18.11.2009
Du collectif en politique
Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Un temps où les ministres fermaient leur gueule ou démissionnaient. Un temps où les membres d’un même parti, même s’ils pouvaient se critiquer fortement en privé, se refusaient presque tout le temps à le faire en public.
A gauche, le bateau ivre
La polémique sur la venue de Ségolène Royal à Dijon n’est que le énième épisode de la psychothérapie public d’un parti socialiste soumis à des ambitions personnelles qui ne laissent plus la moindre place au désir d’un avenir commun. Désormais, au PS, quand on a un état d’âme vis-à-vis d’un camarade, on le fait en présence des micros pour s’assurer une existence médiatique. Depuis une semaine, nous subissons une nouvelle scène de ménage, entre Ségolène Royal et son ancien lieutenant, Vincent Peillon.
Il n’y a pas besoin d’être socialiste pour avoir simplement envie que les deux se voient, parlent entre quatre yeux et règlent leurs histoires en privé, sans ressentir le besoin d’exprimer leurs états d’âme par micro interposé. En effet, cela fait maintenant trois ans que le Parti Socialiste est rentré dans un bal des egos où le destin commun ne semble plus importer du tout, ce qui permet à chacun de se répandre en critiques sur l’autre de manière publique, le meilleur moyen de faire parler de soi.
A droite, entre caporalisme et chienlit
A droite, la situation n’est guère meilleure. La majorité sous Nicolas Sarkozy hésite entre un caporalisme qui ferait passer les godillots gaullistes pour des sauvageons ou une posture rebelle inspirée du comportement de l’actuel président de 2002 à 2007. D’une part, seize (!!!) ministres de la République sont capables de se lever comme un seul homme pour défendre l’indéfendable, la candidature de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD, avant de voir leur ligne de défense décrédibilisée par le retrait de cette candidature.
De l’autre, certains s’inspirent ouvertement de la stratégie d’opposition permanente utilisée par Nicolas Sarkozy pendant le second mandat de Jacques Chirac pour exister médiatiquement et préparer leur avenir, sans être sanctionné par le président. C’est ainsi que Rama Yade continue de manquer à son devoir de réserve et de solidarité gouvernementale alors qu’elle aurait dû être démissionnée depuis longtemps. Jean-François Copé, quand à lui, fait déjà écouter sa petite musique en vue de 2017.
L’oubli du collectif
Ce qui est terrifiant dans ce constat, c’est de constater à quel point les ambitions sont devenues purement personnelles. Il ne semble plus y avoir d’idéologues et de serviteurs de l’Etat dans les grands partis. Il n’y a plus que des ambitieux en quête d’une carrière, quelques soient les moyens. Il y quinze ans, les Chevènement ou Séguin montraient qu’un individu pouvait se battre pour des idées, quitte parfois à y risquer sa carrière. On parlait encore de serviteurs de l’Etat avec Hubert Védrine.
La politique, c’est se mettre au service d’un collectif, d’une collectivité de personne, savoir la diriger, la représenter, l’écouter. Le sens du service doit donc naturellement s’accompagner d’une retenue, d’un esprit d’équipe qui s’acquiert d’autant plus facilement quand il est au service d’un idéal partagé. Dès lors, le collectif finit par primer avant tout. Les explications ont lieu en privé, loin des lumières des médias, parce que c’est l’intérêt du groupe. Aujourd’hui, c’est le règne des egos et des intérêts individuels.
Le spectacle des deux prochaines années risque d’être désolant entre un Parti Socialiste qui arrive toujours à creuser quand on croit qu’il atteint le fond et une UMP partagée entre fascination servile et rébellion calculée à l’égard de Nicolas Sarkozy. Nous avons bien besoin d’un troisième homme ?
10:55 Publié dans Actualités, Parti Socialiste, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ségolène royal, vincent peillon, rama yade, nicolas sarkozy, solidarité gouvernementale
17.04.2008
Retour de bâtons
Hier, Nicolas Sarkozy a cherché à recadrer le gouvernement et la majorité pour faire taire les divergences publiques qui ne cessent de s’exprimer. En bref, il leur demande de ne pas se comporter comme il l’a fait de 2002 à 2007…
« Cette nécessité de solidarité, j’ai déjà eu l’occasion de vous le dire quatre ou cinq fois ; je ne le répéterai pas une sixième ». Cette mise en garde présidentielle est doublement ironique. Premièrement, le président demande à ses ministres de faire ce qu’il dit et pas ce qu’il a fait. Car pendant le deuxième mandat de Jacques Chirac, il ne s’était jamais privé d’exprimer ses divergences en plaidant pour la rupture dans tous les domaines (rythme des réformes, politique étrangère…), allant jusqu’à se moquer du président devant les journalistes. Il est pour le moins paradoxal de demander à ses ministres une solidarité que lui-même, alors ministre, avait refusé de donner à son premier ministre et son président.
Mais cette phrase du président est aussi ironique dans la mesure où elle illustre bien l’impuissance du président à faire respecter l’ordre au sein de son équipe. Le fait que les précédents incidents n’aient pas été sanctionnés peut faire douter d’une éventuelle mise à pied pour le prochain… En outre, même s’il arrive à restaurer un semblant d’ordre au gouvernement, il est peu probable que l’UMP se discipline car il y manque de moyens de pression. Ce matin par exemple, Hervé de Charrette critiquait le gouvernement en dénonçant les annonces journalières de mesures d’économies.
Cette mise au point aurait été bien nécessaire en 2002 pour recadrer l’ambitieux ministre de l’intérieur de l’époque. Il n’était pas acceptable que Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin laisse un ministre s’essuyer les pieds sur le principe de solidarité gouvernementale. Ce précédent a malheureusement installé la chienlit gouvernementale, d’autant plus que son promoteur a gagné la présidentielle. Ce dernier a beau jeu aujourd’hui de demander une solidarité qu’il refusait naguère, mais il réussira sans doute à retrouver un semblant de cohésion car il est au début d’un premier mandat et qu’il conserve des moyens de pression. Mais si les sondages restent mauvais, alors, il pourra dire adieu à toute cohésion…
Pour gouverner sereinement et efficacement, une équipe a besoin de solidarité et de cohésion. Nicolas Sarkozy a brisé ce principe en 2002 avec l’acceptation tacite d’un Jacques Chirac qui aurait dû le remettre en place. Aujourd’hui, il ne fait que commencer à en payer le prix.
Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/04/17/01002-20080417ARTFIG00017-sarkozy-menace-de-renvoyerles-ministres-indisciplines.php
12:19 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, solidarité gouvernementale, recadrage



