02.12.2010

L’Europe contre les peuples

Ces derniers mois, l’Europe semble avoir encore plus perdu contact avec la réalité. On ne compte plus les exemples de décisions ubuesques et injustes, totalement contraires aux intérêts des peuples qui la composent, souvent prises par un dogmatisme néolibéral incompréhensible aujourd’hui.

Coup de tabac et de courant

Jusqu’à présent, il y avait des limitations pour les achats de tabac à l’étranger (deux cartouches par personne). La Commission Européenne souhaite lever toutes les restrictions à l’achat de tabac. Entre la déréglementation économique et la santé des européens, la Commission a choisi. Voilà une décision qui montre bien les ravages du dogmatisme néolibéral. Et comme d’habitude, l’abaissement des frontières va favoriser le moins-disant fiscal. Heureusement, pour une fois, Paris résiste.

Il fut un temps où l’on nous vantait la déréglementation des services publics en nous expliquant que cela allait permettre une plus grande efficacité, que la concurrence allait amener une baisse des tarifs pour les consommateurs. Mais là encore, les promesses ne sont pas tenues. Les tarifs d’EDF ne cessent d’augmenter (près de 7% cette année) et devraient continuer à le faire dans les prochaines années avec le nouveau projet de loi passé par le gouvernement en novembre.

Dur avec les petits, doux avec les forts

Mais ce qui est encore plus insupportable avec cette Europe, c’est qu’elle fait systématiquement peser les efforts sur les peuples, les classes populaires et moyennes en épargnant les puissants. C’est ce qui se passe en Grèce, en Irlande ou au Portugal où la population se débat avec des baisses de salaires qui ne permettent plus à certains de payer leur loyer ou leurs mensualités d’emprunts immobiliers. Bref, l’Europe saigne la population pour honorer les créanciers, et donc les banques.

Car les pseudos plans de sauvetage des pays ne servent qu’à cela : honorer les créances souveraines rubis sur l’ongle, quitte à faire suer eau et sang aux peuples. Pourtant, l’Allemagne proposait une solution plus juste, à savoir faire contribuer les investisseurs. Sachant que les Etats ont sauvé les banques, une telle participation aurait été normale. Enfin, on reste songeur de voir l’impôt sur les bénéfices Irlandais maintenu à 12.5%. Là encore, les multinationales ne contribueront pas à l’effort.

Pire, la Cour de Justice européenne a rétabli la hausse de salaires des fonctionnaires européens à 3.7% contrairement à l’avis des chefs d’Etat. Il y a un conflit d’intérêts majeur si cette décision affecte le salaire des membres de cette même Cour de Justice. Enfin, même si la méthode de la Commission est bien faite, il est scandaleux de passer outre le choix des chefs d’Etat, surtout alors que l’Europe impose des plans d’austérité sauvages aux autres fonctionnaires.

Le seul point positif de la situation est que les masques sont tombés. On voit bien aujourd’hui que les bénéfices promis par cette Europe ne sont pas là, au contraire. Pire, se dessine un projet européen profondément injuste, asservissant les peuples au service des multinationales.

25.02.2010

Sexe, cigarette et publicité (de mauvais goût)

Il n’est pas fréquent que je sois d’accord avec Nadine Morano, mais pour le coup, la ministre de la famille a été une des premières dirigeantes politiques à prendre position pour l’interdiction de la nouvelle campagne anti-tabac. J’espère qu’elle y parviendra.

Je choque donc j’existe

Cette campagne créée un véritable scandale et la grande majorité des commentateurs la jugent négativement. Le directeur de l’association des Droits des Non Fumeurs a choisi l’agence BDDP et trois visuels montrant de jeunes adolescents agenouillés devant un homme qui tient leur tête pour les forcer à prendre une cigarette dans leur bouche.  La référence sexuelle est assumée, dans le but de choquer un public qui n’écouterait pas les messages relatifs à la santé.

Avant d’énoncer tout jugement moral, étudions l’efficacité de cette campagne. S’il y a une chose qui  est clair, c’est que cette campagne interpelle, très fortement même. Et c’est une des nécessités premières de la communication que de parvenir à attirer l’attention des passants. En revanche, je reste beaucoup plus circonspect sur le message qu’elle véhicule. Les auteurs de la campagne disent vouloir faire passer l’idée de soumission au tabac, mais cela pose plusieurs problèmes.

Tout d’abord, illustrer la dépendance plutôt que la soumission serait sans doute plus clair. Ensuite, l’idée de soumission n’est pas très claire puisque l’on parle à la fois du tabac et d’un homme en costard. Qui est-il ? S’agit-il d’un patron d’une multinationale du tabac ? En outre, le parallèle sexuel complique singulièrement le message et il n’est pas évident que l’outrance de cette communication permette de faire passer un quelconque message à sa cible, les adolescents.

Une comparaison inacceptable

 En fait, j’ai l’impression que cette campagne sera plus efficace pour faire parler d’elle-même que véritablement de la cause qu’elle est sensée défendre. C’est le travers de beaucoup de communications, qui, à force de vouloir se faire remarquer, finissent par ne plus dire grand-chose sur leur objectif initial. Mais surtout, la comparaison est totalement abusive et elle marque un manque de considération inacceptable à l’égard des jeunes victimes de violences sexuelles.

En outre, ce n’est pas comme si cette campagne était destinée à une cible très restreinte. C’est une campagne d’affichage, qui va donc toucher indirectement un très large public, et on peut s’interroger sur l’opportunité de montrer un tel visuel à de jeunes enfants par exemple. La création peut être jugée comme trop explicite pour être exposée à un public d’un certain âge après tout. Les commanditaires ont beaucoup trop négligé les aspects négatifs de leur campagne.

Excessivement choquante, notamment pour des victimes de violences sexuelles, inefficace d’un point de vue de la communication, cette campagne est une grave erreur. Il est malheureux que l’agence et l’association des Droits des Non Fumeurs persistent à défendre l’indéfendable.