23.09.2008
L’erreur Afghane
Hier, le Parlement a voté sans surprise la poursuite de la guerre en Afghanistan. Nicolas Sarkozy voulait faire de ce vote un piège pour l’opposition mais il en restera seulement un débat superficiel qui a complètement oublié les véritables enjeux de ce conflit.
Cette guerre a été déclarée le 4 octobre 2001, moins d’un mois après les attentats, en partie sous le coup de l’émotion suscitée par le 11 septembre. Contrairement à la guerre d’Irak, elle a été autorisée par l’ONU et avait pour but de renverser les talibans au pouvoir qui étaient accusés d’aider les terroristes et de libérer le pays de l’oppression de ses chefs. L’engagement de 45 000 soldats a permis de renverser le régime en place à Kaboul mais le moins que l’on puisse dire est que la situation semble pourrir depuis : l’OTAN ne parvient pas à réduire l’influence des talibans, qui conservent le contrôle d’une grande partie du pays, le nombre de victimes augmente tous les ans et la présence des forces occidentales contribue sans doute à pousser de nombreuses personnes vers le terrorisme. Enfin, il est difficile de se demander si cela ne contribue pas à déstabiliser le Pakistan voisin.
L’opération telle qu’elle a été conçue il y a sept ans ne fonctionne toujours pas. Les forces de l’OTAN ne sont pas suffisantes pour remettre de l’ordre dans le pays. Les troupes de la coalition représentent à peine plus du tiers des troupes qui ont été nécessaires en Irak dans un pays plus peuplé, beaucoup plus grand et dont la géographie est beaucoup plus complexe. De nombreux experts estiment que la situation ne pourra pas être stabilisée avec moins de 150 000 soldats ! L’exemple des renforts qui ont permis de casser le cycle de la violence en Irak montre bien que l’importance des moyens est cruciale pour stabiliser un pays. Dans le cadre de l’Afghanistan, cela est d’autant plus choquant que les forces de l’OTAN sont présentes depuis sept années alors qu’il a fallu quatre ans aux Etats-Unis pour changer de stratégie en Irak. L’opération telle qu’elle est conçue aujourd’hui ne peut pas fonctionner !
Mais outre le fait que cette opération n’est pas dimensionnée de manière à réussir, on peut également se poser des questions sur les raisons d’une telle présence, en dehors de l’affichage d’une réaction aux attentats du 11 septembre. Ses partisans parlent de « guerre contre le terrorisme », de « guerre pour la liberté », un moyen habile de taire tout débat puisqu’il est difficile d’être opposé à de telles positions. Pourtant, l’OTAN ne mène pas de guerre pour la liberté dans d’autres pays. Et la guerre contre le terrorisme est limitée à deux pays alors que ces terroristes sont bien sûrs présents dans d’autres endroits. Les soutiens de cette guerre d’Afghanistan se distinguent davantage par leur rhétorique habile que par leur capacité à mener leur mission à bien sur le terrain.
Comme le dit justement Jean-Marc Ayrault, la guerre d’Afghanistan est devenue une guerre d’occupation. Pire, cette guerre n’a plus vraiment de motif puisque si on s’accorde pour faire la guerre dans de telles conditions, alors, l’OTAN devrait intervenir dans de nombreux pays, ce qui n’est pas possible. En outre, comment ne pas comprendre que cette présence prolongée renforce les talibans qui peuvent présenter la présence occidentale comme une occupation du pays ? Nicolas Sarkozy a essayé d’instrumentaliser le vote inutile du Parlement sur cette question pour mettre l’opposition en difficulté. Finalement, elle s’est simplement opposée à une mauvaise guerre, mal menée, et qui dure depuis trop longtemps.
Le pire dans ce débat reste clairement le traitement indigent de la plupart des médias, qui ne font que répéter les mots habiles du gouvernement sans chercher à se poser les vraies questions. Résultat, l’erreur afghane se rapproche toujours plus du bourbier vietnamien.
Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/09/21/01002-2008092...
http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/09/22/f...
10:55 Publié dans Actualités, International, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : afghanistan, otan, talibans, sarkozy



