08.02.2009

L’insoutenable dogmatisme monétariste de la BCE

Jeudi, Jean-Claude Trichet a annoncé le maintien des taux d’intérêts de la BCE à 2% alors que la Banque d’Angleterre a baissé les siens d’un demi point, illustrant à nouveau l’autisme incroyable des dirigeants de la banque centrale européenne devant la récession.

Des taux européens à un niveau complètement absurdes !

Alors que les taux Américains sont compris entre 0 et 0,25%, que ceux de la banque de Grande-Bretagne ne sont plus qu’à 1%, la BCE a décidé de maintenir les siens à 2%. On pourra soutenir que la banque centrale européenne a déjà baissé ses taux de 2,25 points depuis la rentrée, ce qui représente déjà un effort significatif. Cependant, il faut noter que la Fed Américaine les a baissé de 5 points depuis le déclenchement de la crise en 2007 et que la banque d’Angleterre a baissé les siens de plus de 4 points depuis 2008, deux fois plus que la BCE.

Pire, il ne faut pas oublier que l’inflation était à 4% cet été dans la zone euro et qu’elle vient de tomber à 1,1% en janvier, après deux baisses consécutives de 0,5 point en décembre et janvier. Résultat, de manière complètement incroyable, la politique monétaire de la BCE est davantage restrictive aujourd’hui que cet été puisque les taux réels (dont on retire l’inflation) ont légèrement monté en Europe en pleine crise économique ! Ce resserrement de la politique monétaire de la zone euro provoque le scepticisme de tous les économistes, qu’ils soient ultralibéraux (The Economist) ou alternatifs.

Déni de réalité et irresponsabilité

Aujourd’hui, les taux européens n’ont aucune raison d’être supérieurs à 1%. Et il faut noter qu’à ce niveau, la politique monétaire ne serait même pas expansive tant l’inflation s’est effondrée en quelques mois. La décision de la BCE jeudi est proprement sidérante tant tous les indicateurs économiques plaident pour une baisse des taux. Les prévisions de (dé)croissance pour le 4ème trimestre indiquent que l’Europe est peut-être dans une récession plus grave que les Etats-Unis et l’inflation, souci monomaniaque de la BCE n’est plus à un niveau qui peut freiner la baisse des taux.

Pire, Jean-Claude Trichet a osé affirmer qu’il n’y a pas de risque de déflation en Europe, jugement qui semble aussi péremptoire que mal avisé quand on constate que l’inflation dans la zone euro est passée de 2,1 à 1,1% en seulement deux mois. Il y a fort à parier qu’au deuxième trimestre, la zone euro rentrera justement dans la déflation pour la première fois depuis des décennies. Bref, depuis des années, les preuves du mauvais jugement de la BCE s’accumulent mais l’irresponsabilité de la banque européenne fait qu’elle échappe à toute remise en question de ses décisions.

Il est vraiment temps de faire le bilan de la Banque Centrale Européenne et de se rendre compte que ses dirigeants mènent une politique désastreuse et multiplient les erreurs. Pire, leur indépendance leur permet d’échapper à toute responsabilité. Il est grand temps de revenir dessus !

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/05/la-bce-...

http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/05/la-banq...

20.12.2008

L’asphyxie monétaire de l’Europe

La divergence de politique monétaire des deux côtés de l’Atlantique s’est amplifiée cette semaine avec la décision de la Fed de baisser à nouveau drastiquement ses taux, à seulement 0,25%, alors que Jean-Claude Trichet a indiqué qu’il laisserait sans doute les taux stables en janvier.

Les Etats-Unis prennent la mesure du risque déflationniste

Bien sûr, on pourra critiquer la politique de la Fed qui vise à encourager le crédit pourtant à l’origine de la crise. Et il est clair qu’il faudra savoir refermer le robinet à crédit rapidement une fois que la machine sera repartie. Néanmoins, cette politique d’argent bon marché n’est pas sans argument. L’inflation, qui avait atteint 5% cet été aux Etats-Unis, a brutalement baissé à seulement 1,1% en rythme annuel et de nombreux économistes soulignent le grave risque de déflation. D’ici à quelques semaine, l’évolution des prix aux Etats-Unis sera négative, comme dans les années 30, période que Ben Bernanke a beaucoup étudiée.

Un recul des prix significatif est très dangereux pour l’économie car il se transforme en cercle vicieux. La baisse des prix pousse les consommateurs à reporter leurs achats, en espérant que les prix soient plus bas demain, ce qui diminue encore la demande, ce qui contribue à faire monter le chômage et baisser les salaires, qui sont flexibles aux Etats-Unis. En outre, la baisse des prix diminue les recettes de l’Etat, qui doit par contre rembourser une dette toujours aussi importante. Pour toutes ces raisons, il est vital d’éviter que l’économie rentre dans un cycle déflationniste.

Une BCE aveugle sur le risque déflationniste

Comme d’habitude, la réaction de la BCE contraste avec l’activisme de la FED. Alors que la banque centrale Américaine a baissé ses taux de 5 points en un an et demi (de 5,25 à 0,25%), la BCE les a baissés de seulement 1,5 points (de 4 à 2,5%). Pire, Jean-Claude Trichet a indiqué qu’il était possible que la BCE fasse une pause en janvier. Certes, l’inflation baisse moins vite en Europe (de 4 à 2% en quelques mois cependant), mais le risque reste fort à cause des mouvements monétaires. En effet, alors que l’euro était passé de 1,6 à 1,24 dollars en quelques mois, il a cassé le cap des 1,4 dollars cette semaine.

La raison est simple. Pour sortir de la récession et combattre la déflation, il y a un moyen très commode : laisser filer sa monnaie. Ben Bernanke rappelle ainsi que les Etats-Unis sont sortis de la déflation en 1934 grâce à la dévaluation du dollar de 40%. Et le dollar n’est pas la seule devise à se déprécier face à l’euro puisque toutes les monnaies baissent à part le yen japonais. Mais ces mouvements monétaires ont un double effet désastreux pour l’Europe : une accélération de la déflation, par la baisse du prix des produits importés, et un renchérissement du prix de nos exportations, qui perdent leur compétitivité.

Quelles solutions pour l’Europe ?

La première des solutions est de baisser les taux d’intérêt pour éviter de renforcer plus encore un euro déjà surévalué d’environ 30% aujourd’hui par rapport au dollar. La baisse des taux permettrait de baisser le coût du crédit pour les banques et d’amortir la crise financière. Et en suivant la politique de la Fed, l’euro éviterait de se renforcer face au dollar et aux autres devises. Il est vital pour l’Europe de renverser l’évolution actuelle du cours de l’euro, tant pour éviter de renforcer encore les pressions déflationnistes, que pour éviter de poursuivre la désindustrialisation de notre continent.

Mais le passé montre que cela ne sera sans doute pas possible avec la BCE dans sa configuration actuelle. C’est pourquoi il est urgent de réformer l’euro. Il faut ajouter l’emploi, la croissance et le taux de change à l’objectif initial de lutte contre l’inflation. Pourquoi faudrait-il uniquement se soucier de cette dernière ? Il faut revenir sur l’indépendance de la Banque Centrale, qui ne doit être qu’un organe de proposition soumis au choix des politiques. À moyen terme, on peut même se poser la question de la pertinence d’une monnaie unique et se demander s’il ne faudrait pas un système de monnaie commune.

De nombreux pays ont choisi d’amortir la crise en dévaluant leur monnaie. Le problème est que l’Europe devient la variable d’ajustement du fait de la politique dogmatiquement rigide de la BCE. Pourtant, il y a urgence si l’on veut éviter une asphyxie économique l’an prochain.

Source : http://www.lefigaro.fr/tauxetdevises/2008/12/17/04004-200...

http://www.lefigaro.fr/tauxetdevises/2008/12/18/04004-200...

10.10.2008

La méthode Trichet contre la méthode Sarkozy

Des péripéties de la réunion du G4 à l’Elysée à la décision spectaculaire des banques centrales de baisser les taux d’intérêt de manière concertée, ces deux dernières semaines ont permis une comparaison intéressante entre la méthode du président Français et celle des banquiers centraux…

D’un côté, les banques centrales se sont coordonnées dans la plus grande discrétion pour annoncer une baisse significative des taux d’intérêt de manière concertée dans la plupart des pays occidentaux (zone euro, Etats-Unis, Royaume Uni, Suède, Suisse…). Si cette baisse des taux n’a pas permis d’éviter la poursuite de l’effondrement des Bourses, la stabilisation d’hier semble indiquer qu’elle a peut-être permis de tempérer (momentanément) le pessimisme irrationnel et auto réalisateur des marchés. D’ailleurs, elle a sans doute permis d’éviter une baisse plus violente des Bourses puisque le CAC 40 perdait plus de 8% en début de matinée mercredi et que sa cotation avait été interrompue du fait d’un trop grand afflux d’ordres de vente. Au moins, d’un point de vue « militaire », cette opération aura été parfaite par la coordination qu’elle aura démontrée des banques centrales et leur capacité à agir par surprise.

Comment ne pas voir la différence flagrante avec la préparation du sommet du G4 de samedi dernier ? Si Nicolas Sarkozy a parfaitement raison de proposer une réunion aux grands pays européens, la réalisation a démontré un amateurisme inquiétant. En effet, l’Elysée a laissé filtrer son désir de mettre en place un équivalent du plan Paulson sans même s’assurer que nos partenaires étaient sur la même longueur d’onde. Christine Lagarde a même avancé le chiffre de 300 milliards d’euros dans un journal Allemand, ce qui a provoqué un mini incident diplomatique avec Angela Merkel qui a contraint la France à revenir sur sa position. C’est ainsi que le résultat de la réunion a été bien inférieur à ce à quoi pouvaient s’attendre les marchés. Cet échec, dû à une mauvaise préparation, explique sans doute en bonne partie l’effondrement des Bourses à partir de lundi.

Mais si sur la méthode, Jean-Claude Trichet a été bien meilleur que Nicolas Sarkozy, il n’en va pas de même sur le fond. Tout d’abord, la baisse des taux de la BCE est la première… 15 mois après le déclenchement de la crise : bonjour la réactivité ! Si les taux avaient été baissés plus rapidement et plus fort, les banques européennes seraient sans doute en meilleure situation aujourd’hui, par la baisse du coût du crédit que cela aurait permis en Europe. En outre, le différentiel de taux des deux côtés de l’Atlantique reste stupéfiant avec 3,75% en Europe et 1,5% aux Etats-Unis. Si la Fed a pris la mesure de la crise, la BCE ne l’a pas encore fait, comme en 2001. En outre, les récentes prévisions du FMI montrent que la baisse rapide des taux de la Fed n’empêchera pas la baisse de l’inflation l’an prochain aux Etats-Unis au même niveau qu’en Europe. La BCE a donc maintenu ses taux pour rien.

À force de privilégier les effets d’annonce et de vouloir communiquer pour montrer qu’il agit, le président finit par privilégier la posture à l’action, comme le montre la préparation catastrophique de la réunion de samedi dernier. La méthode Sarkozy n’est malheureusement pas adaptée à la crise que nous vivons.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/10/09/le-chan...

05.10.2008

Les paroles, paroles, paroles européennes contre la crise

La réunion du G4 Européen hier à Paris était une initiative bienvenue de Nicolas Sarkozy. L’ampleur de la crise financière et économique nécessite en effet une concertation et des initiatives continentales. Malheureusement, les conclusions concrètes du sommet sont limitées.

Nicolas Sarkozy a eu raison de proposer une telle réunion aux trois autres principales puissances économiques de l’Union. Le creusement de la crise depuis trois semaines menace de plus en plus les économies européennes, qui sont sans doute déjà en récession. À dire vrai, les déclarations issues de ce sommet vont dans le bon sens. Les quatre ont annoncé qu’ils viendront au secours des établissements financiers, mais en privilégiant les réponses nationales (une demande de l’Allemagne), même si cela sera fait de « manière coordonnée ». Les dirigeants européens ont également annoncé vouloir préserver l’épargne des ménages et mieux réguler le monde financier par une révision des règles comptables. Les chefs d’Etat et de gouvernement ont également demandé davantage de « flexibilité » dans l’application du Pacte de Stabilité en raison « des circonstances exceptionnelles ».

Même si ce dernier point représente une petite victoire pour la France, il faut noter qu’il ne s’agit que d’une demande, que Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroup, s’est rapidement chargé de contester en annonçant que le Pacte devait être appliqué « dans son intégralité ». Bref, si la direction donnée par ce sommet (dénonciation des excès de la finance, volonté de sanctionner les abus, interventionnisme étatique pour éviter l’effondrement du système) est bonne, les annonces concrètes restent très limitées. On peut espérer que le prochain sommet Européen permettra au continent de présenter des réponses plus concrètes à la crise, même si l’absence d’un accord détaillé à 4 préjuge mal des conclusions à 27…

Mais le plus incroyable était tout de même l’absence complète de débat public sur la politique monétaire de l’Union lors de ce sommet. Jean-Claude Trichet était présent à la réunion de samedi, mais les débats probables sur les taux d’intérêts n’ont pas dépassé le cadre feutré des bureaux de l’Elysée. Il n’est pas concevable pour la BCE qu’un débat public existe avec les chefs de l’Etat. C’est bien Jean-Claude Trichet qui décide sur le sujet, et les taux ne devraient commencer à baisser que le mois prochain, plus de 15 mois après le début de la baisse des taux aux Etats-Unis. En outre, on imagine bien que le rythme de la baisse n’aura rien à voir avec celui de la Fed.

Si l’euro baisse fortement depuis quelques semaines, c’est parce que les investisseurs anticipent une sortie de la crise très lente et tardive pour l’Europe alors que les Etats-Unis pourraient commencer à rebondir dès l’an prochain. Un signe de méfiance qui illustre bien les carences de la politique européenne.

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10...

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10...

13.09.2008

Euro cher : le retour du psychopathe de Francfort !

Alors même que l’inflation vient de légèrement baisser, à 3,8%, dans la zone euro, Jean-Claude Trichet vient d’affirmer que « l’inflation va rester élevée pour un certain temps avant de baisser un peu au cours de l’année 2009 » afin de justifier le maintien des taux d’intérêts..

Pour reprendre les mots de Jospeh Stiglitz, la BCE agit à nouveau en « enfant buté » dans cette crise, comme en 2002. La crainte de l’inflation confine au délire paranoïaque tant une analyse un tant soit peu rationnelle montre que cette inflation est purement conjoncturelle. Tout d’abord, on pourrait relativiser le dérapage de l’inflation, qui, à 3,8%, reste à un niveau assez faible historiquement parlant. Ensuite, tous les économistes montrent bien que cette inflation est uniquement la conséquence de la forte hausse du prix des matières premières agricoles et énergétiques et qu’en dehors de ces éléments, historiquement volatiles, l’inflation dans les pays occidentaux reste autour de 2%. De plus, loin des effets de second tour que dit craindre la BCE (où salaires et prix se font la course), les chiffres montrent au contraire que la dépression économique a ralenti la hausse des salaires depuis un an, du fait de la hausse du chômage.

Mais surtout, étant donnée que la hausse de l’inflation a débuté l’an dernier à la même époque, nous rentrons dans un comparatif « plus favorable ». Contrairement à ce qu’affirme notre Don Quichotte monétariste, la baisse récente des cours va commencer à se retrouver dans les prix cet automne. Sans être économiste, en supposant que le pétrole ne reprenne pas sa course folle (si la baisse de production de l’OPEP stabilise son cours un peu au-dessus de 100 dollars), j’estimerai volontiers que l’inflation baissera à 3 / 3,5% d’ici la fin de l’année en Europe pour rapidement passer sous les 3% dès le premier trimestre 2009, voire plus rapidement encore. Les prévisions de Jean-Claude Trichet ne servent qu’à justifier son manque d’action. En outre, de nombreux économistes ont souligné que les causes actuelles de l’inflation et son caractère conjoncturel et non structurel font que la politique monétaire n’a que peu d’impact sur son niveau.

Si l’inflation baisse aussi vite aux Etats-Unis qu’en Europe dans les prochains mois, nous aurons une nouvelle preuve de l’absurdité totale de la politique monétaire suivie à Francfort puisque la baisse des taux de la Fed n’aura absolument pas provoqué de dérapage inflationniste, malgré une politique monétaire beaucoup moins restrictive qu’en Europe. Une fois encore, la politique monétaire européenne va prolonger et renforcer inutilement la crise économique du vieux continent par des décisions délirantes, envoyant, comme en 1993 et en 2001 des millions d’Européens au chômage par l’effet inutilement dépressif de leur politique de taux d’intérêts. Et à nouveau, personne ne pourra demander de compte aux banquiers centraux sur ces choix suicidaires.

Rendez-vous dans six mois pour vérifier la pertinence de ces prédictions. Malheureusement, entre temps, une chose est sûre, l’économie européenne aura traversé une inutile récession provoquée par le monétarisme borné de la BCE.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/09/05/la-bce...

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2008/09/10/01011-200809...

08.07.2008

Le suicide économique européen de la BCE

Suite aux déclarations de Nicolas Sarkozy, Jean-Claude Trichet a défendu sa politique lors des rencontres économiques d’Aix en Provence en justifiant la remontée des taux de la BCE par sa volonté de lutte contre l’inflation. Mais, malheureusement, cet argument n’est pas juste.

« La stabilité des prix protège les plus démunis et les plus défavorisés de nos concitoyens » : ce n’est pas sans un certain culot que le président de la BCE a justifié la politique d’euro cher de la Banque Centrale Européenne. En effet, c’est aussi lui qui demande aux entreprises de ne surtout pas céder aux revendications de hausse des salaires alors que la hausse de l’inflation provoque des pertes de pouvoir d’achat (2,7% de hausse des salaires au premier trimestre en France, contre une inflation à 3,3% en mai). Pire, ces chiffres ne sont que des moyennes qui ne prennent pas en compte le fait que les ménages modestes subissent une inflation sensiblement plus forte (sans doute 4 à 5%) puisque la part de leurs dépenses consacrée à l’énergie et à l’alimentaire est plus grande que la moyenne nationale. C’est bien la situation actuelle qui frappe les plus démunis.

Pire, de nombreux économistes contestent clairement la politique de la BCE. Si en théorie classique, la hausse des taux, par l’effet dépressif qu’elle induit sur la demande, contribue à faire baisser les prix, la situation à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui est complètement différente. La hausse des prix est concentrée sur quelques produits bien spécifiques et n’a pas provoqué la moindre course entre salaires et prix, scénario qui avait prévalu dans les années 70. En outre, ce n’est pas la demande européenne qui est responsable de la hausse de la demande. Résultat, en l’absence d’action sur les raisons de la hausse de la demande (qui vient d’Asie), ce resserrement des taux est un inutile garrot sur une économie européenne déjà asphyxiée par le niveau de l’euro.

Encore pire, plusieurs économistes affirment que la politique de la BCE contribue au contraire à augmenter l’inflation ! Un double mécanisme est à l’œuvre. Tout d’abord, la divergence de politique monétaire entre l’Europe et les Etats-Unis contribue à maintenir un euro cher et un dollar bon marché. Comme le pétrole est payé en dollar, cela pousse les pays producteurs à faire monter son prix pour compenser la baisse du dollar. Mais surtout, la politique de taux restrictive de la BCE contribue à déprimer les marchés financiers en plus des marchés immobiliers. Résultat, les investisseurs réorientent leur placement vers les matières premières, seul marché leur offrant des perspectives de hausse, poussant donc les prix à la hausse, et donc l’inflation ! Si la BCE avait baissé ses taux, alors la reprise des marchés financiers auraient diminué la spéculation sur les matières premières et donc l’inflation !

La meilleure preuve de cette théorie réside dans les chiffres d’inflation des deux parts de l’Atlantique. Les dernières statistiques font état de 4,2% d’inflation aux Etats-Unis et de 4% dans la zone euro. En clair, l’inflation ne s’emballe pas plus des deux côtés de l’Atlantique. Pourtant, les politiques suivies divergent fortement puisque, depuis un an, la Fed a baissé ses taux de 3,25 points à 2% alors que la BCE les a montés de 0,25 point à 4,25%. Résultat, le dollar s’est déprécié de 20%, augmentant le prix des produits importés. La divergence de politique monétaire aurait donc dû provoquer un dérapage beaucoup plus fort de l’inflation aux Etats-Unis, où tout se conjugue pour une hausse plus forte. Mais l’absence de différence montre bien que la politique de taux n’influe pas, ici, sur l’inflation.

Depuis plus de quinze ans, Jean-Claude Trichet asphyxie inutilement les économies européennes. Il serait grandement temps de faire le bilan de cette BCE, ce que Nicolas Sarkozy sait faire, et surtout, d’en tirer toutes les conséquences, ce qui ne l’avait pas beaucoup intéressé à Lisbonne...

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/07/07/critique-par-paris-m-trichet-defend-la-politique-de-la-bce_1067178_3234.html#ens_id=951246, Alternatives économique juillet 2008

02.07.2008

Nous sommes tous des alter-européens !

À la veille d’une probable hausse des taux d’intérêts de la BCE, plusieurs dirigeants européens de poids expriment leurs doutes sur la politique suivie par Jean-Claude Trichet. Ils réalisent, un peu tard, les limites de la construction européenne telle qu’elle avance aujourd’hui.

Il y a quelque chose d’encourageant et de décourageant dans ces interventions simultanées du ministre allemand des finances, du ministre de l’économie français et du Premier ministre espagnol. Ces trois personnalités politiques expriment tous les trois leur hostilité à la probable hausse des taux d’intérêts que devrait annoncer la BCE. Les trois soulignent les dangers que ferait peser cette hausse des taux sur la croissance. Ils auraient pu souligner que la baisse des taux de la Fed n’a pas fait déraper l’inflation davantage aux Etats-Unis malgré un contexte économique moins favorable. C’est un événement majeur de constater que trois des quatre principaux pays de la zone euro expriment ensemble leur désaccord vis à vis de la politique de la BCE. Quand on ajoute le scepticisme italien (où l’on parle du retour de la lire), on peut dire qu’aujourd’hui les quatre principaux pays de la zone euro sont en désaccord avec la BCE !

Cet événement peut pousser à la résignation dans la mesure où la BCE peut de toutes les façons faire ce qu’elle veut et monter les taux si elle le souhaite. En revanche, cela peut créer un immense espoir pour tous les alter-européens qui veulent réorienter la construction de l’Europe. Après tout, la classe politique, jadis euro-béate au point de dire « oui » à tout ce qui venait de Bruxelles, semble finalement acquérir un plus grand esprit critique… Car il n’y a pas si longtemps, toute personne qui osait critiquer la politique de la BCE se voyait immédiatement taxé au mieux d’eurosceptique ou pire, d’anti-européen. Nous ne sommes pas encore rentrés dans une nouvelle ère de débat pacifié sur l’euro, mais il est heureux de voir des ministres importants reprendre les arguments des partisans de l’autre Europe.

Cet événement a une double portée. Tout d’abord, il légitime après coup les discours devenus prophétiques de Philippe Séguin, Jean-Pierre Chevènement ou Nicolas Dupont-Aignan alors qu’ils étaient ostracisés par l’attitude volontiers totalitaire de la plupart des médias sur la question européenne. Mais cela ne signifie malheureusement pas que de tels discours recevront un meilleur accueil des médias. En revanche, de telles déclarations apportent de l’eau au moulin des alter européens puisque nous pourrons souligner que nos arguments sont aussi ceux du Premier ministre espagnol ou du ministre des finances allemand. Mieux, cela laisse espérer que des changements seraient possibles puisque désormais, la critique de la politique de la BCE est partagée par les quatre principaux pays de la zone euro.

Dans un an auront lieu les élections européennes. Ces élections sont l’occasion unique de montrer à nouveau ce que nous pensons de la direction prise actuellement par l’Europe et de proposer d’en bâtir une autre. Il restera aux alter-européens républicains de savoir se rassembler.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/06/29/la-probable-hausse-des-taux-de-la-bce-critiquee-par-plusiquers-dirigeants-europeens_1064234_3234.html#ens_id=951246

10.06.2008

La propagande de l’euro cher

Dimanche, Eric Le Boucher remerciait dans le Monde Jean-Claude Trichet pour la hausse plus limitée de l’inflation en Europe par rapport au reste du monde. Encore un exemple de propagande que la réalité des faits dément trop facilement.

La présentation des faits par le rédacteur en chef économie du Monde est la suivante : parce que l’inflation ne serait que de 3,4% en 2008 en Europe, alors qu’elle atteint 5,5% au niveau mondial, avec des pointes à plus de 10% dans quelques pays comme la Russie, il remercie l’action du président de la BCE. Mais cette présentation est extrêmement malhonnête. La raison de cet écart n’a rien à voir avec la politique monétaire de la banque centrale européenne, elle est structurelle : alors que les ménages européens consacrent environ 15% de leurs dépenses à l’alimentation, les ménages des pays émergents peuvent y consacrer jusqu’à 50% de leurs dépenses… En outre, les pays en voie de développement consomment une proportion plus importante de produits non transformés, dont les prix ont davantage augmenté.

Résultat, si l’inflation est plus faible en Europe que dans les pays émergents, c’est uniquement parce que la part de produits dont le prix a augmenté (énergie et alimentaire) est beaucoup plus faible. Ce n’est en aucun cas grâce à la politique de la banque centrale européenne. Il n’est nul besoin de remercier monsieur Trichet. D’ailleurs, en réalité, la hausse des prix aux Etats-Unis était de 3,2% en avril contre 3,6% en Europe, comme le rapporte les Echos. Nous sommes bien loin des 5 à 5,5% qu’évoque Eric Le Boucher dans son article. Malgré la politique monétaire beaucoup plus accommodante de la Fed, l’inflation n’a pas davantage dérapé aux Etats-Unis qu’en Europe, preuve que la hausse actuelle du niveau des prix est indépendante du niveau des taux d’intérêts des banques centrales.

Si les prix de l’alimentaire et de l’énergie augmentent aujourd’hui, c’est à cause d’un décalage entre l’évolution de l’offre et de la demande consécutive à la forte hausse de la consommation des pays émergents, au premier rand desquels la Chine. C’est pourquoi la baisse des taux aux Etats-Unis n’a pas provoqué de dérapage des prix plus important qu’en Europe et que la politique inutilement restrictive de la BCE ne réduit pas les tensions inflationnistes, qui ont une origine complètement différente. La perspective d’une hausse des taux de la banque centrale européenne en juillet est par conséquent complètement aberrante et ne repose pas sur une analyse sérieuse de la situation mais plutôt sur un dogmatisme monétariste incompréhensible.

Il est tout de même malheureux de voir que le débat économique sur la politique monétaire de la BCE soit aussi pauvre en France, qui plus est dans un journal de référence comme le Monde. Le rédacteur en chef économie du quotidien se permet une analyse des plus légères, voire profondément malhonnête quand il attribue l’écart d’inflation entre Europe et pays émergents à la politique de la BCE ou qu’il affirme que l’inflation est plus forte aux Etats-Unis que de notre côté du continent, alors que c’est l’inverse. On a l’impression que certains journalistes et politiques débranchent tout esprit critique quand ils évoquent la politique de la BCE, qui est forcément juste, comme le suggère le vocable « euro fort », alors que dans la réalité, la politique d’euro cher fait perdre des milliers d’emplois à l’Europe sans réduire l’inflation.

Même si on pouvait s’attendre à mieux du Monde, il est habituel que la présentation de la politique européenne se transforme en propagande complètement déconnectée de la réalité. Mais rarement la présentation des faits avait été aussi malhonnête que dans le cas présent.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/06/07/pour-lutter-contre-l-inflation-la-bce-choisit-la-therapie-de-choc_1055143_3234.html#ens_id=951246

http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/06/07/faire-face-au-troisieme-choc-petrolier-par-eric-le-boucher_1055195_0.html

http://www.lesechos.fr/info/inter/300269065.htm

16.04.2008

Un système économique mondial fou et injuste

D’un côté, des établissements financiers en crise. De l’autre, des émeutes de la faim dans les pays en voie de développement et une hausse des prix alimentaires qui rogne les budgets des classes populaires dans les pays développés. Devinez où se concentre l’aide internationale…

D’un côté, les principaux établissements financiers internationaux se retrouvent pris au piège de l’éclatement de la bulle immobilière américaine. Ils ont perdu des dizaines de milliards depuis l’été dernier. Du coup, les banques centrales ont fourni des liquidités afin d’éviter des faillites et un effondrement complet du système financier international. La banque centrale américaine a également baissé ses taux d’intérêt de trois points pour soutenir le crédit. Quelques têtes ont volé dans les banques, mais, en général, avec quelques millions pour faire passer le tout. Plus choquant, les cent traders les mieux rémunérés ont gagné 30% de plus en 2007, soit trente milliards de dollars, contre vingt-trois en 2006.

De l’autre côté, la spéculation sur les matières premières a encore accéléré la hausse des prix du pétrole et de l’alimentaire. Résultat, les habitants des pays en voie de développement n’ont plus les moyens de s’alimenter, ce qui provoque depuis quelques semaines des émeutes de la faim. Dans les pays occidentaux, les conséquences sont un peu moins désastreuses, mais la situation des ménages modestes se détériore. Ils subissent de plein fouet la hausse des prix de l’alimentaire et aux Etats-Unis, des centaines de milliers de ménages ont vu leur maison saisie pour payer leur emprunt. Non seulement les politiques semblent impuissants pour apporter des réponses à leurs problèmes, mais Jean-Claude Trichet annonce doctement qu’il ne faut pas que les salaires soient indexés sur les prix. Les smicards, qui ont été augmentés de seulement 1,8% en 2007 alors que l’inflation dépasse les 3%, apprécieront…

La planète économique semble devenue folle. Alors que les puissances publiques interviennent pour soutenir les établissements financiers, elles semblent souvent ignorer les victimes humaines de cette crise économique. Bien sûr, il fallait intervenir pour sauver les établissements financiers imprudents car sinon leur faillite aurait plus encore affecté l’économie réelle, mais il est difficile de ne pas être choqué que tant d’argent soit consacré au sauvetage de banques et si peu pour aider des victimes humaines. La déconnection avec les élites devient de plus en plus indécente quand ces dernières, que la crise n’affecte pas vraiment, demandent à la population de sans cesse faire des efforts sans en demander réellement aux entreprises ou aux dirigeants qui ont failli.

Le Général disait fort justement que « la seule querelle qui vaille, c’est l’homme ». Nous entrons dans un système où l’homme est chaque jour un peu plus une simple variable d’ajustement. Qui pourra proposer un rééquilibrage, qui devient chaque jour plus urgent ?

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/04/10/jean-claude-trichet-conteste-l-indexation-des-salaires-sur-les-prix_1033069_3214.html#ens_id=1029191, Marianne

07.03.2008

Le retour du psychopathe de Francfort

Excellente tribune d’Hervé Nathan, rédacteur en chef Economie à Marianne à propos de Jean-Claude Trichet au moment où l’euro bat à nouveau des records.

Cette tribune fait suite à un papier de Libération qui défendait le patron de la Banque Centrale Européenne. Le journaliste fait dire à Jean-Claude Trichet qu’il n’y a de bonne politique qu’acceptée par les citoyens. Le rédacteur en chef Economie de Marianne relève bien le sens caché de cette phrase en soulignant que la BCE définit la politique monétaire puis que les citoyens doivent l’accepter. Jean-Claude Trichet ne fait qu’expliquer sa politique sans réellement se soucier des citoyens.

La BCE a donc décidé de garder ses taux d’intérêts à 4% alors que la Fed Américaine a baissé les siens à 3%. Pourtant, le taux d’inflation est un point plus haut aux Etats-Unis… Résultat, la rémunération réelle (en prenant en compte l’inflation) de l’euro est deux points au-dessus de celle du dollar, propulsant l’euro à 1,54 dollars, une surévaluation de plus de 30%… L’argument de Jean-Claude Trichet est simple : il y aurait un risque d’inflation. Le président de la BCE a une lecture simpliste de la hausse de l’inflation actuelle. Les statistiques montrent bien que l’inflation hors éléments volatiles (énergie et alimentaire) est stable. La hausse actuelle est purement conjoncturelle et sera oubliée dans un an. En effet, les salaires ne progressent pas plus vite, signe certain du caractère conjoncturel de cette hausse. En outre, le maintien des taux à un niveau élevé n’aura pas d’effet sur l’inflation puisque ce sont d’autres facteurs macro-économiques qui expliquent le dérapage actuel (hausse de la demande de la Chine, développement des biocarburants aux Etats-Unis entre autres…).

En revanche, la croissance baisse à un niveau inquiétant. Mais la BCE ne se soucie pas de croissance… et cela se voit. Depuis la mise en place de l’euro en 2002, la croissance de l’Europe continentale se traîne à un niveau très faible. La France, l’Allemagne et l’Italie ont une croissance moyenne qui ne dépasse pas les 2% depuis la mise en place de l’euro alors que les Etats-Unis ou la Grande Bretagne ont enregistré un point de croissance de plus. Le point de croissance qui manque à la France vient de la politique monétaire excessivement monétariste de la BCE, qui fait s’apprécier l’euro et donc pénalise nos exportations (d’ailleurs, pendant la même période, nous sommes passés d’un excédent à un déficit commercial).

Encore une fois, Jean-Claude Trichet fait le choix du dogme monétariste sans prendre le moindre recul. Résultat, une fois de plus, la partie occidentale de la zone euro manquera de croissance et perdra des emplois dans les industries soumises à la concurrence internationale, non pas par manque de compétitivité mais pour cause de monnaie complètement surévaluée.

Source : http://www.marianne2.fr/Contre-eloge-de-Trichet_a84615.html