10.06.2009

Les manipulations médiatiques de Nicolas Sarkozy

Je n’ai jamais été un grand partisan de la théorie du complot. Je l’ai toujours refusé en matière économique. Mais, là, un faisceau de faits conduit à se poser des questions sur le comportement du gouvernement.

Ripostes troublantes

Un indice a été semé à quelques jours des élections européennes. Alors qu’il fait une des meilleures audiences de France 5, Serge Moati voit son émission « Ripostes » supprimée de l’antenne. D’ailleurs, si la direction de la chaîne souligne que l’audience n’est pas en question, elle ne formule pas la moindre explication pour la disparition de cette émission politique...

Ah, c’est vrai, Serge Moati est plutôt un esprit libre. Il offrait souvent une tribune à Dominique de Villepin. Il avait même reçu le pestiféré Nicolas Dupont-Aignan et ne semblait pas spécialement favorable au gouvernement en place. Y aurait-il un lien de cause à effet ? Il est difficile de ne pas le soupçonner étant donné le lourd passif de l’actuel locataire de l’Elysée.

Flash back : Nicolas Sarkozy était connu pour appeler les patrons de presse afin de se plaindre du traitement d’un article ou d’un dessin (Le Monde, Libération…). On se souvient des menaces pas vraiment voilées proférées à l’égard des employés de France 3 et qui avaient fuité. On peut mettre en parallèle le changement de statut du Service Public qui lui permet désormais de nommer et révoquer à tout moment son président ou cette suppression de la publicité qui profite tant à son ami Martin Bouygues.

Une campagne européenne trop idéale

Bref, le président a un lourd passif d’interventionnisme médiatique pour ne pas dire plus. Et on peut s’interroger sur le déroulement de cette campagne des élections européennes, qui semble tellement servir l’Elysée. À titre personnel, je n’ai toujours pas reçu les professions de foi et je connais beaucoup de gens qui l’ont reçu très tard. Et que dire du traitement des médias de la campagne.

Beaucoup se sont plaints du manque d’intérêt des Français alors qu’ils ne parlaient pas de la campagne ! N’y a t il pas un paradoxe à ce que TF1 évoque ainsi la désaffection des Français alors qu’ils n’ont pas organisé le moindre débat ? Et le seul débat organisé sur le Service Public a eu lieu bien tard et dans des conditions contestables (éviction des chefs de Lutte Ouvrière et de Debout la République).

Comment ne pas évoquer également le traitement incroyable de la soirée électorale où presque personne n’a parlé du score de Debout la République (1,8%) alors que le score pourtant inférieur de Lutte Ouvrière était pourtant parfois affiché ! Dès lors, comment ne pas soupçonner que la main de l’Elysée soit en partie responsable de certaines bizarreries de cette campagne électorale.

Le contexte politique actuel risque de donner les coudées franches à un Nicolas Sarkozy qui ne devrait plus douter de sa victoire dans trois ans. Mais en faisant de la sorte, il oublierait que les Français sont un peuple rebelle qui ne suit pas toujours le vent médiatique, comme il l’a prouvé en 2005.

Source : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2009/06/01...