21.12.2009

Les leçons du sommet raté de Copenhague

Le jugement de l’ensemble de la presse est sévère, à raison. Rien n’est sorti du sommet de Copenhague. L’objectif de limiter à deux degrés la hausse de la température n’est pas nouveau et aucun moyen n’est mis en face. La déclaration finale est très limitée et pas signée par tous les participants…

La somme des égoïsmes produit… de l’égoïsme

Les ultralibéraux soutiennent que grâce à la main invisible du marché, la somme des intérêts individuels, aussi égoïstes soient-ils, produit de l’intérêt général. Ce sommet a montré le contraire. Tous les pays pensent qu’il est important de limiter les émissions de gaz à effet de serre, mais personne n’est capable de dépasser ses intérêts égoïstes pour accepter des contraintes extérieures. Seule l’Europe semble ouverte à de véritables efforts pour limiter ses émissions.

En revanche, les Etats-Unis continuent à être le mauvais élève de la planète en refusant des contraintes trop fortes, alors qu’ils sont de loin le pays responsable de la plus grande partie des gaz à effet de serre émis depuis un siècle. La position des pays émergents est délicate. Ils ont le sentiment de devoir faire des efforts pour compenser la pollution des pays développés et que ces efforts pourraient être un frein dans leur développement, ce qui freine leur volonté d’accepter des contraintes.

Mais on peut se demander si ce comportement n’est pas le fruit de trente années de mondialisation néolibérale qui a appris une seule chose aux pays émergents : la loi de la jungle. En effet, l’anarchie économique actuelle pousse chaque pays à défendre ses intérêts indépendamment de tout destin collectif. C’est pourquoi les pays émergents amassent des réserves de change colossales pour éviter de dépendre du soutien du FMI. Nous leur avons malheureusement appris l’égoïsme…

Un oubli : le libre-échange

C’est Nicolas Dupont-Aignan qui le souligne avec raison sur son blog : le commerce est le grand oublié de Copenhague. En effet, une bonne partie de la pollution est aujourd’hui la conséquence directe de la libéralisation anarchique du commerce. Aujourd’hui, on délocalise de zones où les normes environnementales sont sévères (l’Europe) vers des zones moins régulées (la Chine), tout en démultipliant le recours au transport pour le commerce.

Pire, le fuel et le kérosène ne sont absolument pas touchés par la taxe carbone pour l’instant, malgré le coût collectif que représente le transport en émissions de CO2. Plus globalement, la relocalisation de la production aurait dû être une des questions majeures du sommet de Copenhague, un moyen aisé de réduire la pollution émise par les transports. Mais aucun dirigeant de la planète n’a eu le courage d’évoquer cette piste pourtant fondamentale.

Pourtant, les Etats peuvent encore faire quelque chose. Libre à chaque pays d’établir des bonus-malus écologiques pour prendre en compte le véritable impact des produits. En effet, si on appliquait un malus aux produits qui font des milliers de kilomètres, alors on prendrait en compte la véritable empreinte environnementale. Cela pousserait les industriels à limiter les délocalisations et éviter que la Chine ne se transforme définitivement en atelier du monde.

Un accord a minima sur un vieil objectif, aucune contrainte chiffrée, l’oubli d’une des causes majeures des émissions de CO2 : le sommet de Copenhague a eu tout faux. Mais il reste toujours la possibilité pour les Etats d’agir seuls pour l’environnement.