11.02.2011

Nicolas Sarkozy, candidat dans sa bulle

Hier soir, le président de la République est intervenu sur TF1 pendant plus de deux heures dans une émission spéciale « Face aux Français ». S’il a montré une bonne maîtrise de ses dossiers dans un contexte facile, sa coupure avec la réalité était assez impressionnante.

Une émission trop commode

On pourrait croire que le format de l’émission est difficile. Mais ce serait méconnaître Nicolas Sarkozy qui démontre depuis qu’il est élu qu’il évite les difficultés. Son dernier entretien télévisé l’avait vu interviewé par Michel Denisot, David Pujadas et Claire Chazal, qui ne sont pas les journalistes politiques les plus incisifs du pays. Sans aller jusqu’à Jean-Jacques Bourdin, Jean-Michel Apathie, Alain Duhamel ou Yves Calvi auraient sans doute été des interviewers plus difficiles.

Le format de la conférence de presse de début d’année n’était guère plus compliqué puisque le président de la République répond à loisir aux questions qui lui sont posées sans qu’il y ait de véritable droit de suite. Le concept de cette émission « Face aux Français » n’était pas plus difficile pour lui, hormis la question de la longueur. En effet, les neuf Français ne pouvaient lui poser que quelques questions, le laissant à de longs monologues bien préparés, sur des thèmes déjà préétablis.

Mieux, Jean-Pierre Pernaut était là pour empêcher tout dérapage, comme lorsque l’agriculteur a cherché à briser ce semblant d’échange. Bref, TF1 avait organisé un grand one-man-show pour le président de la République, qui a monopolisé près de 90% du temps de parole, ne laissant que quelques miettes aux vrais Français qui n’étaient que des faire-valoir. Leur faible temps de parole était néanmoins un peu compensé par le choix de personnes peu complaisantes vis-à-vis du pouvoir.

Un président en campagne

Le plus frappant dans le discours de Nicolas Sarkozy était son aspect très professionnel et bien préparé. Après avoir un peu trop improvisé en début de mandat, désormais, le président s’en tient à ses fiches, bourrées de chiffres, qu’il maîtrise bien, dégageant une impression de bonne connaissance des dossiers, de sérieux et de compétence. Il est difficile de ne pas y voir déjà le candidat à sa réélection qui sait qu’il doit absolument se présidentialiser, surtout s’il affronte DSK.

Sur le fond, pas beaucoup de surprises. Nicolas Sarkozy est resté figé sur ses arguments habituels, attribuant aux 35 heures les raisons des délocalisations, un argument un peu étrange alors qu’elles ont été assouplies. Bien conscient de la nature de son électorat, il est apparu comme le candidat des personnes âgées, ayant « sauvé » les retraites et préparant le grand chantier de la dépendance, affirmant qu’une société se juge à la façon dont les enfants traitent leurs parents.

Mais, au global, son discours était trop préparé. Il ne répondait pas aux questions qui lui étaient posées, les prenant comme des lancements thématiques sur lesquels il calait son discours de candidat sortant, quitte à répondre à côté, comme plusieurs participants lui ont fait remarquer. M.Poillon, l’agriculteur, a fait ce qu’il a pu, avec beaucoup de bon sens, mais le format de l’émission protégeait le président de toute véritable contradiction. Bref, il est resté dans sa bulle.

Comment avoir le moindre doute aujourd’hui que Nicolas Sarkozy prépare sa réélection ? Plus que jamais, il communique. Mais à trop négliger la réalité, à refuser d’écouter et à éviter la moindre contradiction, il prend le chemin de Valéry Giscard d’Estaing et pourrait bien partager son destin.

26.01.2010

Sarkozy : des mots contre les maux

Hier soir, Nicolas Sarkozy était interviewé sur TF1 par Laurence Ferrari avant de répondre aux questions d’un panel de 11 Français encadrés par Jean-Pierre Pernault. L’occasion de constater à quel point son action se limite un peu trop à de la communication.

Un dispositif contrasté

On a beaucoup débattu du dispositif exceptionnel accordé au président de la République. Et il est vrai que certains aspects de cette émission sont choquants. En effet, elle a eu lieu quelques jours avant le début du décompte officiel pour la campagne des élections régionales, ce qui a permis d’offrir plus de deux heures d’antenne à la majorité à une heure de grande écoute. Ensuite, le choix du panel de Français limite la contradiction qu’apporte mieux un journaliste professionnel.

Cependant, il faut reconnaître que le panel choisi avait tout de même le mérite d’illustrer les difficultés de notre société : un retraité à la pension trop modeste, une BAC+5 au chômage, une productrice de lait, un syndicaliste de Renault, une enseignante, une infirmière… Bref, on ne pourra pas dire que le casting a été fait pour éviter les questions difficiles. Et, in fine, beaucoup de sujets importants ont été traités, même si les déficits ou les violences aux personnes n’ont pas été évoqués.

Paroles, paroles, paroles…

Même si Nicolas Sarkozy a une aisance naturelle pour échanger et s’il sait désormais avoir un ton approprié à la fonction qu’il occupe, il était difficile de ne pas constater l’immense décalage entre la réalité difficile de la situation de ces onze témoins et l’argumentation du président. D’ailleurs, il a souvent pris des postures qui devraient plutôt être celles d’un chef de l’opposition que d’un Chef de l’Etat, dénonçant de nombreuses choses dont il est pourtant en bonne partie comptable.

Ainsi, face à Nathalie, BAC+5 au chômage, il s’est contenté de dire que le chômage allait baisser, que la France s’en sort mieux que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou l’Espagne (mais moins que l’Allemagne ou l’Italie…) ou de critiquer à nouveau les 35 Heures. Face à la productrice de lait qui doit « emprunter son salaire », il s’est contenté d’attaquer la grande distribution et d’évoquer une réforme de la politique européenne, sans avoir rien fait lors de la présidence Française…

De même, face au syndicaliste de Renault, Nicolas Sarkozy a dénoncé la stratégie de délocalisations de l’ex-Régie dont l’Etat détient toujours 15%. On se demande ce qu’il a donc pu bien faire depuis les 32 mois qu’il est à l’Elysée. Il est difficile de ne pas voir dans sa déclaration une simple posture dont la crédibilité s’use au fur et à mesure de sa présidence. Paradoxalement, il se fait menaçant sur les risques en Afghanistan tout en refusant d’envoyer de nouvelles troupes.

De manière assez symptomatique, ce que les médias retiennent de cette émission est la promesse de baisse du chômage. Mais le fait que l’on retienne de cette émission une promesse après trois ans de présidence, en démontre sans doute toutes les limites…

10.11.2009

Sarkozy à mi-mandat : la faillite républicaine

C’est un sujet sur lequel il est particulièrement difficile de suivre Nicolas Sarkozy. Selon qu’il lise un discours de Henri Guaino ou qu’il suive la ligne de son livre « La République, les religions, l’espérance », la ligne est radicalement différente. Son bilan de mi-mandat reflète cette dualité.

La rupture

Le début de mandat de Nicolas Sarkozy a été l’occasion de nombreux dérapages. Il y a eu notamment son discours où il affirmait que « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé » et qui marquait une rupture radicale avec un siècle de tradition laïque consacrée par la loi de 1905. Certes, depuis, le président ne met plus en avant l’agenda communautariste (il s’est même prononcé contre le port de la burqa), mais un doute subsiste comme le montrent certains projets visant à instituer des quotas.

La rupture est également venue sur la façon de faire fonctionner la Cinquième République. Nicolas Sarkozy a effacé tout son gouvernement. François Fillon est plus transparent que n’importe quel de ses prédécesseurs à Matignon. Et le président croit bon de faire quasiment toutes les annonces à la place de ses ministres, ne laissant exister médiatiquement qu’une poignée d’entre eux. Le gouvernement n’est plus une équipe mais un rassemblement de supporteurs au service du président.

Main basse sur les médias

Mais un des aspects les plus choquants de la présidence de Nicolas Sarkozy est clairement le traitement médiatique. Cet aspect est plus clivant dans la mesure où le paysage médiatique est très partagé, entre des critiques radicaux (Marianne, Le Canard Enchaîné…) et des soutiens très marqués (TF1, Europe 1, Le Figaro…). Du coup, selon leur consommation de médias, les Français n’ont pas du tout la même perception du biais partisan. Mais au global, les plus gros sont rarement très critiques.

Nicolas Sarkozy bénéficie déjà de liens particuliers avec les groupes d’Arnaud Lagardère (Paris-Match, Europe 1, le JDD…) ou de son témoin de mariage, Martin Bouygues. Mais il y a ajouté une tutelle plus forte du Service Public (finances et nominations). Bizarrement, l’émission Ripostes, de l’électron libre Serge Moati, a été déprogrammée malgré d’excellentes audiences. Et on ne compte plus les interventions du chef de l’Etat ou de son entourage pour critiquer tel ou tel programme.

La répartition du temps de parole politique posait également problème, avec un tiers pour le gouvernement, un tiers pour la majorité et un tiers pour l’opposition, indépendamment de la durée de la parole présidentielle (auparavant limitée à quelques pourcents). L’arrivée de Nicolas Sarkozy a fait exploser les compteurs puisqu’il captait à lui seul un quart du temps de parole. Heureusement, un récent arrêt du Conseil d’Etat a contraint le CSA à prendre en compte son temps de parole.

Le temps des copains

Lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait parlé d’une « République irréprochable » dans une tribune au Monde. Le problème est que la comparaison entre ce qu’il avait promis et ce qu’il fait est une nouvelle fois gigantesque. Nous sommes bien loin des 15 ministres et de la parité qu’il avait mis en avant lors du débat présidentiel. L’exemplarité dont il parlait a été ridiculisée par l’épisode de l’EPAD et la volonté bien prématurée de faire de son fils de 23 ans son président.

Qui plus est, Nicolas Sarkozy sait servir les intérêts de ses proches. Cela est manifeste avec la suppression accélérée de la publicité sur le Service Public, qui était une revendication de TF1, qui en est bien évidemment le premier bénéficiaire. De même, Nicolas Sarkozy place ses proches à des postes clés dans des circonstances souvent très limites, comme Henri Proglio à la tête d’EDF (tout en restant à Véolia) ou François Pérol à la tête du groupement de la Banque Populaire et des Caisses d’épargne.

La rupture est bien arrivée sur la pratique républicaine habituelle. Malheureusement, elle ne se fait pas pour le meilleur. Marianne avait bien raison de lancer un « appel à la vigilance républicaine il y a près de deux ans ». Malheureusement, cet appel n’aura fait qu’attirer notre attention…

11.12.2008

Signez le nouvel appel de Marianne !

Le journal Marianne est décidemment le poil à gratter d’une planète médiatique Française trop souvent conformiste. Après l’appel lancé l’an dernier pour la défense des valeurs républicaines, qui avait été signé par Dominique de Villepin, le journal lance un nouvel appel pour le pluralisme des médias.

On pourra trouver que l’hebdomadaire fondé par Jean-François Kahn en fait parfois trop. Néanmoins, cet appel vient à point nommé pour souligner le caractère choquant de la réforme de l’audiovisuel voulu par Nicolas Sarkozy. L’appel tient en quelques lignes : « au nom des principes de la démocratie et des valeurs républicaines, les soussignés demandent au Parlement de renoncer à la loi qui permettrait au président de la République de nommer et de révoquer les présidents de France Télévisions et de Radio France. Ils rappellent que la télévision et la radio publiques n’appartiennent pas au pouvoir politique, quel qu’il soit, mais à tous les citoyens. Ils réitèrent leur engagement à défendre l’indépendance de la presse et le pluralisme de l’information ».

Cette réforme est doublement choquante. Choquante parce qu’elle avantage outrageusement TF1, qui avait l’avait proposée dans un livre blanc en décembre 2007. La chaîne privée récolte déjà plus de 50% du marché publicitaire à la télévision et demandait l’élimination d’un de ses deux seuls rivaux sur ce marché, ce qui accentuera encore une position tellement dominante qu’il est difficile de ne pas y voir un abus. Cela est d’autant plus choquant que Nicolas Sarkozy est proche du patron de Bouygues, qui la possède, et que la chaîne a été accusée de rouler ouvertement pour le candidat devenu président. Et TF1 ne fait rien pour contrer cette accusation comme le montre la nomination de Jean-Claude Dassier à la tête de sa rédaction en 2008 alors qu’il a été candidat majorité présidentielle aux élections municipales la même année !

Cette réforme est également choquante parce qu’elle met France Télévisions sous la coupe permanente du président, dans la mesure où il pourra révoquer à tout moment son président ou jouer avec le budget du Service Public. En Grande-Bretagne les moyens de la BBC et son président sont assurés pour plusieurs années sans possibilité de revenir dessus, ce qui garantit son indépendance. Chez nous, le nouveau statut de France Télévisions sera une pression permanente en faveur d’un pouvoir qui pourra à tout moment modifier le financement du Service Public ou ses dirigeants. Cette sujétion est un recul démocratique qui démontre une volonté malsaine du pouvoir de contrôler les médias.

D’ailleurs, sur RTL hier matin, Nonce Paolini n’a pas vraiment nié les accusations à fleuret moucheté de Jean-Michel Apathie, qui lui a demandé si cette réforme n’était pas un cadeau pour TF1. Naturellement, le patron de la première chaîne Française a répondu que c’était un cadeau pour France Télévisions, et a tenté bien malhonnêtement d’expliquer que le Service Public y gagnait de l’argent en comparant les recettes perdues (200 millions) en 2008 avec les sommes gagnées (450) en 2009 ! Et quand le journaliste de RTL a fait le parallèle entre la publication du livre blanc en décembre 2007 et l’annonce du président en janvier 2008 pour demander si c’était TF1 qui faisait les lois, Nonce Paolini n’a même pas ressenti le besoin de nier en disant que chaque entreprise était libre de faire du lobbying.

Favoritisme insupportable à l’égard de TF1, mise au pas programmée du Service Public : merci à Marianne de porter la contestation à travers cette nouvelle initiative. Et merci à tous ceux qui l’ont déjà signé, notamment François Bayrou et Nicolas Dupont-Aignan.

Source : Marianne 6 décembre, RTL

Signez l’appel : http://www.marianne2.fr/L-appel-de-Marianne-pour-l-indepe...

27.11.2008

République irréprochable ou république des copains ?

Dans une tribune au Monde quelques semaines avant les élections présidentielles, Nicolas Sarkozy s’était fait le défenseur d’une « république irréprochable ». Un peu plus de 18 mois après son élection, c’est plutôt la « république des copains » qui s’est mise en place.

Le débat sur le financement du Service Public de l’audiovisuel en est la preuve flagrante. Le gouvernement ne s’en cache même pas en disant qu’il est important de renforcer les groupes privés Français par rapport à leurs concurrents. En clair, il annonce de manière à peine maquillée que les groupes privés (au premier rang desquels TF1, qui capte plus de 50% du marché publicitaire) vont être soutenus par l’Etat. Pourtant, ce n’est pas comme s’il y avait la moindre menace d’un groupe étranger. TF1 reste la première chaîne d’Europe par l’audience. Le discours sur la nécessité de renforcer la compétitivité des groupes privés par rapport aux concurrents est complètement bidon et vise uniquement à donner un prétexte à un arsenal législatif qui est un concentré de favoritisme pour les groupes privés au détriment du Service Public.

Dans une configuration digne de Berlusconi, Nicolas Sarkozy favorise économiquement TF1 et M6 (ce qui ne devrait pas pousser leurs actionnaires à la critique vis-à-vis d’une équipe au pouvoir qui les nourrit) tout en reprenant la main sur le service public, en nommant directement la direction tout en contrôlant une plus grande part de ses recettes. C’est ainsi que les chaînes privées devraient gagner le droit de diffuser davantage de publicité à partir de janvier pour compenser sa suppression sur le Service Public : Nicolas Sarkozy donne l’argent de France Télévisions à TF1 et M6 ! Mieux, certains députés, inquiets de l’audience des coupures publicité du privé, essaient, par voie d’amendements, d’imposer au Service Public la diffusion de messages courts informatifs et citoyens pour que France Télévisions n’en profite pas pour récupérer l’audience de TF1 et M6. Sarkozy fait pire que Berlusconi !

N’oublions pas que Martin Bouygues a été le témoin de mariage du président. Il faut dire que ce n’est que le énième épisode de la « république des copains » … Après tout, les mesures du « paquet fiscal » de l’été 2007 étaient déjà destinées à ses nombreux amis. Et puis, comment ne pas soupçonner un retour d’ascenseur dans l’incroyable arbitrage de l’affaire Tapie qui permet à celui qui a soutenu Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle de récupérer 400 millions d’euros de l’Etat alors qu’il n’est pas évident qu’il aurait dû recevoir le moindre centime (voir note de lundi). On peut également penser à l’épisode de l’occupation de la villa de Christian Clavier par des nationalistes corses, qui avait provoqué le renvoi d’un haut fonctionnaire ou au refus d’extradition d’une ancienne terroriste protégée par la première dame.

Nicolas Sarkozy est habile : son omniprésence médiatique ne permet à l’actualité de se fixer sur de graves conflits d’intérêt qui auraient dû se transformer en scandale tant ils sont caractéristiques d’une république des copains qui a plus à voir avec Silvio Berlusconi ou François Mitterrand. 

26.06.2008

Président de la République ou de TF1 ?

Entre la fin de la publicité sur le service public dont le rapport Copé vient de détailler les modalités d’application, les nominations, les campagnes publiques, les ajustements législatifs, l’appel à l’indépendance des médias de Marianne trouve chaque jour une nouvelle légitimité.

Nicolas Sarkozy soigne bien la chaîne de télévision de son témoin de mariage Martin Bouygues, à tel point qu’on se demande ce qu’il pourrait encore inventer pour faciliter la tâche de Nonce Paolini, qui affronte pourtant une chute d’audience historique. L’état ne cesse de dépenser des millions pour des campagnes de communication qui vont en bonne partie dans les coffres de la première chaîne de France. Ensuite, les députés pourraient bien voter deux dispositions particulièrement favorable à TF1 : un abaissement des seuils de concentration dans les médias, qui permettra aux grosses chaînes de racheter des petites et la fameuse autorisation d’une deuxième coupure de publicité dans les fictions, demandée depuis si longtemps.

Mais le pire reste à venir avec la suppression de la publicité sur le service public. Cette mesure pourrait à elle seule rapporter 150 millions d’euros à la première chaîne, tant ce changement va renforcer la position déjà dominante de TF1. Cette annonce faite en janvier sans même prévenir la ministre de la culture était clairement influencée par sa première bénéficiaire qui avait remis un rapport à la présidence sur les évolutions possibles du service public. Le rapport Copé va plus loin. Tout d’abord, la compensation financière ne semble pas en mesure de complètement combler ce qui manquera à France Télévisions en recettes publicitaires et en temps d’antenne supplémentaire. Pire, on peut se demander si la réorganisation de France 3 ne va pas considérablement affaiblir cette chaîne, avec un recentrage régional sur de plus grandes régions, donc potentiellement moins pertinentes, et une ambition nationale revue à la baisse.

Au global, nous sommes aux antipodes de la « République irréprochable » que le candidat d’alors défendait dans un grand journal du soir. La présidence de Nicolas Sarkozy est comme jamais auparavant la république des copains avec un président qui multiplie les mesures qui favorisent TF1 tout en étant (en contrepartie, on peut bien sûr se le demander) particulièrement bien traité par cette même chaîne. Le mélange des genres avait atteint des sommets quand le président lui-même avait annoncé la nomination d’Harry Roselmack avant qu’elle ne soit officielle. Malheureusement, ce mélange des genres nous rappelle de plus en plus l’Italie de Berlusconi.

Marianne avait bien raison de mentionner les risques sur l’indépendance des médias dans son appel du 14 février. Mais depuis cette date, la situation empire et on a de plus en plus de mal à savoir si Nicolas Sarkozy est le président de la République ou de TF1.

Source : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2008/06/24/television-publique-ce-que-jean-francois-cope-va-dire-a-nicolas-sarkozy_1062387_3236.html#ens_id=1047902

31.05.2008

Victime des médias ou médias victimes ?

Dès qu’il le peut, Nicolas Sarkozy se présente comme une victime de médias qui seraient presque tous contre lui. Ce rideau de fumée rhétorique camoufle une réalité tout autre : le chef de l’Etat est plus proche de la position de Silvio Berlusconi que de celle de son prédécesseur.

La comparaison avec la situation de Silvio Berlusconi pourra surprendre. Malheureusement, nous ne sommes pas si loin de la situation italienne. Comme je l’avais dit dans une précédente note, s’il est vrai qu’une partie des médias (Marianne, Canal Plus, le Canard Enchaîné, le Nouvel Observateur ou Libération) se placent dans une opposition très nette au président de la République, la majorité des grands médias (TF1, France Télévisions, M6, RTL, Europe 1, Le Figaro ou Paris-Match) ne sont guère critiques. Je conseille à tous ceux qui doutent encore de cette évidence de regarder une fois le journal de treize heures de TF1, vu quotidiennement par huit millions de Français, où l’on a du mal à distinguer les commentaires des journalistes de ceux d’un porte-parole de l’UMP…

Cette stratégie de la victimisation, coutumière du président, est un rideau de fumée qui permet de déplacer le débat loin d’un bilan guère flatteur… Pourtant, la réalité est tout autre. Prenons tout simplement la couverture médiatique du président. Vous avez l’impression qu’on ne parle que de Nicolas Sarkozy et de l’UMP ? Ce n’est pas une impression. La règle en vigueur actuelle est un partage du temps de parole des politiques en trois tiers : un tiers pour le gouvernement, un tiers pour la majorité et un tiers pour l’opposition. Malheureusement, ce partage du temps de parole avait été établi à une époque où la parole présidentielle était rare. Or aujourd’hui, Nicolas Sarkozy occupe plus du quart du temps de parole politique en France. Résultat, la règle des trois tiers est devenue la règle des quatre quarts : un quart pour le président, un quart pour le gouvernement, un quart pour la majorité et un quart pour l’opposition. Notre quatre quart médiatique manque singulièrement du sel du pluralisme pour une grande démocratie….

Pire, comment ne pas s’interroger sur la couverture si complaisante envers le président de la République de certains médias qui dépendent de groupes qui bénéficient de décisions de l’Elysée. La décision de la suppression de la publicité sur le service public (qui n’était pas une promesse du candidat) est choquante dans la mesure où le premier bénéficiaire sera TF1, détenu par le groupe présidé par le témoin de mariage du président… Comment ne pas être choqué par le fait que Lagardère, intervenant majeur des médias, dépende de commandes publiques ? Bien loin de la « République irréprochable » dont il parlait lorsqu’il était candidat, la présidence de Nicolas Sarkozy est celle du copinage à tous les étages. Et s’il se laisse interviewer sans connaître les questions, il n’est pas le dernier à intervenir directement auprès des patrons de presse, comme le montrent les cas de Paris-Match, de Libération, du Monde ou du JDD.

Nicolas Sarkozy a réussi une mystification incroyable avec ses attaques contre l’opposition systématique des médias à son égard. Dans la réalité, je ne suis pas sûr que Silvio Berlusconi soit beaucoup mieux traité par les médias italiens…