16.08.2008

Sarkozy 15 mois après : la forme plutôt que le fond

Les journalistes racontent que les exonérations de cotisations sociales sur les heures supplémentaires ont été imaginées pour illustrer le slogan « travailler plus pour gagner plus », et non suite à une analyse économique sérieuse. Un bon exemple de la prééminence de la forme sur le fond.

Cette prééminence a une raison de fond : le souci permanent de communication du président. Nicolas Sarkozy a théorisé avec ses communicants une stratégie de saturation médiatique qui consiste à faire au moins une annonce par jour. Ainsi, il dirige l’agenda médiatique en orientant les débats sur les sujets qu’il désire. Par conséquent, l’opposition et les médias courent après son agenda sans jamais avoir suffisamment de temps pour bien analyser en profondeur le sujet lancé puisqu’un nouveau thème remplace très rapidement celui lancé juste avant. Cette stratégie permet également des erreurs puisqu’elles sont en général effacées médiatiquement par les annonces suivantes. Le problème, peu évoqué aujourd’hui, est que cette frénésie communicante demande beaucoup de travail, qui est pris sur l’analyse de fond, ce qui peut expliquer certaines  annonces mal préparées.

Au premier rang, on trouve ses déclarations sur la Shoah ou l’esclavage. En début d’année, Nicolas Sarkozy avait ainsi annoncé que les élèves du CM2 se verraient attribués le nom d’un enfant juif victime des nazis pour assurer le devoir de mémoire. Par-delà le fond, déjà discutable, l’aspect le plus choquant de cette affaire reste l’impréparation et le manque de consultation qui a précédé cette annonce. Simone Veil, présente à la manifestation où Nicolas Sarkozy a fait cette annonce, n’avait absolument pas été prévenue de cette proposition, ce qui est pour le moins léger de la part du président. Pire, il est extrêmement choquant qu’un président utilise de manière aussi légère le drame de la Shoah pour remplir son agenda médiatique. C’est avec la même légèreté que le président avait annoncé une loi sur l’esclavage alors qu’une telle loi avait été votée sous le gouvernement Jospin. Ces deux affaires montrent un manque de respect révoltant pour des questions aussi sensibles.

Et cette primauté de la forme sur le fond se retrouve dans la conception de la réforme du président. La réactivité de Nicolas Sarkozy le pousse à légiférer dans l’urgence, plus pour le geste que pour véritablement résoudre les problèmes. C’est ainsi qu’ont été multipliés les textes sur l’immigration et la délinquance sexuelle depuis 2002 sans que l’on sache vraiment ce qu’ils ont apporté. De même sur la réforme de la loi Galland sur la fixation des prix dans les grandes surfaces, où les nouveaux textes sont votés au moment même où le précédent s’applique, sans donc le moindre recul sur leur impact. Résultat, cette frénésie législative encombre le Parlement, qui n’a toujours pas voté le Grenelle de l’environnement. On voit bien à quel point la forme (le fait de légiférer) l’emporte sur le fond (la qualité des textes).

La logique présidentielle de communication permanente a des conséquences détestables : utilisation très légère de drames historiques pour remplir l’agenda médiatique et déluge législatif davantage destiné à montrer que le gouvernement agit qu’à résoudre les problèmes sur le fond.