09.01.2009

Les vœux indécents de Nicolas Sarkozy

Avant-hier, Nicolas Sarkozy a fait ses vœux aux parlementaires Français. Après une prestation ratée le 31 décembre où sa gravité et sa compassion n’ont pas convaincu grand monde, on a retrouvé le vrai Sarkozy dans un « one man show » de 40 minutes.

Nicolas Sarkozy, sauveur du monde

Ce discours a été l’occasion d’un nouveau numéro d’autosatisfaction. Le président a refait la chronologie de la crise et soutenu avoir sauvé les banques Françaises de la faillite. Il a glorifié sa présidence de l’Union, qui aurait permis à l’Europe de parler d’une seule voix. Et il a remis en perspective son « paquet fiscal » comme un plan de relance décidé avant la crise avec une certaine « baraka » et qui aurait permis d’en amortir le début. Très satisfait de lui, il a affirmé : « on a sauvé les banques, on a relancé l’économie, on refonde le capitalisme parce que les mêmes causes ne peuvent pas produire les mêmes effets ».

Si certains points étaient justes (système monétaire notamment, refondation du capitalisme), le problème est qu’il y a toujours un grand écart entre ce que dit Nicolas et ce que fait Sarkozy. Passons sur les approximations de son discours (voir papier du blog Cordons de la bourse), mais il reste troublant que la France soit le seul pays a avoir prêté de l’argent à ses banques au lieu de rentrer dans leur capital. L’effet du paquet fiscal a pour le moins été limité quand on regarde le niveau de la croissance en 2008 et le niveau du plan de relance reste très faible par rapport aux efforts Américain ou Allemand…

L’acteur autocrate

Une chose d’absolument incroyable quand on écoute Nicolas Sarkozy est sa capacité à dénier tout désaccord avec lui-même. Ainsi, il serait impossible d’être contre le partage de l’ordre du jour à l’Assemblée, alors que cela représente une remise en cause importante du principe de prééminence de l’exécutif dans la Cinquième République. Bref, pour résumer, dans une dialectique imparable, le président se place toujours du côté du bien et de la raison alors que ses adversaires seraient forcément des conservateurs qui ne veulent rien changer et qui refusent les lumières de leur courageux guide suprême.

Mais le pire était peut-être le ton de cette intervention. Bien loin de la retenue que devrait lui inspirer sa fonction, Nicolas Sarkozy s’est davantage comporté comme un acteur de « one man show », avec un certain talent il est vrai. Son introduction était à mille lieux de ce que l’on peut attendre d’un Président. Son attaque à peine voilée contre Jacques Chirac, « roi fainéant », était d’une mesquinerie indigne de sa fonction, surtout de la part de quelqu’un qui vient de reculer sur la réforme du lycée et du travail du dimanche.

Nicolas Sarkozy a fait de sa présidence un tourbillon permanent avec des interventions journalières à la dialectique imparable. Mais l’écart incroyable entre les faits et le tableau peint par le président le met dans une position difficilement tenable, comme l’illustrent le résultat des élections de 2008…

Source : http://www.liberation.fr/politiques/0101310260-le-chef-de...

Intervention intégrale : http://www.dailymotion.com/relevance/search/voeux%2Bparle...

http://cordonsbourse.blogs.liberation.fr/cori/2009/01/qua...

04.01.2009

Le Grand Choc de 2017, partie 4 : un contexte politique troublé

Les soubresauts économiques de 2009 à 2016 ont provoqué des réactions très changeantes de la part des électorats. Tout d’abord, la sortie d’une crise aussi violente joue en faveur des sortants. Mais la persistance de graves déséquilibres finit par vite provoquer un rejet des politiques en place.

Des sortants réélus dans un premier temps

En 2009 et 2010, le sentiment d’urgence puis l’amélioration économique créent un climat plus positif qui profite aux gouvernements en place. La crise a également pour conséquence de brouiller plus encore les différences entre les partis socialistes ou socio démocrates et leurs adversaires de droite tant il y a accord unanime sur les nouveaux accords de Bretton Woods. Les quelques excentriques qui soutiennent une analyse différente de la crise et rejoignent le Cercle pour une Alternative Economique, ne sont pas écoutés.

En septembre 2009, Angela Merkel profite de l’union sacrée autour du plan de sauvetage de l’économie pour gagner largement les élections Allemandes. La CDU et son allié la CSU obtiennent près de 40% des voix et peuvent désormais gouverner avec le FDP, comme au bon vieux temps. Le SPD, incapable de se différencier clairement, tombe à seulement 25% des voix, près de 10 points de moins qu’en 2005. De son côté, Gordon Brown défie tous les pronostics et profite d’une embellie avec l’opinion britannique pour gagner son premier mandat populaire. Les Tories ne sont pas parvenus à proposer une alternative solide.

Enfin, Barack Obama gagne très largement les élections de mi-mandat en 2010. Les démocrates en profitent pour obtenir la super majorité au Sénat et accentuent encore leur avantage à la Chambre des Représentants. Mais passée la satisfaction de la sortie de la crise, une grogne sociale se fait jour dans la plupart des pays, face à une croissance molle qui ne profite pas du tout aux citoyens qui voient leur pouvoir d’achat stagner et qui souffrent de la rigueur dès 2011.

Le rejet des politiques en place

La France est le premier pays à essuyer une profonde rénovation de sa vie politique. Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle sont sans appel : François Bayrou arrive largement en tête avec 26% des voix. Nicolas Sarkozy obtient un petit 21% après une campagne où tous les candidats ont attaqué son bilan désastreux. Dominique Strauss-Kahn, souffrant de l’opposition sourde des supporters de Ségolène Royal, avec 14% des voix, peine à devancer Olivier Besancenot, et Nicolas Dupont-Aignan, 13% tous les deux. Au second tour, le président sortant est défait par 59% des suffrages.

François Bayrou a mené une campagne d’opposition radicale, se voulant le candidat des petits contre les puissants. Une fois élu, il nomme pourtant Pierre Moscovici Premier Ministre. L’alliance Modem-PS remporte largement les élections législatives tandis que l’UMP rentre dans une crise de succession terrible où Jean-François Copé et Xavier Bertrand s’allient brièvement pour renverser Brice Hortefeux, l’ancien Premier Ministre, abjurer le sarkozysme, avant de se déchirer comme au PS.

Mais c’est aux Etats-Unis que la crise politique fait une victime surprenante. En effet, les difficultés des classes populaires et moyennes et la persistance d’un chômage significatif provoquent un débat difficile pour le président au pouvoir. Sarah Palin en profite pour dénoncer une administration démocrate qui a dépensé des milliers de milliards de dollars pour rien. Elle dépeint le président comme un représentant des élites qui se sont sauvées elles-mêmes mais ont oublié les citoyens ordinaires (« average Joe »). Elle propose de rendre le pouvoir au peuple et contre toute attente, gagne.

En Allemagne en 2013, malgré le net recul de la CDU et de la CSU, à 32%, une nouvelle Grande Coalition s’impose avec Angela Merkel à sa tête. Die Linke devient le deuxième parti du pays en obtenant 23%, 5 points de mieux que le SPD, qui s’effondre. En Angleterre, l’inoxydable Gordon Brown profite du rebond de la croissance en 2015 pour gagner un nouveau mandat, grâce au virage à droite des Tories. Enfin, en 2016, les Démocrates choisissent comme candidat Paul Krugman. Le prix Nobel d’économie 2008 a gagné en popularité avec son opposition au plan de Bretton Woods ainsi qu’à l’administration Palin, qui n’a fait qu’accentuer les difficultés des classes populaires, qui ont perdu 10% de leur pouvoir d’achat en 10 ans.

À l’automne 2016, avec une situation économique instable qui voit paradoxalement la hausse de la croissance mais également une forte grogne sociale, trois élections majeures se profilent puisque les Etats-Unis, la France et l’Allemagne doivent voter dans les douze prochains mois…

Demain : le Grand Choc économique

22.12.2008

Simone Veil censure la discrimination positive de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy est depuis longtemps un partisan de la discrimination positive à l’Américaine. Il avait demandé à Simone Veil un rapport sur le sujet. Mes ses conclusions n’y sont pas favorables et le pousse finalement à mettre ses pas dans ceux de… Jacques Chirac.

En 2004, Nicolas Sarkozy avait publié un livre « la République, les religions, l’espérance », qui avait fait bondir les partisans d’une République une, indivisible et laïque. Le ministre candidat à l’élection présidentielle y exposait sa vision toute personnelle de la République, où les religions pourraient collaborer avec l’Etat et où la discrimination positive pourrait être une voie pour améliorer l’égalité des chances entre différentes communautés. Pourtant, à la même époque, de nombreux auteurs, en France comme aux Etats-Unis, soulignaient les immenses faiblesses de ces politiques, qui se retournaient contre ceux qu’elles devaient aider et pousser à une fragmentation dangereuse de la société.

Le 8 janvier 2008, Nicolas Sarkozy avait demandé à Simone Veil, présidente de son comité de soutien pour l’élection présidentielle, de rédiger un rapport sur le sujet et une proposition de changement du préambule de la Constitution. Mais l’ancienne ministre centriste a rendu son rapport ce mercredi en concluant qu’il n’y avait pas lieu de réécrire notre Constitution et plaidé contre le principe même de discrimination positive. Le comité souligne que ces politiques ont été mises en place dans des pays qui avaient pratiqué la ségrégation, qu’elles sont aujourd’hui contestées et que la France est un pays où les communautés vivent nettement mieux ensemble. Emmanuel Todd souligne par exemple que le taux de mariage mixte est beaucoup plus fort en France qu’aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne par exemple.

C’est pourquoi Nicolas Sarkozy a pour l’instant changé son fusil d’épaule et concentré ses efforts sur la discrimination sociale. Il a annoncé un certain nombre de mesures pour faciliter l’accès des classes populaires aux classes préparatoires. Le Monde a souligné dans un article que cette politique s’inscrit dans le prolongement du gouvernement précédent, qui est déjà parvenu à augmenter le pourcentage d’étudiants boursiers dans l’antichambre des grandes écoles de 18 à 23%. Le nouvel objectif est donc de 30%, et doit s’appliquer à toutes les classes préparatoires. Cette volonté de favoriser l’ascenseur social est extrêmement louable car les enfants issus de milieu modeste souffrent parfois d’un manque d’encouragement pour accéder à des études pour lesquelles ils peuvent pourtant avoir le niveau.

Il est extrêmement réjouissant de voir à quel point la société Française résiste à la discrimination positive et continue à défendre un contrat républicain national unique, même quand il est remis en cause par le président. Cela arrive même à diriger ce dernier momentanément dans la bonne direction !

Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/12/17/diversit...

http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/12/17/le-pla...

http://www.lefigaro.fr/politique/2008/12/17/01002-2008121... 

19.12.2008

Le retour de Villepin l’opposant

Alors que Bruno Julliard a « révélé » que Nicolas Sarkozy soutenait en sous-main les manifestants contre le CPE après avoir revendiqué la paternité du projet, Dominique de Villepin a répliqué hier matin sur France Inter en reprenant le flambeau de l’opposition qu’il avait brandi à l’automne 2007.

Villepin, ou l’opposant à contre courant

Il y a un peu plus d’un an, à la rentrée 2007, alors que Nicolas Sarkozy était encore très populaire dans l’opinion, Dominique de Villepin avait été le premier à formuler une critique globale de la présidence de son rival. Il avait mis en avant les phénomènes de cour, la remise en cause de certains principes républicains comme la laïcité, une certaine dérive médiatique et les mauvaises priorités de l’action gouvernementale (notamment la réforme des Institutions). Cette phase avait culminé en février 2008 par la signature de l’appel de Marianne au côté de François Bayrou et Ségolène Royal.

Il avait eu le courage d’être le premier à formuler certaines critiques, au point de devenir brièvement le premier opposant du pays dans certains sondages, alors que Nicolas Sarkozy était au zénith des sondages. Mais ensuite, l’ancien Premier Ministre s’était fait plus discret, arguant un besoin d’unité en période de difficulté. Aujourd’hui que le gros temps est passé, la présidence de l’Union terminée et le président remonté dans les sondages, Dominique de Villepin devient plus offensif. De manière assez élégante, il préfère être l’aiguillon d’un temps calme plutôt que d’attaquer le président quand il est à terre.

Une critique forte de la politique actuelle

Et la critique de la politique gouvernementale ne manquait pas de substance. Dominique de Villepin est revenu sur un argument qu’il avançait déjà il y a un an, à savoir la dispersion de l’action gouvernementale. Il y a quelques mois, l’argument portait sur la réforme institutionnelle. Aujourd’hui, cela porte sur le travail du dimanche, un « débat inutile » selon lui, pour une mesure qui « n’aura pas d’effet sur notre situation économique ». Il a également attaqué la réforme de l’audiovisuel, « une régression sur le plan des libertés publiques » et un risque pour les moyens financiers du Service Public.

L’ancien Premier Ministre a également critiqué le plan de relance « pas suffisant pour aider notre pays ». Il a attaqué « la confusion des projets, la confusion des initiatives ». Il a dit craindre que l’on ait pas saisi l’ampleur de la crise. Enfin, il a attaqué la distribution des milliards qui a conduit à faire exploser le déficit passé de 36 milliards à sa sortie de Matignon à 80 milliards pour l’an prochain. Enfin, en vue de 2012, Dominique de Villepin a estimé que « si l’on poursuit dans la voie actuelle, les résultats ne seront pas au rendez-vous », sachant que « Nicolas Sarkozy sera jugé à ses résultats »…

Quand on additionne tous les reproches faits par l’ancien Premier Ministre, on se demande vraiment s’il fait partie de la majorité ou s’il se considère dans l’opposition au pouvoir en place. La peinture de la présidence de Nicolas Sarkozy est bien peu flatteuse. Néanmoins, elle est argumentée et bien résumée. La dispersion est un principe de gouvernance de Nicolas Sarkozy et sa politique économique se résume à une série de coups souvent coûteux dont on se demande bien quelle est la cohérence. Globalement, il est difficile de ne pas voir dans chacune de ses critiques un constat difficilement contestable. 

Certains y verront une animosité mal placée. Mais Dominique de Villepin est sans doute l’homme politique qui formule la meilleure critique de l’action du président de la République, largement devant François Bayrou ou des socialistes plus concentrés à se critiquer eux-mêmes. Pour cela, merci.

Source : http://2villepin.free.fr/index.php/2008/12/18/974-audiovi...

http://lheraultrepublicain.midiblogs.com/archive/2008/12/...

18.12.2008

Peut-on réformer l’éducation en France ?

Cette semaine a été marquée par un recul majeur du gouvernement sur la réforme du lycée, sous la pression de la rue. Xavier Darcos, la fermeté incarnée, a fini par annoncer un report qui ressemble à un enterrement étant donné que le ministre a ouvert la discussion sur l’intégralité du projet.

Pourquoi le gouvernement a cédé

Le recul du gouvernement peut paraître surprenant à première vue. Après tout, le mouvement lycéen était encore assez récent et les vacances de Noël allaient interrompre la mobilisation. Les médias soulignent que c’est la crainte d’une dérive à la Grecque qui a convaincu Nicolas Sarkozy de renoncer à la réforme. Le président a préféré ne pas prendre le moindre risque et retirer un projet qui pouvait potentiellement déclencher un mouvement d’importance, comme il y a en a eu si souvent en France (loi Devaquet en 1986, le CIP en 1994, réforme Ferry de 2003 et CPE de 2005, entre autres).

Ce recul rapide semble pourtant en contradiction complète avec les propos de campagne de Nicolas Sarkozy, toujours prompt à souligner qu’il est prêt à réformer quelles que soient les oppositions et qui ne manque pas une occasion de dénoncer l’immobilisme de ses prédécesseurs qui avaient eux aussi reculé devant les réformes de l’éducation. Bref, Nicolas Sarkozy rentre dans le rang avec ce recul, même si en tuant dans l’œuf la réforme, cela lui évite un conflit dont l’issue était incertaine. Problème : cela pourrait également avoir un effet mobilisateur pour les prochaines revendications...

De la difficile réforme de l’éducation

Ironiquement, cette réforme des lycées était une des rares réformes en faveur de laquelle je m’étais prononcé sans la moindre ambiguïté fin octobre. Indépendamment de la réduction du nombre de postes dans l’éducation nationale, elle apportait beaucoup de changements positifs. L’instauration d’une forme de modularité dans la scolarité donnait davantage d’autonomie aux lycéens et les responsabilisait. Les heures de soutien sont considérées partout dans le monde comme une solution clé pour réduire l’échec scolaire. Enfin, le maintien du baccalauréat conserve une spécificité Française bienvenue.

Dommage. Il semble que la jeunesse Française rejette systématiquement toute réforme de l’éducation, qu’elle vienne de droite ou de gauche. Ces plus de vingt années de combat laissent un goût amer qui pourrait bien ôter à tout gouvernement la volonté de réforme de l’éducation puisqu’elle se termine toujours par un recul piteux. Comment ne pas rester songeur devant les courts arguments des manifestants ? Le refus systématique de toute modification semble malheureusement indiquer une volonté de détruire plutôt que de débattre sur le fond de notre système éducatif.

Bien sûr, il est important d’écouter la jeunesse et de prendre en compte son avis. Mais ce n’est pas non plus à 15 ou 18 ans que l’on sait forcément ce qu’il faut faire pour améliorer le système éducatif Français. Le pouvoir pris dans la rue par la jeunesse depuis de longues années est terrifiant, quand on examine le cadavre des projets enterrés suite à leurs manifestations. S’il est naturel d’entendre et de prendre en compte les revendications de la rue, la soumission du ministère de l’éducation depuis plus de 20 ans révèle un grave blocage de notre société.

La réforme de l’éducation a fait un grand pas en arrière cette semaine. Le ballet habituel de l’annonce du projet suivi de manifestations et aboutissant à son retrait est désespérant. Jacques Chirac avait sans doute raison en 1995 quand il évoquait la possibilité d’organiser un référendum pour casser les blocages.

Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/12/16/reforme...

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008...

23.11.2008

Contre l’extension du travail le dimanche

Cette semaine, 48 députés de la majorité ont publié une tribune dans le Figaro pour s’opposer au projet du gouvernement d’étendre le travail du dimanche. Une brèche bienvenue dans un projet gouvernemental à la fois survendu d’un point de vue économique et gênant d’un point de vue humain.

Il est heureux qu’un groupe si important de députés aient pris l’initiative de s’opposer à Nicolas Sarkozy et Xavier Bertrand. Le président de la République et le ministre du travail vendent aujourd’hui cette réforme comme le remède miracle pour relancer l’économie. Laisser travailler les Français le dimanche permettrait d’augmenter la consommation et donc de sortir de la crise. En outre, cela permettrait de lever un frein choquant à la liberté du travail… Cette petite musique n’est pas nouvelle. C’est celle qui avait accompagné la loi TEPA qui avait instauré l’exonération de charges sociales. Cette loi devait permettre de faire passer la croissance de la France de 2 à 3%. Résultat, malgré le meilleur résultat sur le dernier trimestre, la croissance annuelle de la France reste inférieure à celle de l’Allemagne ou l’Espagne…

Car le moins que l’on puisse dire est que les raisonnements économiques du gouvernement sont faciles à mettre en doute. Les députés de l’UMP ne s’en privent pas et soutiennent que l’extension du travail le dimanche n’augmentera pas la consommation et ne créera pas d’emploi. En effet, on ne voit pas comment une plus grande ouverture des commerces le dimanche pourra augmenter la consommation. Cette consommation ne fera que se répartir de manière différente, sans augmenter. En outre, comme le travail le dimanche coûte beaucoup plus cher, l’extension du travail dominical pourrait même détruire des emplois, comme l’indique l’étude citée par le Figaro qui évoque la destruction de trois emplois de semaine pour la création d’un travail le dimanche.

Mais outre le manque d’efficacité économique de cette mesure, l’extension du travail du dimanche pose un véritable problème humain. Bien sûr, beaucoup de personnes travaillent déjà le dimanche. Mais cela ne justifie pas d’étendre le travail dominical. Est-il si gênant d’avoir une pause commerciale dans la vie des hommes ? N’est-il pas souhaitable que nous ayons un moment dans la semaine qui puisse être consacré à autre chose qu’acheter ? En outre, travailler le week-end impose des contraintes pas toujours évidentes aux ménages avec enfants, qui doivent faire garder leur progéniture.

Il y a plus d’un siècle, la limitation du travail dominical avait représenté un véritable progrès humain. Aujourd’hui, par dogmatisme libéral et marchand, certains veulent en partie revenir sur cet acquis de civilisation. Merci à ces 48 députés de s’y opposer.

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/11/21/01002-20081121ARTFIG00499-des-deputes-de-la-majorite-contre-le-travail-du-dimanche-.php

21.11.2008

Bienvenue à l’ORTF !

Nicolas Sarkozy aime bien se présenter comme une pauvre victime des critiques injustes des médias. S’il est vrai qu’une partie non négligeable lui est opposée, ce n’est pas le cas de tous, notamment des plus gros. Mais surtout, il met tout en place pour renforcer sa mainmise.

Il suffit de voir Frédéric Lefebvre parader en expliquant sa vision très précise de ce que devrait être la tranche horaire 18-20 heures de France 2 pour voir la dérive de l’équipe au pouvoir. Le conseiller du prince, préconise une succession de trois émissions : un talk show avec Laurent Ruquier, une émission politique avec Eric Zemmour et une émission culturelle avec Michel Field. Le député des Hauts de Seine se comporte comme s’il était à la fois ministre de la communication et président de l’ORTF, pardon, de France Télévisions. Depuis des mois, il critique l’arrivée de Julien Courbet sur le service public, dans une attaque ad hominem inédite depuis bien longtemps de la part du monde politique. En cela, il s’inscrit dans la droite ligne de Thierry Saussez, conseiller à l’Elysée, qui avait expliqué vouloir créer une émission d’une demi-heure sur le service public pour la propagande, pardon, la communication, du gouvernement.

Mais ces dérives ne sont que la face cachée de l’iceberg. François Bayrou avait bien raison de demander l’interdiction pour les groupes dépendant de commandes publiques de posséder des médias, par le conflit d’intérêt permanent que cela peut provoquer. Et malheureusement, ce mélange des genres dépasse toutes les limites connues précédemment puisque Nicolas Sarkozy et son gouvernement applique une à une toutes les demandes des chaînes privées et de TF1 en particulier. Il supprime la publicité sur le service public, tout en augmentant sa durée sur les chaînes privées qui pourront ainsi récupérer directement les sommes perdues par le service public… Pire, la compensation financière pour France Télévisions est sans cesse rabotée, ce qui ne devrait pas l’aider dans sa lutte avec TF1 : les députés viennent ainsi de réduire les taxes sur les chaînes privées, qui auront donc le beurre, l’argent du beurre et la crémière à partir de 2009.

Enfin, alors que le gouvernement avait annoncé lors de la réforme de la Constitution qu’il allait améliorer le système du partage du temps de parole, rien n’est fait. La règle de la Cinquième République est un partage en trois tiers : un tiers pour le gouvernement, un tiers pour la majorité et un tiers pour l’opposition, sachant que le président ne dépassait rarement les 2% du temps de parole politique. Le problème est que Nicolas Sarkozy occupe à lui tout seul un quart du temps de parole politique national, laissant les trois quarts restants se diviser en trois. C’est ainsi que trois-quarts du temps de parole est consacré à la majorité et seulement un quart pour l’opposition (et encore, Jack Lang est considéré dans l’opposition…). Ce partage pose bien sûr un grave problème démocratique puisqu’il revient à bâillonner une grande partie de l’opposition, du moment où le PS conserve le gros de ce quota.

75% du temps de parole politique, un service public mis sous la coupe financière d’un Etat plus interventionniste que jamais, un président qui favorise outrageusement certains de ses amis et appelle les rédactions pour signifier son mécontentement. Et si l’ORTF était finalement plus ouverte ?

Source : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2008...

http://www.lejdd.fr/cmc/media/200845/france-2-lefebvre-fait-le-programme_163467.html

24.10.2008

Audiovisuel : ce qu’il y a de Berlusconi en Nicolas Sarkozy

Cette semaine, le gouvernement a avancé sur la grande réforme de l’audiovisuel voulue par Nicolas Sarkozy. Elle restera une des réformes les plus choquantes de l’équipe au pouvoir.

Début 2008, lors d’une conférence de presse, Nicolas Sarkozy annonce la fin de la publicité sur le service public. Après avoir demandé à une commission de travailler sur le sujet, le projet de loi a été examiné par le gouvernement et le moins que l’on puisse dire est que ce projet représente une anomalie démocratique, qui rapproche la France de l’Italie de Berlusconi. Car comment voir autrement la reprise en main direct du service public par un Nicolas Sarkozy qui en nommera désormais directement le président ? Pire, dans le même temps, la suppression de la publicité sur France Télévisions, couplée à l’augmentation de la durée de cette même publicité sur les chaînes privées, va se transformer en jackpot financier pour des chaînes, dont il faut rappeler que la première est possédée par le témoin de mariage du président.

Ce mélange des genres berlusconien n’est pas digne d’un pays démocratique. Avec la suppression de la publicité et la nomination de son président directement par l’Elysée, le Service Public sera plus que jamais sous la coupe de l’exécutif. La présence de la publicité garantissait une forme d’indépendance dans la mesure où ses ressources ne dépendaient pas complètement de décisions politiques. Demain, France Télévisions sera pieds et mains liés. Mieux, comment ne pas considérer que l’énorme avantage financier que Nicolas Sarkozy accorde aux chaînes privées ne constitue pas un traitement de faveur ? Comment les dirigeants de TF1, déjà proches de l’Elysée, ou de M6, ne pourraient pas être reconnaissants d’une telle décision qui va grandement améliorer leurs résultats ?

Pire, il ne faut pas oublier que nous sommes dans un système où Nicolas Sarkozy et ses affidés disposent de 3/4 du temps de parole médiatique. En effet, la règle des trois tiers (un tiers pour le gouvernement, un tiers pour la majorité et un tiers pour l’opposition) a été bouleversée par l’activisme présidentiel. Nicolas Sarkozy occupe à lui tout seul un quart de l’espace politique médiatique. Résultat, la règle des trois tiers s’est transformée en un quatre-quarts bien indigeste où la majorité dispose de 75% du temps de parole, alors qu’elle réunit au mieux 35% des voix… Et il faut être clair, les taxes mises en place pour financer le Service Public sans publicité ont toutes les chances de finir par être payées par les Français…

La richesse de l’actualité et l’activisme du président ne permettent pas l’émergence d’un véritable débat sur les médias. Pourtant, quand on met bout à bout tout ce qui se passe, il est difficile de ne pas voir un triste parallèle entre notre pays et l’Italie de Berlusconi.

Source : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2008/10/22...

20.10.2008

L’activisme à double tranchant de Nicolas Sarkozy

La crise économique et financière est l’occasion pour Nicolas Sarkozy de démontrer ses grandes qualités de leadership, mais aussi ses limites en matière de résolution de problèmes…

Nicolas Sarkozy est un véritable chef. Même s’il est difficile de véritablement juger de la performance des précédents présidents de l’Union Européenne, il semble incontestable que le président Français fait partie du haut du panier en matière d’animation du groupe des chefs d’Etat et de gouvernement européens. Après avoir échoué lors de la réunion du G4 Européen pour avoir pousser ses idées sans s’assurer de l’accord des autres participants, la réunion d’il y a huit jours a permis de stabiliser la situation à l’échelle continentale avec l’annonce d’un plan de soutien aux banques de 2 000 milliards d’euros. Si ce plan n’a pas tout réglé, il a au moins démontré la capacité d’action des pays européens quand leurs chefs politiques sont coordonnés par un président actif et volontaire.

Nicolas Sarkozy a continué à endosser son rôle de co-leader du monde en se rendant à Camp David samedi pour convaincre Georges Bush d’organiser au plus vite un sommet pour tirer les conclusions de la crise financière actuelle. Et pour le coup, il est difficile de ne pas lui tirer un coup de chapeau pour ce qu’il a obtenu, même si les circonstances y étaient très favorables. Nicolas Sarkozy a raison de vouloir associer les grands pays émergents (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud, un pays arabe) à la résolution de la crise, tant leur rôle sera capital par les capitaux qu’ils possèdent et leur poids économique. Cette volonté d’associer les pays émergents est somme toute très gaulliste et prend acte des limites de notre modèle occidental. Sa volonté d’organiser rapidement une réunion est également la bienvenue car l’ampleur de la crise n’est pas sans rappeler celle de 1929.

Mais le problème avec Nicolas Sarkozy n’est pas vraiment sa capacité à entraîner les autres, ou à agir en chef. Le problème porte sur les solutions qui sont mises en place. Car s’il a très justement poussé les leaders européens à travailler pour résoudre la crise et s’il est parvenu à un accord important pour sauver les banques, les conclusions du dernier sommet européen montrent les limites de sa démarche. Si l’Europe s’est mise d’accord pour sauver les banques, elle ne s’est pas mise d’accord pour sauver la croissance et les emplois en refusant tout plan de relance coordonné. En outre, le niveau des taux de la BCE reste absurdement élevé par rapport aux Etats-Unis. Enfin, le choix de l’ancien patron du FMI pour coordonner l’aide aux banques en France démontre une absence de remise en cause du système contradictoire avec son discours. Bref, si on peut lui faire confiance pour organiser un nouveau Bretton Woods, on peut avoir des doutes sur la qualité des solutions qui y seront adoptées.

La forme, pas le fond : c’est toujours la même rengaine avec Nicolas Sarkozy. Au moins, il aura démontré que la France a toujours vocation à jouer un des premiers rôles sur la scène internationale.

Source :  http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/19/crise-l-idee-d-une-serie-de-sommets-retenue_1108622_1101386.html#ens_id=1089411

10.10.2008

La méthode Trichet contre la méthode Sarkozy

Des péripéties de la réunion du G4 à l’Elysée à la décision spectaculaire des banques centrales de baisser les taux d’intérêt de manière concertée, ces deux dernières semaines ont permis une comparaison intéressante entre la méthode du président Français et celle des banquiers centraux…

D’un côté, les banques centrales se sont coordonnées dans la plus grande discrétion pour annoncer une baisse significative des taux d’intérêt de manière concertée dans la plupart des pays occidentaux (zone euro, Etats-Unis, Royaume Uni, Suède, Suisse…). Si cette baisse des taux n’a pas permis d’éviter la poursuite de l’effondrement des Bourses, la stabilisation d’hier semble indiquer qu’elle a peut-être permis de tempérer (momentanément) le pessimisme irrationnel et auto réalisateur des marchés. D’ailleurs, elle a sans doute permis d’éviter une baisse plus violente des Bourses puisque le CAC 40 perdait plus de 8% en début de matinée mercredi et que sa cotation avait été interrompue du fait d’un trop grand afflux d’ordres de vente. Au moins, d’un point de vue « militaire », cette opération aura été parfaite par la coordination qu’elle aura démontrée des banques centrales et leur capacité à agir par surprise.

Comment ne pas voir la différence flagrante avec la préparation du sommet du G4 de samedi dernier ? Si Nicolas Sarkozy a parfaitement raison de proposer une réunion aux grands pays européens, la réalisation a démontré un amateurisme inquiétant. En effet, l’Elysée a laissé filtrer son désir de mettre en place un équivalent du plan Paulson sans même s’assurer que nos partenaires étaient sur la même longueur d’onde. Christine Lagarde a même avancé le chiffre de 300 milliards d’euros dans un journal Allemand, ce qui a provoqué un mini incident diplomatique avec Angela Merkel qui a contraint la France à revenir sur sa position. C’est ainsi que le résultat de la réunion a été bien inférieur à ce à quoi pouvaient s’attendre les marchés. Cet échec, dû à une mauvaise préparation, explique sans doute en bonne partie l’effondrement des Bourses à partir de lundi.

Mais si sur la méthode, Jean-Claude Trichet a été bien meilleur que Nicolas Sarkozy, il n’en va pas de même sur le fond. Tout d’abord, la baisse des taux de la BCE est la première… 15 mois après le déclenchement de la crise : bonjour la réactivité ! Si les taux avaient été baissés plus rapidement et plus fort, les banques européennes seraient sans doute en meilleure situation aujourd’hui, par la baisse du coût du crédit que cela aurait permis en Europe. En outre, le différentiel de taux des deux côtés de l’Atlantique reste stupéfiant avec 3,75% en Europe et 1,5% aux Etats-Unis. Si la Fed a pris la mesure de la crise, la BCE ne l’a pas encore fait, comme en 2001. En outre, les récentes prévisions du FMI montrent que la baisse rapide des taux de la Fed n’empêchera pas la baisse de l’inflation l’an prochain aux Etats-Unis au même niveau qu’en Europe. La BCE a donc maintenu ses taux pour rien.

À force de privilégier les effets d’annonce et de vouloir communiquer pour montrer qu’il agit, le président finit par privilégier la posture à l’action, comme le montre la préparation catastrophique de la réunion de samedi dernier. La méthode Sarkozy n’est malheureusement pas adaptée à la crise que nous vivons.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/10/09/le-chan...

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