20.02.2011
Sortie de crise spectaculaire pour le CAC 40
D’ici quelques jours, on devrait connaître le montant des profits réalisés par les entreprises du CAC 40 pour l’année 2010. Après la progression de 86% réalisée au premier semestre, nul doute que ces résultats illustreront encore le décalage croissant entre les citoyens et les grandes multinationales.
Des profits abracadabrantesques
C’est la saison des résultats financiers et le moins que l’on puisse dire est que le cru 2010 devrait être bon pour le CAC 40. Total avait ouvert le feu en annonçant plus de 10 milliards d’euros de bénéfices nets pour l’année et la distribution de 5 milliards d’euros de dividendes. Certes, le record de 2008 n’est pas atteint (13,9 milliards), mais la hausse du prix du baril permet d’espérer approcher ou battre ce record pour l’ensemble de l’année 2011.
BNP Paribas a annoncé cette semaine avoir réalisé un bénéfice net de 7,8 milliards (nouveau record pour le groupe, battant le résultat de 2007 grâce à l’absorption de Fortis). Le résultat opérationnel ressort à 13 milliards d’euros pour un Produit Net Bancaire de 43,8 milliards, soit une marge opérationnelle proche de 30%. Même si en pourcentage de marge, la BNP n’est pas encore au niveau de 2007, cela montre que les grandes banques se sont vite remises de la crise.
Plus globalement, les entreprises du CAC 40 avaient augmenté leurs profits de 86% au premier semestre, à près de 42 milliards d’euros et le chiffre attendu sur l’ensemble de l’année 2010 devrait dépasser les 80 milliards, contre un record de 101 milliards en 2007. Mais il faut noter qu’en 2004, ces mêmes profits avaient atteint seulement 57 milliards. En clair, dès la première année de sortie de crise, le CAC 40 va réaliser les 3èmes profits les plus élevés de son histoire derrière 2007 et 2006.
Une inégalité très problématique
Le décalage entre les multinationales et la population est extrêmement choquant. En effet, le chômage a continué de progresser pendant l’année 2010. Les hausses de prix laminent le pouvoir d’achat des ménages. Bref, les effets de la crise se font lourdement sentir par la grande majorité de la population. De l’autre côté, si les profits des multinationales ont beaucoup baissé, il faut noter qu’elles ont continué à en générer et que le rebond est spectaculaire.
Tout porte à croire que le record de 2007 sera battu dès 2011, voire 2012. Et cela pose plusieurs problèmes. En effet, l’Etat vient au secours des multinationales quand elles vont mal, n’hésitant pas à leur donner ou leur prêter de l’argent, s’endettant même à l’occasion. Pire, ce sont les mêmes banques qui ont été aidées par les Etats qui leur prêtent de l’argent aujourd’hui et font des profits énormes sur ces opérations, en créant à leur profit de la monnaie, avec l’aide de la BCE.
Plus globalement, comme je l’avais évoqué il y a un an, dans certains secteurs, on peut se demander s’il n’y a pas des profits totalement excessifs. Des marges opérationnelles de 30 ou 40% sont-elles normales dans des secteurs comme la banque ou la pharmacie ? Ne s’agit-il pas d’une rente ? En outre, c’est cette logique qui a poussé Renault à diviser par deux sa production en France (20% de sa production seulement et plus qu’un tiers des véhicules vendus en France).
Le montant des profits réalisés par les grandes multinationales démontre un disfonctionnement majeur de notre organisation économique, d’autant plus que le pouvoir d’achat de la grande majorité baisse ou stagne. Bref, c’est à une réorganisation complète de notre économie que nous devons nous atteler.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : cac40, profits, bnp paribas, sanofi-aventis, total, renault
05.03.2010
Sarkozy et l’industrie : le poids des mots, la faiblesse des actes
25% de croissance en cinq ans ! C’est l’objectif que Nicolas Sarkozy s’est fixé pour la croissance de l’industrie Française. Malheureusement, comme pour ses déclarations sur le chômage, contredites un mois après, la réalité risque d’être bien différente de ses promesses…
Un discours volontariste
En fait, cela fera quatre ans cette année que Nicolas Sarkozy parle de politique industrielle. Il convoque fréquemment les grands patrons du secteur pour les sermonner. Mais au final, ses déclarations sont très souvent en décalage avec la réalité. Les dirigeants d’Arcelor-Mittal vont finalement faire ce qu’ils voulaient du site de Gandrange, comme Total avec la raffinerie de Dunkerque, et Renault ne produit déjà plus que 25% de sa production sur le sol national…
Bref, il est difficile de ne pas accueillir sans scepticisme les déclarations du président de la République sur l’industrie. Certes, le moment choisi pour l’annonce est habile. La production industrielle a baissé de plus de 10% en 2009, donc l’Elysée considère sans doute qu’un simple retour à la normal permettra d’assurer 40% du chemin qu’il annonce vouloir parcourir. Et il vaut mieux car une croissance annuelle de la production industrielle de plus de 4% est un objectif ambitieux.
Pour être honnête, le président de la République a posé une très bonne question, à savoir le financement de notre système de sécurité sociale, qui en pesant sur le travail, favorise les importations et défavorise les exportations, notamment industrielles. Mais les autres propositions sont soit trop légères (budget) soit trop hypothétiques. La volonté de bâtir une politique industrielle européenne est totalement contradictoire avec l’ultralibéral traité de Lisbonne, voulu par un certain… Nicolas Sarkozy.
Les grands enjeux oubliés
Un seul d’entre eux est évoqué (la question du financement de la Sécurité Sociale) mais de manière si sibylline et tardive que l’on peut douter des actes futurs du président. Dommage, la TVA sociale était une des meilleures idées du candidat Sarkozy. Malheureusement, cette proposition de réforme a été tuée entre les deux tours des élections législatives du fait de l’habileté de Laurent Fabius. Le président de la République n’a pas eu le courage de relancer le débat depuis.
Mais surtout, Nicolas Sarkozy semble avoir oublié ses dénonciations du niveau de l’euro, qui est pourtant une des causes majeures de la désindustrialisation de la France et de l’Europe. En effet, les économistes estiment qu’à parité de pouvoir d’achat, la monnaie unique européenne devrait coter entre 1,05 et 1,1 dollar. Cela veut donc dire qu’elle est encore surévaluée de 25% et que par conséquent, tout ce qui est produit en Europe coûte mécaniquement 25% plus cher qu’ailleurs, à salaire égal…
Enfin, s’il pointe les dangers du commerce déloyal depuis longtemps, il ne fait rien de concret pour encadrer un minimum les pratiques commerciales. Pourtant, comme le souligne une étude de la Direction Général du Trésor reprise par Marianne 2, 63% des destructions d’emploi dans l’industrie Française sont dues à la mondialisation. Mais sur ce sujet, malgré le nombre grandissant d’économistes défendant un protectionnisme régional (Allais, Todd, El Karoui, Sapir, Gréau, Lordon…) rien n’avance.
Comme d’habitude Nicolas Sarkozy a fait un beau discours. Malheureusement, depuis trois ans, les Français ont fini par comprendre qu’il y a un fossé entre ce que le président dit et ce qu’il fait. Pire, ici, ses propositions sont déjà très légères.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, industrie, gandrange, arcelor-mittal, total, dunkerque, renault, tva sociale



