03.02.2011
Tout ce que le G20 a oublié
Nicolas Sarkozy a surpris par la modestie de l’agenda qu’il s’est fixé pour la présidence Française du G20. Il ne faut pas attendre de grandes révolutions, contrairement à ses déclarations fracassantes en faveur d’un nouveau Bretton Woods. Voici à quoi un agenda ambitieux aurait pu ressembler.
Remettre de l’ordre dans le commerce international
Une partie des déséquilibres économiques actuels vient des écarts trop importants dans les balances commerciales entre les pays excédentaires (Chine, Japon, Allemagne…) et les pays déficitaires (Etats-Unis, autres grands pays européens…). Ces déséquilibres portent en eux des phénomènes dangereux qu’un article du Monde a bien rappelé. Des mécanismes devraient être mis en place pour limiter excédents comme déficits comme le prévoyait la charte de la Havane.
Plus globalement, les écarts incroyables de rémunération (le salaire minimum bangladais vient d’augmenter de 80% à… 30 euros, par mois !) font des coûts salariaux le principal critère d’implantation. Ce système condamne les pays riches et limitera de facto le progrès salarial des pays en voie de développement du fait de la compétition salariale. Des écluses tarifaires doivent être mises en place pour permettre au pouvoir d’achat de suivre les gains de productivité au Nord comme au Sud.
Recréer un Système Monétaire International
Cette guerre commerciale pousse aujourd’hui certains pays à utiliser leur monnaie pour gagner en compétitivité. Le yuan est sous-évalué de près de 50% par rapport au dollar, qui est lui-même sous-évalué d’environ 30% par rapport à l’euro. Alors que le protectionnisme tarifaire est devenu tabou, le système actuel permet un protectionnisme monétaire largement plus redoutable. Enfin, les Etats-Unis profitent toujours du bénéfice d’émettre la monnaie de réserve mondiale.
En fait, devant l’exubérance irrationnelle dont sont coutumiers les marchés (2001, 2008), on pourrait également se demander s’il est pertinent de laisser les marchés fixer le cours des monnaies. Bref, le monde a véritablement besoin d’un nouveau Bretton Woods pour réorganiser en profondeur le système monétaire actuel, créer un nouveau système de monnaie de réserve associant les principales monnaies du monde et radicalement réglementer la spéculation.
Réglementer la finance
Il y a également beaucoup à faire dans le domaine de la finance. La réforme des paradis fiscaux est une sinistre blague puisqu’il suffit de signer une convention avec une douzaine de pays (qui peuvent être des paradis fiscaux) pour sortir de la liste noire... Rien n’a changé et le pire est que certains petits pays européens (Luxembourg, Suisse…) continuent d’en profiter : cet article du Monde montre que plus de 50% de l’évasion fiscale Italienne va dans ces deux pays.
Il faudrait donc réinstaurer un contrôle sur les mouvements de capitaux. Il est proprement incroyable que l’argent soit exonéré de contrôles que les individus acceptent parfaitement dans la vie. Nicolas Sarkozy a raison de poser la question d’une taxe sur les transactions financières mais en la qualifiant d’infinitésimale, il montre bien que ses objectifs sont aussi infinitésimaux… Pourtant, une taxe Tobin d’au moins 0.1% serait un moyen puissant de faire contribuer la finance à la collectivité.
Enfin, malgré les crises financières, rien sur une séparation entre banques d’affaires et banques de dépôts. Pire, on laisse les banquiers établir les nouvelles règles prudentielles alors que les précédentes se sont révélées être totalement insuffisantes pendant la crise de l’automne 2008. Les politiques semblent ne pas vouloir se mêler de ces questions pourtant éminemment politiques. Et parallèlement, on vient tout juste d’autoriser à nouveau les ventes à découvert.
Même si l’on pouvait prévoir que beaucoup ne tireraient pas les leçons de la crise, il est sidérant de constater à quel point les structures de l’économie mondiale n’ont pas changé depuis trois ans. Rendez-vous dans quelques années pour une nouvelle catastrophe…
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22.05.2009
L’Europe ignore la brèche dans l’étalon dollar
C’est un événement économique d’importance qui a eu lieu cette semaine, sans pourtant faire un grand bruit dans les médias. Le Brésil et la Chine se sont mis d’accord pour que leurs échanges commerciaux soient basés sur leurs monnaies respectives et non le dollar.
Le début de la fin pour le dollar ?
Edward Hadas a raison de souligner que la remise en cause du dollar, si elle semble bien engagée aujourd’hui, prendra du temps, du fait des habitudes et de la place centrale qu’il a acquise depuis des années. Cependant, tout indique désormais que cette situation devrait évoluer à moyen / long terme. La Chine montre d’autant plus de signes d’impatience qu’elle serait la première victime d’une dépréciation du billet vert étant donnée l’immensité de ses réserves (plus de 2 000 milliards de dollars).
Et d’ailleurs, l’amoncellement de réserves de la Chine n’est pas sans rappeler l’accumulation d’or pratiquée par les Etats-Unis à partir de la première guerre mondiale et qui avait permis à leur monnaie de devenir « aussi bonne que l’or ». La décision des autorités de Pékin et Brasilia est doublement intéressante. D’une part, elle démontre la volonté de deux grandes puissances économiques émergentes de remettre en cause le rôle du dollar. De l’autre, elle montre une volonté de coordination entre ces pays.
Un nouvel ordre économique en marche ?
Comme le souligne bien l’article, il ne manquerait plus que la Russie et l’Inde se joignent au Brésil et à la Chine pour que la remise en cause du dollar prenne un tour plus radical. Le nouvel ordre économique mondial pourrait donc être le résultat d’une alliance des pays émergents contre l’hégémonie et le privilège monétaire des Etats-Unis, sans la moindre coordination avec le Japon ou l’Europe.
Car c’est là tout le paradoxe de la situation. L’Europe et le Japon ont été les victimes d’une forte appréciation de leur monnaie face au dollar qui a plongé leur économie dans une crise encore plus sévère qu’aux Etats-Unis. Pourtant, la nature du déclencheur de la crise (la crise de l’immobilier) aurait dû les protéger partiellement. Mais la politique monétaire agressive de la Fed a provoqué une dépréciation du dollar qui a amorti la crise outre-Atlantique tout en l’aggravant au Japon et dans la zone euro.
C’est pourquoi Tokyo et les capitales européennes devraient être en première ligne pour remettre en cause le privilège du dollar et chercher à organiser un système alternatif. Au pire, nous devrions au moins être prêts à rejoindre l’initiative du Brésil et de la Chine pour mettre un coup de butoir définitif contre l’étalon dollar et créer un nouveau système monétaire international. Mais comme d’habitude, le train de l’histoire passe sans que les dirigeants européens ne réagissent…
Bonne nouvelle : la remise en cause du système monétaire actuel, qui privilégie outrageusement les Etats-Unis a fait un pas en avant décisif. Mauvaise nouvelle : les pays européens n’ont pas rejoint cette initiative qu’ils regardent comme une vache regarde passer les trains.
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/05/20/la-fin-...
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04.05.2009
Les questions monétaires sont trop sérieuses pour être confiées au marché
Une des conclusions très « amusantes » du G20 est qu’il est dangereux d’évaluer les titres détenus par les banques au cours du marché tant il est volatile. Mais si les financiers ont en partie gagné le droit de ne pas tenir compte du marché, celui-ci reste roi sur d’autres questions, et notamment la monnaie.
Main invisible ou aveugle ?
En effet, devant l’effondrement des cours de certains actifs, les banques, qui avaient adopté une norme comptable imposant le « marked-to-market », devaient passer dans leurs comptes la baisse de la valeur de leurs actifs. Mais la violence de la crise financière a poussé les institutions financières à vouloir abandonner cette règle qui pouvait les ruiner du jour au lendemain. Résultat, plusieurs banques préfèrent valoriser à leur bon vouloir certains actifs illiquides plutôt que d’utiliser le cours (trop bas) du marché.
Et il faut dire que les dix dernières années remettent en question la pertinence du marché pour évaluer un actif. La bulle Internet a montré à quel point le comportement moutonnier du marché peut provoquer des excès complètement absurdes. L’action France Telecom (qui n’était pas une start-up), par exemple, est montée jusqu’à 219 euros avant de tomber à 7 euros en un an, soit une chute de sa valeur de plus de 96% !!! La même action a ensuite triplé, étant donné que la sanction du marché avait été trop forte.
Résultat, les institutions financières sont aujourd’hui réticentes à toujours utiliser la valeur du marché pour valoriser leurs actifs tant elles savent que ces excès peuvent provoquer des ruines ou des enrichissements aussi temporaires qu’irrationnels. Les dirigeants du G20 ont entériné cette vision des choses dans leur déclaration finale sans que cela ne soit vraiment remarqué par la plupart des médias trop occupés à tresser des louanges bien exagérées aux conclusions de ce sommet.
Marché contre monnaie
Le principal actif évalué par les marchés est aujourd’hui la monnaie, qui représente plus de la moitié des transactions financières dans le monde (qui représentent elles-mêmes environ cinquante fois la production mondiale). Mais pourquoi l’évaluation de la valeur des monnaies par les marchés serait plus pertinente que leur évaluation des actifs financiers ou autres ? Pourtant, depuis quarante ans, la plupart des Etats ont abandonné l’évaluation des monnaies à ces mêmes marchés coupable d’exubérance irrationnelle…
Et c’est une des causes de la crise qui n’a pas été suffisamment été analysée. La déréglementation du marché monétaire est au cœur du processus de déréglementation puisque c’est la variabilité des cours des monnaies qui a poussé les entreprises à se couvrir, créant de nouveaux instruments financiers qui ont fini par être essentiellement utilisés par les spéculateurs pour gagner de l’argent. Or, ces mouvements peuvent avoir des conséquences dramatiques.
Pour un retour à un système de change administré
Joseph Stiglitz démontre bien la stupidité d’un système où le FMI prête de l’argent à un pays pour défendre sa monnaie afin de le protéger de l’inflation que pourrait amener sa dépréciation, alors que le marché a le plus souvent tendance à gagner. La défense de la monnaie finit souvent par coûter extrêmement cher. La zone euro a été en partie créée pour éviter les fluctuations monétaires entre pays européens. Mais ceci est une mauvaise réponse à une bonne question car la zone euro n’est pas une zone monétaire optimale.
La vraie question à poser aujourd’hui est le fait de savoir s’il est si pertinent que ça de confier aux marchés le soin d’évaluer le cours des monnaies. Les énormes perturbations provoquées par le système ne peuvent même pas s’équilibrer par sa justesse. L’alternative serait donc de revenir à un système de change administré entre pays, comme pendant les Trente Glorieuses ou jusque dans les années 90 avec le Système Monétaire Européen.
« La politique de la France ne se fait pas à la corbeille » aurait dit le Général quand on lui parlait de dévaluation. Il serait grand temps de méditer cette phrase et de se poser la question du retour à un système de change plus stable et favorable à l’économie réelle.
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25.04.2009
Après le G20 (2/2) : une nouvelle alliance pour changer d’ordre monétaire
La réunion du G20 n’a pas seulement consacré un nouvel ordre économique associant enfin davantage les pays émergents à la gouvernance économique mondiale. Elle a aussi consacré un G2 alliant Etats-Unis et Chine, qui oeuvrent finalement pour maintenir le système économique en l’état.
Un nouvel ordre économique instable
Les manières polies et très diplomatiques de Barack Obama ne doivent pas faire illusion. Ce sont encore les Etats-Unis qui conservent une forme de leadership mondial, y compris sur les décisions économiques. Même si l’Europe peut dire non à un renforcement des plans de soutien, la tiédeur des décisions du G20 (hormis la rallonge accordée au FMI) doit beaucoup à l’administration américaine, qui profite trop du système à travers le dollar pour vouloir complètement le remettre en cause.
En outre, la Chine se satisfait finalement assez de ce nouveau tête-à-tête avec la première puissance de la planète qui consacre de facto son rang de super puissance. En outre, l’Empire du milieu peut se satisfaire d’un système où il prête aux Etats-Unis pour que les consommateurs américains continuent à importer massivement ses productions. En devenant l’usine du monde, la Chine acquiert un pouvoir économique considérable qui se mesure à ses 2000 milliards de dollars de réserves.
Mais cet équilibre est très instable, comme le montre la crise actuelle. Même la Chine souffre d’une baisse de ses importations et d’un ralentissement économique synonyme de chômage. D’ailleurs, les Chinois s’expriment publiquement en faveur d’un remplacement de l’ordre monétaire actuel qui fait du dollar la monnaie de réserve du monde. Ils ont ainsi proposé de le remplacer par les DTS (Droits de Tirage Spéciaux), un panier des grandes monnaies du monde.
Une nouvelle alliance qui se dessine
En effet, la Chine a été prise au piège du dollar. Parce qu’elle a engrangé des réserves colossales, elle serait la première victime d’un effondrement du billet vert, ce qui la pousse à soutenir la monnaie américaine. C’est sans doute pour cela qu’elle s’est exprimée en faveur d’un nouvel ordre économique mondial. Malheureusement, on peut s’attendre à ce que les Etats-Unis résistent farouchement à toute remise en cause du privilège exorbitant du dollar (totalement ignoré au G20…).
La seule solution pour réformer le système monétaire international serait une alliance entre l’Asie et l’Europe pour construire un système alternatif basé soit sur les métaux précieux soit sur un panier de monnaies. Seule l’alliance de la puissance économique des deux continents permettrait de remettre en question l’ordre actuel. Si l’Europe continentale s’alliait avec les principales puissances asiatiques (Chine, Japon, Inde) pour créer un nouveau système monétaire international, les Etats-Unis n’y pourraient rien.
Une telle alliance sera très difficile à construire, mais aujourd’hui les deux blocs continentaux ont intérêt à le faire. La Chine veut sortir du système dollar. Le Japon subit une appréciation massive du yen qui asphyxie son économie après deux décennies de stagnation et l’Europe continentale pourrait vouloir sortir de cette domination du dollar pour mettre des écluses entre nos économies et celle des Etats-Unis pour la transmission des crises venues d’outre-Atlantique.
Le fait que la crise actuelle se soit déclenchée aux Etats-Unis et que des pays qui n’avaient commis de tels excès en soient des victimes collatérales peut pousser à une remise en question du système monétaire international. Une alliance entre l’Asie et l’Europe continentale aurait les moyens d’y parvenir.
11:10 Publié dans Actualités, Economie, Europe, International | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : système monétaire international, dollar, dts, chine, europe
28.03.2009
Et si une révolution monétaire était possible ?
Même si le G20 ne semble pas vouloir aborder les questions monétaires, pourtant essentielles, le débat commence à faire rage sur la rénovation du système monétaire international basé sur le dollar. Voici deux nouvelles contribution particulièrement intéressantes.
La chute de la maison dollar ?
Un article du Journal des Finances montre que la Chine en a assez de l’étalon dollar et cherche à faire pression pour lui trouver une alternative. Cette prise de position est très importante car la Chine est le premier pays par ses réserves de dollars (plus de 2 000 milliards). C’est le gouverneur de la banque centrale chinoise qui demande en effet à substituer au dollar une monnaie de réserve internationale, les DTS (un panier des grandes monnaies du monde), sous la supervision du FMI.
Il faut dire que le jeu de « je te tiens, tu me tiens par la barbichette » entre les Etats-Unis et la Chine n’est pas sain. Si les chinois dénoncent la responsabilité des Etats-Unis dans la crise actuelle, ils oublient de préciser qu’ils la partagent lourdement puisque c’est la Chine qui finance les déficits des comptes courants Américains avec les excédents commerciaux qu’ils obtiennent avec ces mêmes Etats-Unis… Il y a co-responsabilité dans ce système délirant qui permet aux Etats-Unis de vivre à crédit.
Mais la Chine s’est rendu compte des dangers de ce système avec l’effondrement du marché immobilier américain qui a déclenché une crise d’une telle violence que même ses exportations sont désormais en forte baisse, poussant des millions de chinois au chômage et menaçant l’équilibre social du pays. Pire, ces déséquilibres risquent de provoquer une dépréciation massive du dollar, dont la Chine serait la première victime en tant que premier créancier de la planète en dollar.
Quelle issue pour le système monétaire international ?
Pour protéger ses deux mille milliards de dollars de réserves et ses exportations, la Chine est contrainte de soutenir le cours du dollar et prévenir toute baisse inconsidéré qui serait également une baisse proportionnelle de ses avoirs. C’est là toute la perversité d’un système qui pousse à son autoreproduction puisque ces deux principaux acteurs en tirent un bénéfice clair : la poursuite de la consommation à crédit pour les Etats-Unis et la poursuite de son développement économique pour la Chine.
Il y a pourtant une issue : alors que tout le monde économique parle d’un déplacement du centre de gravité économique vers le Pacifique, ce serait une une alliance eurasiatique. En effet, si l’Europe, la Chine et le Japon le décidaient, il serait possible de sortir de ce système d’étalon dollar. Les Etats-Unis ne pourraient pas résister à une telle alliance qui pourrait alors mettre en place un nouveau système monétaire international qui ne serait plus basé sur le dollar, mais sur un panier de devises ou de métaux précieux.
On comprend sans doute mieux pourquoi la nouvelle administration américaine s’est d’abord déplacée en Asie. Les Etats-Unis veulent rester le centre de gravité économique de la planète pour préserver l’exorbitant avantage du dollar. C’est pourquoi ils souhaitent que l’Europe reste dans son orbite et que l’Asie voit le vieux continent ainsi et préfère donc privilégier des relations directes avec les Etats-Unis avec lesquels. Ainsi, leur interdépendance mutuelle assure le statut quo du système à court terme.
Les idées commencent à apparaître, dans tous les pays, mais aujourd’hui, la réforme du système monétaire international semble encore lointaine car les dirigeants politique n’y accordent qu’une attention limitée et que les alliances nécessaires à cette réforme sont loin de se nouer.
Source : http://www.jdf.com/taux-devises/2009/03/25/02009-20090325...
11:04 Publié dans Actualités, Economie, International | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : etalon dollar, fmi, système monétaire international, paul jorion, chine
22.03.2009
Les oublis monétaires du G20
Signe des temps, le Monde ouvre de plus en plus ses colonnes à des partisans d’une réforme plus profonde du système économique. Après avoir exploré le protectionnisme avec Jean-Luc Gréau, c’est au tour de la réforme du système monétaire international d’être évoquée dans les colonnes du quotidien du soir.
L’urgence de la réforme monétaire
Hier, je revenais sur l’avancement de la réforme de la finance pour noter que finalement, les dirigeants du G20 pourraient bien aller au-delà d’un changement a minima, au grand dam des banquiers. Les centaines de milliards de dollars et d’euros déversés par les gouvernements les poussent à chercher des solutions pour éviter une nouvelle crise. Malheureusement, aucune réforme de l’Organisation Mondiale du Commerce ou du Système Monétaire International n’est à l’ordre du jour.
Dans une tribune qui rappelle le papier de Malakine cette semaine, Pierre Antoine Delhommais note que « le G20 entend reconstruire le système financier mondial sans rien changer au système monétaire international. Autrement dit, il prétend édifier un immeuble d'une solidité à toute épreuve sur des fondations mouvantes et vétustes ». En clair, le G20 ne va remettre en cause qu’une partie, certes importante, de la déréglementation des dernières décennies et ignorer les questions monétaires, pourtant essentielles.
Les questions qui se posent
De manière assez surprenante, le journaliste du Monde, qui remplace avantageusement l’ultra-libéral Eric Le Boucher, rend un hommage appuyé au Général de Gaulle en présentant comme prophétique sa critique de l’étalon dollar et sa volonté de retour à l’étalon or, qui gagne le soutien d’un nombre grandissant d’économistes. En effet, comme le soulignent Edouard Husson et Norman Palma dans leur dernier livre, le système monétaire actuel est trop favorable aux Etats-Unis.
Mais le journaliste du Monde s’attaque même au système de change flottant, notant que la pagaille actuelle est un facteur aggravant de la crise, notamment pour les pays émergents. En cela, il rejoint la tribune de Pierre Calame, qui réclame également une stabilisation des taux de change et une plus grande prise en considération des enjeux environnementaux. Enfin, se pose la question de l’indépendance des banques centrales étant données leurs interventions sur les marchés, comme l’évoque Michel Aglietta.
La violence de la crise financière a fait avancer la pensée dans ce domaine. Malheureusement, pour l’instant, nous n’en sommes qu’aux prémices de la réflexion sur un nouveau Système Monétaire International. Les conclusions du G20 seront donc forcément bancales.
Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/03...
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/03/21/fin-de-...
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/03/17/a-crise...
11:09 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : le monde, pierre antoine delhommais, michel aglietta, pierre calame, système monétaire international
15.02.2009
Remettre de l’ordre dans le système monétaire
Pour beaucoup, la crise actuelle a une seule et unique raison : les excès des banques et du monde de la finance. Depuis quelques semaines, s’est ouvert un vrai débat sur le protectionnisme. En revanche, peu s’interrogent sur le rôle des questions monétaires.
La chienlit monétaire
Les désordres monétaires peuvent poser un grave problème. Car la « main invisible » du marché est une main aveugle et brutale qui peut provoquer des hausses ou des baisses de 20 à 50% en une année, qui n’ont bien sûr aucun fondement économique réel et qui peuvent déstabiliser profondément les économies des pays qui les subissent, le plus souvent sans guère de pouvoir de les contrecarrer.
Les plus touchés sont les pays émergents, moins solides, où les variations monétaires peuvent jeter la population dans une véritable misère en quelques semaines. L’exemple actuel de l’Ukraine est particulièrement frappant puisque la baisse de la monnaie locale a provoqué un emballement de l’inflation et une récession violente qui frappe durement le pouvoir d’achat de la population.
L’Europe subit aussi depuis des années une surévaluation importante de l’euro qui pousse les industriels à délocaliser, déprimant les salaires, l’emploi et la croissance, poussant par exemple Airbus à acheter le fuselage de son A350 aux Etats-Unis. Et le Japon est actuellement victime d’une hausse brutale du yen qui a provoqué une chute de 35% de ses exportations et une baisse de son PIB de 10% en rythme annuel.
Pour un nouveau Bretton Woods
Bref, les excès de l’évaluation non régulée des monnaies par les marchés sont dramatiques. D’ailleurs, le pays qui affiche la plus forte croissance, la Chine, est le seul qui conserve une forme de contrôle sur le cours de sa monnaie. Mais pourquoi faut-il alors confier l’évaluation d’un bien si précieux, si déstabilisant à des marchés si irrationnels, ces mêmes marchés qui valorisaient l’action France Telecom à 219 euros à un moment et seulement 7 un an plus tard ? Est-il pertinent de confier l’évaluation des monnaies aux marchés ?
Avec un peu de recul, on se rend compte que le dogmatisme ultralibéral semble paralyser la pensée de la plupart de nos dirigeants. Bien sûr, les Etats-Unis y voient leur intérêt, mais le reste du monde souffre de l’anarchie monétaire dans laquelle Richard Nixon nous a laissé depuis 1971 et que les autres dirigeants n’ont pas suffisamment cherché à contester. Le SME a été une initiative bienvenue, mais le monde a besoin aujourd’hui d’un nouveau Système Monétaire International.
Il est proprement suicidaire de la part des Etats de laisser le marché décider du cours des monnaies. Ce cours doit être de nouveau le fruit d’une concertation internationale, sans doute par le biais d’organisations régionales, de manière à éviter les mouvements brutaux de cours qui font toujours souffrir les plus faibles. Les solutions existent : cours fixes, serpent, étalon or, limitation (voir interdiction) de la spéculation sur le cours des monnaies. Enfin, la taxe Tobin limiterait considérablement la capacité de nuisance des marchés.
La crise actuelle se propage dans de nombreux pays émergents parce que l’argent de la spéculation, quittant les marchés boursiers ou de matières premières, renoue avec les paris contre les monnaies, dévastant tout sur son passage. Il est temps de remettre de l’ordre dans le système monétaire international.
11:01 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, taxe tobin, système monétaire international, anarchie monétaire, bretton woods



