12.04.2009

Séquestrer les patrons est-il acceptable ?

C’est le nouveau mode d’action des salariés en France, qui intrigue à l’étranger. De plus en plus de personnes frappées par un plan de licenciement recourent à la séquestration de leur patron pour imposer une renégociation à leur entreprise. Est-ce acceptable ?

Un mode d’action que l’on peut comprendre

Le contexte actuel explique sans doute le recours à de tels extrêmes. Après tout, l’Etat, et donc la collectivité, est venu au secours des patrons lors de cette crise avec de multiples aides pour les banques ou les constructeurs automobiles. Des milliards d’euros ont été donnés ou prêtés aux entreprises. De l’autre, la crise économique provoque une vague de licenciements d’une brutalité inédite puisque 170 000 personnes ont perdu leur emploi en France sur les deux premiers mois de l’année.

Qui plus est, le contexte économique actuel peut rendre encore plus angoissante la perte d’un emploi. Et comme les licenciements ne sont pas toujours le fait d’entreprises qui perdent de l’argent mais également d’entreprises qui en gagnent, les salariés ressentent à raison un profond sentiment d’injustice dans un système où les banques profitent de leurs gains mais sont aidées quand elles perdent alors qu’eux peuvent tout perdre, même quand ils travaillent dur et que leur entreprise gagne de l’argent.

Compréhension n’est pas soutien

C’est ainsi que l’on atteint des chiffres surprenants dans ce sondage du Figaro qui révèle que 27% des Français approuvent la séquestration des patrons compte tenu de la violence de la crise, 23% la désapprouvent et demandent des sanctions et 50% la désapprouvent mais refusent toute sanction. Même l’électorat de Nicolas Sarkozy refuse majoritairement les sanctions. Le problème est que désapprouver sans sanction revient quelque part à accepter ce nouveau mode d’action…

Il faut dire que la propagation de la séquestration vient aussi de son efficacité : dans de nombreuses entreprises, elle a permis une renégociation significative des plans initiaux. Pourtant, le plus souvent, les patrons retenus en otage ne sont souvent pas les personnes décisionnaires en la matière et ne font qu’appliquer des décisions prises dans des directions européennes ou mondiales. Bref, les personnes séquestrées ne sont que très rarement les personnes responsables.

Mais surtout, ce mode d’action est illégal et il existe un moyen légal, la grève, pour exprimer son désaccord avec la décision d’une entreprise. La violence que représente la séquestration, si elle peut être comprise, n’est pas acceptable et doit donc être sanctionnée pour ne pas continuer se propager. L’Etat de droit ne doit pas abdiquer face à ces dérapages et ce n’est pas parce que certains se comportent comme de voyous qu’il faut suivre leur exemple. Comment espérer que l’Etat remette de l’ordre si ses règles sont bafouées ?

La séquestration des patrons, si elle peut être comprise aujourd’hui, n’est pas un moyen d’action acceptable et doit donc être sanctionné. Mais il faut parallèlement mettre en place de véritables sanctions pour les  pratiques patronales scandaleuses pour éviter un nouveau « deux poids, deux mesures ».

Source :  http://www.lefigaro.fr/assets/pdf/oway...