02.06.2010

Le nouveau dérapage d’Israël

Cela commence à bien faire ! Après une guerre scandaleuse au Liban, une incursion à Gaza et alors que Tel Aviv maintient une politique de colonisation détestable, Israël vient de déraper gravement en attaquant violemment un bateau de vivres qui allait à Gaza.

Une agression injustifiable

Bien sûr, Israël est un Etat qui a un souci particulier pour sa sécurité du fait des agressions dont le pays a été victime et des menaces proférées par de nombreux extrémistes qui veulent même sa destruction. Cela justifie un souci de sécurité que nous ne pouvons sans doute pas comprendre totalement en vivant comme nous vivons en Europe et en France. Mais même avec ce préalable, il faut constater que l’Etat hébreu vient à nouveau de déraper avec cette attaque qui a fait neuf morts.

Lundi soir sur Canal Plus, l’ambassadeur d’Israël en France tentait de défendre la position de son pays face à des journalistes et un Dominique de Villepin extrêmement sceptiques. En effet, il évoquait les armes présentes sur le bateau et la violence des membres de son équipage. Mais cet argument était ridicule. Qui a été violent dans cette affaire ? Les membres du bateau ou les soldats israéliens, qui ont tué neuf personnes ? En outre, des rescapés Allemands démentent la thèse de Tel Aviv.

Israël multi-récidiviste

Mais outre le côté scandaleux de cette intervention, le problème est que ce n’est pas la première fois qu’Israël se comporte mal. Pour une fois, je suis d’accord avec le commentaire de la diplomatie Française qui souligne « l’usage disproportionnée de la force par Israël ». Cette qualification, si elle conserve un ton très diplomatique, reflète bien la réalité des dernières années. Aujourd’hui, Israël est le plus fort et en profite, comme il en a profité au Liban, à Gaza et vis-à-vis de la Palestine.

Mais cette attitude est suicidaire à moyen terme pour de multiples raisons. Tout d’abord, cela envoie le message aux pays arabes que s’ils deviennent plus puissants, alors ils pourront faire ce qu’ils veulent. Résultat, il ne faut pas s’étonner que l’Iran chercher par tous les moyens à accéder à l’arme nucléaire. Israël montre le mauvais exemple en ne se souciant pas des résolutions des Nations Unies. C’est parce qu’Israël est le plus fort aujourd’hui qu’il doit être mesuré, au cas où il ne le soit plus à l’avenir.

Une communauté internationale trop complaisante

Pour le bien même d’Israël, il est important de contraindre l’Etat hébreu à revenir sur ses pratiques les plus contestables, notamment la colonisation, que rien ne justifie. Car si personne n’arrive à le faire, comment la communauté internationale pourra être crédible pour faire respecter la protection d’Israël le jour où un autre Etat le menacera plus sérieusement ? Le comportement d’Israël rend sa protection impossible dans le futur. Il faut donc faire plier Netanyahou.

C’est pourquoi la Turquie a raison d’entamer un vrai bras de fer en suspendant toute coopération militaire et en dénonçant « l’attaque insolente et irresponsable qui piétine toute vertu humaine et qui doit absolument être punie ». L’Europe et la France devraient adopter de véritables sanctions (renvoi de l’ambassadeur, sanctions économiques) pour bien signifier notre désaccord avec la politique suivie. Il faut faire plier Israël pour pouvoir demain aussi faire plier ceux qui voudraient l’agresser.

La mollesse occidentale est une forme de complicité passive avec les agressions répétées commises par Israël. Il serait temps de passer des mots, souvent justes, à de véritables mesures, pour la sécurité de la Palestine, mais aussi pour celle d’Israël et du monde.

18.01.2010

La Renault Clio, symbole économique

Cela a été une des polémiques de la semaine dernière. Après la fuite selon laquelle Renault pourrait décider de monter la prochaine Clio en Turquie, le gouvernement est intervenu pour donner des gages à l’opinion avant de se faire rabrouer par la Commission Européenne.

Pourquoi Renault délocalise ?

Il y a une seule raison pour laquelle Renault souhaite transférer la production de la Clio en Turquie : dans un régime de libre-échange total ou presque, il est quasiment impossible d’espérer gagner de l’argent en produisant des petits véhicules dans un pays occidental où les coûts du travail peuvent être jusqu’à dix fois plus élevés que dans des pays comme la Turquie. Et comme tous les constructeurs ont tendance à délocaliser la production des petites voitures, Renault ne fait que suivre la tendance.

Assez naturellement, le gouvernement s’est ému de cette hypothèse de travail et a affirmé son intention de faire pression sur Renault, évoquant même la possibilité de monter dans le capital de la Régie au-delà des 15% qu’il détient déjà. La réaction de la Commission Européenne ne s’est pas faite attendre puisque la très libérale commissaire à la concurrence Neelie Kroes a demandé officiellement des explications à la France rappelant que Paris s’était engagé à ne faire aucune pression sur le sujet…

Un révélateur

Cette affaire agit comme un formidable révélateur de toutes les limites de la construction européenne et de la globalisation néolibérale. Comme le souligne à raison Nicolas Dupont-Aignan, « on ignore précisément en vertu de quoi Bruxelles pourrait s’opposer à ce que l’Etat français négocie avec une entreprise dont il détient 15% des actions en vue de maintenir ses activités sur le marché national ».

On atteint donc les limites de l’absurde avec ce système qui priverait un actionnaire majeur de se prononcer sur un choix stratégique d’une entreprise, au prétexte que l’opinion de l’actionnaire est de limiter la délocalisation d’activités industrielles. Quels intérêts défend-donc cette Commission Européenne ? En tout cas pas ceux des peuples européens qui souffrent d’un chômage de masse depuis des décennies ! Pire, Bruxelles défend ici une délocalisation hors de l’Union Européenne !

La réalité est donc claire : l’Europe promeut les délocalisations et entend empêcher toute action des Etats visant à les limiter, fussent-elles en dehors de l’Union Européenne. Le dogmatisme néolibéral des institutions européennes n’a donc aucune limite. Cette affaire expose aussi le double langage d’un gouvernement qui fait mine de s’indigner alors qu’il s’était engagé à ne faire aucune pression, et qui, entre les lignes, est déjà prêt à céder une partie du montage (celle pour l’exportation).

Comme le montre cette affaire, l’Union Européenne organise sciemment la désindustrialisation massive du continent. Elle est donc responsable du chômage de masse. Mais le pire est que derrière les foucades passagères, nos politiques capitulent les uns après les autres.

07.05.2009

La formidable hypocrisie européenne du président

Nicolas Sarkozy est formidable : un jour avant l’anniversaire de son élection, il nous a livré un discours sur l’Europe qui résume parfaitement sa présidence, règne de l’ego et des postures et décalage incroyable entre les faits et les mots.

L’homme qui dit une chose…

Le discours de son parolier Henri Guaino frappe juste. La Turquie « n’a pas vocation à devenir membre de l’Union Européenne » puisqu’il juge « mieux inspiré » d’engager « dès maintenant » des négociations pour créer un « espace économique et de sécurité commun ». Il propose le même statut à la Russie pour cesser de « se diluer dans un élargissement sans fin ». Et il réaffirme sa volonté de « changer l’Europe », s’interrogeant même sur les pouvoirs de la Commission Européenne.

Le président n’a pas manqué de glorifier sa présidence de l’Union Européenne, qui aurait permis d’éviter que la Géorgie ne soit « rayée de la carte ». Grâce à lui, « un cessez le feu a pu intervenir à Gaza ». Enfin, son action aurait permis que l’Europe ne cède pas au sauve-qui-peut dans la crise financière. Bref, c’est le président superman qui aurait sauvé l’ensemble du continent et quelques pays voisins grâce à son activisme de tous les instants.

… et en fait une autre

Mais là, Nicolas Sarkozy est allé aussi loin que quand il avait promis d’être le « président du pouvoir d’achat » avant de devenir le président sous lequel le pouvoir d’achat n’avait jamais baissé aussi vite. Sur la Turquie, s’il a légèrement ralenti les négociations d’entrée dans l’Union Européenne, il les a poursuivies, ouvrant de nouveaux chapitres de négociations. En outre, il a fait supprimer le verrou constitutionnel du référendum lors de la réforme des Institutions.

 Mais le plus ridicule est sans doute cette volonté affirmée de changer l’Europe. Comment un président qui s’est précipité pour accepter un traité de Lisbonne copie identique du TCE peut-il affirmer sans rougir qu’il veut réexaminer les pouvoirs de la Commission Européenne alors qu’il a accepté dès le début de son mandat de les graver dans le marbre ? Comment peut-on lui laisser parler de changement alors qu’il a gâché une occasion unique de réformer l’Union Européenne suite au « non » de 2005 ?

D’ailleurs, quelle initiative institutionnelle a-t-il pris pendant son mandat de président de l’Europe ? Son bilan est aussi outrageusement fardé qu’une actrice de charme de série Z. La Géorgie ? Il a accepté toutes les conditions posées par la Russie. Gaza ? Israël n’a pas tenu compte une seconde de son ballet diplomatique. La crise économique : si l’Union Européenne s’est mise d’accord sur le plan de sauvetage des banques, c’est en s’inspirant du plan anglais et aucune coordination des plans de relance n’a vu le jour.

Ce discours sur l’Europe représente une des pièces à conviction les  plus incroyables sur Nicolas Sarkozy. Le président est allé encore plus loin que d’habitude dans l’emphase égotique de son bilan et dans le décalage entre son action et ses mots.

Source : http://www.lemonde.fr/elections-europeennes/article/2009/...

http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/05/la-tentation-p...

06.04.2009

Un Nicolas Sarkozy toujours camelot mais moins fanfaron

Au sortir d’une semaine marquée par trois réunions internationales majeures (G20, OTAN, sommet Union Européenne / Etats-Unis), Nicolas Sarkozy a ressenti le besoin d’intervenir une nouvelle fois dans les médias, dans le journal de 13H de Claire Chazal. Analyse de sa prestation.

Le frein sur le côté fanfaron

Sans doute influencé par un Barack Obama finalement assez modeste, comme il l’a reconnu lui même, c’est un Nicolas Sarkozy beaucoup moins fanfaron qu’il y a quelques jours que l’on a retrouvé hier sur TF1. Le président de la République a même réussi à limiter l’emploi du « je », à distribuer quelques compliments à Barack Obama, « simple, ouvert, modeste » et à moins se présenter comme le sauveur du monde, associant plusieurs fois Angela Merkel au fait d’avoir réussi à faire passer certaines décisions.

Mais son naturel fanfaron a réussi à percer. Il a ainsi affirmé vouloir des sommets internationaux où l’on prenne des décisions, quitte à y passer plus de temps. Avant lui, même les sommets internationaux ne fonctionnaient donc pas puisque les dirigeants de la planète se réunissaient « pour rien »… Et après avoir grillé la politesse au Premier ministre anglais pour la conférence de presse du G20, il l’a égratigné de manière bien peu élégante en soulignant qu’il y avait eu un mort à Londres, et pas à Strasbourg.

L’accélérateur sur le côté camelot

Mais là où le président a été incroyable, c’est bien sur son côté camelot. Il a ainsi réussi à parler de l’accueil extraordinaire de Strasbourg alors que la ville a été le théâtre de manifestations violemment hostiles. Il a réaffirmé solennellement son opposition à l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne alors qu’il a donné à Bruxelles son accord pour l’ouverture de nouveaux chapitres de négociation. Mais c’est surtout sur les conclusions du G20 que Nicolas Sarkozy est allé beaucoup plus loin que la réalité.

Il a commencé son intervention par une prise de conscience bien vue du décalage entre l’autocélébration des dirigeants et la plupart des médias et la perception par la population. Il a ensuite argumenté en expliquant que la crise économique (« que personne n’a pu prévoir » – sic) était la conséquence d’une crise financière et que cette crise financière était la conséquence d’un manque de réglementation. Ainsi, la réglementation mise en place devrait régler la crise économique en rétablissant la croissance.

Ce sophisme peut paraître convaincant mais il repose sur une analyse trop partielle de la crise. En outre, les annonces faites jeudi sont trop limitées pour véritablement remettre de l’ordre dans les pratiques financières. Non, un « nouveau monde » ne s’est pas mis en place. Il n’y a pas de « changement considérable ». Non, les pays qui ont des réserves n’ont pas décidé d’injecter davantage d’argent. Et les bonus pour les traders ne sont pas interdits contrairement à ce que le président a indiqué.

Si le président a réussi à apparaître plus grave et posé et si sa présentation de la crise était assez habile, il n’a pas hésité à considérablement exagérer les conclusions du G20 pour vendre son action. Mais à force de jouer le camelot, sa crédibilité n’en finit plus de baisser, se heurtant sur le mur des réalités.