21.04.2011
Les aberrations de la libéralisation des services publics
Depuis quinze ans, la droite et les socialistes suivent l’Europe pour mettre en place la libéralisation des services publics. Mais alors qu’ils nous promettaient un meilleur service et des prix moins élevés, nous avons exactement l’inverse. Il n’y a que les profits qui progressent.
Les conséquences ubuesques de la libéralisation
Nous avons déjà fait l’expérience plus limitée de la libéralisation des renseignements téléphoniques. Et le résultat est très simple : une explosion spectaculaire des prix, une plus grande complexité pour le client et au final, les seuls gagnants sont les médias qui empochent les recettes de publicité et les actionnaires qui n’ont pas bu la tasse. Bref, la libéralisation des renseignements téléphoniques n’a clairement pas profité à l’intérêt général, largement dégradé depuis la fin du 12.
Mais l’avancée de la libéralisation a aujourd’hui des conséquences encore plus incroyables. On apprend ainsi que la SNCF poursuit RFF (Réseau Ferré de France) pour obtenir davantage de créneaux pour ses trains de marchandise auprès du régulateur du rail. Avant, la SNCF gérait seule le réseau et les trains. Aujourd’hui, pour satisfaire Bruxelles, l’entreprise a été coupée en deux (pour permettre de la concurrence), ce qui impose l’arbitrage d’un régulateur !
Le cas des tarifs d’EDF est tout aussi abracadabrantesque. Le Point ose ainsi écrire sans la moindre ironie que la loi Nome, destinée à « doper la concurrence », « pose les bases d’une forte hausse des tarifs de l’électricité ». Bref, la gestion législative semble encore plus complexe, l’Etat est contraint d’intervenir et les tarifs progressent fortement (alors qu’étant donné que 80% de notre électricité est d’origine nucléaire, nos tarifs devraient être relativement stables)…
Pour la dé-libéralisation des services publics
N’est-il pas temps aujourd’hui de faire un bilan de ces libéralisations qui n’ont apporté aucun des bénéfices escomptés ? Le service ne s’améliore pas, les prix ont tendance à monter, tout devient plus difficile pour le client qui doit essayer d’échapper aux chausse-trappes des différents fournisseurs et même l’Etat se voit contraint d’agir pour trancher les conflits entre les autorités de régulation et les différents acteurs de marchés complexifiés et bureaucratisés du fait de la libéralisation.
Fondamentalement, il faut comprendre que certains marchés sont des monopoles naturels. Quand les investissements sont si lourds que seuls deux ou trois acteurs peuvent être présents ou qu’il faut collectiviser la production et ne libéraliser que la commercialisation (qui ne représente qu’une fraction du coût), la libéralisation n’a aucun sens. De facto, elle produit un oligopole où les quelques acteurs présents n’ont aucun intérêt à mener une guerre des prix préjudiciable à tous.
Du coup, même sans le moindre comportement délictueux, les différents acteurs ne se battent pas sur le prix et profitent de facto d’une rente financière. La production d’énergie, le transport ferroviaire, la distribution du courrier, les autoroutes, ne sont clairement pas des activités où la libéralisation apporte quoique ce soit. Ces secteurs doivent rester dans le service public. Et on pourrait se poser la question pour la distribution de l’eau, voir même la téléphonie.
Les tenants de la libéralisation à tout crin se heurtent aujourd’hui à une réalité qui démontre que la privatisation des services publics est lourdement préjudiciable à l’intérêt général et ne profite qu’aux actionnaires qui profitent d’une situation d’oligopole. Il faut donc revenir en arrière.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (36) | Envoyer cette note | Tags : services publics, libéralisation, sncf, rff, edf, monopole naturel
01.06.2010
La solution de Bruxelles à la crise : toujours plus du même !
Il fallait être bien accroché hier pour suivre l’actualité européenne. Le Monde nous a appris coup sur coup que Jean-Claude Trichet souhaite la création d’une fédération budgétaire puis que la Commission souhaite que la SNCF devienne une société anonyme.
La menace fédéraliste
Les déclarations d’hier lèvent le léger voile qui peut subsister pour certains. L’interview du président de la BCE est proprement hallucinante. Quand on lui demande si l’euro est en danger, Jean-Claude Trichet dresse un petit bilan rapide, où il tire deux éléments de succès, l’inflation inférieure à l’objectif de 2% et le fait que « cette capacité de préserver sa valeur est un élément capital pour la confiance des investisseurs domestiques et étrangers ». On voit bien où sont ses priorités. Le chômage et la croissance n’ont aucune importance du moment que les investisseurs sont satisfaits…
Puis, l’ancien président de la Banque de France, après avoir constaté que nous avons construit une « fédération monétaire » en appelle à une évolution vers une « fédération budgétaire ». Pourtant, en 1992, on nous avait assuré que l’Europe n’évoluait pas vers un modèle fédéral et qu’adopter une monnaie unique n’était pas une perte de souveraineté puisque nous ne pouvions déjà plus mener la politique que nous souhaitions… C’est exactement ce que les opposants au traité de Maastricht annonçaient lors de la campagne référendaire et que ses partisans refusaient d’admettre.
La menace néolibérale
C’est bien le seul avantage de ces technocrates européens : ils expriment tout haut ce que les hommes politiques qui les soutiennent n’osent jamais dire aux citoyens. Et ce n’est pas tout, la Commission de Bruxelles souhaite également que la SNCF devienne une simple Société Anonyme et renonce à son statut d’établissement public qui représente une garantie de facto de l’Etat qui lui permet d’emprunter à de meilleures conditions. Pire la Commission veut avancer la date de fin de monopole de la SNCF et de la RATP sur les trains de banlieue, le RER et le métro de 2039 à 2030.
Cette demande amène deux remarques. Tout d’abord, il faut se demander qui, en France, a accepté la fin de ce monopole et s’il y a eu un débat sur ce sujet. Ensuite, comment ne pas s’interroger sur les motifs d’une telle libéralisation ? La privatisation du rail a été une catastrophe en Grande-Bretagne. Et s’il y a bien un domaine qui est un monopole naturel, c’est bien le transport ferroviaire, avec la lourdeur de ses investissements. La privatisation de ce secteur économique n’a aucun sens. Mais Bruxelles n’en a cure, enfermée qu’elle est dans ses dogmes économiques.
La résistance s’organise
Heureusement, les projets des eurocrates ont pour l’instant peu de chances de voir le jour. Si l’Allemagne a acceptée d’être « violée » sur le plan de soutien à la Grèce, il est totalement improbable qu’elle accepte le moindre système de fédération budgétaire qui représenterait pour elle le risque de payer encore plus pour les autres. La fourmi Allemande n’aura guère envie de payer pour les cigales du Sud… Et la Grande-Bretagne demeure allergique à toute forme de transfert de sa souveraineté nationale vers les technocrates européens. Voici deux garde-fous solides.
Car il y a tout de même quelque chose d’hallucinant à voir Bruxelles demander à poursuivre exactement dans la même voie alors que l’Europe va de plus en plus mal. Nous nous sommes pris un mur, mais les technocrates européens ne voient pas pourquoi il faudrait changer de direction. Continuons vers plus de supranationalité et plus de libéralisation même si cet agenda n’a vraiment pas réussi à l’Union Européenne depuis une dizaine d’années. L’absence totale de remise en cause rappelle les dirigeants de l’Union Soviétique de la fin des années 80.
Heureusement qu’en France nous avons Nicolas Dupont-Aignan qui est intervenu hier à l’Assemblée Nationale pour s’opposer au plan « de sauvetage » européen et plaider pour une sortie de l’euro. L’autisme des technocrates européens (qui vaut pour l’UMP et le PS) est décidemment effrayant.
10:55 Publié dans Actualités, Dupont-Aignan, Europe | Lien permanent | Commentaires (51) | Envoyer cette note | Tags : europe, commission européenne, bce, jean-claude trichet, fédéralisme, sncf, secteur public, privatisation
05.05.2009
L’Europe contre les services publics
Inlassablement, l’Europe pousse à la déréglementation des services publics européens, aveuglée par un dogmatisme néolibéral qui se fracasse pourtant tant sur la réalité que sur la théorie économique.
La casse des services publics…
C’est le gouvernement socialiste de Lionel Jospin qui a en son temps accepté la lointaine déréglementation des services publics européens. Progressivement, la Commission Européenne essaie de remettre en question les services publics de l’énergie, du transport ferroviaire ou du transport du courrier. Pourtant, les résultats de la déréglementation en Grande-Bretagne montrent bien que cette évolution n’est pas forcément au bénéfice des usagers.
Mieux, le dogmatisme de Bruxelles ignore la théorie économique pour laquelle il existe ce que l’on appelle des « monopoles naturels », des secteurs où les économies d’échelle procurées par la taille poussent logiquement à la constitution d’un monopole. Et parce que les monopoles privés ont un comportement prédateur, la plupart des gouvernements ont légitimement préféré le confier à une entreprise publique. Le transport ferroviaire, l’énergie ou la distribution du courrier sont des « monopoles naturels ».
L’Europe cherche par tous les moyens à casser les entreprises publiques héritées de l’après-guerre. C’est ainsi qu’elle chercher à imposer la séparation des activités de production et de distribution dans le domaine de l’énergie pour imposer la concurrence dans le second. Mais un tel objectif est difficilement compréhensible. En effet, l’essentiel du coût dans l’énergie vient de la production, et non de la commercialisation. La mise en concurrence de la distribution n’aura que peu d’impact sur les prix.
… bénéficie aux gros mais pas aux petits
Et c’est bien là tout le problème : ces positions dogmatiques n’apportent des bénéfices que pour les actionnaires de ces sociétés. Les prix ne sont que rarement baissés, comme le montre le cas de la libéralisation de l’annuaire téléphonique qui a abouti à un doublement du coût du service. Les premiers bénéficiaires ont alors été les chaînes télévisées qui ont profité de leurs budgets publicitaires. En revanche, le consommateur a été le dindon de la farce.
Plus grave, comme le montre cet article de Médiapart signalé par Pascale Fourier, que j’ai eu la chance de rencontrer récemment, cette libéralisation peut également pousser à des comportements dangereux pour la sécurité même des passagers. En effet, il semble que les exigences de certains opérateurs privés ne soient pas forcément les mêmes que celles de notre service public, qui, s’il a des défauts, n’a pas celui de mettre en danger la vie de ses usagers par de telles négligences.
Une efficacité économique plus que douteuse, un bénéfice privatisé pour les actionnaires, des consommateurs mis en danger : elle est belle l’image des services publics libéralisés au nom de l’Europe !
Source : http://www.mediapart.fr/club/blog/cheminot-railleur/14040...
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : services publics, libéralisation, sncf, pascale fourier, commission européenne



