16.03.2009

Sarkozy : l’engrenage provocation / capitulation

Guadeloupe, Martinique, enseignement supérieur : le gouvernement cède de plus en plus aux revendications corporatistes, signe des limites de la méthode Sarkozy. Et dire qu’il lui reste encore trois ans à passer à l’Elysée…

De la provocation à la capitulation

Été 2008, un Nicolas Sarkozy hilare ose affirmer que « désormais, quand il y a une grève en France, plus personne ne s’en aperçoit ». Février 2009 : entre 1 et 2,5 millions de Français manifestent contre la politique du gouvernement et une nouvelle protestation aura lieu dans trois jours. Nul doute que cette provocation inutile et bien peu présidentielle a contribué à la mobilisation du mois passé et à celle de cette semaine. Résultat, le président a été contraint de concocter une obole sociale de 2,6 milliards.

22 janvier 2009 : Nicolas Sarkozy fait un nouveau discours sur l’enseignement supérieur où il attaque les professeurs Français, en comparant leur nombre de publication par rapport à leurs collègues étrangers, oubliant de prendre en considération que l’origine souvent anglo-saxonne des revues scientifiques favorise tout de même les anglophones. Résultat, le mouvement de protestation des universités a abouti à une capitulation en règle, même sur les suppressions de postes de fonctionnaires.

Un défaut congénital de Nicolas Sarkozy

On pourrait croire que c’est la crise et les difficultés économiques qui poussent le président à mettre de l’eau dans son vin pour continuer à réformer, mais il s’agit d’une vue de l’esprit. Dès ses débuts, le président a montré une capacité inégalée à provoquer ses partenaires puis à leur céder sur l’essentiel, que ce soit en France ou sur la scène internationale. C’est ainsi que lors de la réforme des régimes spéciaux, si le gouvernement a obtenu un alignement sur certains critères, il a discrètement beaucoup lâché sur d’autres.

En Europe, Nicolas Sarkozy s’est également fait une spécialité des provocations suivies de capitulations en rase campagne. Pendant la campagne présidentielle, il dénonçait la politique de la BCE et proposait de remplacer le TCE par un « mini traité » limité aux questions institutionnelles et tenant compte du « non » de 2005. Au final, il a fini par accepter une copie quasi-conforme du traité refusé. L’Union Pour la Méditerranée n’est qu’une pâle copie du projet initial de l’Elysée et rien n’a avancé depuis près de 9 mois.

Une méthode explosive

Le président de la République s’est transformé en artificier politique qui allume les revendications et les colères et qui, finalement, a tendance à céder aux revendications parfois plus facilement que ses prédécesseurs. Et après avoir cédé sur la hausse de 200 euros des bas salaires en Guadeloupe, on peut craindre un renforcement des revendications, dans l’espoir d’obtenir une reddition comparable à celle obtenue dans les Antilles ou par les professeurs des universités.

Sa seule chance est l’absence complète d’alternative crédible. Un sondage IFOP pour le Journal du Dimanche révèle que pour 69% des Français, le PS ne ferait pas mieux que le gouvernement face à la crise. Mieux, 76% des Français jugent, sans doute à raison, que le PS n’a pas de réponse à la crise ! En fait, si les Français sont de plus en plus mécontents à l’égard du président, ils se retrouvent sans alternative crédible, ce qui protège sans doute l’Elysée d’un mouvement d’humeur plus radical, pour le moment.

Dure à l’extérieur et molle à l’intérieur : voilà la réalité de la méthode Sarkozy. C’est l’alliance improbable d’une forme extrêmement et inutilement agressive et d’un fond parfois aussi consistant qu’une éponge. Quand les Français auront trouvé une alternative, il sera balayé.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/03/12/univer...

http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/03/15/pour-6...