30.09.2010

La gestion comptable du budget de l’Etat

Les marchés doivent être satisfaits : la France vient d’annoncer de multiples mesures visant à réduire les déficits du budget de l’Etat et de la Sécurité Sociale. Il est loin le temps où le Général de Gaulle pouvait retoquer les marchés. Aujourd’hui, c’est le règne de la corbeille.

Aucune vision d’ensemble

Pour être honnête, tout n’est pas complètement à jeter dans ce que fait le gouvernement. Le rabotage des niches fiscales me semble plutôt une bonne chose puisque je crois qu’un impôt républicain n’est pas un gruyère et qu’il doit être le même pour tous en limitant au maximum les exemptions. En outre, si certaines suppressions de poste n’ont pas de sens vu le contexte (police, en partie dans l’enseignement), d’autres ne sont sans doute pas totalement injustifiées.

Mais, au global, les décisions du gouvernement souffrent de grandes limites. Tout d’abord, s’attaquer aux niches fiscales sans changer le bouclier fiscal revient à donner une prime aux personnes concernées par ce dispositif qui vont récupérer d’un côté ce qu’elles perdent de l’autre. Ensuite, il est difficile de ne pas voir dans ces décisions une simple gestion comptable des comptes de la nation, qui se contente d’additionner les économies de bout de chandelle.

Le règne de la corbeille

Bien sûr, réduire le train de vie de l’Etat n’est pas forcément un mal, mais là, le gouvernement fait peu d’effort pour différencier le niveau des économies selon les ministères. En outre, il y aurait sans doute besoin de revoir notre fiscalité en profondeur et il est dommage que le gouvernement ne s’attaque pas à une réforme d’ensemble plutôt que d’additionner les rustines. Malheureusement, il s’agit d’un défaut congénital de l’équipe au pouvoir depuis 2007.

Le point positif est que la France va protéger son statut auprès des marchés financiers. Car contrairement à ce que disent certains éditorialistes, la France bénéficie plutôt d’une bonne image. The Economist rapporte que nos emprunts d’Etat à dix ans rapportent 2.7%, soit plus que l’Allemagne (2.34) ou les Etats-Unis (2.54) mais moins que la Grande-Bretagne (3.07), l’Italie (3.87) ou l’Espagne (4.13). Et il faut noter que les pays anglo-saxons profitent d’une monétisation partielle de leur dette.

Comme pour beaucoup de dossiers, la gestion des finances publiques se fait à la petite semaine. Les économies ne sont pas toutes mauvaises mais il n’y aucune vision d’ensemble. Le gouvernement se fait balloter par les évènements sans vraiment prendre du recul sur ses décisions.

10.04.2010

Coup de pression brutal sur la Grèce

Cette semaine, les marchés se sont emballés. Les taux d’intérêt sur la dette grecque se sont littéralement envolés, dépassant 7,5% jeudi alors qu’Athènes avait réussi à emprunter à moins de 6% il y a seulement quinze jours. Est-ce le début de la fin ?

Une situation intenable ?

Ce débat anime Internet depuis le début de l’année, entre ceux qui pensent que la situation va exploser très rapidement (sous quelques semaines ou quelques mois) et ceux qui, comme moi, pensent que la Grèce a de grandes chances de supporter l’euro-camisole pendant quelques années. Jusqu’à fin mars, les faits semblaient nous donner raison. En effet, depuis le début de l’année, l’Etat grec avait réussi à réduire le coût de sa dette avec une baisse des taux d’intérêts de 6.8% fin janvier à 5.9% fin mars, tout en plaçant près de 20 milliards sur les marché au premier trimestre, un tiers de son besoin annuel.

En outre, les sombres pronostics de début d’année, qui envisageaient un défaut de paiement imminent et une sortie de l’euro, avaient été infirmés par les faits. Cependant, l’accès de fièvre actuel est suffisamment violent pour remettre tout cela en cause et on peut se demander à juste titre si la situation ne pourrait pas exploser dans les prochains jours. Après tout, il semblerait que même la population grecque commence à retirer des euros des banques, de peur d’une sortie de la monnaie unique, ce qui pourrait être le prélude à un effondrement financier complet du pays.

Tous les scénarios sont envisageables

Bref, le comportement auto-réalisateur des marchés pourrait bien provoquer à court terme un défaut de la Grèce, la panique des marchés s’auto-entretenant, poussant celle des ménages, le tout propulsant les taux d’intérêts à un niveau insoutenable. Tous les scénarios sont désormais envisageables, comme le souligne Seb du blog Reversus. La possibilité d’une grave crise à court terme me semble beaucoup plus grande qu’il y a quelques semaines. Pour le coup, je me serais alors trompé dans mon pronostic. Mais malgré tout, l’explosion ne va pas forcément avoir lieu.

En effet, tout d’abord, il faut noter que la Grèce n’emprunte pas en ce moment et qu’elle a réussi à placer 5 milliards d’euros au taux de 5.9% fin mars. La spéculation actuelle ne concerne pas une adjudication d’Athènes. Elle sera peut-être retombée lors du prochain placement… En outre, le point et demi de taux supplémentaire représente un surcoût de 75 millions d’euros en première année pour une tranche de 5 milliards d’euros par rapport au taux de fin mars, ce qui ne mettrait pas en péril la trésorerie grecque. Enfin, la Grèce pourrait appeler le FMI à la rescousse.

En fait, il est difficile d’avoir des certitudes aujourd’hui. L’anarchie financière rend tous les scénarios possibles, y compris les plus extrêmes. En fait et malheureusement, il reste toujours une probabilité non négligeable que la Grèce reste dans l’euro-camisole.

06.03.2009

La BCE en retard d’une bataille

« Historique », « inédit » : la décision de la BCE de baisser ses taux d’intérêts de 0,5 point, à 1,5% est la bienvenue. Malheureusement, elle vient beaucoup trop tard et montre à nouveau à quel point la politique monétaire suivie depuis des années en Europe est mauvaise.

Pouvait-il en être autrement ?

L’infographie du Monde permet de bien mesurer le retard de la Banque Centrale Européenne dans la réaction à la crise. Alors que la Fed a commencé à baisser ses taux dès septembre 2007, la BCE montait encore les siens en juin 2008. Alors que les taux Américains étaient à 2% dès début 2008, il aura fallu attendre un an de plus pour arriver à la même situation en Europe. Il faut noter qu’en novembre 2008, les taux de la BCE étaient encore supérieurs à 3% alors qu’ils étaient déjà tombés à 1% aux Etats-Unis.

Pourtant, l’impact de la crise est le même des deux côtés de l’Atlantique, ce qui laisse penser que si la BCE avait suivi la politique plus agressive de la Fed, la zone euro aurait subi un ralentissement moins marqué. Le conservatisme de la BCE dans la baisse des taux est proprement effarant quand on constate l’effondrement de l’activité dans les pays de la zone euro (dont le PIB a reculé de 6% en rythme annuel au 4ème trimestre) et l’envolée du chômage. Il est incroyable que la BCE ait tant attendu devant l’ampleur de la crise.

On pourra objecter que la baisse des taux n’est pas suffisante pour relancer une économie qui traverse une économie frappée une crise aussi sure et que le soutien au crédit est paradoxal puisque cette crise est en partie la conséquence d’un excès de crédit. Mais la baisse des taux permet de soulager les mensualités des ménages ayant emprunté à taux variables, elle permet aussi de baisser le coût du crédit pour les entreprises et donc stimule l’investissement et enfin, elle joue un rôle dans l’appréciation de la monnaie.

Une BCE incorrigible

Malheureusement pour la France et l’Europe, Jean-Claude Trichet récidive dans la non-assistance à personnes en danger économique. Déjà, dans les années 90, il avait mené une politique monétaire désastreuse à la tête de la Banque de France, politique qui avait fait grimper le nombre de chômeurs à plus de 3 millions. Et lors de l’éclatement de la bulle Internet, comme le montre bien l’infographie du Monde, il avait tardé à baisser les taux, pénalisant la reprise de l’économie européenne.

Rien ne peut justifier la politique monétaire de la BCE, d’autant plus que beaucoup avaient annoncé la dureté de la crise économique et réclamé un assouplissement dès 2007. Cette nouvelle erreur pose tout de même la question d’une institution qui peut persister dans ses erreurs sans jamais être réellement remise en question par qui que ce soit. Cette irresponsabilité est une anomalie majeure du système démocratique qui suppose un minimum de responsabilité devant le peuple.

D’ailleurs, l’inadéquation de la politique monétaire de la BCE a été illustrée par la baisse brutale des bourses mondiales, qui n’ont pas du tout été rassurées par cette baisse des taux, à la fois insuffisante et trop tardive. Même le marché ne croit plus en la BCE…

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/03...

http://www.lemonde.fr/economie/infographie/2008/12/04/evo...

http://www.lefigaro.fr/marches/2009/03/05/04003-20090305A...

08.02.2009

L’insoutenable dogmatisme monétariste de la BCE

Jeudi, Jean-Claude Trichet a annoncé le maintien des taux d’intérêts de la BCE à 2% alors que la Banque d’Angleterre a baissé les siens d’un demi point, illustrant à nouveau l’autisme incroyable des dirigeants de la banque centrale européenne devant la récession.

Des taux européens à un niveau complètement absurdes !

Alors que les taux Américains sont compris entre 0 et 0,25%, que ceux de la banque de Grande-Bretagne ne sont plus qu’à 1%, la BCE a décidé de maintenir les siens à 2%. On pourra soutenir que la banque centrale européenne a déjà baissé ses taux de 2,25 points depuis la rentrée, ce qui représente déjà un effort significatif. Cependant, il faut noter que la Fed Américaine les a baissé de 5 points depuis le déclenchement de la crise en 2007 et que la banque d’Angleterre a baissé les siens de plus de 4 points depuis 2008, deux fois plus que la BCE.

Pire, il ne faut pas oublier que l’inflation était à 4% cet été dans la zone euro et qu’elle vient de tomber à 1,1% en janvier, après deux baisses consécutives de 0,5 point en décembre et janvier. Résultat, de manière complètement incroyable, la politique monétaire de la BCE est davantage restrictive aujourd’hui que cet été puisque les taux réels (dont on retire l’inflation) ont légèrement monté en Europe en pleine crise économique ! Ce resserrement de la politique monétaire de la zone euro provoque le scepticisme de tous les économistes, qu’ils soient ultralibéraux (The Economist) ou alternatifs.

Déni de réalité et irresponsabilité

Aujourd’hui, les taux européens n’ont aucune raison d’être supérieurs à 1%. Et il faut noter qu’à ce niveau, la politique monétaire ne serait même pas expansive tant l’inflation s’est effondrée en quelques mois. La décision de la BCE jeudi est proprement sidérante tant tous les indicateurs économiques plaident pour une baisse des taux. Les prévisions de (dé)croissance pour le 4ème trimestre indiquent que l’Europe est peut-être dans une récession plus grave que les Etats-Unis et l’inflation, souci monomaniaque de la BCE n’est plus à un niveau qui peut freiner la baisse des taux.

Pire, Jean-Claude Trichet a osé affirmer qu’il n’y a pas de risque de déflation en Europe, jugement qui semble aussi péremptoire que mal avisé quand on constate que l’inflation dans la zone euro est passée de 2,1 à 1,1% en seulement deux mois. Il y a fort à parier qu’au deuxième trimestre, la zone euro rentrera justement dans la déflation pour la première fois depuis des décennies. Bref, depuis des années, les preuves du mauvais jugement de la BCE s’accumulent mais l’irresponsabilité de la banque européenne fait qu’elle échappe à toute remise en question de ses décisions.

Il est vraiment temps de faire le bilan de la Banque Centrale Européenne et de se rendre compte que ses dirigeants mènent une politique désastreuse et multiplient les erreurs. Pire, leur indépendance leur permet d’échapper à toute responsabilité. Il est grand temps de revenir dessus !

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/05/la-bce-...

http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/05/la-banq...

17.12.2008

Politique monétaire : la BCE avait tort !

Hier, le chiffre de l’inflation aux Etats-Unis en novembre est tombé : -1,7% sur un seul mois, ce qui réduit l’inflation en rythme annuel à seulement 1,1%. Ce chiffre démontre bien que la Fed avait raison de ne pas se soucier de l’inflation en baissant ses taux rapidement, contrairement à la BCE.

Pourquoi la politique de la BCE pouvait paraître raisonnable

Il y a un peu plus d’un an, en réaction à la crise des subprimes, les deux plus grandes banques centrales ont eu des réactions radicalement différentes. La Fed de Ben Bernanke a massivement baissé ses taux de 5,25 à 2% en seulement six mois,. Dans le même temps, la BCE de Jean-Claude Trichet maintenait les siens à 4%, les augmentant même à 4,25% en juillet, arguant d’un risque inflationniste. Dans le même temps, si la croissance faiblissait, elle restait positive, avec même un léger rebond au premier trimestre 2008.

Et il est vrai que sous la pression de la hausse des prix des matières premières, les prix avaient nettement augmenté des deux côtés de l’Atlantique. L’inflation avait ainsi atteint 4% cet  été dans la zone euro et dépassé les 5% aux Etats-Unis. La différence s’expliquait par la consommation d’énergie fossile beaucoup plus importante des Américains. Même si ce dérapage inflationniste n’avait rien à voir avec ceux des années 70, on pouvait considérer qu’il fallait y faire attention et ne pas forcément assouplir la politique monétaire.

Pourquoi la politique de la BCE était exagérément restrictive

Mais, au même moment, plusieurs économistes ont souligné que ce dérapage inflationniste était purement conjoncturel et qu’il resterait temporaire. Plusieurs faits plaidaient dans ce sens. Tout d’abord, la hausse du prix des matières premières était trop forte pour ne pas être limitée dans le temps. Ensuite, l’inflation hors éléments volatiles restait stable autour de 2%. Enfin, les salaires restaient extrêmement sages puisque leur progression avait même tendance à se ralentir.

Pour toutes ces raisons, beaucoup ont attaqué la politique trop restrictive de la BCE, dès l’été 2007. Malheureusement, encore une fois, la BCE a pris la mauvaise décision, comme le montrent les chiffres tombés hier. La politique de taux élevés n’a pas protégé les ménages européens de la hausse de l’inflation et la politique de baisse des taux de la Fed n’a absolument pas provoqué de dérapage inflationniste par rapport à la zone euro puisque l’inflation est à 1,1% aux Etats-Unis en novembre contre 2,1% en Europe.

À nouveau, Jean-Claude Trichet s’est donc trompé et a mené une politique inutilement restrictive qui a provoqué une surévaluation massive de l’euro et accéléré certaines délocalisations (fuselage de l’A350), malgré des critiques qui se sont exprimées très tôt… L’évolution de l’inflation des deux côtés de l’Atlantique valide la politique suivie par la Fed et remet en cause les choix de la BCE. Mais son indépendance, qui n’est qu’une forme d’irresponsabilité anti-démocratique, la protège de toute remise en question…

Jean-Claude Trichet a donc mené une politique désastreuse pour l’emploi en Europe sans protéger la zone euro de l’inflation. Malheureusement, ses décisions n’auront aucune conséquence. Il est grand temps de revenir sur l’indépendance de la BCE pour avoir un vrai responsable de la politique monétaire.

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/12...

Lire critique de Thierry Breton dès août 2007 : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2007...

Blog janvier 2008:  http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008...

Blog avril 2008 : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008...

Blog juillet 2008 : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008/07/08/le-suicide-economique-europeen-de-la-bce.html

06.12.2008

BCE, Fed : la guerre des taux

Cette semaine, la BCE a baissé ses taux de 0,75 point, la plus forte baisse de son histoire. Faut-il s’en féliciter et remercier Jean-Claude Trichet ? L’examen de l’évolution des taux de la BCE et de la Fed suggère une toute autre réponse…

Il y a deux choses frappantes quand on examine le graphique publié par Le Monde. La première est que la réponse à la crise financière a été radicalement différente des deux côtés de l’Atlantique. À l’été 2007, les taux de la Fed étaient de 5,25%, ceux de la BCE, de 4%. En réaction au début de la crise, la Fed a baissé ses taux de 3,25 points en moins de 6 mois, pour les descendre à 2%. Dans le même temps, la BCE est restée totalement sourde au risque de récession et a maintenu ses taux à 4%. Pire, davantage préoccupée par le risque d’inflation, qui approche les 4%, elle a même monté ses taux à 4,25% en juin.

Malheureusement pour Jean-Claude Trichet, l’histoire a tranché : le risque d’inflation était moins grand que le risque de récession. Et la divergence de politique a provoqué une appréciation massive de l’euro, passé de 1,3 à 1,6 dollars en une année, pénalisant fortement les exportations européennes (Airbus a alors décidé de sous-traiter une partie de son A 350 aux Etats-Unis). La zone euro est donc rentrée en récession dès le 2ème trimestre, trois mois avant les Etats-Unis, pourtant responsables de la crise, mais qui l’ont amorti par la dépréciation du dollar. Et aujourd’hui, l’inflation s’effondre de part et d’autre de l’Atlantique (de 4 à 2,1% dans la zone euro), validant la politique de la Fed et démontrant l’erreur majeure de la BCE.

On pourrait en partie à juste titre dire que la mission de la BCE est uniquement la lutte contre l’inflation et qu’après tout, l’inflation était passée de 2 à 4% en seulement un an. Mais ce raisonnement est à courte vue. De nombreux économistes ont souligné que la hausse de l’inflation en Europe comme aux Etats-Unis était purement conjoncturelle puisqu’elle ne reposait que sur la hausse du prix des matières premières et qu’elle ne se transmettait absolument pas au reste de l’économie, où l’inflation avait même légèrement tendance à baisser. De même, la hausse des salaires avait plutôt tendance à ralentir, ce qui annihilait tout risque de véritable dérapage inflationniste.

En fait, l’étude du graphique du Monde montre tout simplement un grave manque de réactivité de la BCE par comparaison à la Fed. Depuis huit ans, on constat que les taux de la Fed ont été supérieurs à ceux de la BCE la moitié du temps, ce qui montre bien que le procès de laxisme fait à la Fed ne tient donc absolument pas. En fait, on constate une moindre capacité à baisser les taux comme à les monter de la banque centrale européenne par rapport à la banque centrale Américaine. La BCE met toujours beaucoup plus de temps à baisser ses taux en cas de récession, et elle les baisse en général plus lentement.

Mais elle met également beaucoup plus de temps à les monter quand la croissance a repris, laissant finalement davantage que la Fed se former des bulles spéculatives. Début 2001, les taux sont à 6,5% aux Etats-Unis contre seulement 4,75% en Europe : la Fed a fait davantage pour lutter contre la bulle Internet. De même, les taux étaient sensiblement plus élevés aux Etats-Unis qu’en Europe au début de cette crise. Ce qu’il ressort de l’étude de ce graphique, c’est la passivité de l’institution européenne, qui ne prend jamais l’initiative de lutter contre la récession ou même contre les bulles spéculatives.

Contrairement à ce que disent les défenseurs de la BCE, sa politique est un échec. Il suffit de constater le niveau de croissance de la zone euro depuis la mise en place de la monnaie unique. Il faudra en tenir compte lors des élections européennes de 2009 et proposer un plan B monétaire pour l’Europe.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/infographie/2008/12/04/evo...

16.10.2008

Crise économique : les marchés rattrapés par l’économie réelle

2000 milliards d’euros en Europe, 1000 milliards de dollars aux Etats-Unis, les dirigeants politiques qui garantissent les dépôts et protègent les banques de la faillite. Tout semblait réuni pour sortir de la crise, mais patatras ! Les marchés se sont à nouveau effondrés devant la récession qui s’annonce.

La baisse des bourses est sévère, au point d’annuler les gains consécutifs à l’annonce du plan de soutien européen. La raison invoquée par les investisseurs est la crainte de la récession économique à venir. Les premiers chiffres des Etats-Unis laissent entendre que le PIB devrait reculer au troisième et au quatrième trimestre et beaucoup d’analystes pensent que la récession ne devrait pas s’arrêter début 2009 : pour la première fois depuis plus de cinquante ans, l’économie Américaine pourrait se contracter pendant trois trimestres consécutifs. L’effondrement des ventes de logement, d’automobiles et du crédit laisse présager une chute qui pourrait être plus dure qu’habituellement. Et le scénario ne devrait être guère plus réjouissant de ce côté-ci de l’Atlantique, pour les mêmes raisons.

Le raisonnement des marchés est malheureusement assez logique, même si l’ampleur de leur réaction illustre leur « exubérance irrationnelle ». Si les dirigeants du monde n’ont pas lésiné dans leur soutien au monde financier, ils semblent avoir oublié l’économie productive. Car le soutien aux banques va seulement permettre de dégonfler la bulle financière de manière moins brutale. Mais ce dégonflement de la valeur des actifs continuera à avoir un effet dépressif sur l’économie réelle car il est peu probable que les ménages compensent en augmentant leur endettement… Le problème est que la conjonction d’une crise financière et économique rend plus difficile la sortie de crise puisque l’un entraîne l’autre vers le bas. Si nous laissons faire la main du marché, il n’y a aucune raison que l’économie redémarre.

Heureusement, il y a une solution : il faut provoquer un découplage entre la finance et l’économie réelle. En effet, il serait vain de vouloir regonfler une bulle financière pour provoquer une nouvelle explosion dans quelques années. La seule solution est donc un plan massif de soutien à l’économie réelle. Cela passe par un abaissement drastique et rapide des taux d’intérêts de la BCE (pour mémoire, les taux sont toujours à 3,75% en Europe contre 1,5% aux Etats-Unis) pour réduire le coût du crédit. Cela passe également par un vaste plan de soutien à l’activité (plusieurs centaines de milliards d’euros) sous la forme d’un programme de grands travaux en Europe (infrastructures, rénovation écologique des bâtiments, logements sociaux…). Un tel plan permettra d’éviter les licenciements en cours dans le BTP (180 000 prévus en France en 2009).

Ce plan n’est guère original car il ne fait qu’additionner la politique de la Fed au plan de soutien à l’économie de l’Espagne. Mais, mis en œuvre à l’échelle de l’Europe, il peut découpler l’économie européenne des soubresauts des Etats-Unis, surtout s’il s’accompagne de mesures pour éviter un dérapage du commerce extérieur (que la baisse probable de l’euro, consécutive à la baisse des taux, pourrait permettre). Alors, bien sûr, l’endettement des pays européens est déjà élevé, mais le dégonflement de la bulle financière aura un effet dépressif qui pourra sans doute permettre un recours partiel à la création monétaire. En outre, il ne faut pas croire que sans plan de soutien, la récession économique nous permettra de maîtriser les finances publiques (en 1993, nous avions dépassé les 6% de déficit public…).

Le seul intérêt de cette énième crise boursière est qu’elle fera sans doute prendre conscience aux politiques qu’il y a urgence à prendre la mesure de la crise économique. Ce qui a été fait pour sauver les banques doit être fait pour sauver l’économie réelle et les emplois.

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/15/les-marches-asiatiques-renouent-avec-la-nervosite_1106919_1101386.html#ens_id=1089411

10.10.2008

La méthode Trichet contre la méthode Sarkozy

Des péripéties de la réunion du G4 à l’Elysée à la décision spectaculaire des banques centrales de baisser les taux d’intérêt de manière concertée, ces deux dernières semaines ont permis une comparaison intéressante entre la méthode du président Français et celle des banquiers centraux…

D’un côté, les banques centrales se sont coordonnées dans la plus grande discrétion pour annoncer une baisse significative des taux d’intérêt de manière concertée dans la plupart des pays occidentaux (zone euro, Etats-Unis, Royaume Uni, Suède, Suisse…). Si cette baisse des taux n’a pas permis d’éviter la poursuite de l’effondrement des Bourses, la stabilisation d’hier semble indiquer qu’elle a peut-être permis de tempérer (momentanément) le pessimisme irrationnel et auto réalisateur des marchés. D’ailleurs, elle a sans doute permis d’éviter une baisse plus violente des Bourses puisque le CAC 40 perdait plus de 8% en début de matinée mercredi et que sa cotation avait été interrompue du fait d’un trop grand afflux d’ordres de vente. Au moins, d’un point de vue « militaire », cette opération aura été parfaite par la coordination qu’elle aura démontrée des banques centrales et leur capacité à agir par surprise.

Comment ne pas voir la différence flagrante avec la préparation du sommet du G4 de samedi dernier ? Si Nicolas Sarkozy a parfaitement raison de proposer une réunion aux grands pays européens, la réalisation a démontré un amateurisme inquiétant. En effet, l’Elysée a laissé filtrer son désir de mettre en place un équivalent du plan Paulson sans même s’assurer que nos partenaires étaient sur la même longueur d’onde. Christine Lagarde a même avancé le chiffre de 300 milliards d’euros dans un journal Allemand, ce qui a provoqué un mini incident diplomatique avec Angela Merkel qui a contraint la France à revenir sur sa position. C’est ainsi que le résultat de la réunion a été bien inférieur à ce à quoi pouvaient s’attendre les marchés. Cet échec, dû à une mauvaise préparation, explique sans doute en bonne partie l’effondrement des Bourses à partir de lundi.

Mais si sur la méthode, Jean-Claude Trichet a été bien meilleur que Nicolas Sarkozy, il n’en va pas de même sur le fond. Tout d’abord, la baisse des taux de la BCE est la première… 15 mois après le déclenchement de la crise : bonjour la réactivité ! Si les taux avaient été baissés plus rapidement et plus fort, les banques européennes seraient sans doute en meilleure situation aujourd’hui, par la baisse du coût du crédit que cela aurait permis en Europe. En outre, le différentiel de taux des deux côtés de l’Atlantique reste stupéfiant avec 3,75% en Europe et 1,5% aux Etats-Unis. Si la Fed a pris la mesure de la crise, la BCE ne l’a pas encore fait, comme en 2001. En outre, les récentes prévisions du FMI montrent que la baisse rapide des taux de la Fed n’empêchera pas la baisse de l’inflation l’an prochain aux Etats-Unis au même niveau qu’en Europe. La BCE a donc maintenu ses taux pour rien.

À force de privilégier les effets d’annonce et de vouloir communiquer pour montrer qu’il agit, le président finit par privilégier la posture à l’action, comme le montre la préparation catastrophique de la réunion de samedi dernier. La méthode Sarkozy n’est malheureusement pas adaptée à la crise que nous vivons.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/10/09/le-chan...

13.09.2008

Euro cher : le retour du psychopathe de Francfort !

Alors même que l’inflation vient de légèrement baisser, à 3,8%, dans la zone euro, Jean-Claude Trichet vient d’affirmer que « l’inflation va rester élevée pour un certain temps avant de baisser un peu au cours de l’année 2009 » afin de justifier le maintien des taux d’intérêts..

Pour reprendre les mots de Jospeh Stiglitz, la BCE agit à nouveau en « enfant buté » dans cette crise, comme en 2002. La crainte de l’inflation confine au délire paranoïaque tant une analyse un tant soit peu rationnelle montre que cette inflation est purement conjoncturelle. Tout d’abord, on pourrait relativiser le dérapage de l’inflation, qui, à 3,8%, reste à un niveau assez faible historiquement parlant. Ensuite, tous les économistes montrent bien que cette inflation est uniquement la conséquence de la forte hausse du prix des matières premières agricoles et énergétiques et qu’en dehors de ces éléments, historiquement volatiles, l’inflation dans les pays occidentaux reste autour de 2%. De plus, loin des effets de second tour que dit craindre la BCE (où salaires et prix se font la course), les chiffres montrent au contraire que la dépression économique a ralenti la hausse des salaires depuis un an, du fait de la hausse du chômage.

Mais surtout, étant donnée que la hausse de l’inflation a débuté l’an dernier à la même époque, nous rentrons dans un comparatif « plus favorable ». Contrairement à ce qu’affirme notre Don Quichotte monétariste, la baisse récente des cours va commencer à se retrouver dans les prix cet automne. Sans être économiste, en supposant que le pétrole ne reprenne pas sa course folle (si la baisse de production de l’OPEP stabilise son cours un peu au-dessus de 100 dollars), j’estimerai volontiers que l’inflation baissera à 3 / 3,5% d’ici la fin de l’année en Europe pour rapidement passer sous les 3% dès le premier trimestre 2009, voire plus rapidement encore. Les prévisions de Jean-Claude Trichet ne servent qu’à justifier son manque d’action. En outre, de nombreux économistes ont souligné que les causes actuelles de l’inflation et son caractère conjoncturel et non structurel font que la politique monétaire n’a que peu d’impact sur son niveau.

Si l’inflation baisse aussi vite aux Etats-Unis qu’en Europe dans les prochains mois, nous aurons une nouvelle preuve de l’absurdité totale de la politique monétaire suivie à Francfort puisque la baisse des taux de la Fed n’aura absolument pas provoqué de dérapage inflationniste, malgré une politique monétaire beaucoup moins restrictive qu’en Europe. Une fois encore, la politique monétaire européenne va prolonger et renforcer inutilement la crise économique du vieux continent par des décisions délirantes, envoyant, comme en 1993 et en 2001 des millions d’Européens au chômage par l’effet inutilement dépressif de leur politique de taux d’intérêts. Et à nouveau, personne ne pourra demander de compte aux banquiers centraux sur ces choix suicidaires.

Rendez-vous dans six mois pour vérifier la pertinence de ces prédictions. Malheureusement, entre temps, une chose est sûre, l’économie européenne aura traversé une inutile récession provoquée par le monétarisme borné de la BCE.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/09/05/la-bce...

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2008/09/10/01011-200809...

08.07.2008

Le suicide économique européen de la BCE

Suite aux déclarations de Nicolas Sarkozy, Jean-Claude Trichet a défendu sa politique lors des rencontres économiques d’Aix en Provence en justifiant la remontée des taux de la BCE par sa volonté de lutte contre l’inflation. Mais, malheureusement, cet argument n’est pas juste.

« La stabilité des prix protège les plus démunis et les plus défavorisés de nos concitoyens » : ce n’est pas sans un certain culot que le président de la BCE a justifié la politique d’euro cher de la Banque Centrale Européenne. En effet, c’est aussi lui qui demande aux entreprises de ne surtout pas céder aux revendications de hausse des salaires alors que la hausse de l’inflation provoque des pertes de pouvoir d’achat (2,7% de hausse des salaires au premier trimestre en France, contre une inflation à 3,3% en mai). Pire, ces chiffres ne sont que des moyennes qui ne prennent pas en compte le fait que les ménages modestes subissent une inflation sensiblement plus forte (sans doute 4 à 5%) puisque la part de leurs dépenses consacrée à l’énergie et à l’alimentaire est plus grande que la moyenne nationale. C’est bien la situation actuelle qui frappe les plus démunis.

Pire, de nombreux économistes contestent clairement la politique de la BCE. Si en théorie classique, la hausse des taux, par l’effet dépressif qu’elle induit sur la demande, contribue à faire baisser les prix, la situation à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui est complètement différente. La hausse des prix est concentrée sur quelques produits bien spécifiques et n’a pas provoqué la moindre course entre salaires et prix, scénario qui avait prévalu dans les années 70. En outre, ce n’est pas la demande européenne qui est responsable de la hausse de la demande. Résultat, en l’absence d’action sur les raisons de la hausse de la demande (qui vient d’Asie), ce resserrement des taux est un inutile garrot sur une économie européenne déjà asphyxiée par le niveau de l’euro.

Encore pire, plusieurs économistes affirment que la politique de la BCE contribue au contraire à augmenter l’inflation ! Un double mécanisme est à l’œuvre. Tout d’abord, la divergence de politique monétaire entre l’Europe et les Etats-Unis contribue à maintenir un euro cher et un dollar bon marché. Comme le pétrole est payé en dollar, cela pousse les pays producteurs à faire monter son prix pour compenser la baisse du dollar. Mais surtout, la politique de taux restrictive de la BCE contribue à déprimer les marchés financiers en plus des marchés immobiliers. Résultat, les investisseurs réorientent leur placement vers les matières premières, seul marché leur offrant des perspectives de hausse, poussant donc les prix à la hausse, et donc l’inflation ! Si la BCE avait baissé ses taux, alors la reprise des marchés financiers auraient diminué la spéculation sur les matières premières et donc l’inflation !

La meilleure preuve de cette théorie réside dans les chiffres d’inflation des deux parts de l’Atlantique. Les dernières statistiques font état de 4,2% d’inflation aux Etats-Unis et de 4% dans la zone euro. En clair, l’inflation ne s’emballe pas plus des deux côtés de l’Atlantique. Pourtant, les politiques suivies divergent fortement puisque, depuis un an, la Fed a baissé ses taux de 3,25 points à 2% alors que la BCE les a montés de 0,25 point à 4,25%. Résultat, le dollar s’est déprécié de 20%, augmentant le prix des produits importés. La divergence de politique monétaire aurait donc dû provoquer un dérapage beaucoup plus fort de l’inflation aux Etats-Unis, où tout se conjugue pour une hausse plus forte. Mais l’absence de différence montre bien que la politique de taux n’influe pas, ici, sur l’inflation.

Depuis plus de quinze ans, Jean-Claude Trichet asphyxie inutilement les économies européennes. Il serait grandement temps de faire le bilan de cette BCE, ce que Nicolas Sarkozy sait faire, et surtout, d’en tirer toutes les conséquences, ce qui ne l’avait pas beaucoup intéressé à Lisbonne...

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/07/07/critique-par-paris-m-trichet-defend-la-politique-de-la-bce_1067178_3234.html#ens_id=951246, Alternatives économique juillet 2008