29.07.2009

Malaise médiatique

Dimanche, Nicolas Sarkozy a fait un malaise lors de son jogging. Il a été immédiatement transféré au Val de Grâce où il a passé la nuit sous contrôle médical avant de repartir à pied le lendemain. Un malaise bien mal traité par la plupart des journalistes.

Une critique du président

Son traitement a été radicalement différent selon les médias. Beaucoup s’en sont tenus à la version officielle, soulignant l’hyperactivité du président, sans exprimer la moindre critique. D’autres, au contraire, n’ont pas raté l’occasion de souligner toutes les faiblesses de la communication élyséenne et de la pratique du pouvoir présidentiel. Il faut dire que Nicolas Sarkozy avait un peu tendu le bâton pour se faire battre en promettant la transparence avant son élection.

En effet, il s’est fait opérer dans le plus grand secret fin 2007 d’un abcès à la gorge, secret révélé depuis. On peut également constater que la communication présidentielle a pas mal cafouillé lors de cet incident. Patrick Balkany a évoqué un « malaise cardiaque » avant de se rétracter. Même le très solide Claude Guéant s’est emmêlé les pinceaux en parlant dans un premier communiqué d’un évanouissement avant ensuite de nier toute « perte de connaissance ».

La grande majorité des journalistes, en revanche, s’est accordé pour lier ce malaise à l’hyperactivité de Nicolas Sarkozy. Passons sur le fait que cette interprétation hâtive mais plausible, peut servir la communication élyséenne, mais même cette présentation des faits n’est pas sans limites. En effet, elle ignore que les autres présidents étaient en général de gros travailleurs et que Nicolas Sarkozy, lui même, sait s’accorder plus de moments de détente que la mythologie ne le suggère.

Des médias inhumains et ridicules

Mais je ne crois pas que Nicolas Sarkozy soit le plus critiquable dans cet épisode, loin de là. Des deux journaux que je lis en vacances, pas un n’a cru bon dans son éditorial de souhaiter un prompt rétablissement au président et d’exprimer son soutien à sa famille. Pas une ligne qui aurait montré un petit peu d’humanité. Nicolas Sarkozy est un adversaire et il doit être traité comme un chien ! Au moins, Martine Aubry et François Bayrou ont eu l’humanité de lui souhaiter ce « prompt rétablissement ».

Mais, pire encore, Sud-Ouest titre mardi en une « Sarkozy soigne aussi son image » et « Le médiatique rétablissement du président » en pages intérieures. Le malaise devient quasiment un élément de la communication présidentielle. De manière complètement ridicule, le journal dénonce « l’overdose médiatique » alors qu’il a lui-même consacré sa une et sa première double page intérieure au sujet la veille. N’est-il pas normal que les médias parlent du malaise du président de la République ?

Suit un papier qui sous-entend que ce malaise est organisé en affirmant « il devient l’homme au repos bien mérité » et en soulignant la « bonne mise en scène ». Les médias ont également eu recours à des médecins qui n’ont pas toujours su garder une bonne distance sur le sujet. Si certains en sont restés aux faits et à une explication des malaises, d’autres n’ont pas hésité à offrir une consultation médiatique à un président dont ils ignorent pourtant tout du dossier médical…

Je souhaite donc un prompt rétablissement au président et lui souhaite une bonne santé à l’avenir. Aucune opposition politique, aussi forte soit-elle, ne me semble justifier l’absence d’humanité élémentaire dont ont fait preuve certains journalistes.

Source : Sud-Ouest 27 et 28 juillet, Le Monde 28 juillet