28.11.2009
Où commence l’eugénisme ?
C’est un papier d’un collègue de Kiwi, qui pose la question en se demandant si l’avortement de fœtus trisomiques n’est pas une forme d’eugénisme. Ces questions éthiques sont absolument essentielles étant donnés les progrès de la science. Malheureusement, elles n’attirent qu’un intérêt limité.
Une vraie question
L’article souligne que 96% des embryons sur lesquels est détectée une trisomie sont avortés. L’auteur met en cause une décision du Comité National Consultatif d’éthique qui a autorisé le dépistage de la trisomie 21 lors du diagnostic préimplantatoire, réalisé lors des fécondations in vitro. L’auteur reprend les réticences du cardinal André 23, qui dénonce une « dérive eugénique grave » et se demande si nous ne sommes pas devant un « refus insidieux de nos sociétés modernes de l’accueil des personnes handicapées ». L’article souligne qu’en Grande-Bretagne, on exclut les porteurs du gène du strabisme.
Et il est vrai que cette forme de sélection se rapproche de la définition de l’eugénisme : « l’ensemble des méthodes qui visent à améliorer le patrimoine génétique de groupes humains en limitant la reproduction des individus porteurs de caractères jugés défavorables ». En outre, l’auteur a beau jeu de souligner que l’autorisation d’une telle sélection peut déboucher demain sur une « quête de l’homme idéal, qui n’est ni gros ni maigre, qui n’a pas de risque d’Alzheimer, de dépression ou de cancer ». D’ailleurs, aux Etats-Unis, certaines cliniques offrent déjà le choix du sexe de l’enfant.
Il est vrai que mettre une barrière ferme à toute forme de sélection est le meilleur moyen de ne pas être entraîné vers des pratiques douteuses. On peut voir le risque d’une société, où, dans quelques décennies, on pourrait choisir la taille, la couleur des cheveux et des yeux de sa progéniture... En outre, l’auteur se pose la question de savoir « si les enfants trisomiques souffrent de leur propre condition ». S’il ne néglige pas le fait que les parents doivent « assister à la souffrance de l’enfant », il souligne un problème d’acceptation sociale qui le fait questionner la liberté de choix des individus.
Deux poids, deux mesures
Il semble cependant y avoir un léger biais dans le jugement final de l’auteur. La citation de Jean-François Mattéi, évoquant « l’enfant à naître » et la référence à un cardinal en conclusion semblent indiquer une forte influence religieuse dans la vision présentée, biais qui m’est forcément étranger. Et s’il est vrai que je partage les fortes réticences de l’auteur face aux dérives eugénistes que les progrès de la science pourraient nous offrir, en revanche, j’aurais tendance à être d’accord avec le Comité National Consultatif d’éthique pour autoriser le dépistage de la trisomie 21.
En effet, c’est une chose de vouloir sélectionner des caractéristiques physiques, voire intellectuelles de son futur enfant, mais c’en est une autre, pour moi, que de vouloir éviter d’avoir un enfant atteint de la trisomie 21. En effet, il s’agit d’une maladie extrêmement lourde, dont il me semble qu’on peut vouloir épargner sa progéniture. Du coup, donner aux parents le choix en les informant me semble parfaitement acceptable. Il revient alors aux parents de décider s’ils souhaitent être informés et s’ils souhaitent ensuite conserver l’embryon ou pas (ce que 4% des parents font).
Bien sûr, il serait plus simple de tout autoriser ou de ne rien permettre. Néanmoins, l’interdiction ne me semble pas une option car il s’agirait pour moi d’une forme de retour à la nature qui nierait en partie les progrès qu’apporte la science à l’humanité. Dès lors, je suis partisan de l’autorisation du dépistage de la trisomie 21. Mais il serait nécessaire que le gouvernement s’empare de cette question de manière à donner un cadre qui nous permettrait d’éviter les dérives anglo-saxonnes qui n’en sont qu’à leur début sans nul doute. La politique doit veiller à ne pas se laisser dépasser par la science.
Même si je ne partage pas son opinion, je remercie le Chafouin pour son article, qui pose des questions intéressantes trop rarement débattues et qui devraient l’être plus fréquemment.
10:59 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : éthique, trisomie 21, eugénisme, avortements



