11.03.2011
Quand la gauche bien-pensante nourrit le FN
La percée de Marine Le Pen dans les sondages provoque un grand mouvement de panique. Mais une certaine gauche ferait bien de cesser de crier au loup à tort et à travers. Outre le fait de méditer sur la morale de cette fable, elle nourrit le vote FN.
Le dérapage du Nouvel Observateur
Je vous invite vivement à lire la tribune de Philippe Cohen, de Marianne, et plus encore le torchon du Nouvel Observateur sur les personnes qui « décontaminent la pensée FN ». Laurent Joffrin s’inscrit dans la ligne droite de son prédécesseur à la tête de Libération, Serge July, et son éditorial du lendemain du référendum de 2005. Au final, ces papiers de Libération et du Nouvel Observateur font sans doute plus pour le FN que tous les intellectuels convoqués au bûcher de leur bien-pensance.
Je le dis d’autant plus facilement que je ne peux pas être soupçonné de la moindre complaisance à l’égard du FN, dont je dénonce l’extrémisme et les mensonges sur l’immigration. Mais, par-delà un ton haineux, le plus incroyable est le niveau d’intolérance manifesté par ce genre de papiers. En résumé, si on ne pense pas comme eux, on est forcément un nazillon en puissance, un complice du FN. Le Nouvel Observateur détiendrait la vérité absolue et tous les autres seraient donc des déviants.
Finalement, ces dénonciateurs du FN, qui voient le nazisme et le fascisme partout, sans même se rendre compte qu’en fait il les banalise, finissent par se comporter comme des extrémistes, intolérants et haineux. Vis-à-vis de leurs adversaires, ils tiennent un discours très proche de celui du Front National, à ceci près que les ennemis ne sont pas les mêmes. Marine Le Pen, que je n’ai pourtant jamais épargnée, finit presque par paraître plus modérée et républicaine qu’eux.
Leur part de responsabilité dans la montée du FN
Si Nicolas Sarkozy porte une grande responsabilité dans la montée du Front National, qu’il cherche à instrumentaliser, cette gauche, qui a longtemps soutenu François Mitterrand, le père politique du FN, n’est pas en reste. Comme le souligne bien Philippe Cohen, cette gauche a oublié les chômeurs, les travailleurs pauvres et les victimes de la globalisation. Pour se donner bonne conscience, comme le souligne Jean-Claude Michéa, elle défend les sans papiers.
C’est ainsi que la phrase de Chantal Brunel a déclenché une véritable hystérie collective, où la gauche en a rajouté trois tonnes dans l’indignation et la majorité s’est couchée immédiatement. Si l’évocation des bateaux était brutale en revanche, sur le fond, on peut tout de même débattre de l’accueil de réfugiés en France, et même de leur renvoi à terme. D’ailleurs, après avoir été bien cuisiné par Jean-Michel Apathie sur Canal Plus, même Harlem Désir a fini par admettre que nous ne pouvions pas les garder.
La position de Chantal Brunel peut sembler proche du FN. Mais en réalité, la présidente du FN est allée plus loin en proposant de repousser les immigrés dans les eaux internationales, sans même les laisser accoster, alors que la député UMP propose de les renvoyer en bateau dans un second temps. C’est pourquoi il n’est pas juste de dire que Chantal Brunel fait pire que Marine Le Pen. Attention à ne pas avoir de réactions excessives qui vont exaspérer certains électeurs qui ne comprendront pas le procès de Moscou fait à Madame Brunel et qui pourraient in fine, être poussés à voter FN.
Plus généralement, il est malheureusement logique d’une part grandissante de l’électorat apporte son soutien au Front National devant l’autisme d’une majorité de la classe politique et médiatique, qui excommunie toute personne qui parle de nation, qui critique l’Europe, qui parle d’insécurité ou qui n’adopte pas une attitude compatissante vis-à-vis des sans-papiers ou des immigrés. En outre, en assimilant des républicains au FN, cela nourrit grandement le votre frontiste.
Le Front National se nourrit des carences politiques de la droite comme de la gauche. Mais en réagissant de manière totalement irrationnelle et excessive, je me demande si une certaine gauche n’est pas finalement encore plus responsable de la montée de Marine Le Pen.
10:55 Publié dans Actualités, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (65) | Envoyer cette note | Tags : marine le pen, front national, marianne, philippe cohen, le nouvel observateur, laurent joffrin, serge july, libération, chantal brunel
29.05.2010
Le 29 mai 2005 cinq ans après : la revanche viendra
Il y a cinq ans tout juste, nous étions près de 55% à choisir de dire « non » au Traité Constitutionnel pourtant soutenu par la majorité du personnel politique et une plus grande majorité encore des médias.
Un refus qui avait du sens
Les partisans les plus bornés du « oui », dont Alain Duhamel et Serge July, ont réécrit l’histoire à leur manière. Cette semaine encore, le premier affirmait dans sa chronique quotidienne que les Français votaient en fonction de qui leur posait la question. A première vue, le raisonnement pourrait sembler tenir puisqu’en 1992, ce sont plutôt les électeurs de droite qui s’étaient opposés au traité de Maastricht, alors qu’en 2005, c’était plutôt les électeurs de gauche.
Pourtant, ce raisonnement est à courte vue. Il vise principalement à discréditer le vote des Français en sous-entendant qu’ils votent comme des veaux. Cela démontre en fait un profond mépris vis-à-vis des citoyens et une forme de doute sournois sur l’idée même de démocratie. Car une telle analyse est profondément injuste. En effet, lors de ces deux votes, 70% de la population s’est déplacée aux urnes, un score supérieur aux élections présidentielles étasuniennes de 2008 !
Mieux, les deux campagnes ont été aussi intenses qu’une campagne présidentielle, dominant outrageusement les informations pendant deux bons mois avant le vote, laissant à chacun le temps de se faire son opinion. Mieux, les listes de best-sellers de l’époque étaient composées pour moitié de livres consacrés au débat en question. Bref, les Français se sont passionnés pour ces débats, se sont renseignés et en ont débattu partout, en famille ou au travail.
D’ailleurs, une autre analyse permet d’expliquer le biais partisan des deux votes. En 1992, la campagne s’est focalisée sur la souveraineté nationale et son éventuel transfert. Il était logique que les électeurs de droite votent davantage « non » que des électeurs de gauche, plus universalistes. En 2005, le débat s’est centré sur le fait que l’Europe se construit sur un modèle libéral qu’elle impose aux nations. Il était donc logique que ce soit les électeurs de gauche qui la rejettent davantage.
La démocratie bâillonnée
Déjà, la réaction d’une partie des battus du 29 mai ne présageait rien de bon. Serge July s’est fendu d’un édito vengeur qui refusait de voir dans ce vote un véritable choix démocratique et rationnel effectué sur une vision de l’Europe sans doute trop différente de la sienne. Les Français auraient eu peur. Ils auraient voté contre Jacques Chirac. Bref, pour les bien-pensants, les Français étaient trop cons pour comprendre l’intérêt d’un traité dont ils étaient pourtant incapables d’expliquer les avantages concrets.
Malheureusement les trois principaux candidats de la présidentielle étaient tous issus du même camp et plaidaient pour un nouveau traité. Nicolas Sarkozy s’est distingué en affirmant que ce qui avait été fait par le peuple pourrait être défait par les parlementaires, trahissant fondamentalement l’esprit de nos institutions à défaut de la lettre (même s’il a eu le courage de prévenir). Mais à l’époque, il promettait un « mini-traité limité aux questions institutionnelles et qui tiendrait compte du « non » des Français ».
En réalité, comme souvent, le président de la République a fait le contraire de ce qu’il avait dit. Alors que le vote du 29 mai 2005 lui permettait de renégocier ce que bon lui semblait, il s’est empressé de ratifier une copie quasiment conforme du Traité Constitutionnel refusé deux ans auparavant. Pour la première fois dans l’histoire de notre République, le résultat d’un vote populaire a été foulé aux pieds par un gouvernement, puis par l’Assemblée car celle-ci a voté pour la ratification du traité de Lisbonne.
Heureusement, quelques résistants (dont Nicolas Dupont-Aignan) ont refusé cette ratification et dénoncé cette mascarade. Et malheureusement, cette crise qui frappe disproportionnellement notre continent, démontre tous les jours davantage que cette construction européenne nous mène dans le mur. L’Europe qui a été construite depuis 25 ans est un boulet attaché aux économies des pays européens, un boulet pour la croissance et l’emploi.
Le 29 mai 2005, nous avons été une majorité à nous exprimer contre cette politique européenne suivie par le PS, l’UMP, le Modem et les Verts. Un jour prochain, cette majorité se retrouvera pour mettre en place un véritable projet alternatif.
10:55 Publié dans Actualités, Dupont-Aignan, Europe, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : maastricht, traité de lisbonne, traité constitutionnel européen, nicolas sarkozy, serge july, alain duhamel, nicolas dupont-aignan



