24.07.2009

Le CSA coupe enfin le sifflet à Nicolas Sarkozy

Une des anomalies les plus criantes de la présidence actuelle vient de tomber : le temps de parole de Nicolas Sarkozy va enfin être pris en compte, ce qui va augmenter le temps d’expression de l’opposition, qui était anormalement bas auparavant.

Une règle rendue obsolète

Depuis quarante ans, la règle voulait que le temps de parole politique se partage en trois tiers : un tiers pour le gouvernement, un tiers pour la majorité et un tiers pour l’opposition. Le temps de parole présidentiel, très limité jusqu’en 2007, n’était pas pris en compte. Mais lors des deux dernières présidences, il était marginal et ne modifiait pas significativement les équilibres de cette règle. Néanmoins, on pouvait remarquer qu’accorder seulement un tiers du temps de parole à l’opposition n’était pas énorme.

Mais depuis deux ans, le problème était que Nicolas Sarkozy et ses conseillers pouvaient accaparer un quart du temps de parole politique à eux seuls, laissant la règle des trois tiers s’appliquer pour les trois quarts restants. Cela aboutissait donc à un temps de parole politique découpé en quart quarts : un quart pour le président et ses conseillers, un quart pour le gouvernement, un quart pour la majorité et un quart pour l’opposition, soit 75% du temps de parole pour la majorité !

Une nouvelle règle bienvenue

Le Parti Socialiste a déposé une plainte au Conseil d’Etat en avril, qui a abouti à l’invalidation de la règle des trois tiers sans prise en compte du temps de parole présidentiel. Par conséquent, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel a décrété une nouvelle règle, dite « principe de pluralisme ». Désormais, le temps de parole du président et de son équipe sera pris en compte dans le temps de parole de la majorité, ce qui laissera à l’opposition un tiers du temps de parole politique total au lieu d’un quart.

La France revient donc à une pratique médiatique plus équilibrée et démocratique en assurant à l’opposition un temps de parole plus décent. Malgré tout, Nicolas Sarkozy n’a pas tout perdu dans l’affaire. Certes, il ne pourra plus être aussi présent dans les médias (à moins de réduire le temps de parole de son gouvernement et sa majorité), mais l’opposition lui garantit que le tiers de temps de parole non majoritaire peut le servir tant le PS gaspille sa salive à s’auto détruire.

Merci donc au PS, au Conseil d’Etat et au CSA pour avoir mis fin à cette anomalie du temps de parole politique. Heureusement pour Nicolas Sarkozy, le problème actuel de l’opposition est beaucoup plus ce qu’elle dit que le temps de parole dont elle dispose.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/07/22/guy-ca...

11.04.2009

Le Conseil d’Etat régule (un peu) le temps de parole présidentielle

La rupture sarkozyste s’est également appliquée à la présence médiatique. Alors que ses prédécesseurs étaient économes de leur parole, depuis 2007, Nicolas Sarkozy affole les compteurs médiatiques, malmenant les règles de partage du temps de parole politique.

Une règle rendue obsolète

La règle de partage du temps de parole était simple : un tiers pour la majorité, un tiers pour le gouvernement et un tiers pour l’opposition. Le temps de parole présidentielle n’était pas pris en compte dans ce partage, sachant que les prédécesseurs de l’actuel résidant de l’Elysée dépassaient rarement 5% du temps de parole global. Il faut noter que cette règle était peut-être un peu trop favorable au pouvoir en place puisque hors période de cohabitation, la majorité présidentielle monopolisait 70% du temps de parole.

Mais cet équilibre déjà insatisfaisant a complètement volé en éclat avec Nicolas Sarkozy. Sa présence médiatique n’a rien à voir avec celle des premiers présidents de la Cinquième République puisqu’il occupe 20 à 25% du temps de parole politique avec ses conseillers, qui ne sont intégrés ni dans le temps de la majorité ni dans celui du gouvernement. Résultat, la règle des trois tiers s’est transformée dans un improbable quatre quarts où 75% du temps de parole est affectée à la majorité.

Ce « partage » du temps de parole politique pose deux problèmes majeurs. Tout d’abord, on peut considérer comme choquant que le camp majoritaire s’arroge trois quarts du temps de parole politique. Je ne crois pas qu’une telle répartition se retrouve dans d’autres grandes démocraties, à part sans doute dans l’Italie de Silvio Berlusconi. Ensuite, en réduisant à 25% le temps de parole de l’opposition, cette règle lamine l’exposition des petits partis puisque le PS récupère aisément trois quarts de ce temps…

Un petit pas dans la bonne direction

Le CSA n’avait rien trouvé à redire à cette situation. Mais le Conseil d’Etat vient d’apporter une nuance à ce jugement. S’il conserve au président de la République un statut particulier qui lui permet de s’exprimer au nom de la nation, de manière non partisane, il reconnaît que certaines interventions devraient être prises en compte et demande donc au CSA de « déterminer lui-même les règles propres à assurer une présentation équilibrée (…) du débat politique national en prenant en compte certaines interventions du président »

Bref, s’il est possible que ce jugement apporte un léger progrès, il est surtout probable que la France va conserver une part de temps de parole politique pour la majorité largement supérieure à la moyenne des démocraties occidentales. Il faut bien reconnaître que la règle qui prévalait, déjà un peu injuste, doit absolument être mieux réformée, à la fois pour limiter la part de temps de parole majoritaire (60% président compris serait plus juste) et en assurant une plus grande pluralité pour l’opposition.

Le jugement du Conseil d’Etat ne représente qu’un très léger progrès. Malheureusement, il reste encore beaucoup à faire pour arriver à arriver à une règle plus conforme au fonctionnement normal d’une démocratie comme l’est la France.

Source : http://politique.hautetfort.com/archive/2009/04/08/consei...

Pour l’anecdote, un papier amusant d’un collègue de Kiwi : http://duborddemafenetre.blogspot.com/2009/04/faut-il-con...

18.01.2009

Le scandale du temps de parole politique

Récemment, le CSA est intervenu pour demander aux radios de mieux respecter les règles du temps de parole politique, des règles devenues véritablement scandaleuses depuis l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy.

De la règle des trois tiers à un quart quarts scandaleux

À l’origine, les règles du temps de parole sont simples : un tiers pour le gouvernement, un tiers pour la majorité et un tiers pour l’opposition. On peut déjà noter que la majorité en place n’est pas défavorisée... Mais le point qui pose problème aujourd’hui est que cette règle ne prend pas en compte le temps de parole du président et de ses conseillers. Or, sous Jacques Chirac, la parole présidentielle se faisait rare puisque le prédécesseur de Nicolas Sarkozy n’occupait que 4 à 5% du temps de parole politique et que ses conseillers ne s’exprimaient pas publiquement, ne perturbant guère la règle des trois tiers.

Mais, Nicolas Sarkozy occupe en général 15% du temps de parole politique et près du quart du temps de parole dans les principaux journaux télévisés, ne laissant alors que trois quarts du temps de parole pour le gouvernement, la majorité et l’opposition. Résultat, aujourd’hui, en France, le temps de parole politique dans les journaux télévisés est divisé ainsi : un quart pour le président et ses conseillers, un quart pour le gouvernement, un quart pour la majorité et un quart pour l’opposition (tous partis confondus). Quel autre grand pays démocratique peut ainsi avoir une règle assurant 75% du temps de parole à la majorité ?

Un scandale démocratique qu’il faut corriger

Lors de la révision de la Constitution cet été, le Parti Socialiste avait demandé à ce que cette règle soit adaptée au nouveau contexte. Il est évident aujourd’hui qu’il faut réformer ce partage du temps de parole politique pour permettre à l’opposition d’avoir plus de 25% du temps de parole et de réduire la part de la majorité dont les 75% fleure bon les régimes autoritaires. Nicolas Sarkozy avait promis l’été dernier d’accorder de l’attention aux demandes de l’opposition mais n’a rien fait depuis. Le déséquilibre persiste, jusqu’à l’absurde.

Il y aurait pourtant un moyen facile de réformer cette règle : inclure le temps de parole présidentiel (avec ses conseillers) dans celui de la majorité et du gouvernement, de manière à ne pas donner plus des deux tiers du temps de parole à la majorité présidentielle, ce qui semble une règle juste et acceptable. Mais il faudrait également s’assurer que le temps de parole de l’opposition ne soit pas réparti de manière trop injuste. Aujourd’hui, le Parti Socialiste bénéficie du gros de ce temps de parole, alors que le Modem, notamment, est loin de la part qu’il pèse dans le pays.

Une chose est sûre : la règle de partage du temps de parole actuelle est inique et il devient urgent de la réformer pour assurer un meilleur équilibre démocratique. Il n’est pas acceptable que les trois quarts du temps de parole politique dans les journaux télévisés reviennent à la majorité présidentielle.

Source : http://www.liberation.fr/politiques/0101311281-sarkozy-pa...

http://cozop.com/noreply_torapamavoa_nicolas_le_blog_anti...

16.06.2008

La triste berlusconisation des médias

Nicolas Sarkozy est habile. En dénonçant l’opposition systématique des médias à son égard, il a de nouveau jeté un voile de fumée sur son contrôle toujours plus choquant des médias.

Faisons les comptes : une majorité qui dispose de plus de 75% du temps de parole à la télévision, le propriétaire de TF1, témoin de mariage du président, qui embauche l’ancien directeur adjoint de campagne du candidat, Laurent Solly, dès mai 2007, une mise au placard d’un présentateur vedette un peu trop impertinent, la nomination à la tête de la rédaction de TF1 d’un candidat majorité présidentielle aux municipales, une suppression de la publicité sur le service public qui a fait bondir de 10% la valeur de TF1 en bourse le jour de l’annonce, une prochaine autorisation d’une deuxième coupure publicitaire sur les chaînes privées et une réforme des seuils de concentration des média, une réforme de France Télévisions qui suit docilement les recommandations de… TF1, et enfin un président qui intervient auprès des patrons de presse (Libération, Le Monde, le renvoi du patron de Paris-Match) ou annonce en exclusivité certaines nominations (Harry Roselmack sur TF1 ou Nicolas Beytout aux Echos).

Quand on met tous ces faits bout à bout, la stratégie de victimisation en prend un coup. Bien sûr, quelques médias s’opposent encore fermement au président (Canal Plus, Le Canard Enchaîné, Libération, Marianne, le Nouvel Obs), mais cela reste une goutte d’eau dans un océan médiatique de plus en plus sarkozyste. Le candidat qui souhaitait une « république irréprochable » a fait tout le contraire une fois arrivé. Est-il normal en effet que l’opposition (qui représentait 65% des voix au premier tour) se partage moins de 25% du temps de parole à la télévision ? Est-il normal que le président décide seul d’une suppression de la publicité sur le service public dont le premier bénéficiaire sera la chaîne de son témoin de mariage, chaîne souvent accusée de rouler pour le président de la République ?

Il n’y a qu’un seul pays démocratique au monde où le mélange des genres a été poussé à ce point (voir dépassé il est vrai), c’est l’Italie de Silvio Berlusconi. Nicolas Sarkozy sature les ondes comme jamais auparavant un président ne l’avait fait. Il se permet de prendre des mesures qui profitent outrageusement à des intérêts privés dont il est proche, au détriment du service public. Il se permet d’intervenir directement auprès des propriétaires de médias, comme jadis les ministres intervenaient auprès de l’ORTF. On ne saura sans doute jamais s’il est vraiment derrière la mise au placard de PPDA et l’arrivée de Laurence Ferrari ou si cette décision a seulement été prise pour lui faire plaisir. Mais les faits sont là, la France est désormais plus proche de l’Italie de Berlusconi que d’aucune autre grande démocratie occidentale.

Temps de parole, interventions intempestives, mélange des genres malsains : bien sûr tous les médias ne sont pas derrière Nicolas Sarkozy, mais la pente suivie depuis un an n’en demeure pas moins inquiétante.

Source : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2008/06/12/la-commission-cope-prone-une-profonde-reorganisation-de-france-3_1057193_3236.html#ens_id=1057294

Vous pouvez également lire le très bon dossier de Marianne sur le sujet

31.05.2008

Victime des médias ou médias victimes ?

Dès qu’il le peut, Nicolas Sarkozy se présente comme une victime de médias qui seraient presque tous contre lui. Ce rideau de fumée rhétorique camoufle une réalité tout autre : le chef de l’Etat est plus proche de la position de Silvio Berlusconi que de celle de son prédécesseur.

La comparaison avec la situation de Silvio Berlusconi pourra surprendre. Malheureusement, nous ne sommes pas si loin de la situation italienne. Comme je l’avais dit dans une précédente note, s’il est vrai qu’une partie des médias (Marianne, Canal Plus, le Canard Enchaîné, le Nouvel Observateur ou Libération) se placent dans une opposition très nette au président de la République, la majorité des grands médias (TF1, France Télévisions, M6, RTL, Europe 1, Le Figaro ou Paris-Match) ne sont guère critiques. Je conseille à tous ceux qui doutent encore de cette évidence de regarder une fois le journal de treize heures de TF1, vu quotidiennement par huit millions de Français, où l’on a du mal à distinguer les commentaires des journalistes de ceux d’un porte-parole de l’UMP…

Cette stratégie de la victimisation, coutumière du président, est un rideau de fumée qui permet de déplacer le débat loin d’un bilan guère flatteur… Pourtant, la réalité est tout autre. Prenons tout simplement la couverture médiatique du président. Vous avez l’impression qu’on ne parle que de Nicolas Sarkozy et de l’UMP ? Ce n’est pas une impression. La règle en vigueur actuelle est un partage du temps de parole des politiques en trois tiers : un tiers pour le gouvernement, un tiers pour la majorité et un tiers pour l’opposition. Malheureusement, ce partage du temps de parole avait été établi à une époque où la parole présidentielle était rare. Or aujourd’hui, Nicolas Sarkozy occupe plus du quart du temps de parole politique en France. Résultat, la règle des trois tiers est devenue la règle des quatre quarts : un quart pour le président, un quart pour le gouvernement, un quart pour la majorité et un quart pour l’opposition. Notre quatre quart médiatique manque singulièrement du sel du pluralisme pour une grande démocratie….

Pire, comment ne pas s’interroger sur la couverture si complaisante envers le président de la République de certains médias qui dépendent de groupes qui bénéficient de décisions de l’Elysée. La décision de la suppression de la publicité sur le service public (qui n’était pas une promesse du candidat) est choquante dans la mesure où le premier bénéficiaire sera TF1, détenu par le groupe présidé par le témoin de mariage du président… Comment ne pas être choqué par le fait que Lagardère, intervenant majeur des médias, dépende de commandes publiques ? Bien loin de la « République irréprochable » dont il parlait lorsqu’il était candidat, la présidence de Nicolas Sarkozy est celle du copinage à tous les étages. Et s’il se laisse interviewer sans connaître les questions, il n’est pas le dernier à intervenir directement auprès des patrons de presse, comme le montrent les cas de Paris-Match, de Libération, du Monde ou du JDD.

Nicolas Sarkozy a réussi une mystification incroyable avec ses attaques contre l’opposition systématique des médias à son égard. Dans la réalité, je ne suis pas sûr que Silvio Berlusconi soit beaucoup mieux traité par les médias italiens…