14.05.2011
Terra Nova parachève le virage libéral du PS
La fondation Terra Nova est décidemment une source inépuisable, de comique involontaire (avec sa proposition ubuesque de réforme du mode d’élection du président de la République), comme de révélation du fond de la pensée d’une certaine gauche, qui n’a plus de gauche que le nom.
Le peuple quitte le PS
Cela fait maintenant dix ans que le peuple a quitté le PS, brutalement, lors des élections présidentielles de 2002, quand le vote ouvrier a permis à Jean-Marie Le Pen de battre Lionel Jospin pour atteindre le second tour. Selon les instituts à peine 10 à 15% auraient ainsi voté pour le candidat « socialiste », alors qu’il était largement dominant auparavant. Car c’est bien cette perte des classes populaires qui explique principalement l’échec de 2002.
A dire vrai, ce choix n’est pas vraiment étonnant. Après tout, ce gouvernement ne se préoccupait pas de leurs problèmes. Insécurité ? « On a été naïf »… Chômage, délocalisations ? « L’Etat ne peut pas tout faire ». Pourquoi donc les classes populaires devraient-elles voter pour un parti qui semble à peine se préoccuper de leurs attentes et qui théorise son incapacité à y répondre…
Dès lors, il n’est pas étonnant que le Front National rafle la mise auprès des ouvriers et des employés. Non seulement, sa dimension protestataire séduit des citoyens lessivés par l’anarchie néolibérale et son cortège de chômage de masse et de pouvoir d’achat en berne mais elle exprime aussi leur révolte contre les partis au pouvoir depuis trente ans, qui ont beaucoup promis et rien réglé. En plus, ils leur parlent des sujets qui les préoccupent : délocalisations, insécurité, immigration.
Le vote des catégories populaires ne vaut pas un blanc seing pour tout ce qu’est ou ce que dit le Front National, loin de là. Emmanuel Todd a eu cette belle phrase : « les Français ne sont pas racistes, ils sont malheureux ». Écœurés par les socialistes et l’UMP, ils se tournent vers Le Pen parce qu’ils ne voient pas encore d’autres issues, malgré ses innombrables scories, qui en freinent encore beaucoup. 2012 devrait être l’occasion à des alternatives républicaines d’émerger.
Le PS quitte le peuple
Face à ce phénomène, la fondation Terra Nova vient de publier une étude hallucinante, qui recommande mezzo voce de purement et simplement abandonner les ouvriers (dont le nombre diminue, de toutes les façons) : leurs valeurs sociétales (conservatrices) sont trop éloignées et leurs attentes de protection économique ne sont pas vraiment couvertes par le PS.
On se demande comment la fondation a pu publier une étude aussi froide, à mille lieues de tout ce que devrait être la politique, et qui découpe la France en cibles électorales catégorielles pour mesurer l’adéquation potentielle avec le projet « socialiste ». Naturellement, des militants de gauche sincères s’en sont émus, avec brio. Mais finalement, cette analyse est parfaitement cohérente avec ce qu’est le PS depuis si longtemps : un parti libéral libertaire mâtiné de social-démocratie.
L’internationalisme du PS, son refus des frontières, son mépris des nations font le lit de la loi de la jungle, qui permet aux multinationales de délocaliser les emplois et de pressurer toujours plus les salaires de ceux qui restent, d’une anarchie qui permet de placer son argent dans des « parasites fiscaux » qui peuvent remercier la directive Delors Lamy qui a libéré les mouvements de capitaux, cette anarchie qui créé une société où les plus forts écrasent les plus faibles.
Car ces « socialistes » ne les aiment pas ces plus faibles : ils seraient un peu rétrogrades avec leur envie d’autorité, leurs aspirations égalitaristes et fraternelles qui pourraient contrevenir à cette liberté qui devient leur valeur centrale, même quand elle permet les délocalisations, la compétition avec les esclaves chinois ou l’évasion fiscale. Olivier Ferrand nous révèle ainsi que le PS n’est plus un parti de gauche, mais bien un parti social libéral, pour reprendre le terme de Bertrand Delanoë.
C’est pourquoi je remercie Terra Nova. Au moins, vous avez l’honnêteté d’aller jusqu’au bout de vos idées, de ne pas les camoufler derrière une rhétorique gauchiste à laquelle vous ne croyez pas. Voici le vrai visage de ces « socialistes » que le Général disait ne pas aimer « parce qu’ils n’étaient pas socialistes ».
10:55 Publié dans Actualités, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : terra nova, olivier ferrand, parti socialiste, classes populaires, front national, ouvriers, le pen, lionel jospin
10.04.2011
Faut-il légaliser le cannabis ?
C’est le livre « La fin des dealers » du maire de Sevran, Stéphane Gatignon et d’un ancien policier, Serge Supersac, qui relance ce débat en France, relayé par le Grand Journal de Canal Plus, mais aussi la fondation Terra Nova ou Jérôme Leroy sur Causeur.
La thèse des auteurs
Les arguments des deux auteurs peuvent sembler justes au premier abord. Ils soutiennent (et ce n’est pas faux), que la consommation de tabac et d’alcool, autorisée par l’Etat, provoque plus de ravages que la consommation de cannabis aujourd’hui. Certains médecins ont même affirmé qu’il était moins dangereux que l’alcool. En outre, la prohibition ne semble pas avoir un grand impact sur son utilisation, puisqu’il y aurait quatre millions de consommateurs en France.
Les auteurs avancent également la manne financière que pourrait représenter la légalisation. En Californie, sa taxation devrait rapporter 1,3 milliards de dollars. Enfin, l’argument ultime, qui sert de titre au livre et donc de thèse principale est que la légalisation permettrait d’empêcher les trafics et les violences qui y sont associées et également d’adopter une politique de prévention plus développée qu’elle ne l’est aujourd’hui. Enfin, cela permettrait de développer la production locale !
Du faux bon sens
Passé une première impression, l’examen un peu plus approfondi de la thèse des deux auteurs démontre de nombreuses limites. En effet, ce n’est pas parce que l’Etat autorise déjà la commercialisation de substances dangereuses qu’il faudrait autoriser celle du cannabis. Il en va de même pour l’échec de la prohibition, qui n’est pas plus recevable. Sinon, on ne voit pas ce qui pourrait s’opposer demain à la commercialisation de drogues beaucoup plus dures pour la même raison.
L’argument bassement mercantile révèle le fond libertaro-libéral d’une telle proposition. En outre, même s’il s’agit du titre du livre, on peut grandement douter du fait que cela permettrait « La fin des dealers ». En effet, ce n’est pas parce que le cannabis serait légalisé qu’il n’y aurait plus de trafic des autres drogues. Pire le commerce du cannabis pourrait offrir une vitrine légale aux dealers. Et s’il y a des taxes, il pourrait toujours y avoir du trafic pour y échapper (comme pour le tabac aujourd’hui).
Une passerelle vers les drogues dures
En outre, une telle légalisation pose d’innombrables problèmes. Tout d’abord, ne vaut-il pas mieux que le cannabis représente le premier stade d’interdit, justement parce qu’il est moins dangereux ? En effet, s’il est légalisé, les personnes en manque de sensation ne risquent-elles pas d’aller vers des drogues plus dures pour exprimer leur transgression des règles de la société. En outre, un tel recul de l’Etat ne risque-t-il pas d’en appeler d’autres à l’avenir ?
En effet, il y a de fortes chances que la légalisation du cannabis mène à une augmentation de la consommation de drogues dures. Le cas de l’ex-Tchécoslovaquie est particulièrement intéressant. La République Tchèque a adopté une attitude plus souple que la Slovaquie. Résultat, 15% des jeunes Tchèques en consomment contre 6% des jeunes Slovaques. Mais cet écart se retrouve également dans la consommation de drogues dures…
Depuis 1995, l’usage de drogues dures s’est largement développé puisqu’il concerne 10% des jeunes Tchèques de 15-16 ans (!!!) en 2007 contre 4% en 1995. 45% auraient déjà touché à la drogue (cannabis inclus) contre 22% en 1995. Voilà la réalité de la libéralisation. Même si la consommation de drogues s’est également beaucoup développée en Slovaquie, la consommation de drogues dures y reste deux fois moins importante et l’usage de cocaïne y est qualifié de marginal.
Aucun des arguments avancés par les auteurs de ce livre ne me semblent vraiment convaincants. Mais surtout, la légalisation du cannabis représenterait une incitation très dangereuse à la consommation de drogues plus dures.
10:55 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (66) | Envoyer cette note | Tags : stéphane gatignon, terra nova, serge supersac, jérôme leroy, causeur, prohibition, cannabis, drogues dures



