19.03.2011
Les ravages de la désindustrialisation
Il y a deux attitudes principales face à la désindustrialisation de notre pays : ceux qui s’en lamentent mais ne font rien pour changer quoique ce soit et ceux qui s’en félicitent carrément. Heureusement, une troisième voie commence à se faire jour.
Les arguments des partisans de la désindustrialisation
Une économiste d’Harvard et de l’école d’économie, Julia Cagé, a expliqué dans la Tribune qu’il n’est pas grave de voir les activités industrielles de faible valeur ajoutée quitter le pays du moment que nous investissons en recherche pour développer des industries à forte valeur ajoutée. Elle reprend l’exemple de l’Allemagne, qui délocalise une partie de ses composants en Allemagne de l’Est. Elle s’appuie également sur la répartition de la chaîne de valeur, citant le cas de l’Iphone d’Apple.
En effet, un article très intéressant de la Tribune démontre que si le téléphone d’Apple était responsable à hauteur de 1,9 milliards de dollars du déficit commercial entre la Chine et les Etats-Unis en 2009, en réalité, à peine 3.6% de la valeur ajoutée est réalisée en Chine contre 34% pour le Japon, 17% pour l’Allemagne, 13% pour la Corée et 6% pour les Etats-Unis, qui empochent théoriquement, en outre, l’essentiel des bénéfices réalisées par l’entreprise Apple.
Georges Kaplan, collègue de Causeur, a signé deux papiers sur la désindustrialisation. Dans le premier, il souligne que la production industrielle a progressé de 26% depuis 1990, même s’il admet que certains secteurs se sont effondrés. Il souligne que les salaires dans l’industrie sont plutôt bas et qu’il est finalement content que l’avenir de nos enfants ne soit pas dans une mine ou derrière une machine à tisser, mais plutôt derrière une planche à dessin ou dans un laboratoire.
L’impérieux besoin d’industrie
Mais leur raisonnement présente de nombreuses limites. Le cas de l’Iphone n’est guère convaincant car la situation des Etats-Unis est totalement déséquilibrée avec un déficit commercial colossal qui n’est financé que par des achats massifs de bons du Trésor par l’Asie. Et le modèle Allemand n’en est pas un car on ne pourrait pas répliquer leur politique à l’échelle de la planète (les excédents commerciaux équilibrant les déficits) et sa croissance est faible sur le long terme.
Plus globalement, les déséquilibres commerciaux jouent un rôle majeur dans les déséquilibres économiques du globe puisque les pays qui ont de forts déficits commerciaux doivent les compenser par un fort afflux de capitaux étrangers. Il n’est pas inintéressant de constater que trois des pays avec les plus forts déficits (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Espagne) ont connu une énorme bulle financière, démontrant que cet afflux de capitaux pose de graves problèmes.
En outre, il faut savoir que le commerce des services ne représente que 20% du commerce des biens. Donc, sans industrie, il est impossible d’équilibrer ses échanges extérieurs… En outre, il ne faut pas oublier que la part de l’industrie dans notre PIB s’est effondrée. Et depuis 2000, notre pays a perdu 500 000 emplois industriels. Pire, la filière automobile est véritablement sinistrée puisque la production locale a presque baissé de moitié de 2005 à 2009. La chute de l’industrie Française ne s’est vraiment accélérée qu’à partir du milieu des années 2000, comme l’atteste l’évolution de notre déficit commercial.
A l’opposé, la plupart des pays qui réussissent veillent à maintenir une base industrielle, au cœur du modèle de développement asiatique. Plus de 95% des voitures vendues au Japon, en Corée du Sud ou en Chine sont produites localement du fait de diverses barrières commerciales. A ce titre, il est très intéressant de noter l’évolution de la politique de l’Argentine, qui a redynamisé sa production par la dépréciation du peso, et qui veut développer son autosuffisance, comme le montre Yann.
Comme le dit Slovar, a réalité de la désindustrialisation, c’est le chômage, et aussi des déficits commerciaux qu’il faut bien équilibrer en faisant appel à des capitaux étrangers. Ainsi, elle est porteuse de graves déséquilibres économiques et d’une dépendance vis-à-vis de l’extérieur.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : désindustrialisation, délocalisations, julia cagé, apple, iphone, georges kaplan, causeur, yann, slovar
14.02.2010
L’Europe de Maastricht et Lisbonne à bout de souffle
Depuis quelques semaines, l’Europe est sous le feu de la rampe, mais rarement de manière très positive. Refus de Barack Obama de participer à un sommet européen, crise économique et financière. Le vieux Continent va mal. La faute à une construction européenne mal conçue.
L’euro, une catastrophe économique
Au début des années 90, on nous avait vendu la monnaie unique comme un moyen pour les européens de retrouver une forme de souveraineté monétaire face au dollar, d’avoir une croissance plus forte. Les dix dernières années montrent bien que l’euro est un très lourd boulet accroché aux pieds des économies européennes. Car l’euro est extrêmement surévalué, d’encore 25% aujourd’hui puisque les économistes estiment qu’il devrait coter entre 1,05 et 1,1 dollars. La baisse récente est insuffisante.
La meilleure preuve est la comparaison des performances économiques de la zone euro et des Etats-Unis depuis deux ans. Alors que les Etats-Unis sortent de la récession vivement avec une croissance du PIB de plus de 5% en rythme annuel au 4ème trimestre, la zone euro atteint péniblement… 0,4% le même trimestre, le tout sachant que la récession a été plus violente de notre côté de l’Atlantique, où le PIB a baissé globalement de 4% en 2009, contre 2.5% aux Etats-Unis.
Il y a un immense paradoxe économique à ce que la récession soit moins violente outre-Atlantique alors que la crise financière y a été beaucoup plus dure, que le désendettement des ménages est plus violent et que des millions d’étasuniens ont été privé de logement et d’emploi. Comme le souligne Paul Krugman, la raison est simple : la sous-évaluation du dollar a donné une bouffée d’oxygène aux industriels, alors que l’Europe traîne la surévaluation de l’euro comme un boulet attaché au cou de ses industriels.
Pire, les crises irlandaises, espagnoles ou grecques montrent que la bonne croissance de ces pays pendant les années 2000 ne reposait que sur une bulle qu’ils paient bien cher aujourd’hui puisque le PIB de l’Irlande a baissé de 10% en deux ans, que le chômage atteint 20% en Espagne et que la Grèce est aujourd’hui soumise à un plan d’austérité draconien. Bref, au final, personne n’a vraiment profité de l’euro et chaque jour qui passe le démontre de manière de plus en plus clair.
Des institutions européennes ubuesques
Mais l’échec économique européen est complété par un échec institutionnel patent. Là encore, on nous avait vendu le Traité Constitutionnel Européen, puis le traité de Lisbonne, comme des moyens pour l’Europe de fonctionner de manière plus efficace. Las, même Daniel Cohn-Bendit finit par dénoncer le fonctionnement de l’Union Européenne avec des accents gaulliens, comme le note malicieusement Slovar.
Plus globalement, l’organisation de l’Europe est encore plus compliquée qu’avant puisqu’il y a désormais trois présidents : le président de la Commission Européenne, le président de la présidence tournante (l’Espagne en ce moment) et le nouveau poste de président de l’Europe, le belge Van Rompuy, Cette architecture compliquée est l’occasion de conflits dérisoires sur le lieu des sommets José-Luis Zapatero le voulant en Espagne alors que la présidence européenne préfère Bruxelles.
Sans doute lassé par cette organisation, Barack Obama a donc renoncé au sommet prévu au printemps, dans un geste assez humiliant pour l’Europe. Bref, l’Union Européenne telle qu’elle est conçue aujourd’hui handicape les pays européens, tant économiquement que diplomatiquement. Loin d’être le moyen de renforcer l’Europe, les évènements actuels montrent qu’elle nous affaiblit, comme le souligne justement Jean-Pierre Chevènement dans une interview à la Tribune.
Le seul point positif de la situation est le fait que cela devrait théoriquement favoriser une prise de conscience des limites de la construction européenne telle qu’elle est conçue aujourd’hui. Comme le souligne Edgar, cela pourrait provoquer un débat nécessaire sur la vocation ou non de cette Union à évoluer vers un modèle fédéral, ce qui permettrait enfin de trancher par la négative étant donnés les résultats actuels. Comme quoi, cette crise pourrait avoir des conséquences positives.
2010 sera peut-être le début de la fin pour cette Union Européenne d’inspiration fédéraliste et néolibérale. Son échec patent sur tous les fronts pourrait bien encourager les peuples à soutenir les partisans d’une autre Europe, plus respectueuse des peuples.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : daniel cohn-bendit, slovar, union européenne, euro, grèce, paul krugman, jean-pierre chevènement, edgar, la lettre volée, barack obama
13.12.2009
Le scandale du crédit revolving
C’est à n’y rien comprendre. La grande crise financière de l’année dernière est en bonne partie la conséquence du surendettement des ménages étasuniens. Pourtant, les gouvernements en restent à des mesurettes pour éviter les excès du passé.
Les excès du crédit revolving
Comme le montre Slovar dans un papier très détaillé, le crédit revolving est un véritable scandale. Ces crédits à la consommation, dont les TEG dépassent parfois les 20%, ont une part de responsabilité colossale dans le surendettement des ménages. Bien sûr, on pourra argumenter qu’il est de la responsabilité individuelle de ne pas céder à la facilité de ces crédits pour des achats qui ne sont pas toujours de première nécessité, mais cette présentation des faits reste partielle et partiale.
En effet, les sociétés de crédit ont une grande part de responsabilité. Tout d’abord, elles font de la publicité pour ces crédits, signe certain que, même s’ils ont un taux d’incident supérieur à la moyenne, ils restent extrêmement profitables pour les banques. Ensuite, les institutions financières ont considérablement simplifié le recours à ces crédits, avec notamment les réserves permanentes qui peuvent être mobilisées d’un seul geste, comme avec la carte double action du Crédit Agricole.
En fait, tout le problème de ces crédits est qu’ils sont extrêmement juteux pour les banques étant donné l’écart incroyable avec les taux de marché. Du coup, les banques cherchent par tous les moyens à faciliter leur utilisation, quelques soient les conséquences pour leurs clients. On pourrait dire qu’il faut laisser faire la main invisible du marché mais il y a une terrible asymétrie entre les banques et leurs clients, les premières arrivant toujours à présenter les choses d’une manière positive…
Le laissez faire des politiques
La responsabilité du surendettement dans la crise offrait les meilleures circonstances pour une prise de conscience des politiques. Après tout, la bulle du marché immobilier s’expliquait en bonne partie par le fait d’avoir accorder de manière complètement inconsidérée des prêts à des ménages peu solvables, dont la capacité de remboursement ne dépendait que d’une poursuite de la hausse de prix de l’immobilier qui avaient pourtant atteint des records historiques…
Du coup, les hommes politiques devraient être sensibilisés aux dangers du crédit quand celui-ci est accordé de manière déraisonnable. Pourtant, aucun gouvernement dans le monde, et surtout pas celui de Nicolas Sarkozy, ne semble vouloir accorder de l’importance à l’impact potentiel des crédits revolving sur l’économie réelle. Christine Lagarde affirme même ne pas vouloir mettre de restrictions pour ne pas freiner la consommation, ce qui montre bien leur caractère artificiel.
En outre, les crédits revolving ne donnent qu’un coup de fouet temporaire à l’économie. Très rapidement, ils peuvent au contraire étrangler financièrement les personnes qui les ont contractées. C’est pourquoi il serait important de mieux encadrer les pratiques bancaires dans ce domaine : interdire la publicité et tout démarchage, rendre plus strictes les règles d’attribution, interdire le déclenchement automatique d’un crédit et sans doute diminuer le taux maximum autorisé.
Il y a d’innombrables idées pour moraliser le crédit. Malheureusement, le gouvernement préfère un « laissez faire » dont de nombreux ménages paient les conséquences aujourd’hui. Un nouvel exemple de dogmatisme ultralibéral mal placé.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : crédit revolving, slovar, carte double action, surendettement



