17.08.2011

Sommet franco-allemand : une bonne idée, une mauvaise et du bla-bla

Hier, Angela Merkel s’est rendue à l’Elysée pour une réunion sur la crise financière de la zone euro. Les deux chefs d’Etat ont fait un certain nombre de propositions pour l’ensemble des partenaires. Mais les propositions qui n’ont pas été faites ont également leur importance…

La Taxe sur les Transaction Financières

Et il faut noter qu’une d’entre elle est très positive : une Taxe sur les Transactions Financières sera rapidement proposée, une idée pour laquelle je me bats depuis le début du blog. Les opinions publiques évoluent, comme l’avait montré un vote du Parlement européen. Les difficultés des finances publiques pourraient permettre une avancée décisive sous peu. Une telle taxe réduira la spéculation et fera davantage contribuer la finance à la collectivité, comme le dit Joseph Stiglitz.

Bien sûr, des risques de blocage existent. Il n’est pas évident que certains pays ne cherchent pas à s’y opposer. En outre, la question du taux, cruciale, n’est pas tranchée. Enfin, sans contrôle des mouvements de capitaux, son effet pourrait être limité si les transactions financières en profitent pour émigrer en dehors de la zone euro. Malgré tout, ne boudons pas notre plaisir. Le plus important est qu’elle soit mise en place car après, elle pourra toujours être améliorée.

La camisole budgétaire et le bla-bla

Malheureusement, une autre mesure sera proposée aux autres chefs d’Etat et de gouvernement, la camisole budgétaire, la constitutionnalisation de l’interdiction des déficits budgétaires. Même s’il est important de respecter l’argent public, j’y suis fermement opposé pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il s’agit d’une nouvelle restriction dans la politique économique des Etats (après l’indépendance des banques centrales) les politiques n’ont pas à céder à la corbeille.

Ensuite, il est paradoxal de mettre en place une telle règle alors que nous venons tout juste de vivre un épisode économique où il aurait forcément fallu la mettre entre parenthèses. Dès lors, pourquoi mettre en place une règle qu’il faudra violer en cas de crise ?

La proposition de gouvernement économique présidé par Von Rompuy est purement cosmétique comme le démontre le fait qu’il ne se réunira que deux fois par an et qu’il doublonne avec le Conseil Européen...

Ce qui a été oublié

C’est il y a bientôt un an que l’idée d’euro-obligations a jailli dans le cerveau (malade ?) des partisans d’une intégration européenne, bien plus préoccupés par l’avancée de leurs idées fédérales que par la résolution des problèmes qu’affrontent les peuples européens depuis des années. Cela fait également bientôt un an que ces mêmes personnes soutiennent une augmentation des moyens du FESF pour faire face à la spéculation sur les dettes souveraines.

Et comme d’habitude, Angela Merkel et l’Allemagne ont refusé cette intégration irresponsable qui ne résoudrait rien. Bref, il faut croire qu’heureusement, cette voie est totalement bouchée et cela est complètement normal. L’Allemagne s’est déjà engagée à hauteur de plus de 100 milliards avec le FESF et les appels à la solidarité sont surtout des appels au portefeuille allemand, dont on peut penser qu’il s’est déjà suffisamment ouvert.

Bref, au global, le bilan de ce sommet est contrasté. J’en retiendrai en positif la TTF et l’absence d’euro obligations ou d’augmentation du FESF. Mais il est clair qu’il ne règle pas à la croissance molle du continent européen et aux crises spéculatives, comme l’explique Philippe Cohen.

Je publierai demain la deuxième partie de mon compte-rendu du livre coécrit par A-J Holbecq

02.07.2011

Les progrès de la taxe Tobin

Lentement, mais sûrement, le débat sur une taxation des transactions financières progresse, notamment Europe. Après le vote du Parlement Européen en mars, la Commission Européenne a évoqué cette piste pour augmenter ses ressources, tout comme le gouvernement italien.

Une réforme indispensable

La taxation des transactions financières, inspirée par James Tobin, présente de multiples intérêts. Tout d’abord, à un moment où les finances publiques sont dans le rouge partout dans le monde, elle représente un moyen non négligeable d’améliorer la situation. En effet, les transactions financières représentent 70 fois le PIB. Du coup, une taxe de 0.1% rapporterait théoriquement 50 milliards d’euros en France, même en prenant d’une baisse de deux tiers des transactions.

En outre, l’instauration d’une telle taxe présenterait deux bénéfices majeurs pour la nécessaire réforme de la finance. Tout d’abord, comme le soulignait Joseph Stiglitz dans « La grande désillusion », cela ferait davantage contribuer la finance à la collectivité. Mieux, en pénalisant la spéculation, elle aurait un effet structurel sur le système financier en favorisant les investissements à long terme au détriment de ceux à court terme et elle réduirait le volume de transactions.

Des progrès dans le débat public

La taxe Tobin a toujours été un des chevaux de bataille de l’association Attac. Mais depuis, elle est soutenue par de plus en plus d’économistes, et notamment les deux « prix Nobel d’économie » étasuniens progressistes, Joseph Stiglitz et Paul Krugman. Mieux, cette idée progresse dans les cercles politiques avec les déclarations de Gordon Brown en Grande-Bretagne, la décision du gouvernement italien ou avec la récente tribune de Paul Quiles sur Marianne.

Malgré tout, il faut éviter tout excès d’optimisme. Tout d’abord, de manière incompréhensible, le sujet n’est toujours pas arrivé sur la table du G20. En outre, il faut noter que l’enthousiasme du Parlement Européen était beaucoup moins grand pour une mise en place rapide. Enfin, la Commission Européenne souhaite surtout gagner des ressources propres et on peut à la fois refuser cette évolution et du choix des taxes qu’elle ferait si elle était en position de le faire.

Malgré tout, petit à petit, il semble que nous nous approchons de la mise en place d’une taxe sur les transactions financières. Mais il sera important de réfléchir à ses conditions de mise en place, et notamment au nécessaire contrôle sur les mouvements de capitaux.

24.03.2011

La réforme de la finance peut-elle passer par l’UE ?

Il y a quelques jours, le Parlement Européen a voté en faveur de l’instauration d’une taxe sur les transactions financières. Si ce vote, sans conséquence, démontre à nouveau le fonctionnement ubuesque de l’Union Européenne, il montre un changement d’état d’esprit bienvenu.

Les progrès des idées régulatrices

Bien sûr, ce vote restera sans conséquence et on pourra toujours se demander s’il aurait été similaire si les personnes qui avaient voté avaient réellement eu le pouvoir de mettre en place une taxe sur les transactions financières. En effet, une très large majorité des députés européens (529 pour, 127 contre) a voté en faveur de la mise en place d’une taxe sur les transactions financières qui pourrait théoriquement rapporter 200 milliards d’euros, une somme bienvenue aujourd’hui.

Mais, une majorité plus restreinte (360 pour, 299 contre), s’est prononcée pour son application immédiate grâce au soutien de la CDU et d’une majorité de l’UMP, qui ont voté en faveur de cette proposition venue des rangs de la gauche et des écologistes. En outre, les députés européens ont pris position pour réduire drastiquement l’usage des CDS et des ventes à découvert. Malheureusement, le gouvernement Français tient un double-discours qui freine les avancées sur ces sujets.

L’Europe : frein ou opportunité de réforme ?

On peut voir ce vote de deux manières : d’une part se dire que si les questions de réglementations financières avaient été confiées au Parlement Européen, à la majorité simple, alors nous aurions fait de véritables progrès. Cela pourrait soutenir un mouvement vers plus d’intégration. Mais de l’autre, on peut légitimement se demander si le vote n’aurait pas été différent s’il avait réellement eu une valeur légale, poussant alors les lobbys à intervenir.

En effet, ces écarts de majorité ne sont guère encourageants pour cette taxe sur les transactions financières, oubliée par le G20 et soutenue par Joseph Stiglitz. Outre le fait que dans des conditions réelles, la majorité serait tout sauf garantie, on peut imaginer que la Cour de Justice y trouverait à redire (en fonction du sacro-saint principe de liberté de circulation des capitaux), de même que la Commission Européenne, qui ne goûte guère cet interventionnisme.

Bref, plus d’Europe, ce ne serait pas forcément plus de régulation, comme on le constate depuis toujours. Et dans le cadre actuel, il est évident que la Grande-Bretagne, le Luxembourg et la Belgique freineraient des quatre fers. La seule solution serait une initiative de l’Allemagne et la France, avec l’Italie et l’Espagne pour créer une Zone Européenne Financière régulée, instaurant à la fois un contrôle des changes et une taxe sur les transactions financières.

L’intérêt de cette nouvelle est de montrer qu’il existe une vraie opportunité de réformer la finance à l’échelle du continent avec l’Allemagne. Mais pour cela, il faudra passer outre les règles actuelles de l’UE. Ce n’est pas l’Europe qui domestiquera la finance, mais quelques grands Etats décidés.

03.02.2011

Tout ce que le G20 a oublié

Nicolas Sarkozy a surpris par la modestie de l’agenda qu’il s’est fixé pour la présidence Française du G20. Il ne faut pas attendre de grandes révolutions, contrairement à ses déclarations fracassantes en faveur d’un nouveau Bretton Woods. Voici à quoi un agenda ambitieux aurait pu ressembler.

Remettre de l’ordre dans le commerce international

Une partie des déséquilibres économiques actuels vient des écarts trop importants dans les balances commerciales entre les pays excédentaires (Chine, Japon, Allemagne…) et les pays déficitaires (Etats-Unis, autres grands pays européens…). Ces déséquilibres portent en eux des phénomènes dangereux qu’un article du Monde a bien rappelé. Des mécanismes devraient être mis en place pour limiter excédents comme déficits comme le prévoyait la charte de la Havane.

Plus globalement, les écarts incroyables de rémunération (le salaire minimum bangladais vient d’augmenter de 80% à… 30 euros, par mois !) font des coûts salariaux le principal critère d’implantation. Ce système condamne les pays riches et limitera de facto le progrès salarial des pays en voie de développement du fait de la compétition salariale. Des écluses tarifaires doivent être mises en place pour permettre au pouvoir d’achat de suivre les gains de productivité au Nord comme au Sud.

Recréer un Système Monétaire International            

Cette guerre commerciale pousse aujourd’hui certains pays à utiliser leur monnaie pour gagner en compétitivité. Le yuan est sous-évalué de près de 50% par rapport au dollar, qui est lui-même sous-évalué d’environ 30% par rapport à l’euro. Alors que le protectionnisme tarifaire est devenu tabou, le système actuel permet un protectionnisme monétaire largement plus redoutable. Enfin, les Etats-Unis profitent toujours du bénéfice d’émettre la monnaie de réserve mondiale.

En fait, devant l’exubérance irrationnelle dont sont coutumiers les marchés (2001, 2008), on pourrait également se demander s’il est pertinent de laisser les marchés fixer le cours des monnaies. Bref, le monde a véritablement besoin d’un nouveau Bretton Woods pour réorganiser en profondeur le système monétaire actuel, créer un nouveau système de monnaie de réserve associant les principales monnaies du monde et radicalement réglementer la spéculation.

Réglementer la finance

Il y a également beaucoup à faire dans le domaine de la finance. La réforme des paradis fiscaux est une sinistre blague puisqu’il suffit de signer une convention avec une douzaine de pays (qui peuvent être des paradis fiscaux) pour sortir de la liste noire... Rien n’a changé et le pire est que certains petits pays européens (Luxembourg, Suisse…) continuent d’en profiter : cet article du Monde montre que plus de 50% de l’évasion fiscale Italienne va dans ces deux pays.

Il faudrait donc réinstaurer un contrôle sur les mouvements de capitaux. Il est proprement incroyable que l’argent soit exonéré de contrôles que les individus acceptent parfaitement dans la vie. Nicolas Sarkozy a raison de poser la question d’une taxe sur les transactions financières mais en la qualifiant d’infinitésimale, il montre bien que ses objectifs sont aussi infinitésimaux… Pourtant, une taxe Tobin d’au moins 0.1% serait un moyen puissant de faire contribuer la finance à la collectivité.

Enfin, malgré les crises financières, rien sur une séparation entre banques d’affaires et banques de dépôts. Pire, on laisse les banquiers établir les nouvelles règles prudentielles alors que les précédentes se sont révélées être totalement insuffisantes pendant la crise de l’automne 2008. Les politiques semblent ne pas vouloir  se mêler de ces questions pourtant éminemment politiques. Et parallèlement, on vient tout juste d’autoriser à nouveau les ventes à découvert.

Même si l’on pouvait prévoir que beaucoup ne tireraient pas les leçons de la crise, il est sidérant de constater à quel point les structures de l’économie mondiale n’ont pas changé depuis trois ans. Rendez-vous dans quelques années pour une nouvelle catastrophe…

23.05.2010

Réforme de la finance : Nicolas Sarkozy se moque du monde !

Nicolas Sarkozy répète à tout bout de champ qu’il faut moraliser le capitalisme et les marchés financiers, qu’il faut davantage de régulation. Mais comme d’habitude, il s’agit d’une posture, ainsi que le montre les échanges acides de la semaine entre Paris et Berlin.

Angela Merkel accélère

Autant la chancelière Allemande semble complètement fermée à toute remise en cause du libre-échange ou de la stratégie mortifère de désinflation compétitive de son pays, autant elle semble beaucoup plus ouverte aux idées de réforme de la finance, comme le montre son intervention de mercredi. Elle a pris parti pour une taxation de toutes les transactions financières, une taxe Tobin, ou une taxe sur les profits et les rémunérations, qui ressemble davantage aux propositions du FMI.

En outre, le gouvernement Allemand a choisi d’interdire les ventes à découvert sur les actions des banques et les dettes souveraines. Mais là, Paris a choisi de ne pas suivre comme l’a indiqué Christine Lagarde sur RTL. Ce mécanisme, qui avait été interdit au plus fort de la crise financière de l’automne 2008 sur de nombreuses places financières pour limiter la spéculation, permet aux investisseurs de vendre une action avant de l’avoir acheté pour parier sur sa baisse, souvent avec une couverture minime.

Pour une fois, les idées venant de Berlin sonnent justes. Alain Duhamel ne s’est pas privé d’ironiser sur le fait que les opérateurs financiers pourront toujours continuer à vendre à découvert à Londres. C’est malheureusement la carence de cette proposition dans un monde où les mouvements de capitaux sont libres. Mais cela signifie aussi que si la France rejoignait l’Allemagne et mettaient en place un contrôle des changes, alors il serait possible de le faire à l’échelle de la zone euro…

Nicolas Sarkozy et Christine Lagarde freinent

Quelle surprise donc d’entendre, par la voix de Christine Lagarde, que la France ne souhaite pas suivre l’Allemagne sur ce sujet. Le président de la République parcourt la planète en stigmatisant les agissements des spéculateurs et des banques. Il passe son temps à dire qu’il faut davantage de régulation, affirme que plus rien ne sera jamais comme avant et que c’est la vision Française d’une plus grande réglementation qui doit s’imposer au monde.

Mais quand notre principal partenaire fait des propositions et avance concrètement sur le sujet, alors il n’y a plus personne. Le gouvernement va jusqu’à reprendre les arguments des défenseurs du système en parlant du risque de manque de liquidité qu’une telle mesure pourrait provoquer. Bref, comme d’habitude, Nicolas Sarkozy nous sert de belles paroles totalement en contradictions avec les décisions du gouvernement, alors qu’il avait une occasion unique de faire avancer la réforme de la finance.

C’est une excellente nouvelle de constater que l’Allemagne semble prête à vraiment avancer sur ce sujet. Il faut dire que notre voisin d’outre-Rhin n’est pas très porté sur la spéculation, lui qui privilégie le capitalisme des petites et moyennes entreprises, souvent familiales. Nous sommes donc en train de passer à côté d’une occasion unique de faire de l’Europe le pionnier de la réforme financière car la zone euro est une zone financière auto-suffisante qui peut imposer ses règles.

Il est extrêmement réjouissant de voir Berlin avancer des idées alternatives pour réformer la finance. Malheureusement, la duplicité de Nicolas Sarkozy freine toute avancée. Au moins, ses nouvelles contradictions auront été révélées…

26.04.2010

18 propositions concrètes pour réguler la finance

La violence de la crise aurait du provoquer une remise en question du système. Paradoxalement, la rapidité du sauvetage et les moindres conséquences de la crise par rapport à celle de 1929 font que rien n’avance. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir les solutions en main.

Des intellectuels alternatifs se sont levés

Venus de toutes les familles de pensée, de la gauche (Frédéric Lordon, Jacques Généreux, Emmanuel Todd, Jean-François Kahn ce week-end sur son blog dans un très bon papier), du libéralisme humaniste (Jean-Luc Gréau, Maurice Allais), du libéralisme étasunien (Paul Krugman, Joseph Stiglitz, Robert Reich) ou d’ailleurs (Jacques Sapir, Paul Jorion), un nombre toujours plus important d’économistes et d’intellectuels nous proposent des solutions pour refonder le système économique. Je vous propose ici les 18 mesures emblématiques que j’ai retenues. Oui, un autre monde est possible !

Assurer une meilleure contribution de la finance à la collectivité

1.   Confier à nouveau la création monétaire à l’Etat : il n’est pas normal que les banques puissent aujourd’hui emprunter à 1% auprès des banques centrales pour prêter ensuite aux Etats entre 3 et 7%. L’Etat doit reprendre le contrôle de la création monétaire et retrouver la possibilité de monétiser sa dette s’il le souhaite, en revenant sur la loi de 1973. Cela sera sans doute la solution pour éviter une dépression en Europe.

2.   Instaurer une taxe Tobin significative (0.1 à 1%) sur toutes les transactions financières : cela permettra de faire davantage contribuer le monde financier à la collectivité tout en réduisant la spéculation à court terme, dont les coûts seront alors démultipliés. En outre, cela permettrait de réduire le fardeau des dettes contractées par les Etats pour sauver le monde de l’implosion financière.

3.   Instaurer une taxe sur les fusions et acquisitions : les rachats d’entreprise sont souvent l’occasion pour les actionnaires d’extraire toujours plus de valeur sous la forme de licenciements. Ce coût pour la collectivité devrait être compensé par une taxe exceptionnelle fonction du montant de la transaction, ce qui limiterait également les rachats d’entreprise à l’utilité douteuse.

4.   Créer un grand pôle public bancaire : aujourd’hui, les immenses profits des activités de détail des banques en France et dans le monde montrent que cette activité est un oligopole absolument pas concurrentiel qui vit telle une sangsue sur le dos de l’économie réelle et de ses clients. L’Etat pourrait instaurer une plus grande concurrence en créant une grande banque publique (autour de LCL ?) qui proposerait ses services à des tarifs raisonnables.

5.   Mettre fin à la course sans fin et mortifère à la rentabilité : hier, il fallait dégager 5% de rentabilité sur capitaux investis, aujourd’hui 15%, demain 25% ? Pour éviter que les fruits de la croissance ne soient totalement vampirisés par les actionnaires, comme le recommande Frédéric Lordon, nous pouvons mettre en place un SLAM (Shareholder Limited Authorized Margin), une limite au-delà de laquelle l’Etat taxe de manière confiscatoire (90% par exemple) toute rémunération supplémentaire, à la manière de Franklin Roosevelt.

6.   Encadrer strictement les bonus : quand tout va bien, les banquiers touchent des bonus colossaux et quand tout va mal, ils sont aidés par l’Etat et si leurs bonus sont réduits, il n’en reste pas moins très confortables. Il faut donc instaurer une nouvelle tranche d’IR pour les très hauts salaires (au-delà de 500 000 euros), et systématiser l’étalement du paiement du bonus ainsi que la possibilité de bonus négatifs.

Réellement encadrer le système financier

1-   Séparer à nouveau les banques de dépôt et d’affaires : pour protéger les banques de dépôt des excès des marchés, la Grande Dépression avait enfanté le Glass Steagall Act. Son abrogation par l’administration Clinton porte une lourde part de responsabilité dans la crise et il faut donc revenir dessus.

2-   Interdire toute transaction avec les paradis fiscaux : les normes de l’OCDE sont une sinistre plaisanterie. Les paradis fiscaux ont simplement conclu des conventions de partenariat avec quelques micro-Etats pour échapper à l’opprobre international. Pourtant, au moins à l’échelle européenne, un véritable blocus permettrait de mettre fin à ces trous noirs de l’argent sale et du moins-disant fiscal.

3-   Remettre en place un contrôle des mouvements de capitaux : la crise asiatique nous a enseigné que les pays qui encadrent les mouvements de capitaux sont moins sensibles aux crises financières. L’anarchie financière fait que les errements du marché immobilier étasunien sème la désolation sur la planète entière. Comme dans les bateaux, il est donc crucial de compartimenter les cales en remettant des frontières financières pour éviter qu’une seule voie d’eau ne menace de faire couler à elle seule l’économie mondiale.

4-   S’assurer que les agences de notation font leur travail : la crise a fait apparaître les limites d’un système où les agences sont à la fois juges et parties puisqu’elles doivent évaluer les institutions financières qui sont également leurs clients pour la certification de leurs produits. Il est impératif de séparer la fonction de conseil de celle d’évaluation pour éviter les conflits d’intérêt patents apparus pendant la crise

5-   Créer une seule agence de supervision financière : les dirigeants politiques ont tendance à multiplier les organismes de surveillance du système financier. Malheureusement, le système a besoin pour sa stabilité d’un organisme fort, répondant directement au ministre des finances de manière à ce que les politiques prennent toute leur part de responsabilité.

6-   Revenir sur les normes de comptabilité « marked to market » : le comité Bâle 2 avait établi un changement majeur dans la comptabilité des entreprises, mettant en place une comptabilisation des actifs à la valeur des marchés (au lieu de la valeur d’achat). Cette mesure a créé un double cercle vicieux. En période de croissance, cela démultiplie les capacités de financement, et donc favorise les bulles. En période de krach, cela accélère les baisses, la chute des cours imposant de vendre pour restaurer les ratios, faisant davantage plonger les cours et provoquant une nouvelle dépréciation…

Limiter les excès du monde de la finance

1.   Réduire l’effet de levier des institutions financières : aujourd’hui, avec des montages, il est possible de placer 100 avec à peine 1 de capital. Il est essentiel de proposer des normes prudentielles qui assurent la stabilité du système financier. Les normes de Bâle 2, conçues par les banques, étaient insuffisantes (8% de capitaux propres). Les politiques doivent reprendre la main et définir de nouvelles normes au regard de la crise de 2008 (quitte à imposer 15% de capitaux propres et plus encore sur les produits les plus risqués). Les normes pourraient également être d’autant plus strictes que les produits sont complexes…

2.   Interdire ou encadrer très strictement les LBO : certains fonds de placement utilisent cette technique qui revient à faire payer par l’entreprise que l’on rachète l’emprunt utilisé pour la racheter. Cette technique permet alors de déduire fiscalement les pertes financières des profits, ce qui permet d’éviter de payer des impôts…

3.   Interdire la titrisation et le hors-bilan : la gravité de la crise s’explique en partie par les mécanismes que les banques ont utilisé pour passer outre les normes prudentielles. Certains banques ont ainsi réussi à placer un tiers de leurs actifs hors bilan, en-dehors de toutes règles. La titrisation leur a également permis de transformer des créances contre lesquelles elles devaient conserver des capitaux propres en titres qui leur permettaient d’emprunter davantage ! Ces pratiques doivent être interdites

4.   Interdire les achats à découvert : les achats à terme ou à découvert permettent de spéculer à la baisse sur la valeur d’un titre en prenant une option d’achat que l’on revend au prix du jour pour faire baisser le cours, de manière à empocher la différence. Ils ont momentanément été interdits pendant la crise. Cette interdiction devrait être définitive.

5.   Interdire la spéculation sur les matières premières : l’envolée du prix des matières premières jusqu’à la mi-2008 avait pour principale raison le report de la spéculation suite aux baisses du marché de l’immobilier et de la bourse. Mais cette spéculation peut affamer des populations. Des règles extrêmement strictes doivent être mises en place pour éviter une redite (ne permettre l’achat de dérivés qu’à des professionnels capables de réceptionner la marchandise par exemple).

6.   Interdire les dark pools : à mille lieues du discours de transparence des partisans de la déréglementation, cette nouvelle invention consiste à assurer l’opacité des ventes et achats de titres, ce qui augmente encore l’instabilité du système.

Naturellement, cette contribution n’a pas l’ambition d’être définitive mais plutôt de susciter un débat sur les moyens de remettre la finance au service de l’ensemble de l’économie et des citoyens. Tout commentaire sera le bienvenu ! Demain, j’étudierai les modalités de mise en place de cette réforme.

20.04.2010

Europe : des solutions pour éviter la dépression

Lentement mais sûrement, le piège se met en place. Après déjà une décennie économiquement piteuse, l’Europe s’apprête à s’enfoncer volontairement dans la dépression en choisissant des politiques économiques déflationnistes. Il existe pourtant des solutions.

Première solution : la fin de la monnaie unique

La gravité de la crise est la conséquence directe de la mise en place de l’euro. A ce titre, l’exemple de l’Espagne est extrêmement parlant. Voilà un pays qui affichait la dette publique la plus faible de la zone euro (à peine 40%), un excédent budgétaire depuis des années et un dynamisme économique exemplaire. Malheureusement, cette belle histoire était un malentendu dont la cause unique était l’euro, pour une simple raison : des taux d’intérêts trop faibles.

A 4% au milieu des années 2000, les taux de la BCE étaient totalement inadaptés à un pays où la croissance économique approchait les 4% et l’inflation les 3%. La croissance nominale du PIB, proche de 7%, excédait largement le coût de l’argent. Du coup, une immense bulle s’est créée, principalement dans l’immobilier. Son explosion a provoqué une récession dont l’Espagne  ne sort pas alors qu’une politique monétaire nationale aurait permis d’éviter cette bulle (par une hausse des taux).

La première solution est une transformation de l’euro en une monnaie commune, avec un retour aux monnaies nationales, ce qui permettra à chaque pays de mener une politique économique adaptée à sa réalité et non de subir une politique unique, soit trop restrictive (et facteur de dépression), soit trop laxiste (et donc facteur de bulle). L’euro, à travers sa surévaluation et la rigidité de sa politique unique est bien un des principaux responsables de la faiblesse économique de l’Europe.

Deuxième solution : la monétisation de la dette

Mais, si une sortie de l’euro est une solution essentielle pour retrouver le chemin de la croissance à moyen terme, les pays européens se trouvent confrontés à un amoncellement de dettes inquiétant pour l’avenir car toute politique de réduction des déficits risque de freiner une croissance pourtant essentielle pour permettre aux Etats de payer cette montagne d’engagements. Et là, pour éviter une forte hausse des impôts ou une forte baisse des dépenses publiques qui auraient toutes les deux des effets récessifs et pour éviter une déflation à la japonaise, il faut envisager des solutions non conventionnelle.

La première solution est une monétisation de la dette. En 1973, la France a renoncé à cette possibilité et la planche à billet est encore vue aujourd’hui comme une pratique dangereuse, qui peut mener à l’hyperinflation, comme cela a été le cas dans certains pays d’Amérique Latine. Cependant, la crise devrait casser ce tabou puisque les Etats-Unis comme la Grande-Bretagne y ont eu recours. Mieux, pour la première fois depuis des décennies, la base monétaire est en baisse en Europe. Une monétisation de la dette ne présenterait donc aucun risque inflationniste aujourd’hui.

Troisième solution : la Zone Européenne Financière couplée à une taxe Tobin

Mais surtout, cette monétisation aiderait les Etats à refinancer leur dette sans instaurer une rigueur trop violente qui risque de tuer toute reprise dans l’œuf et faire entrer notre continent dans une dépression à la japonaise. Mieux, on pourrait imaginer mettre en place une Zone Européenne Financière autonome au sein de laquelle toutes les transactions financières seraient taxées (entre 0.1 et 1%), alimentant un fond commun de la Zone qui pourrait alors reprendre (cas d’école) la moitié de la dette publique des Etats participants, pour les motiver à rejoindre cette zone.

Les Etats-membres de la ZEF s’engageraient en échange à ne pas mener de politiques économiques non coopératives. On pourrait imaginer qu’un taux minimum d’impôt sur les sociétés (égal, par exemple, à 80 ou 90% de la moyenne des pays membres) pourrait être mis en place, ainsi que d’autres réglementations à minima (contrôle des mouvements de capitaux, boycott des paradis fiscaux). De la sorte, l’ensemble des Etats de l’Union Européenne aurait une forte incitation à rejoindre cet ensemble dont la France pourrait être le pionnier, idéalement avec l’Allemagne, sinon avec l’Europe Latine.

L’immense endettement hérité de la crise pose un problème dans le cadre de l’euro car les Etats européens risquent de s’auto-entraîner dans la dépression par des politiques de rigueur. Seules des solutions radicales nous permettront d’éviter une nouvelle décennie de croissance molle.

NB : l’idée de ZEF n’est pas une invention de ma part, mais la reprise d’une proposition de Frédéric Lordon.

01.12.2009

La régulation de la finance est au point mort

Le simple titre de l’article du Monde Economie montre que rien n’avance depuis un an puisque le quotidien du soir se demande encore « peut-on taxer la finance ? ». L’analyse des journalistes montre cruellement l’écart entre les mesures et les grandes déclarations du G20…

Des « paradis fiscaux » toujours aussi obscurs

C’est bien ce qui est terrifiant étant donné que nous avons traversé la crise économique la plus violente depuis 80 ans. Un autre article au titre savoureux montre bien que s’il n’y a plus de pays dans la liste noire des « paradis fiscaux », dans la réalité, rien n’a changé puisque, comme un expert l’affirme « même si les paradis fiscaux ne sont plus censés exister, ils existent encore. Il y a toujours des moyens de contourner la réglementation ». En clair, les grandes déclarations des dirigeants de la planète ne sont que du flan destiné à rassurer une opinion publique qui n’est pas dupe.

Dans le cas des « paradis fiscaux », l’article montre bien que les nouvelles règles n’ont strictement rien amélioré. En effet, pour quitter la liste noire, il faut fournir des informations aux pays qui le demandent, mais les enfers de l’argent sale contournent la réglementation en exigeant des « éléments prouvant l’existence d’un délit », sachant qu’ils camouflent souvent ces preuves… Pire, pour quitter la zone grise, il faut signer des conventions de partenariat avec seulement une douzaine de pays, quels qu’ils soient. Mais le Groenland vaut autant que les Etats-Unis ou la France…

Une finance toujours aussi libre

De même, on attend toujours le moindre début de proposition pour mieux réglementer le risque pris par les institutions financières. Même s’il s’agit d’un sujet complexe, on sent bien les résistances du milieu bancaire, qui ne veut pas vraiment de changement et pourrait se satisfaire d’une situation où il profite d’une assurance vie gratuite…. On évoque une taxation des transactions financières, des profits des banques ou des bonus : il fallait bien une année pour trouver des idées aussi originales !

Et même si quelques personnalités britanniques évoquent l’idée d’une taxation des transactions financières, l’absence de progrès de cette idée laisse penser que rien de sérieux ne sera fait. Si même un journal dit de gauche en est encore à se poser la question de la capacité des pays à le faire… Car derrière, cela indique en creux qu’ils ne croient pas que cela soit possible. Au mieux, nous aurons un étalement des bonus (pratique qui existait déjà) et une taxation des activités les plus dangereuses, une restriction qui sera facilement contournable, et qui limitera la contribution de la finance à la collectivité.

Alors que le casino financier mondial a manqué provoquer une catastrophe économique comparable à la Grande Crise de 1929, les gouvernements peinent toujours autant à avancer. Ils se contentent de mesurettes ridicules qui ne sont pas à la hauteur de l’enjeu.

29.11.2009

Les conversions de Paul Krugman

Il y a dix ans, Paul Krugman disait que « la mondialisation n’était pas coupable ». Mais avec le temps, cet économiste réputé, récent titulaire du prix Nobel d’économie, prend un virage qui l’amène de plus en plus à remettre en cause les dogmes néolibéraux.

Plaidoyer pour une taxe Tobin

Ceux qui lisent ce blog depuis quelques temps savent que c’est une de mes marottes. C’est donc avec un immense plaisir que j’ai découvert grâce à Edgar du blog La lettre volée que Paul Krugman s’est prononcé en faveur de la mise en place d’une taxe Tobin dans un de ces éditoriaux du New York Times. En fait, il rebondit sur les propositions faites par le régulateur du marché financier britannique, et les récentes déclarations de Gordon Brown au G20. Pour l’économiste, « le temps est venu pour une taxe sur les transactions financières » !

Son raisonnement est simple et reprend celui de James Tobin. Pour lui, une telle taxe n’handicapera pas les investissements à long terme mais elle pénalisera lourdement les placements spéculatifs à court terme, ce qui devrait réduire la spéculation financière. Pour lui, l’argument d’une mise en place difficile ne tient pas du fait de la centralisation des échanges. En outre, il souligne qu’elle handicaperait les placements à court terme, en bonne partie responsables de la crise. S’il reconnaît que cette taxe ne réglerait pas tout, elle limiterait la spéculation et améliorerait la contribution de la finance à la collectivité.

Un virage protectionniste

C’est Malakine qui m’avait alerté sur ce papier, qui montre que la pensée du prix Nobel d’économie 2008 a également beaucoup évolué sur les questions commerciales. En effet, alors qu’il était un ardent défenseur du libre-échange dans les années 90, il porte aujourd’hui un regard plus critique et plus pragmatique. Mais il faut dire qu’il n’a jamais fait partie des théologiens du libre-échange incapables d’admettre la moindre critique à l’égard de la libéralisation du commerce.

Paul Krugman met donc deux bémols au libre-échange. Le premier date de 1995, quand il soulignait déjà que la baisse des coûts de transport pouvait mener à des délocalisations importantes, qui se font au détriment des pays du Nord. Cette année, il a également remis en cause la liberté des échanges en soutenant les clauses de « préférence nationale » dans le cadre des plans de relance, arguant que leur absence contribuait à favoriser les pays qui profitent du plan des voisins sans rien faire eux-mêmes.

L’évolution de Paul Krugman est particulièrement intéressante car elle a lieu dans un pays où la liberté passe avant tout. Et finalement peut-être à cause de ce biais qui produit plus d’excès, les Etats-Unis produisent des intellectuels qui pensent à l’économie d’après.

26.11.2009

Nouveau coup de pouce pour la taxe Tobin

Après le président de l’autorité de régulation de la finance, c’est au tour de Gordon Brown de se prononcer en faveur d’une taxe très proche de la taxe Tobin en Grande-Bretagne. Réelle avancée ou faux-semblant ?

Révolution en Grande-Bretagne

The Economist rapporte cette proposition du Premier Ministre britannique dans un article titré « mesures désespérées ». Lors de la réunion du G20 du 7 novembre, Gordon Brown a évoqué l’idée d’une taxe globale sur les transactions financières destinée à financer un fond d’assurance au cas où les banques auraient à nouveau besoin d’un soutien financier des gouvernements lors d’une crise financière. Même la Grande-Bretagne semble donc faire un pas en faveur d’une plus grande contribution du monde de la finance à la collectivité suite à la terrible crise d’il y a un an.

La proposition du Premier Ministre britannique rappelle certaines solutions évoquées aux Etats-Unis. En effet, devant l’immensité des sommes mobilisées par l’Etat dans les deux pays, il y a un consensus politique pour imposer, sinon une nouvelle taxe sur la finance, au moins une forme d’assurance obligatoire pour compenser la garantie de fait que l’Etat leur donne en cas de crise. The Economist note même avec horreur que les conservateurs se sont à peine opposés à l’idée et évoquent eux-aussi l’idée d’une assurance obligatoire pour les banques ou une réduction des bonus !

Réelle avancée ou faux-semblant ?

A court terme, il y a pourtant peu de chances que cette annonce soit autre chose qu’une gesticulation électoraliste pour mobiliser un électorat écœuré par une crise qui aura vu les Etats voler au secours des banques sans se soucier des difficultés des individus. Gordon Brown ne semble pas sérieusement vouloir mettre ce sujet à l’ordre du jour sinon il aurait essayé de trouver des appuis parmi les autres dirigeants du G20 pour faire avancer l’idée. Rien n’aurait été plus facile tant certains pays flirtent avec l’idée. Il aurait pu demander de lancer un groupe de travail sur le sujet par exemple.

Cependant, cette annonce du Premier Ministre britannique recèle sans doute une avancée pour un avenir plus lointain. En effet, cette conversion orale à l’idée d’une taxe sur les transactions financières de la part d’un des dirigeants de la planète qui a le plus contribué à la globalisation néolibérale peut contribuer à populariser cette idée et à lui faire dépasser le cadre un peu trop étroit des penseurs alternatifs. En cela, cela ouvre peut-être la voie à sa mise en place dans quelques années.

Bien sûr, tout laisse à croire que la déclaration de Gordon Brown est principalement électoraliste, tant il ne fait rien pour réellement mettre en œuvre une telle taxe. Cependant, il aura contribué à populariser l’idée.

Source : The Economist 13 novembre