22.08.2010
Privatisations et service public
Marianne 2 a publié cette semaine un article en deux parties d’Eugène sur les privatisations. Un excellent moyen de comprendre que la privatisation n’est pas forcément la solution et que le secteur public a encore de beaux jours devant lui.
Le bêtisier Français
A dire vrai, il n’y a pas besoin d’aller très loin pour voir que les privatisations ne sont pas forcément la bonne solution. Chez nous, l’entrée en bourse d’EDF et la libéralisation du marché de l’énergie (acceptée par le gouvernement Jospin) avaient été vendus comme un moyen de baisser les prix. On voit bien au contraire que cela pousse les prix à la hausse, réduisant l’écart que la France a encore avec les autres pays européens, pour le plus grand bénéfice des actionnaires de l’ancien monopole public.
Nous avons également le cas de la libéralisation des renseignements téléphoniques (l’ancien 12). Il y a quinze ans, il coûtait 3,65 francs (55 centimes d’euros) pour avoir trois numéros. Aujourd’hui, non seulement il faut se souvenir de numéros à six chiffres, mais chaque numéro coûte désormais la bagatelle d’environ un euro cinquante, soit une multiplication par huit du prix du numéro. Le résultat ne s’est pas fait attendre : -30% d’appels. Seuls les médias et les actionnaires ont gagné.
Le bêtisier international
L’immense intérêt de cet article est de démonter l’argument des néolibéraux pour lesquels le marché est forcément plus efficace que l’Etat. Il ne s’agit pas pour moi de dire l’inverse et que l’Etat est forcément meilleur que le marché. Mais face au dogmatisme de certains, il est utile de rappeler ces exemples désastreux : Amérique Latine, Afrique, Angleterre : le privé n’est pas forcément plus efficace et peut conduire à une baisse du service et une hausse des prix.
Le grand intérêt de cet article vient aussi de la modération de son auteur, qui énonce à la fin les secteurs pour lesquels les privatisations sont a priori à prohiber. On y retrouve grosso modo les services publics traditionnels, le plus souvent des monopoles naturels (santé, éducation, énergie, transports ferroviaires, eau, télécommunications). Au regard de la crise de 2008, l’auteur pose la question légitime du secteur bancaire. Néanmoins, il n’est pas hostile à des concessions, du moment qu’elles sont bien cadrées.
Merci à Eugène et Marianne 2 pour ce bel article qui remet les pendules à l’heure sur la question des services publics en montrant que les privatisations se transforment trop souvent en des rentes privées au détriment du plus grand nombre, tant pour le service que le prix.
10:55 Publié dans Actualités, Blog, Economie | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : privatisations, service public, intérêt général, eugene, marianne 2
10.11.2009
Sarkozy à mi-mandat : la faillite républicaine
C’est un sujet sur lequel il est particulièrement difficile de suivre Nicolas Sarkozy. Selon qu’il lise un discours de Henri Guaino ou qu’il suive la ligne de son livre « La République, les religions, l’espérance », la ligne est radicalement différente. Son bilan de mi-mandat reflète cette dualité.
La rupture
Le début de mandat de Nicolas Sarkozy a été l’occasion de nombreux dérapages. Il y a eu notamment son discours où il affirmait que « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé » et qui marquait une rupture radicale avec un siècle de tradition laïque consacrée par la loi de 1905. Certes, depuis, le président ne met plus en avant l’agenda communautariste (il s’est même prononcé contre le port de la burqa), mais un doute subsiste comme le montrent certains projets visant à instituer des quotas.
La rupture est également venue sur la façon de faire fonctionner la Cinquième République. Nicolas Sarkozy a effacé tout son gouvernement. François Fillon est plus transparent que n’importe quel de ses prédécesseurs à Matignon. Et le président croit bon de faire quasiment toutes les annonces à la place de ses ministres, ne laissant exister médiatiquement qu’une poignée d’entre eux. Le gouvernement n’est plus une équipe mais un rassemblement de supporteurs au service du président.
Main basse sur les médias
Mais un des aspects les plus choquants de la présidence de Nicolas Sarkozy est clairement le traitement médiatique. Cet aspect est plus clivant dans la mesure où le paysage médiatique est très partagé, entre des critiques radicaux (Marianne, Le Canard Enchaîné…) et des soutiens très marqués (TF1, Europe 1, Le Figaro…). Du coup, selon leur consommation de médias, les Français n’ont pas du tout la même perception du biais partisan. Mais au global, les plus gros sont rarement très critiques.
Nicolas Sarkozy bénéficie déjà de liens particuliers avec les groupes d’Arnaud Lagardère (Paris-Match, Europe 1, le JDD…) ou de son témoin de mariage, Martin Bouygues. Mais il y a ajouté une tutelle plus forte du Service Public (finances et nominations). Bizarrement, l’émission Ripostes, de l’électron libre Serge Moati, a été déprogrammée malgré d’excellentes audiences. Et on ne compte plus les interventions du chef de l’Etat ou de son entourage pour critiquer tel ou tel programme.
La répartition du temps de parole politique posait également problème, avec un tiers pour le gouvernement, un tiers pour la majorité et un tiers pour l’opposition, indépendamment de la durée de la parole présidentielle (auparavant limitée à quelques pourcents). L’arrivée de Nicolas Sarkozy a fait exploser les compteurs puisqu’il captait à lui seul un quart du temps de parole. Heureusement, un récent arrêt du Conseil d’Etat a contraint le CSA à prendre en compte son temps de parole.
Le temps des copains
Lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait parlé d’une « République irréprochable » dans une tribune au Monde. Le problème est que la comparaison entre ce qu’il avait promis et ce qu’il fait est une nouvelle fois gigantesque. Nous sommes bien loin des 15 ministres et de la parité qu’il avait mis en avant lors du débat présidentiel. L’exemplarité dont il parlait a été ridiculisée par l’épisode de l’EPAD et la volonté bien prématurée de faire de son fils de 23 ans son président.
Qui plus est, Nicolas Sarkozy sait servir les intérêts de ses proches. Cela est manifeste avec la suppression accélérée de la publicité sur le Service Public, qui était une revendication de TF1, qui en est bien évidemment le premier bénéficiaire. De même, Nicolas Sarkozy place ses proches à des postes clés dans des circonstances souvent très limites, comme Henri Proglio à la tête d’EDF (tout en restant à Véolia) ou François Pérol à la tête du groupement de la Banque Populaire et des Caisses d’épargne.
La rupture est bien arrivée sur la pratique républicaine habituelle. Malheureusement, elle ne se fait pas pour le meilleur. Marianne avait bien raison de lancer un « appel à la vigilance républicaine il y a près de deux ans ». Malheureusement, cet appel n’aura fait qu’attirer notre attention…
10:55 Publié dans Actualités, Présidentielles 2007, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, république irréprochable, epad, jean sarkozy, françois pérol, henri proglio, tf1, service public
22.07.2009
EDF : service public contre libéralisation
Hausse des prix, paiement des économies d’énergie : les dernières semaines montrent le vrai visage de la libéralisation du secteur de l’énergie. Loin d’être au service des clients, elle ne vise qu’à soumettre notre service public à une logique purement marchande.
Le dérapage de Pierre Gadoneix
Il y a deux semaines, le patron d’EDF est intervenu à la radio pour demander une augmentation des tarifs de l’électricité de 20% sur trois à quatre ans. Il a justifié sa demande par le fait que l’électricité est 30% moins cher en France que dans les autres pays européens et que l’ancien service public doit aujourd’hui financer une augmentation de ses investissements pour renouveler le parc de centrales nucléaires.
Pourtant, c’est justement parce que l’électricité en France est à 80% d’origine nucléaire que le prix y est plus faible. Et on ne voit pas pourquoi son coût devrait augmenter aujourd’hui brutalement de 20%, alors qu’EDF fait de larges bénéfices. En outre, le besoin d’argent pour les investissements est contradictoire avec les annonces du plan de relance du gouvernement où EDF devait fortement contribuer.
Comme le souligne très justement Nicolas Dupont-Aignan dans un communiqué de presse, cette demande de hausse de tarif a un seul but : financer les acquisitions du groupe à l’étranger, comme British Energy, qui a coûté 15 milliards d’euros. Il est parfaitement inacceptable que le patron d’EDF demande aux consommateurs Français de financer ses acquisitions à l’étranger.
L’oubli du service public
Cet épisode a au moins le mérite de montrer que la libéralisation des services publics ne profite pas aux consommateurs puisque loin des arguments de ses défenseurs, elle a plutôt tendance à provoquer une hausse des tarifs. La libéralisation des services publics, loin de servir le pays, met les anciens monopoles publics au service des actionnaires, uniquement.
Le dernier exemple en date l’illustre particulièrement bien. En effet, EDF et les autres opérateurs du marché de l’énergie réclament une taxe pour compenser les économies d’énergie et le manque à gagner. Une prime au gaspillage de l’énergie en somme. Une parfaite illustration du côté bassement mercantile d’entreprises privées qui ont perdu toute logique de service du public.
Sous les coups de boutoir de la Commission Européenne et avec la complicité de l’UMP, du PS et du Modem, le modèle Français de service public est constamment remis en cause. Nous voici mieux averti des conséquences de cette dangereuse évolution.
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/07/20/edf-veu...
http://www.debout-la-republique.fr/EDF-sous-la-hausse-de-...
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : edf, service public, libéralisation, pierre gadoneix
14.01.2009
Les dérapages démocratiques de Nicolas Sarkozy
Le moins que l’on puisse dire est que le président multiplie les annonces en ce début d’année : réforme du permis de conduire, refonte du gouvernement, gratuité des musées pour les moins de 25 ans… Mais entre ces annonces, de véritables dérapages démocratiques ont lieu.
Dérapages parlementaires
Ce début d’année relativise la présentation de la réforme de la Constitution comme une avancée des droits du Parlement, que « personne ne pouvait refuser ». En effet, le Sénat s’est retrouvé à examiner le texte de la réforme de l’audiovisuel alors qu’une partie de la réforme, c’est-à-dire la suppression de la publicité, était déjà appliquée depuis le 5 janvier. Résultat, on se demande bien à quoi sert le Parlement quand il n’est que la caisse enregistreuse d’une décision prise à l’Elysée, qui a piétiné les conclusions de la commission Copé, et l’applique en partie avant même son vote.
Le deuxième dérapage parlementaire consiste dans la réforme du droit d’amendement de l’opposition. Jusqu’à aujourd’hui, les parlementaires pouvaient déposer autant d’amendements qu’ils le souhaitaient, ce qui pouvait permettre à l’opposition de pratiquer une forme d’obstruction, qui, à défaut d’être glorieuse, est commune dans la plupart des démocraties. La droite comme la gauche y ont eu recours. Le gouvernement souhaite aujourd’hui limiter ce droit en mettant une limite au temps de débat. Il y avait pourtant une solution simple auparavant, avec l’article 49-3, qui permettait de couper court au débat. La limitation de son usage a peut-être provoqué cette nouvelle réforme qui encombre un agenda inutilement surchargé.
Dérapages judiciaires et communicants
Et le manque de respect du travail parlementaire se retrouve également dans l’annonce de la suppression du juge d’instruction. Le Parlement avait fait un travail intéressant suite au scandale Outreau et la commission d’enquête avait présenté des conclusions concrètes pour éviter certains disfonctionnements, en introduisant par exemple un collège de trois juges pour certaines décisions, de manière à éviter la solitude du juge d’instruction. Nicolas Sarkozy a balayé ce travail d’un revers de main et propose donc de confier les responsabilités du juge d’instruction à un magistrat du parquet, dépendant du ministère, supprimant de facto l’indépendance de l’instruction, dans un nouveau recul démocratique.
Alors, bien sûr, Nicolas Sarkozy a trouvé une astuce en parlant de « juge de l’instruction », de manière à rendre le débat démocratique plus confus. Le président est malin, mais cette présentation trompeuse est trop évidente pour ne pas être remarquée. Cette tentative de détournement du débat est habituelle chez lui : il suffit de se souvenir de ses déclarations triomphalistes sur la guerre de Gaza il y a quelques jours, dont on constate bien aujourd’hui qu’elles étaient largement prématurées…
Nicolas Sarkozy parlait de république irréprochable lors de la campagne présidentielle. Mais la réalité est toute différente. Outre une main mise renforcée sur le Service Public et la justice, il détourne les débats d’une manière bien peu démocratique. Mais dans ce tourbillon, il est difficile de se poser pour le voir.
Source : Le Canard Enchaîné
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11.12.2008
Signez le nouvel appel de Marianne !
Le journal Marianne est décidemment le poil à gratter d’une planète médiatique Française trop souvent conformiste. Après l’appel lancé l’an dernier pour la défense des valeurs républicaines, qui avait été signé par Dominique de Villepin, le journal lance un nouvel appel pour le pluralisme des médias.
On pourra trouver que l’hebdomadaire fondé par Jean-François Kahn en fait parfois trop. Néanmoins, cet appel vient à point nommé pour souligner le caractère choquant de la réforme de l’audiovisuel voulu par Nicolas Sarkozy. L’appel tient en quelques lignes : « au nom des principes de la démocratie et des valeurs républicaines, les soussignés demandent au Parlement de renoncer à la loi qui permettrait au président de la République de nommer et de révoquer les présidents de France Télévisions et de Radio France. Ils rappellent que la télévision et la radio publiques n’appartiennent pas au pouvoir politique, quel qu’il soit, mais à tous les citoyens. Ils réitèrent leur engagement à défendre l’indépendance de la presse et le pluralisme de l’information ».
Cette réforme est doublement choquante. Choquante parce qu’elle avantage outrageusement TF1, qui avait l’avait proposée dans un livre blanc en décembre 2007. La chaîne privée récolte déjà plus de 50% du marché publicitaire à la télévision et demandait l’élimination d’un de ses deux seuls rivaux sur ce marché, ce qui accentuera encore une position tellement dominante qu’il est difficile de ne pas y voir un abus. Cela est d’autant plus choquant que Nicolas Sarkozy est proche du patron de Bouygues, qui la possède, et que la chaîne a été accusée de rouler ouvertement pour le candidat devenu président. Et TF1 ne fait rien pour contrer cette accusation comme le montre la nomination de Jean-Claude Dassier à la tête de sa rédaction en 2008 alors qu’il a été candidat majorité présidentielle aux élections municipales la même année !
Cette réforme est également choquante parce qu’elle met France Télévisions sous la coupe permanente du président, dans la mesure où il pourra révoquer à tout moment son président ou jouer avec le budget du Service Public. En Grande-Bretagne les moyens de la BBC et son président sont assurés pour plusieurs années sans possibilité de revenir dessus, ce qui garantit son indépendance. Chez nous, le nouveau statut de France Télévisions sera une pression permanente en faveur d’un pouvoir qui pourra à tout moment modifier le financement du Service Public ou ses dirigeants. Cette sujétion est un recul démocratique qui démontre une volonté malsaine du pouvoir de contrôler les médias.
D’ailleurs, sur RTL hier matin, Nonce Paolini n’a pas vraiment nié les accusations à fleuret moucheté de Jean-Michel Apathie, qui lui a demandé si cette réforme n’était pas un cadeau pour TF1. Naturellement, le patron de la première chaîne Française a répondu que c’était un cadeau pour France Télévisions, et a tenté bien malhonnêtement d’expliquer que le Service Public y gagnait de l’argent en comparant les recettes perdues (200 millions) en 2008 avec les sommes gagnées (450) en 2009 ! Et quand le journaliste de RTL a fait le parallèle entre la publication du livre blanc en décembre 2007 et l’annonce du président en janvier 2008 pour demander si c’était TF1 qui faisait les lois, Nonce Paolini n’a même pas ressenti le besoin de nier en disant que chaque entreprise était libre de faire du lobbying.
Favoritisme insupportable à l’égard de TF1, mise au pas programmée du Service Public : merci à Marianne de porter la contestation à travers cette nouvelle initiative. Et merci à tous ceux qui l’ont déjà signé, notamment François Bayrou et Nicolas Dupont-Aignan.
Source : Marianne 6 décembre, RTL
Signez l’appel : http://www.marianne2.fr/L-appel-de-Marianne-pour-l-indepe...
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27.11.2008
République irréprochable ou république des copains ?
Dans une tribune au Monde quelques semaines avant les élections présidentielles, Nicolas Sarkozy s’était fait le défenseur d’une « république irréprochable ». Un peu plus de 18 mois après son élection, c’est plutôt la « république des copains » qui s’est mise en place.
Le débat sur le financement du Service Public de l’audiovisuel en est la preuve flagrante. Le gouvernement ne s’en cache même pas en disant qu’il est important de renforcer les groupes privés Français par rapport à leurs concurrents. En clair, il annonce de manière à peine maquillée que les groupes privés (au premier rang desquels TF1, qui capte plus de 50% du marché publicitaire) vont être soutenus par l’Etat. Pourtant, ce n’est pas comme s’il y avait la moindre menace d’un groupe étranger. TF1 reste la première chaîne d’Europe par l’audience. Le discours sur la nécessité de renforcer la compétitivité des groupes privés par rapport aux concurrents est complètement bidon et vise uniquement à donner un prétexte à un arsenal législatif qui est un concentré de favoritisme pour les groupes privés au détriment du Service Public.
Dans une configuration digne de Berlusconi, Nicolas Sarkozy favorise économiquement TF1 et M6 (ce qui ne devrait pas pousser leurs actionnaires à la critique vis-à-vis d’une équipe au pouvoir qui les nourrit) tout en reprenant la main sur le service public, en nommant directement la direction tout en contrôlant une plus grande part de ses recettes. C’est ainsi que les chaînes privées devraient gagner le droit de diffuser davantage de publicité à partir de janvier pour compenser sa suppression sur le Service Public : Nicolas Sarkozy donne l’argent de France Télévisions à TF1 et M6 ! Mieux, certains députés, inquiets de l’audience des coupures publicité du privé, essaient, par voie d’amendements, d’imposer au Service Public la diffusion de messages courts informatifs et citoyens pour que France Télévisions n’en profite pas pour récupérer l’audience de TF1 et M6. Sarkozy fait pire que Berlusconi !
N’oublions pas que Martin Bouygues a été le témoin de mariage du président. Il faut dire que ce n’est que le énième épisode de la « république des copains » … Après tout, les mesures du « paquet fiscal » de l’été 2007 étaient déjà destinées à ses nombreux amis. Et puis, comment ne pas soupçonner un retour d’ascenseur dans l’incroyable arbitrage de l’affaire Tapie qui permet à celui qui a soutenu Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle de récupérer 400 millions d’euros de l’Etat alors qu’il n’est pas évident qu’il aurait dû recevoir le moindre centime (voir note de lundi). On peut également penser à l’épisode de l’occupation de la villa de Christian Clavier par des nationalistes corses, qui avait provoqué le renvoi d’un haut fonctionnaire ou au refus d’extradition d’une ancienne terroriste protégée par la première dame.
Nicolas Sarkozy est habile : son omniprésence médiatique ne permet à l’actualité de se fixer sur de graves conflits d’intérêt qui auraient dû se transformer en scandale tant ils sont caractéristiques d’une république des copains qui a plus à voir avec Silvio Berlusconi ou François Mitterrand.
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21.11.2008
Bienvenue à l’ORTF !
Nicolas Sarkozy aime bien se présenter comme une pauvre victime des critiques injustes des médias. S’il est vrai qu’une partie non négligeable lui est opposée, ce n’est pas le cas de tous, notamment des plus gros. Mais surtout, il met tout en place pour renforcer sa mainmise.
Il suffit de voir Frédéric Lefebvre parader en expliquant sa vision très précise de ce que devrait être la tranche horaire 18-20 heures de France 2 pour voir la dérive de l’équipe au pouvoir. Le conseiller du prince, préconise une succession de trois émissions : un talk show avec Laurent Ruquier, une émission politique avec Eric Zemmour et une émission culturelle avec Michel Field. Le député des Hauts de Seine se comporte comme s’il était à la fois ministre de la communication et président de l’ORTF, pardon, de France Télévisions. Depuis des mois, il critique l’arrivée de Julien Courbet sur le service public, dans une attaque ad hominem inédite depuis bien longtemps de la part du monde politique. En cela, il s’inscrit dans la droite ligne de Thierry Saussez, conseiller à l’Elysée, qui avait expliqué vouloir créer une émission d’une demi-heure sur le service public pour la propagande, pardon, la communication, du gouvernement.
Mais ces dérives ne sont que la face cachée de l’iceberg. François Bayrou avait bien raison de demander l’interdiction pour les groupes dépendant de commandes publiques de posséder des médias, par le conflit d’intérêt permanent que cela peut provoquer. Et malheureusement, ce mélange des genres dépasse toutes les limites connues précédemment puisque Nicolas Sarkozy et son gouvernement applique une à une toutes les demandes des chaînes privées et de TF1 en particulier. Il supprime la publicité sur le service public, tout en augmentant sa durée sur les chaînes privées qui pourront ainsi récupérer directement les sommes perdues par le service public… Pire, la compensation financière pour France Télévisions est sans cesse rabotée, ce qui ne devrait pas l’aider dans sa lutte avec TF1 : les députés viennent ainsi de réduire les taxes sur les chaînes privées, qui auront donc le beurre, l’argent du beurre et la crémière à partir de 2009.
Enfin, alors que le gouvernement avait annoncé lors de la réforme de la Constitution qu’il allait améliorer le système du partage du temps de parole, rien n’est fait. La règle de la Cinquième République est un partage en trois tiers : un tiers pour le gouvernement, un tiers pour la majorité et un tiers pour l’opposition, sachant que le président ne dépassait rarement les 2% du temps de parole politique. Le problème est que Nicolas Sarkozy occupe à lui tout seul un quart du temps de parole politique national, laissant les trois quarts restants se diviser en trois. C’est ainsi que trois-quarts du temps de parole est consacré à la majorité et seulement un quart pour l’opposition (et encore, Jack Lang est considéré dans l’opposition…). Ce partage pose bien sûr un grave problème démocratique puisqu’il revient à bâillonner une grande partie de l’opposition, du moment où le PS conserve le gros de ce quota.
75% du temps de parole politique, un service public mis sous la coupe financière d’un Etat plus interventionniste que jamais, un président qui favorise outrageusement certains de ses amis et appelle les rédactions pour signifier son mécontentement. Et si l’ORTF était finalement plus ouverte ?
Source : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2008...
http://www.lejdd.fr/cmc/media/200845/france-2-lefebvre-fait-le-programme_163467.html
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24.10.2008
Audiovisuel : ce qu’il y a de Berlusconi en Nicolas Sarkozy
Cette semaine, le gouvernement a avancé sur la grande réforme de l’audiovisuel voulue par Nicolas Sarkozy. Elle restera une des réformes les plus choquantes de l’équipe au pouvoir.
Début 2008, lors d’une conférence de presse, Nicolas Sarkozy annonce la fin de la publicité sur le service public. Après avoir demandé à une commission de travailler sur le sujet, le projet de loi a été examiné par le gouvernement et le moins que l’on puisse dire est que ce projet représente une anomalie démocratique, qui rapproche la France de l’Italie de Berlusconi. Car comment voir autrement la reprise en main direct du service public par un Nicolas Sarkozy qui en nommera désormais directement le président ? Pire, dans le même temps, la suppression de la publicité sur France Télévisions, couplée à l’augmentation de la durée de cette même publicité sur les chaînes privées, va se transformer en jackpot financier pour des chaînes, dont il faut rappeler que la première est possédée par le témoin de mariage du président.
Ce mélange des genres berlusconien n’est pas digne d’un pays démocratique. Avec la suppression de la publicité et la nomination de son président directement par l’Elysée, le Service Public sera plus que jamais sous la coupe de l’exécutif. La présence de la publicité garantissait une forme d’indépendance dans la mesure où ses ressources ne dépendaient pas complètement de décisions politiques. Demain, France Télévisions sera pieds et mains liés. Mieux, comment ne pas considérer que l’énorme avantage financier que Nicolas Sarkozy accorde aux chaînes privées ne constitue pas un traitement de faveur ? Comment les dirigeants de TF1, déjà proches de l’Elysée, ou de M6, ne pourraient pas être reconnaissants d’une telle décision qui va grandement améliorer leurs résultats ?
Pire, il ne faut pas oublier que nous sommes dans un système où Nicolas Sarkozy et ses affidés disposent de 3/4 du temps de parole médiatique. En effet, la règle des trois tiers (un tiers pour le gouvernement, un tiers pour la majorité et un tiers pour l’opposition) a été bouleversée par l’activisme présidentiel. Nicolas Sarkozy occupe à lui tout seul un quart de l’espace politique médiatique. Résultat, la règle des trois tiers s’est transformée en un quatre-quarts bien indigeste où la majorité dispose de 75% du temps de parole, alors qu’elle réunit au mieux 35% des voix… Et il faut être clair, les taxes mises en place pour financer le Service Public sans publicité ont toutes les chances de finir par être payées par les Français…
La richesse de l’actualité et l’activisme du président ne permettent pas l’émergence d’un véritable débat sur les médias. Pourtant, quand on met bout à bout tout ce qui se passe, il est difficile de ne pas voir un triste parallèle entre notre pays et l’Italie de Berlusconi.
Source : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2008/10/22...
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30.08.2008
Contre la privatisation de la Poste
Dans la plupart des secteurs de l’économie, il n’y a pas de raison pour que l’Etat possède des entreprises. Mais dans le cas de « monopoles naturels », c’est alors la privatisation qui n’a pas de sens, du moins vis-à-vis de l’intérêt général. C’est le cas aujourd’hui de la Poste.
Curieusement, personne ne se pose la question aujourd’hui de savoir pourquoi La Poste va être en partie privatisée, par-delà les contraintes réglementaires européennes, acceptés par le PS comme l’UMP. La méfiance spontanée vis à vis de l’intervention publique dans l’économie explique cette apathie intellectuelle. Mais si l’intervention de l’Etat conduit parfois à l’échec, elle est aussi la source de grands succès, comme le développement économique des pays d’Asie du Sud-est ou les plus grandes réussites technologiques de notre pays (Airbus, Ariane, TGV, filière nucléaire). Le cas de La Poste est particulier dans la mesure où la distribution du courrier peut être considérée en théorie économique comme un « monopole naturel », une activité qui repose sur l’utilisation d’un réseau au coût très élevé, donnant un avantage déterminant à l’entreprise dominante. Parce que les monopoles privés deviennent pour leurs propriétaires des rentes au détriment des consommateurs, ces monopoles sont en général publics.
Dès lors, pourquoi faut-il libéraliser le marché de la distribution du courrier ? Les pressions viennent comme toujours du dogmatisme libéral de Bruxelles. Pourtant, cette ouverture se fait dans des conditions bien peu équitables. Pour contourner l’avantage du réseau de la Poste, les opérateurs privés, vont déployer leur activité sur les créneaux les plus rentables du marché postal (entreprises notamment), laissant à La Poste les activités les moins rentables. La Poste SA va donc se retrouver défavorisée dans le nouveau cadre concurrentiel. Résultat, à terme, les coûts devraient grimper pour les particuliers et baisser (dans un premier temps seulement sans doute) pour les entreprises. Le service du public deviendra toujours moins la priorité de la nouvelle Poste. Qui plus est, davantage de valeur sera désormais extraite du marché postal pour les actionnaires, au détriment des consommateurs.
Mais comment peut-on alors arriver à ouvrir des marchés qui ne semblent pas vraiment en avoir besoin ? Il semble que la seule explication possible soit le « fanatisme du marché » pour reprendre l’expression de Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie. C’est un dogmatisme étroit et rejetant tout pragmatisme qui explique cette ouverture incessante de marchés dont la libéralisation n’est pourtant pas pertinente. Il suffit pourtant de comparer la situation du transport ferroviaire en France et en Angleterre pour comprendre qu’il y a des marchés pour lesquels la libéralisation n’apporte aucune solution mais plutôt des problèmes (sous investissements dans des activités hautement capitalistiques ou baisse de service).
Encore une fois, les moines soldats du néolibéralisme gagnent une bataille dans l’ouverture des marchés avec la libéralisation à venir du marché postal Français. Mais cette victoire des investisseurs est une défaite du citoyen et des consommateurs.
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/08/29/la-post...
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29.06.2008
Réforme de l’audiovisuel : comment Nicolas Sarkozy a habilement détourné le débat
Mercredi, Nicolas Sarkozy a accueilli les conclusions de la commission Copé sur l’avenir de l’audiovisuel public en prenant des décisions assez radicales. Le choix de nommer directement le président de France Télévisions a éclipsé toutes les autres mesures.
Le locataire de l’Elysée n’a pas seulement adopté les mesures proposées par la Commission, il a également apporté sa touche aux mesures qui ont été prises. Tout d’abord, il accélère le calendrier assez lent présenté par le président du groupe UMP de l’Assemblée. La suppression de la publicité de vingt heures à six heures du matin sera donc effective au premier janvier 2009 au lieu du premier septembre de la même année. La suppression totale interviendra deux ans plus tard au lieu de trois. Ensuite, il gonfle la taxe sur les fournisseurs d’accès à internet et les opérateurs de téléphonie de 0,5 à 0,9%, ce qui devrait générer plus de 400 millions d’euros de recettes et instaure une dotation de l’Etat de 150 millions pour compenser le fait que le Service Public ne récupérera pas les recettes de l’INA.
Mais l’annonce qui a fait le plus grand bruit est sa décision de faire nommer le président de l’audiovisuel pubilc directement par l’exécutif au lieu du CSA. Malgré les cris d’orfraie de beaucoup de commentateurs, on peut se demander si cette décision est si choquante que ça dans la mesure où les membres du CSA étaient nommés par l’exécutif et où il ne semble pas vraiment que les nominations faites depuis vingt ans se faisaient sans consultation et avis de l’Elysée, pour ne pas dire plus. Après tout, la situation future ne sera-t-elle pas juste l’officialisation de ce qui se passait réellement ? En cela, une telle décision serait plus honnête que les précautions cosmétiques que représentait le fait de faire nommer par le CSA une personne qui avait été en réalité validée par l’exécutif.
Mais cette annonce, a largement dominé l’ensemble des autres mesures, empêchant des débats finalement plus importants. Personne n’a parlé du redécoupage de France 3 dont on peut se demander s’il ne risque pas de fragiliser la troisième chaîne de télévision. Le débat sur la suppression de la publicité (au moment où le gouvernement a besoin de dépenser des millions pour vanter son action sur le pouvoir d’achat) a lui aussi été occulté. Pourtant, à un moment où le pouvoir d’achat des Français baisse, il est pour le moins paradoxal de transférer le financement du service public de la publicité à des taxes qui finiront in fine par être payées par les Français, et donc une hausse des impôts ! Et surtout, les financements annoncés ne correspondent pas du tout aux véritables besoins du service public. Enfin, cette annonce, deux jours après le début de la campagne de publicité sur le pouvoir d’achat permet d’atténuer cet autre débat.
Nicolas Sarkozy est décidemment habile. En déplaçant le débat sur la nomination du président de France Télévisions, il limite les questions sur ses liens avec TF1, l’insuffisance du financement de l’audiovisuel public, la hausse des impôts, la campagne de publicité qu’il a lancé ou la réorganisation de France 3…
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/06/25/la-suppression-de-la-publicite-sur-les-chaines-publiques-interviendra-des-janvier-2009_1062857_823448.html
11:35 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, réforme audiovisuel, commission copé, service public



