22.08.2008

Sarkozy 15 mois après : la dialectique de la déresponsabilisation

À première vue, l’omni présidence de Nicolas Sarkozy semble être un système où la responsabilité individuelle des dirigeants politiques, et notamment du premier d’entre eux, est clairement établie. Dans la réalité, le président n’hésite pas à souvent rejeter la responsabilité des problèmes sur les autres.

Ce phénomène est particulièrement flagrant avec l’Europe. Nicolas Sarkozy tient un discours assez subtil sur l’Europe qui lui permet de rejeter une bonne partie des difficultés qu’il rencontre sur les institutions européennes tout en ne faisant rien pour changer leur mode de fonctionnement. Depuis deux ans, il dénonce fréquemment la politique monétaire de la BCE sans avoir tenté de changer son mode de fonctionnement lors de la négociation du traité de Lisbonne. Il critique ouvertement le travail de la Commission Européenne lors des négociations commerciales. Si les alter européens peuvent partager son diagnostic, il est difficile de ne pas voir une manipulation dans un tel discours tenu par quelqu’un qui a soutenu toutes les étapes de la construction européenne et qui n’a pas cherché à changer quoique ce soit qui permettrait de remettre en cause les politiques qu’il dénonce.

Mais il faut dire que Nicolas Sarkozy utilise souvent l’Europe pour s’exonérer des difficultés. Il n’a pas hésité à promettre aux marins pêcheurs des mesures dont il savait pertinemment qu’elles seraient refusées par Bruxelles. Pire, pour proposer quelque chose en réaction à la hausse du prix de l’essence, il a annoncé qu’il souhaitait baisser la TVA en sachant bien que ses partenaires européens refuseraient une telle mesure alors qu’il pouvait baisser la TIPP, ce qui ne nécessite pas l’accord de nos partenaires européens… Curieusement, le cynisme du président n’a pas été dénoncé alors qu’il pouvait baisser les prix de l’essence s’il l’avait vraiment souhaité et qu’il a fait une proposition pour donner le change tout en sachant qu’elle serait refusée, rejetant alors la responsabilité de la non-réponse à la hausse du prix de l’essence sur l’Europe, le bouc émissaire préféré de l’Elysée.

Cette tactique du bouc émissaire est un classique de la dialectique sarkozyste. Pendant la campagne présidentielle, il avait proposé que la déductibilité des intérêts d’emprunts immobiliers soit rétroactive, contrairement à toutes les règles fiscales en vigueur. Assez naturellement, le Conseil Constitutionnel a censuré cette disposition, ce qui a permis au gouvernement de rejeter sur ce dernier l’impopularité de cette limitation. Nicolas Sarkozy utilise volontiers cette stratégie quand il rejette sur la justice la responsabilité de certains crimes alors que le législateur est responsable du cadre législatif dans lequel la justice opère, et dont il est le premier responsable en tant qu’ancien ministre de l’intérieur et actuel président de la République. C’est aussi la stratégie qu’il a suivi en critiquant l’intérêt que les médias donnent à sa vie privée, après l’avoir exposée et utilisée sans guère de limites.

Nicolas Sarkozy est un bon avocat de sa propre personne. Et pour se défendre, il utilise à merveille une dialectique qui rejette la responsabilité de ses difficultés sur d’autres personnes (Europe, justice, médias…) pour s’exonérer de problèmes dont il est parfois le premier responsable.