18.06.2011

Le M’PEP enterre l’Union Européenne

Samedi dernier, le M’PEP, parti politique rassemblant d’anciens membres d’Attac désireux de passer à l’action politique, organisait un colloque passionnant sur l’avenir de l’Union Européenne, avec Emmanuel Todd, Jacques Sapir et Frédéric Lordon. Petit compte-rendu d’une journée passionnante.

La nécessaire désobéissance à l’Union Européenne

Il est forcément réjouissant de voir un autre parti adopter une ligne politique aussi offensive à l’égard de la construction européenne. Le M’PEP de Jacques Nikonoff fait ainsi partie de ceux qui font campagne pour la sortie de la monnaie unique et qui ont également sorti un livre sur le sujet, comme Nicolas Dupont-Aignan, dont « L’arnaque du siècle » en est déjà au 4ème retirage depuis la sortie le 31 mars 2011, signe d’un intérêt évident des citoyens pour ces questions.

Aurélien Bernier, le porte-parole du mouvement a récemment sorti « Désobéissons à l’Union Européenne », appelant carrément à sortir de l’ordre juridique européen, à reconnaître l’inaliénabilité de la souveraineté nationale et à restaurer la primauté du droit national sur le droit européen. En fait, le M’PEP rassemble une gauche qui ne place plus aucun espoir dans l’Union Européenne telle qu’elle existe aujourd’hui et pour laquelle les rêves d’Europe sociale au sein de l’UE sont des chimères.

Il y a donc là un véritable clivage avec le reste de la gauche de la gauche pour qui l’Europe reste une solution. D’ailleurs, plusieurs militants du Front de Gauche étaient présents (de même que du MRC et d’ailleurs). Il faut dire que le parti de Jean-Luc Mélenchon semble hésitant sur ces questions. Même si le dernier programme du PG semble indiquer un virage plus souverainiste, le parti ne semble pas avoir définitivement tranché cette question si importante.

Un festival alter européen

L’après-midi a été consacré aux interventions d’Emmanuel Todd, Jacques Sapir, Frédéric Lordon, Jacques Nikonoff et Bernard Cassen et aux échanges avec la salle. Les intervenants étaient sur la même longueur d’onde. Ils ont souligné l’impasse absolue dans laquelle se trouve l’Europe aujourd’hui et la crise terminale à venir de l’euro, soulignant que les plans actuels ne font que chèrement gagner du temps et que la monnaie unique fait clairement partie du problème.

Nous avons même eu droit à un mea culpa d’Emmanuel Todd sur son soutien au TCE (pour « maintenir une bonne ambiance entre pays européens »). Très en forme, il a affirmé que l’UE était en voie d’autodestruction et que l’on assistait déjà à un retour des nations, une « envie d’être dans la merde ensemble » ! Pour lui, la fin de l’euro pourrait être une merveilleuse expérience, qui va mettre « l’imagination au pouvoir ». Il en a appelé à dépasser le clivage gauche droite.

Il a reconnu que les questions financières étaient importantes, tout comme Frédéric Lordon a admis que le protectionnisme est un véritable enjeu, mais que ce dernier sujet n’était pas son « avantage comparatif » dans le cadre « de la division du travail ». Jacques Sapir se situait à la croisée des deux intellectuels, ayant synthétisé dans son dernier livre les critiques commerciales et financières de la mondialisation pour en appeler à une « démondialisation » globale.

Ce dernier a pris l’exemple de la fusée Europa, projet européen qui ne fonctionnait pas, qui fut sur les rails quand la France proposa d’en prendre le leadership, ce qui aboutit à la constitution d’Ariane. Jacques Sapir a également souligné que l’Allemagne avait clairement intérêt à abandonner l’euro car si son explosion lui coûtera 2 points de PIB, son maintien imposerait des transferts de l’ordre de 3.5 à 4 points du PIB tous les ans… Bref, l’euro est d’ors et déjà condamné.

L’intérêt de ce colloque était de se projeter dans l’Europe d’après l’euro, une Europe où la France jouera un rôle majeur, une Europe dont l’objectif ne sera pas de sauver cette monnaie artificielle qu’est l’euro mais de protéger les peuples qui la composent et d’investir pour l’avenir.

29.05.2011

Europe : le cauchemar économique qui donne raison au « non » de 2005

Il y a six ans, nous dénoncions cette Europe anti-démocratique, technocratique et néolibérale, qui avait oublié que le progrès se doit d’être social en faisant de la « concurrence libre et non faussée » l’objectif monstrueux du TCE. Malheureusement, les faits montrent que nous avions raison.

Une impasse économique insoluble

En 2005, comme en 1992, on nous a dit que plus d’Europe, ce serait plus de croissance et plus d’emplois. Il n’y a plus que les banquiers centraux pour tenir encore un tel discours complètement déconnecté de la réalité de ce que vivent les peuples, à Athènes, Dublin, Lisbonne, Madrid, mais aussi à Berlin, où les salaires stagnent depuis quinze ans. Loin d’être progressiste, cette Europe organise une immense régression sociale sur toute la partie occidentale du continent.

En effet, les politiques européennes menées depuis 25 ans produisent d’immenses déséquilibres provoqués par la conjonction de la monnaie unique et de l’ouverture anarchique des économies européennes aux mouvements de biens et de capitaux. En outre, la situation actuelle n’est pas tenable, comme le rapporte très justement Patrick Artus dans une nouvelle note. Le chef économiste de Natixis démontre à son corps défendant que la zone euro est condamnée.

Il commence par faire une synthèse utile des immenses déséquilibres de la zone euro, où l’on voit que paradoxalement, alors que des monnaies nationales permettaient de faire converger les économies européennes, une monnaie unique les fait diverger. Ensuite, il souligne les écarts colossaux d’évolution des coûts salariaux entre les pays et les déséquilibres immenses des balances de paiement (jusqu’à 10% de déficit pour la Grèce et le Portugal).

Les deux issues qui n’en sont pas

Patrick Artus voit deux solutions. La première, qu’il balaie rapidement, est un fédéralisme budgétaire, mais devant l’ampleur des problèmes, il faudrait que l’Allemagne accepte de transférer plusieurs points de PIB tous les ans vers l’Europe du Sud. Cela est bien sûr totalement illusoire, après l’intégration de l’ancienne Allemagne de l’Est et  avoir consenti à une stagnation des salaires pour assurer la compétitivité de l’industrie nationale en Europe. En outre, cela ne règlerait pas tout.

La seconde solution consiste à une baisse des salaires et de la demande intérieure pour équilibrer la balance des paiements courants. L’économiste chiffre l’effort à 3-4% du PIB pour la France, l’Espagne et l’Italie et 10% pour la Grèce et le Portugal. Mais la baisse de la demande devrait être nettement supérieure pour produire un tel ajustement, puisqu’elle comprime également la demande de produits intérieurs. On peut anticiper un effort environ deux à trois fois plus important.

Bref, en l’absence de possibilité de dévaluation, Patrick Artus nous promet une austérité inédite et sauvage. Et d’ailleurs la situation de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne nous démontre aujourd’hui que cette construction économique est une impasse qui ne pousse qu’à une immense régression sociale, une envolée du chômage et un effondrement du pouvoir d’achat, tout ça pour ne pas remettre en cause cette monnaie unique, ce veau d’or du 21ème siècle.

Il y a quelque chose d’effrayant à voir cette Europe refuser même la moindre restructuration de la dette grecque, par la voix d’Herman Von Rompuy ou de Jean-Claude Juncker. Au nom de cette Europe, le peuple grec est simultanément saigné et pillé (avec une vague de privatisations des services publics qui va donner de belles rentes de situations à des entreprises étrangères) alors que les créanciers de la Grèce, et notamment les banques, sont totalement protégés.

Le prix à payer n’est-il pas totalement démentiel ? La colère populaire est totalement légitime et ne va pas se calmer de sitôt. Tôt au tard, les peuples du Sud de l’Europe finiront par se révolter démocratiquement pour sortir de cette impasse. On ne peut pas saigner un pays sans réaction.

23.10.2010

Nicolas Sarkozy : une main molle dans un gant de fer

Comme le disait Nicolas Dupont-Aignan lors des universités de rentrée de Debout la République, nous avons affaire à une « présidence crocodile, grande gueule et petits bras ». Le président de la République irrite sans obtenir grand chose, notamment vis-à-vis de l’Europe.

Deux charges justes, mais un peu vaines

Cette semaine, nous avons eu droit à deux sorties très critiques à l’égard de la Commission Européenne. Bruno Le Maire était sur le plateau de Canal Plus. S’il a très clairement indiqué qu’il soutiendrait le président sortant même si Dominique de Villepin se présentait, il a également violemment critiqué les instances européennes, et leur ignorance de la souffrance des agricultures. Mais, même s’il parle bien et juste, rien n’a véritablement changé pour les agriculteurs en trois ans et demi.

L’autre sortie de la semaine est à mettre au crédit de Nicolas Sarkozy qui a ironisé sur la fin de la procédure d’infraction de la Commission sur la question des Roms en France. Mais au final, même s’il a fait un esclandre (qu’il a curieusement nié) lors d’un conseil européen, le président de la République n’a même pas obtenu de véritables excuses publiques de Viviane Reding, qui a seulement exprimé des regrets sur l’interprétation de ses propos, qui étaient pourtant totalement abusifs.

Un problème de méthode

Bref, et notamment dans le cadre européen, le président semble incapable d’obtenir quoique ce soit. Il disait vouloir un « mini traité limité aux questions institutionnelles et tenant compte du ‘non’ », il signe un TCE bis. Il veut une Union de la Méditerranée, il accepte la création d’un machin inutile qui incorpore des pays riverains de la mer Baltique… En fait, Nicolas Sarkozy brasse beaucoup d’air, s’attribue beaucoup de mérites, mais quand on gratte, il cède beaucoup et obtient peu.

Le président réussit paradoxalement à beaucoup irriter nos partenaires, l’Allemagne en tête, tout en lui cédant sur la plupart des sujets (hormis sur le plan de soutien à la Grèce, où il a bénéficié du soutien d’une grande majorité des autres pays de l’Union Européenne). La réforme des retraites en est un autre exemple où il provoque un conflit social dur pour une réformette qui n’assure en aucun cas le financement de nos retraites pour les années à venir.

La prise de recul qui devrait intervenir lors de la campagne de 2012 risque d’être très cruelle pour le président de la République. Les Français comprendront encore plus clairement que créer des conflits, ce n’est pas réformer, loin de là.

20.10.2010

Europe : l’insupportable dérive fédéraliste

D’une part, la Commission de Bruxelles vient de proposer l’instauration d’un impôt européen. D’autre part, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont fait des propositions de sanctions contre les pays en déficit excessif. Une nouvelle marche vers une Europe dont les peuples ne veulent pas.

Deux propositions, une logique

Il y a bien une même logique derrière ces deux propositions : celle de construire un Etat européen qui serait supérieur aux Etats nationaux qui le composent. Lever l’impôt est une prérogative régalienne typique et la volonté de l’Europe de se doter de ressources propres vise surtout à lever la principale dépendance que les institutions européennes ont par rapport aux Etats : l’argent. Les Etats tiennent encore aujourd’hui partiellement la Commission par le portefeuille.

La deuxième initiative, celle du couple franco-allemand, revient à proposer de créer des sanctions fortes contre les pays qui seraient en déficits excessifs. Il est piquant de voir les deux pays qui ont enterré en son temps le pacte de stabilité, vouloir en construire un nouveau. Là, les sanctions (amande de 0.2% du PIB, suspension du droit de vote) devraient être plus automatiques et décidées par le Conseil Européen six mois après le lancement d’une procédure par la Commission.

Deux dérives inquiétantes

Sur le budget, il serait extrêmement choquant de confier à un aréopage de technocrates apatrides qui ne rendent aucun compte au peuple le pouvoir de lever des impôts et de les dépenser un peu comme bon leur semble. En outre, on imagine bien que cela est un moyen d’augmenter le budget de l’Union, rajoutant une charge de plus aux citoyens des pays membres de l’UE. Cette autonomisation financière est une dérive fédéraliste menée sans véritable débat démocratique.

Et c’est tout le problème global de cette construction européenne qui viole les souverainetés nationales au mépris des référendums de 2005 en France et aux Pays-Bas. Il est proprement hallucinant de proposer de suspendre les droits de vote d’un pays si les autres jugent que ses déficits sont excessifs. Entre la démocratie et des règles de gestion arbitraires, la commission de Bruxelles a vite choisi ! En outre, on imagine que ces décisions ne seraient pas soumises à un vote populaire…

Nicolas Sarkozy, contradictoire et malhonnête

Il faut noter ici les contradictions et la malhonnêteté du président de la République. Lors de la campagne présidentielle, il avait dénoncé les conséquences de la surévaluation de l’euro et disait vouloir agir à ce sujet. Il avait également promis un « mini-traité limité aux questions institutionnelles et prenant en compte le non au référendum » pour au final ratifier sans quasiment rien obtenir un TCE bis en le soumettant uniquement au vote du Parlement.

Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy trahit plus encore l’inspiration souverainiste de sa campagne en acceptant de mettre les budgets nationaux sous la tutelle de la commission de Bruxelles et de nos partenaires européens. Les illusions entretenues par les discours écrits par Henri Guaino sont brutalement dissipées par son soutien apporté à un tel projet. Comme d’habitude, sous la pression, Nicolas Sarkozy cède tout ou presque à nos partenaires, et notamment à l’Allemagne.

Face à cette dérive fédéraliste soutenue par notre propre président, heureusement que la Grande Bretagne s’oppose à tout transfert supplémentaire de pouvoir. Reste à savoir si Londres seul pourra agir pour nous éviter une telle dérive…

15.06.2010

La scandaleuse proposition allemande acceptée par la France

Après l’annulation de dernière minute de la semaine dernière, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont fini par dîner ensemble hier soir. Le président Français a capitulé en rase campagne en acceptant les propositions de la chancelière sur la gouvernance économique européenne.

Une gouvernance européenne anti-démocratique

Si le projet d’accord Franco-allemand évoque une bienvenue taxe sur les transactions financières, dont il faudra attendre les détails pour en évaluer la portée, l’accord d’hier soir contient surtout une disposition absolument incroyable qu’Angela Merkel a réussi à vendre à Nicolas Sarkozy. Ils ont proposé un retrait du droit de vote des pays laxistes en matière budgétaire au conseil européen. Bref, la rigueur à l’Allemande passe avant les plus élémentaires notions démocratiques.

Il est incroyable qu’une telle proposition fasse son chemin sans provoquer une vigoureuse réprobation. Depuis quand la démocratie serait une option fonction du respect de critères financiers ? Même si une certaine rigueur budgétaire est importante, il n’est pas acceptable que l’évaluation de celle-ci puisse faire taire la voix d’un pays. En outre, on imagine bien que c’est la Commission qui pourrait arbitrer une telle gouvernance. L’Europe a décidemment un problème avec la démocratie.

Nicolas Sarkozy, le béni oui-oui

Bref, l’Allemagne a réussi à faire passer sa vision un peu hystérique de la rigueur budgétaire au point de remettre en cause les fondements même de la démocratie. Cet épisode révèle à nouveau à quel point notre président est un piètre négociateur. Car derrière les coups de menton et les fanfaronnades, Nicolas Sarkozy a souvent tendance à capituler lors des négociations internationales quand les autres ne sont pas d’accord avec lui. Il ne sait pas défendre ses positions.

En 2007, il déclarait vouloir un mini-traité limité aux questions institutionnelles et prenant en compte l’opinion des nonistes. Il accepte finalement un TCE bis. Il voulait une Union Pour la Méditerranée limitée aux pays du pourtour du Mare Nostrum. Il accepte tous les pays de l’Union, y compris le Danemark… Hier, il est venu à la discussion en souhaitant mettre en place une gouvernance économique de la zone euro. Comme d’habitude, il a cédé à Angela Merkel en y renonçant.

Outre la divergence économique, c’est à une profonde divergence politique que fait aboutir l’Europe d’aujourd’hui. Même Le Monde commence à devenir très critique vis-à-vis de la politique de l’Allemagne, signe du délitement d’une certaine idée de l’Europe.

06.04.2010

Nicolas Sarkozy, dur à l’extérieur, mou à l’intérieur

Nicolas Sarkozy est un mystère. Au sortir d’une défaite historique lors des élections régionales, il annonce à la fois qu’il va de l’avant sur la réforme des retraites, affichant une forte volonté réformatrice, tout en reculant sur la réforme de la justice et la taxe carbone.

« Action man » en parole

C’est le surnom qu’une partie de la presse anglo-saxonne lui donne. Cela fait référence aux super-héros des bandes dessinées. Il faut dire que le président de la République ne recule devant aucune emphase pour décrire son action. « Historique », « jamais vu » sont des qualificatifs fréquemment présents dans sa bouche. Son action décisive aurait ni plus ni moins sauvé le monde d’une catastrophe économique à l’automne 2008. Le sommet du G20 aurait été un nouveau Bretton Woods. Bref, il convoque l’histoire à chacune de ses interventions.

Il n’hésite pas non plus à employer des mots beaucoup plus durs que ses prédécesseurs, les termes de « racaille » ou « karcher » ayant marqué son passage au ministère de l’intérieur. Il assure fermement que l’insécurité va reculer, que les voyous seront punis, que GDF ne sera jamais privatisé, que Gandrange ne fermera pas ou que la production de la Clio ne sera pas délocalisée en Turquie. Le chef de l’Etat nous gratifie souvent de mâles déclarations qui sonnent comme des paroles divines contre lesquelles la réalité ne pourrait que se briser tant la volonté du chef semble forte et inébranlable.

Un succédané de Balladur ?

Pourtant, un examen plus approfondi de ses actes révèle un dirigeant beaucoup plus prompt aux compromis  que ses discours tranchant ne le laissent imaginer. En fait, cela a commencé très tôt. Avant son élection, Nicolas Sarkozy promettait de négocier, en remplacement du Traité Constitutionnel Européen, un « mini-traité » limité aux questions institutionnelles et qui prendrait véritablement en compte le « non ». Au final, il a abdiqué devant les revendications Allemandes, acceptant un traité complètement équivalent à celui refusé par les Français mais présenté différemment.

Idem lors de la réforme des régimes spéciaux de retraites du service public. Bien sûr, il a obtenu un alignement à 40 ans de la durée de cotisation mais les syndicats ont obtenu tellement de compensations sur le montant des pensions de retraite (calculé sur les 6 derniers mois, après des augmentations tous les 6 mois à la SNCF) que les régimes spéciaux restent tout aussi spéciaux qu’ils étaient avant la réforme. Pour le G20 et Copenhague, Nicolas Sarkozy avait annoncé qu’il était prêt à quitter la négociation s’il n’y avait pas de véritable avancée et on sait ce qu’il est advenu.

Ce que cela révèle

Le candidat Nicolas a sans doute en bonne partie gagné l’élection présidentielle sur son volontarisme. Mais l’écart toujours plus grand qui s’affiche entre ce qu’il dit et promet et la réalité révèle bien des travers de cette présidence. Tout d’abord, contrairement à ses prédécesseurs, le président Sarkozy est trop bavard. A force de parler, il se contredit ou promet de trop nombreuses choses qu’il ne tient pas. Résultat, la parole présidentielle se démonétise. Alors que chacune de ses interventions était un évènement au début de son mandat, aujourd’hui, ses paroles passent sans marquer.

Ensuite, les Français ne semblent plus croire le président. Sa parole a perdu en crédibilité au fur et à mesure que les contradictions et autres mensonges sont apparus. Le meilleur exemple est sans doute qu’au début de son mandat, il était la victime de l’affaire Clearstream, alors qu’aujourd’hui, c’est Dominique de Villepin qui a pris ce rôle. Et ce n’est pas la promotion à l’ordre de la légion d’honneur du procureur Jean-Claude Marin qui va arranger les choses. Aujourd’hui, la parole présidentielle a perdu en poids, en crédibilité et en impact, semblant rendre impossible une relance de la présidence.

En étant dur en parole, Nicolas Sarkozy a tendance à braquer ses opposants. Mais en étant souvent mou dans les actes, il perd encore plus, en perdant le respect de ceux qui s’opposent à lui tout en décevant ses soutiens. Au final, il a toutes les chances d’y perdre la présidence dans deux ans.

09.11.2009

Sarkozy à mi-mandat : la faillite internationale

C’est un des aspects que les défenseurs de Nicolas Sarkozy portent le plus facilement à son crédit. Le président de la République serait le sauveur de l’Europe et il porterait haut les couleurs de la France à l’international. Une présentation des faits qui ne résiste pas à l’analyse.

Le président grossier

Même s’il s’est amélioré depuis, le début de mandat de Nicolas Sarkozy a été proprement catastrophique. Reçu au Vatican, il envoyait des SMS pendant le discours du Pape. Lors de la remise du prix Charlemagne à Angela Merkel, il semblait avoir troqué Henri Guaino par Jean-Marie Bigard comme rédacteur de son discours, multipliant les allusions mal placées sur sa proximité avec la chancelière et appelant son mari monsieur Merkel alors qu’il s’appelle monsieur Sauer.

En Inde, Nicolas Sarkozy a également enfreint toutes les règles protocolaires en écourtant son voyage, alors que la durée est un signe de politesse dans ce pays. Bref, Nicolas Sarkozy ne s’embarrassait guère du protocole, ce qui lui a valu une bien mauvaise réputation en dehors de notre pays, d’autant plus que les journaux étrangers ne manquent pas de souligner l’extraordinaire écart entre ses annonces et ses réalisations, dans tous les domaines.

Le président fanfaron

En effet, celui qui annonçait vouloir privilégier les droits de l’homme au commerce s’est décrédibilisé en invitant Muhammad Kadhafi une semaine à Paris, et en annonçant un montant farfelu de contrats. La presse internationale se gausse également d’un président qui se présente toujours abusivement comme l’acteur principal des accords alors qu’il cède beaucoup plus qu’il ne veut bien l’admettre.

En effet, alors qu’il était candidat, il annonçait vouloir un « mini-traité », limité aux questions institutionnelles, et tenant réellement compte du vote des Français. Force est de constater qu’il a accepté un TCE bis bien éloigné de ses promesses de campagne. Idem, pour avoir son Union Pour la Méditerranée, il a accepté que tous les membres de l’Union Européenne y participent, y compris des pays ne la bordant pas. Loin d’être un bon négociateur, Nicolas Sarkozy a tendance à tout céder pour un accord.

Le président suiviste

Et vis-à-vis des Etats-Unis, il a fait une pause dans la politique d’indépendance de la France. En effet, alors qu’il avait annoncé pendant la campagne présidentielle qu’il allait retirer les troupes Françaises d’Afghanistan, il a renforcé notre contingent malgré l’absence d’une stratégie alternative à celle qui échoue depuis huit ans. Cette absence de nouvelle stratégie aurait du le pousser à se retirer…

Pire, alors que l’évolution du monde rend tous les jours plus datée une OTAN issue de la guerre froide, Nicolas Sarkozy a rejoint le commandement militaire intégré de l’Organisation, que le Général de Gaulle lui avait fait quitter en 1966. Bref, la parole de la France, indépendante et libre sous les mandats de Jacques Chirac, a perdu singulièrement de son originalité depuis l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy.

Bien loin des portraits qui en font le sauveteur de l’Europe, à l’international, Nicolas Sarkozy s’est surtout illustré comme un président grossier, fanfaron et suiviste dont la tendance naturelle à l’abdication tranche avec une présentation de son action souvent cavalière.

04.10.2009

Cette Europe qui refuse les « non »

Ca y est : les Irlandais ont fini par dire « oui » au traité de Lisbonne. Le Monde, tout en nuance, proclame qu’il s’agit d’un « grand jour pour l’Europe ». C’est bien un grand jour, mais pour cette Europe, qui, depuis 25 ans, a construit un modèle technocratique et ultralibéral qui ne fonctionne pas.

La grande peur de l’Irlande

Certes, le traité de Lisbonne a gagné vendredi une légitimité démocratique et cette onction populaire a le bénéfice de la clarté. Il faut dire que le contexte a sans doute beaucoup joué. La crise économique majeure que traverse l’Irlande (dont le PIB devrait reculer de 13% de 2008 à 2010) explique en bonne partie le revirement de l’opinion publique irlandaise. En effet, les Irlandais préfèrent sans doute traverser la catastrophe économique mondiale au sein de l’Union Européenne, plutôt que seuls.

Pourtant, la sévérité de la crise locale doit beaucoup aux disfonctionnements introduits par les traités européens. Car si la crise a été si forte en Irlande, c’est parce que l’économie irlandaise a été boostée artificiellement par la politique monétaire complètement inadaptée de la BCE. Si les taux d’intérêts de la banque centrale européenne pouvaient être trop élevés pour la France et l’Allemagne, ils étaient en revanche beaucoup trop bas pour l’Irlande, entretenant une énorme bulle économique.

C’est donc tout le paradoxe de ce vote, à savoir que les Irlandais, victimes d’une crise provoquée par l’Europe, préfèrent faire allégeance au système qui a provoqué cette crise pour ne pas affronter seul la crise ! Car si l’Irlande n’avait pas rejoint l’euro, alors la politique monétaire de leur banque centrale aurait pu prévenir la bulle financière. Il est dommage que les partisans du « non » n’aient pas su expliquer cette vérité aux Irlandais pour rééditer le « non » du référendum précédent.

Le refus du « non »

Malgré tout, les partisans du  traité de Lisbonne pourront souligner que les Irlandais ont fini par accepter le traité. Mais la méthode européenne reste extrêmement contestable. Au moins, pour le traité de Maastricht, quand les Danois avaient revoté, ils avaient obtenu des modifications très importantes et des exemptions qui changeaient le sens global du traité pour eux. Là, pour le TCE, comme le traité de Lisbonne, les Français, Hollandais et Irlandais se retrouvent avec un traité quasiment identique à celui qu’ils avaient refusé.

Et même si dans ces trois pays une instance a fini par accepter le traité (seuls les Irlandais ont eu l’opportunité de s’exprimer à nouveau par référendum), comment ne pas être choqué par le fait de redemander un vote sur un texte équivalent à celui qui avait été refusé ? N’y avait-il qu’une réponse acceptable ? La démocratie ne suppose-t-elle pas de prendre véritablement en compte l’opinion du peuple ? Demain, faudra-t-il organiser des référendums où seuls les bulletins « oui » seront présents ?

Les Irlandais ont choisi d’accepter le traité de Lisbonne. Quelques soient les raisons de leur vote, il faut l’accepter. En revanche, comment ne pas être scandalisé par cette Europe qui refuse de changer sa direction quand les peuples européens le lui demandent ?

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/10/03/c-est-un-grand-jour-pour-l-europe_1249025_3214.html#ens_id=1247280

15.05.2009

Mon rêve d’Europe (3/3) : une Europe européenne

Il y a plusieurs visions de la construction européenne : celle qui consiste à construire un pôle continental complètement indépendant ou celle où l’europe n’est qu’un appendice des Etats-Unis.

Passer d’une europe Américaine…

Beaucoup pourront trouver une telle analyse outrancière. Et pourtant, quand on y regarde de plus près, beaucoup d’indices montrent bien que l’europe qui est construite aujourd’hui est une europe sous influence. Il est tout de même incroyable que la première puissance économique mondiale ressente le besoin d’indiquer dans son texte fondateur (TCE puis traité de Lisbonne) que l’instance de mise en œuvre de sa défense est l’OTAN, une organisation où un autre Etat décide de tout.

D’ailleurs, certains partisans de cette europe avance parfois à découvert, comme Edouard Balladur, qui a récemment affirmé que l’Union Européenne avait vocation à terme à inclure… les Etats-Unis. Beaucoup de fédéralistes ont rêvé d’étendre cette europe outre-Atlantique, dans une manœuvre qui aurait donné les clés du continent à Washington. Ceux qui veulent construire les Etats-Unis d’Europe veulent souvent construire l’europe des Etats-Unis… 

À une Europe européenne

Cette idée repose sur une double erreur d’analyse. Tout d’abord, l’Europe est largement assez puissante pour s’exprimer seule. Ensuite, étant donnée la politique inutilement belliqueuse et impérialiste des Etats-Unis, le monde a besoin d’un pôle occidental plus modéré qui pourra servir de trait d’union entre les civilisations. C’est là que l’Europe a un rôle à jouer. Non pas une Europe bêtement alignée sur les positions américaines, comme beaucoup d’Etats en 2003, mais une Europe qui défend ses valeurs.

Cela ne signifie pas pour autant que l’avenir de la diplomatie européenne passe forcément par une diplomatie commune. L’échelon européen ne permettant pas de véritable contrôle démocratique, il revient uniquement aux nations de diriger leur diplomatie. L’Europe doit seulement offrir des instances de coordination pour peser davantage sans jamais remettre en cause le droit de chaque Etat à déterminer sa politique. Mais l’Europe a tout à gagner à garder une voix indépendante.

Le Général de Gaulle disait en privé qu’il était finalement plus européen que ses adversaires car lui était favorable à une « Europe européenne » alors qu’ils lui préféraient « une Europe américaine ». Depuis 2003, ce débat est toujours autant d’actualité.

10.05.2009

Premiers pas devant les électeurs

Je n’aime pas spécialement parler de moi ou même utiliser le « je » dans ce blog car je crois qu’il est préférable qu’une personne sache s’effacer pour mieux défendre ses idées. Mais pour une fois, je vais déroger à cette règle puisque je suis désormais officiellement candidat pour les élections européennes.

L’Europe, un sujet qui me tient à cœur

Je ne crois pas qu’un sujet pouvait davantage me tenir à cœur pour une simple raison : j’ai eu 18 ans un peu avant le 20 septembre 1992, date du référendum sur le traité de Maastricht. Étant passionné par la politique depuis déjà plusieurs années, j’avais dévoré le traité et tout ce qui pouvait s’écrire ou se dire sur ce débat pendant les longs mois de la campagne afin de faire un choix informé, sachant que mon soutien d’alors pour Jacques Chirac me poussait plutôt dans le camp du « oui ».

Mais ce sont les argumentaires de Jean-Pierre Chevènement et Philippe Séguin (notamment lors du débat de l’Assemblée Nationale sur sa motion d’irrecevabilité) qui ont largement emporté mon opinion, non pas par opposition à l’idée même d’Europe, mais contre l’Europe que proposait ce traité. J’étais opposé à la monnaie unique, ainsi qu’à l’indépendance de la banque centrale. La conception volontiers fédéraliste du traité de Maastricht me semblait une aberration qui ne correspondait pas à la réalité.

Plus tard, en 2005, le débat sur le Traité Constitutionnel Européen a réveillé ma fibre militante, qui n’était qu’endormie. J’ai à nouveau dévoré le traité et tout ce qui pouvait s’écrire sur le sujet. J’ai fait campagne auprès de mes proches pour le « non », toujours par opposition à l’Europe qu’on nous proposait, une Europe d’inspiration à la fois fédéraliste et ultra-libérale dans laquelle je ne me reconnaissais pas.

Debout la République, un choix évident

J’ai rejoint le RPR en 1991, à 17 ans et j’y ai milité jusqu’à la fin des années 90, au départ de Philippe Séguin de la direction du parti gaulliste. S’en est suivie une éclipse militante, brièvement interrompue par un court passage au Pôle Républicain de Jean-Pierre Chevènement en 2002. J’ai finalement repris la vie politique active à travers un rapprochement de blogueurs villepinistes fin 2006, le Rassemblement des Jeunes pour la Vème République, avant de rejoindre Debout la République en mars 2007.

Et j’ai enfin trouvé dans le parti de Nicolas Dupont-Aignan ma famille politique. Ce parti ressemble au « métro du matin » dont parlait Malraux à propos du parti gaulliste. On y retrouve des personnes de toutes origines sociales et culturelles, des personnes qui peuvent venir de gauche comme de droite. Mais surtout, on y trouve des personnes qui se battent pour un idéal et des convictions, pas des places. Et le ciment du mouvement est le gaullisme, notre boussole à tous.

C’est pourquoi je suis particulièrement heureux de figurer à la 5ème place de la liste de Debout la République pour l’Ile de France. J’espère que cette campagne va nous permettre de commencer à rentrer pleinement dans le jeu politique et de construire une véritable force d’alternance à moyen terme.