis des décennies, et où il y avait nettement plus d’inscrits démocrates que républicains. En effet, cela signifie aujourd’hui que la base républicaine se mobilise davantage que la base démocrate et que les indépendants ont rejoint en masse le parti de l’éléphant.
En outre, comme l’ont bien expliqué la plupart des journalistes, l’élection d’un 41ème sénateur républicain n’est pas anodine. En effet, le fonctionnement du Sénat des Etats-Unis permet à une minorité de bloquer un projet de loi, à moins que 60 sénateurs sur 100 ne s’y opposent. Auparavant, comme les deux sénateurs indépendants avaient tendance à voter avec les démocrates, Barack Obama disposait de cette majorité qualifiée. Désormais, les républicains peuvent tout bloquer.
Une démocratie faible
On peut tout de même se demander ce qui a pu se passer par la tête des concepteurs des institutions étasuniennes. En effet, ce dispositif, qui permet à une minorité d’imposer sa loi à une majorité, est d’autant plus choquant que le fait d’accorder deux sénateurs à tous les Etats produit une Assemblée où la minorité de blocage peut ne représenter qu’à peine plus de 10% de la population. En outre, cela accentue la pratique du « pork barrel » où les élus échangent leur soutien contre des financements…
Cet épisode illustre un autre travers de la démocratie étasunienne : le pouvoir de l’argent dans la politique. Des millions de dollars ont été dépensé en spots publicitaires, avec des outrances qui feraient passer Nicolas Sarkozy pour un modéré. Pire, la Cour Suprême étasunienne vient tout juste de lever les limites au financement des campagnes électorales nationales par les entreprises, ce qui va encore renforcer le pouvoir des lobbies, comme l’a justement dénoncé Barack Obama.
Bref, la démocratie étasunienne est malade de ses outrances, de l’influence de l’argent, du poids des lobbies, de l’avalanche des contre-pouvoirs qui font que chaque élu monnaye durement son vote, au détriment de l’intérêt général.
10:55 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : barack obama, sénat, etats-unis, ted kennedy



