25.02.2011

Bruno Le Maire, technocrate empathique

Le ministre de l’agriculture a tout pour plaire : il parle bien, présente bien, reste toujours calme, écoute ses interlocuteurs et tient un discours sensé. Mais sa prestation au Grand Journal de Canal Plus mardi dernier révèle quand même de sérieuses limites.

Plus technocrate que politique

Pendant l’émission, Ariane Massenet a proposé au ministre un test sur ses connaissances: l’époque où on récolte les poires (l’été) ; la race d’une vache (une blonde d’Aquitaine) ; le nom d’une machine agricole (un enjambeur) ; le nom de l’animal dont on faisait entendre le cri (un dindon) ; ce que représente un hectare (10 000 m2). Le ministre a récolté un zéro pointé, l’agriculteur invité affirmant que « si un jour, il avait à en acheter un (hectare), il saura que chaque mètre est important ».

Naturellement, il est ridicule d’attendre des ministres ou des hommes politiques qu’ils aient réponse à toutes les questions qu’on leur pose. Dans la vraie vie, ils ont un ministère qui les assiste. Mais là, le zéro pointé était un peu cruel pour un ministre qui avait passé son temps au Salon de l’Agriculture depuis quelques jours. Deux bonnes réponses auraient été un minimum. La déconnexion entre le ministre et les réalités du monde agricole ne pouvait pas être mieux illustrée.

Sa politesse, son écoute et sa façon de reconnaître son ignorance lui ont permis de ne pas trop mal faire passer la chose. Bref, on retrouvait bien l’auteur du livre « Des hommes d’Etat », ce technocrate vivant un peu trop en vase clos dans les bureaux de la République mais assez sympathique même s’il s'étalait un peu trop sur ses états d’âme. Bruno Le Maire semble le prototype du serviteur de l’Etat plus technocratique qu’idéologue, qui gère plutôt qu’il ne dirige, mais pas vraiment politique.

Empathique mais trop convenu

C’est sans doute pour cela que les agriculteurs semblent bien l’aimer malgré sa méconnaissance de leur métier. Il semble avoir le souci sincère de faire bouger les choses pour les agriculteurs. Fin 2009, il avait même tenu des propos sévères sur les conséquences du libre-échange pour le monde agricole qui avait vu ses revenus baisser de 34% en une seule année, à des niveaux indécents. Malheureusement, faute est de constater que rien n’a véritablement changé depuis.

Le problème est simple : même s’il est choqué par ce qui arrive et qu’il s’efforce de faire de son mieux, ne pas penser à remettre en cause la libéralisation du marché des produits agricoles le limite à poser des rustines sur un problème qui ne sera jamais réglé. La solution est assez simple. Nous la connaissons puisque c’était la façon dont nous fonctionnions avant : mettre en place des prix de soutien pour éviter que les agriculteurs ne vendent en dessous de leur prix de revient.

Naturellement, les opposants souligneront que cela aboutit à des conséquences fâcheuses (prix en hausse, stocks…). Mais il est possible de baisser les prix des produits qui sont en excès et monter ceux des produits dont on manque pour réajuster la production. Bref, si nous restons dans le seul cadre du marché libre, les agriculteurs subiront des variations de prix dévastatrices. C’est cette logique qu’il faut casser pour leur permettre de vivre de leur métier et non pas de subventions.

Bruno Le Maire a une bonne capacité d’écoute et sans doute de bonnes intentions. Mais en restant figé dans le cadre d’un marché agricole déréglementé, il se condamne à des rustines inopérantes pour traiter les problèmes du monde agricole.

03.03.2008

Ce que révèle l’altercation du Salon de l’Agriculture

Le « casse-toi pauvre con » présidentiel a dominé l’actualité de la semaine dernière. Les détracteurs du président ont souligné son incapacité à se maîtriser alors que ses partisans affirmaient qu’il n’avait fait que répondre à une insulte dans un style un peu viril. Une ligne de défense aussi révélatrice que l’incident…

Dans le Marianne de cette semaine, Nicolas Domenach rappelle qu’interpellé par un « connard », Jacques Chirac avait répondu par un habile « enchanté. Moi c’est Chirac ». Les partisans du président disent qu’il n’a fait que répondre à une insulte « touche-moi pas, tu me salis » et un refus de serrer sa main. Mais cette ligne de défense est un peu légère. Tout d’abord, tous les présidents ont eu à traverser des foules hostiles qui les insultaient et pourtant, aucun n’a dérapé comme Nicolas Sarkozy. Ensuite, dans le cas présent, on ne peut pas dire que l’insulte était très virulente. Avec un tout petit peu plus de recul, on se rend compte que c’est bien le président qui a été le plus insultant dans son propos et celui qui a le moins maîtrisé son langage.

Roger Karouchi ou Jean-Pierre Raffarin ont défendu Nicolas Sarkozy en expliquant qu’après tout, il avait du caractère et que toute personne insultée pouvait réagir et que sa nature « virile » expliquait la force des termes employés. Ils ont essayé également de démontrer la modernité de cette réaction : Nicolas Sarkozy serait une personne comme les autres… Cette ligne de défense est complètement ridicule. Si on suit cette logique, devrait-il répondre à chaque insulte ? Devra-t-il se battre avec ceux qui remettent en cause son honneur ? Nicolas Sarkozy avait beau jeu d’attaquer Ségolène Royal sur son manque de calme pendant le débat d’entre deux tours. Aujourd’hui, c’est lui qui dérape, à nouveau. Il est tout de même incroyable que le président de la République ne puisse pas contenir ses nerfs à la moindre altercation…

Et puis, le président donne un exemple détestable pour l’ensemble du pays. Il y a quelques jours, il prônait le retour à une certaine discipline à l’école, que les élèves se lèvent à l’entrée de leur professeur, que l’utilisation du vouvoiement soit systématique. Et voici qu’il réagit à la moindre altercation en tutoyant et insultant celui qui l’a provoqué. Quel exemple donne-t-il pour la nation ? La gestion de cet incident a également été déplorable. Le président aurait pu tout simplement s’excuser et dire qu’il n’aurait pas dû répondre de la sorte étant donnée sa fonction. Mais non, il s’est enfermé dans une défense indéfendable pour ne pas reconnaître son erreur.

Bien sûr, cette altercation a déjà fait couler beaucoup d’encre et rajouter un papier de plus peut paraître superflu. Mais cet incident a priori anecdotique révèle malheureusement beaucoup sur le président.

01.03.2008

Le Figaro, sondages et interprétations

Le Figaro est assez incroyable dans sa défense du président. Même avec un sondage guère favorable, ils trouvent le moyen de présenter les choses sous un angle flatteur… en s’en prenant aux confrères. Retour sur une belle mystification.

« Sondages : les médias jugés excessifs contre Sarkozy » : c’est ainsi que Le Figaro titre son article sur son sondage hebdomadaire Opinion Way. De fait, 78% des sondés estiment que les médias ont accordé trop d’importance à l’incident du Salon de l’Agriculture. Néanmoins, il y a une différence nette entre le fait de juger les médias excessifs contre le président et accorder trop d’importance à l’altercation présidentielle. Un titre plus juste aurait été « pour trois-quarts des Français, les médias accordent trop d’importance à l’altercation du Salon de l’Agriculture ».

Car quand on lit le reste du sondage, on se rend compte que le titre de l’article distord assez largement les résultats. Dans la réalité, une (courte) majorité des sondés se déclare choquée par l’altercation (51% contre 47%). Mais surtout, ce qui contredit le titre choisi, seulement 38% des sondés déclarent que les médias sont trop agressifs contre le président alors que 55% pensent que non. Dans la réalité, les médias ne sont pas jugés excessifs contre Nicolas Sarkozy. Il n’y a que l’importance accordée à l’incident du Salon de l’Agriculture qui est jugée excessive. « Une courte majorité de Français choqués par l’altercation du président » ou « Sondages : les médias ne sont pas jugés excessifs par les Français » auraient été des titres plus conformes à la réalité de ce sondage.

En outre, le reste de l’enquête, ainsi que le baromètre mensuel du Figaro montrent à quel point l’exécutif est tombé en disgrâce. Plus que les 4 nouveaux points perdus de confiance, c’est surtout les 61% qui ne font pas confiance (dont 36% pas du tout, +8 en un mois) qui sont inquiétants. 89% des Français jugent que l’action du gouvernement pour la maîtrise des prix n’est pas efficace alors que Nicolas Sarkozy voulait être le « président du pouvoir d’achat ».

Le Figaro peut bien se rassurer en publiant des titres trompeurs qui ne correspondent pas à la réalité des sondages qu’il publie, la disgrâce est là. Et le mal est profond car ni le style du président ni l’efficacité de sa politique ne trouvent grâce aux yeux des Français.

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/02/28/01002-20080228ARTFIG00661-sondage-les-medias-juges-excessifs-contre-sarkozy.php

http://www.lefigaro.fr/politique/2008/02/28/01002-20080228ARTFIG00644-nicolas-sarkozytoujours-moins-populaire.php