14.10.2009
La défense inconditionnelle de Frédéric Mitterrand par le Monde
L’affaire Frédéric Mitterrand touche à sa fin. Elle aura sans doute révélé un immense décalage entre l’opinion des élites politico-médiatiques parisiennes avec une population plus dure à l’égard du ministre. Le meilleur exemple de ce décalage est sans doute le journal Le Monde.
Le Monde prend son lectorat à rebrousse-poil
Ce n’est pas tout de le dire, il faut le faire ! En effet, un sondage réalisé sur le site montrait que plus de la moitié des répondants étaient favorables à la démission du ministre de la culture alors que seulement un tiers souhaitait qu’il reste à son poste. Les journalistes ont en revanche pris une ligne de soutien volontiers inconditionnelle, comme l’illustre l’éditorial d’Eric Fottorino « Chasse à l’homme » ou le papier de Gérard Courtois « La mauvaise affaire », provoquant des commentaires acides des lecteurs.
Il faut dire que l’argumentation des deux journalistes du Monde ne tient pas vraiment. Ils prennent pour argument le fait que le livre soit sorti il y a quatre ans et que les critiques d’aujourd’hui auraient dû s’exprimer en 2005. Un peu court… La conclusion d’Eric Fottorino est particulièrement biaisé : « Mais revenons aux faits. Ce livre était-il connu ? Oui. M. Mitterrand a-t-il commis un viol ? Non. L'homosexualité est-elle un crime, un délit ? Pas davantage. Alors ? ».
Les tartuffes écrivaient au Monde
Le rédacteur en chef du Monde sait pourtant que la question qui pose problème (la seule évoquée par Benoît Hamon d’ailleurs) est le tourisme sexuel. Comment ne pas être interloqué par cet « oubli » du cœur de la polémique ? Eric Fottorino devrait au moins avoir le courage de ses opinions et affirmer que pour lui, la pratique du tourisme sexuel et son récit dans un livre ne disqualifie pas un ministre si c’est ce qu’il pense, au lieu de détourner malhabilement le débat.
De même, Gérard Courtois dénonce des amalgames entre homosexualité et pédophilie pourtant restés très limités parmi les critiques du ministre de la culture. Comment ne pas voir dans l’argument chronologique ou dans la critique de l’étalement de la vie privée (après tout, c’est Frédéric Mitterrand qui a rendu public ce passage de sa vie) des rideaux de fumée destinés à empêcher un vrai débat ? Lui aussi devrait avoir le courage de dire que la pratique du tourisme sexuel ne disqualifie pas un ministre s’il le pense !
Cette affaire révèle deux problèmes majeurs : un décalage frappant entre l’opinion d’une certaine élite et les citoyens mais aussi une incapacité à assumer une opinion qui se traduit par l’emploi de rideaux de fumée qui énervent à juste titre des lecteurs choqués par une argumentation aussi faible.
10:57 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : frédéric mitterrand, le monde, eric fottorino, gérard courtois, tourisme sexuel, benoît hamon
08.10.2009
La défense intenable de Frédéric Mitterrand
Marine Le Pen vient de déclencher une polémique sur un livre écrit par Frédéric Mitterrand en 2005, où il évoque, entre autres, son tourisme sexuel en Asie. Les origines de l’attaque font que la majorité de la classe politique défend le ministre, à quelques exceptions prêt…
Des arguments irrecevables
Il est pour le moins piquant de voir les petits soldats du président, Xavier Bertrand et Frédéric Lefebvre, défendre le ministre de la culture. Mais l’examen des axes de défense choisis démontrent la faiblesse de leur argumentation. Martine Aubry, élude le débat en affirmant ne pas « imaginer » qu’il se soit livré à une « apologie du tourisme sexuel », tout en précisant n’avoir « pas lu le livre ». Certains affirment qu’il s’agit d’un roman, mais l’auteur a reconnu que c’était sa vie, comme le montre Le Figaro.
Le ministre a choisi la voie la plus facile en attaquant le messager (le FN) plutôt qu’en répondant sur le fond. Mais si le FN dit qu’il y a trop de chômage, on ne va pas dire qu’il n’y en a pas assez... D’autres affirment qu’il s’agit de sa vie privée et que cela doit le rester. On peut doublement contester cette ligne de défense. Tout d’abord, Frédéric Mitterrand a choisi de rendre sa vie privée publique en écrivant ce livre, à son profit. En outre, il y a la vie privée à laquelle toute personne publique a droit et les actes plus ou moins légaux.
Car c’est bien le problème avec ce que décrit Frédéric Mitterrand : il s’agit de tourisme sexuel. En outre, le ministre n’a pas levé l’ambiguïté sur l’âge des « garçons » avec lesquels il a couché. Bien sûr, certains le défendent en dénonçant l’homophobie des critiques. Mais il ne s’agit pas ici d’attaques sur ses préférences sexuelles, mais bien sur sa pratique du tourisme sexuel. Est-il vraiment acceptable qu’un ministre de la République en fasse la publicité dans un livre ?
Les voix de la République
Heureusement, quelques personnalités osent braver le consensus mou de défense du ministre. Hier soir, sur Canal Plus, Benoît Hamon a tenu un discours responsable, et a reconnu avoir été « choqué » et trouver cela « grave ». Ce matin sur RMC, Nicolas Dupont-Aignan a tenu le même langage en soulignant qu’il n’est pas acceptable de donner l’impression qu’il y a deux poids, deux mesures, selon que l’on soit puissant ou pas. La position de ceux qui le défendent n’en est que plus surprenante, pour ne pas dire plus.
Cette affaire Frédéric Mitterrand révèle deux problèmes. Tout d’abord, elle pose la question de l’exemplarité du comportement des ministres de la République. Est-il acceptable qu’un ministre fasse la publicité du tourisme sexuel dans un livre ? Ensuite, elle soulève la différence de traitement entre les puissants et le tout-venant. Comment ne pas être choqué par les levées de bouclier d’une certaine élite pour protéger Roman Polanski et Frédéric Mitterrand d’actes pourtant répréhensibles ?
Bien sûr, il ne faut pas tomber dans les travers anglo-saxons. Mais dans le cas présent, cela n’a rien à voir. Il ne s’agit pas d’une révélation orwellienne d’un pan de la vie privée d’un ministre qui aurait dû rester privée. Il s’agit d’actes et d’écrits plus que déplacés rendus publics par un ministre de la République.
http://carnet.causeur.fr/antidote/quand-la-corde-bertrand...
http://www.marianne2.fr/Le-Pen-vs-Mitterrand-le-dangereux-silence-des-grands-medias_a182353.html
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